Le pèlerinage de la Mecque (Arabie Saoudite).

La Mecque (en arabe : مكة, Makka, /makːa) est une ville de l’ouest de l’Arabie saoudite, non loin de la charnière séparant le Hedjaz de l’Asir, à 80 km de la mer Rouge, et capitale de la province de la Mecque.

Lieu de naissance, selon la tradition islamique, du prophète de l’islam Mahomet à la fin du vie siècle, elle abrite la Kaaba au cœur de la mosquée Masjid Al-Haram (« La Mosquée sacrée ») et la tradition musulmane a lié sa fondation à Ibrahim (Abraham), ce qui en fait la ville sainte la plus sacrée de l’islam. L’accès en est interdit aux personnes qui ne sont pas de confession musulmane ainsi qu’aux femmes seules, même musulmanes.

L’histoire pré-islamique de la ville est assez obscure et difficilement accessible. C’est annuellement et depuis le viie siècle le lieu du pèlerinage de La Mecque (hajj) qui rassemble, depuis la fin du xxe siècle, des millions de fidèles des différentes confessions de l’islam, venus du monde entier. C’est également le lieu vers lequel se tournent pour leurs prières quotidiennes les croyants musulmans.

Depuis les années 1970, des spéculateurs immobiliers construisent des infrastructures, avec un gigantisme comparable à celles de Las Vegas, pour permettre d’accueillir plus de fidèles, mais détruisant dans le même temps des sites historiques islamiques.


En 2009 une importante découverte paléontologique a lieu près de la Mecque, le paléontologue Iyad Zalmout, université du Michigan aux États-Unis, qui était à la recherche de fossiles de baleines et de dinosaures, a découvert un crâne fossilisé datant de 29 à 28 millions d’années, qui correspond à l’espèce Saadanius hijazensis, un primate catarrhinien apparenté à l’ancêtre commun des Grands Singes (dont l’Homme) et des Cercopithèques. Les chercheurs vont accentuer les recherches dans cette région d’Asie et particulièrement dans les strates géologiques de cette période.

On appelle généralement « Tradition musulmane » ou « islamique » « l’ensemble des textes produits ou enregistrés aux premiers siècles de l’islam ». Selon le Coran et les hadith, la ville aurait été fondée avant la période islamique par Ibrahim et Ismaël. Dieu renouvelant solennellement son alliance en leur faveur convoque les hommes à « la Maison », al-bayt (البيت), transposition directe du syro-araméen bayta (ܐܬܝܒ) pour qu’ils adoptent « pour lieu de prière ce lieu où Abraham se tint » (s. 2/v. 125). Cette tradition coranique correspond au dogme religieux selon lequel la première « demeure (bayt) divine » terrestre a été créée par Abraham à La Mecque, affirmation qui atteste de la polémique entre Mahomet et la communauté judaïque de Médine, ainsi dépossédée de la figure patriarcale fondatrice désormais islamisée.

Les récits anciens transmis par la tradition musulmane expliquent que c’est une source miraculeusement apparue grâce à une intervention divine qui est à l’origine de la ville. L’histoire rapportée par les Qisas Al-Anbiya, le Livre des Prophètes, rejoignant partiellement un récit de la Genèse, explique que l’épouse d’Abraham (Ibrahim), Sarah (Śāra), exigea de celui-ci qu’il exile sa concubine Agar (Hajar) et l’enfant qu’elle lui a donné, Ismaël (Ismāʿīl).

Le patriarche s’exécuta et, au terme d’une longue marche, abandonna son enfant et sa concubine à la providence divine dans un endroit inhabité, désertique et sauvage. Agar chercha âme qui vive entre les collines de Safâ et Marwah mais c’est à une intervention de l’ange Gabriel (Djibril) qu’elle dut son salut : celui-ci lui apparut et donna un coup de talon sur le sol d’où jaillit la source connue aujourd’hui sous le nom de Zamzam. La source attira bientôt des nuées d’oiseaux qui attirèrent à leur tour l’attention de la tribu de Jurhum à laquelle Agar donna accès à la source en échange de leur protection pour elle et son fils. Les membres de cette tribu, surnommée par l’historiographie musulmane les « Vrais Arabes », installèrent leur campement à cet endroit et sont considérés comme les premiers habitants de la Mecque. Ismaël, devenu un homme, prit pour épouse une Jurhum. Abraham vint le visiter une fois par an et, au cours de l’un de ses séjours, reçut l’injonction divine de construire le sanctuaire de la Kaaba. Les deux hommes se firent aider par les Jurhum qui se convertirent alors au monothéisme du Patriarche.

L’histoire pré-islamique de La Mecque est assez obscure. Dans les dernières décennies du XXe siècle, les vestiges antiques, médiévaux et modernes de la ville ont été détruits systématiquement et l’on ignore dès lors tout de son archéologie. Cette histoire pré-islamique repose sur des traditions musulmanes tandis que plusieurs chercheurs remettent en cause l’existence de La Mecque à cette époque. Pour R. Simon, « Les spécialistes qui n’utilisent que les informations de la tradition musulmane, n’ont jusqu’à ce jour pas été à même de mettre convenablement au point la préhistoire de la Mecque. »

Selon la tradition musulmane, son implantation ne devrait rien à une oasis. Cette singularité qui serait relevée par le Coran participerait de son caractère sacré, préexistant à l’implantation de l’islam. Mais, en vérité, la ville s’est probablement structurée dans cette région aride autour d’un point d’eau qui, d’ailleurs, existe toujours et qui est à l’origine de la Kaaba, lieu sacré où se seraient retrouvées les caravanes et les tribus. Et il reste la trace d’une divinité protectrice. Il accueille à proximité et à une date indéterminée un bétyle — une « demeure (bayt) du dieu (el) » — qui fait l’objet d’un pèlerinage aux environs de l’équinoxe de printemps.

Reprenant la tradition musulmane, la Mecque serait, aux vie et viie siècles, un centre économique modeste au regard des grandes cités caravanières comme Palmyre et Pétra, ses ressources apparaissent limitées et on y souffre régulièrement de la faim. Mais c’est un centre sanctuaire et cultuel polythéiste qui abrite la Kaaba et accueille des pèlerinages donnant lieu à de grands rassemblements, notamment au cours des trêves, coïncidant avec la tenue d’importantes foires.

La tradition musulmane présente une Arabie préislamique misérable et anarchique appelée l’« Âge de l’Ignorance », traduisant une période de crise, d’appauvrissement et de dérèglements qui a probablement existé mais seulement pendant quelques dizaines d’années avant l’hégire. Des populations nouvelles auraient alors pris la place de populations plus anciennes, dispersées ou disparues. À La Mecque, c’est Qusay qui, ayant uni les différentes tribus qurayshites au début du VIe siècle, prend le contrôle de la ville, six générations avant Mahomet. À la veille de l’islam, la ville est passée de la domination du clan Hashîm et de la tribu Quraysh, au sein duquel Mahomet voit le jour, à celle du clan Umayya qui a bénéficié du commerce caravanier renaissant.

Sur le plan religieux, la tradition atteste du polythéisme mecquois des qurayshites dont le panthéon se compose d’idoles que l’on trouve dans l’enceinte sacrée — le Haram — panthéon dominé par le dieu  ancestral Hubal, accompagné de Manaf, Isaf et Na’ila (culte de Isaf et Na’ila). S’y superposent les divinités propres à l’association cultuelle, dite Hums, qui unit les tribus d’Arabie occidentale au sanctuaire mecquois ; on compte parmi elles Allâh — dieu qui a pour sanctuaire la Kaaba et qui donne la victoire à Quraysh lors de la « campagne de l’Éléphant » — ainsi que les déesses Allât, al-Uzzâ et Manât, ces dernières n’ayant ni idole ni sanctuaire dans la ville. À l’époque de la naissance de Mahomet et à l’instar du paganisme arabe ancien, le polythéisme mecquois est en déclin, et il semble que les principales références intellectuelles et culturelles de la région soient essentiellement juives et issues des différentes confessions chrétiennes, ce qu’atteste notamment la familiarité des auditeurs de Mahomet avec les récits bibliques. À côté de l’adoption de cultes monothéistes existants, on constate également une tendance à adapter les cultes anciens à l’exigence monothéiste, tout en conservant les formes ancestrales de la religiosité locale, une tendance dont relèvent plusieurs réformateurs religieux parmi lesquels Mahomet.

Bien que la région autour de la Mecque soit complètement aride et déserte, selon la tradition musulmane, la cité était riche, et la plus riche parmi les tribus installées dans cette partie de l’Arabie, grâce au puits Zamzam, dont l’eau a toujours été abondante et à sa position géographique sur la route des grandes caravanes. Au Ve siècle, les Quraychites auraient pris le contrôle de la Mecque pour devenir des marchands et commerçants très habiles. Jusqu’au début du VIIe siècle, le dieu principal de la mythologie arabe est Hubal. Toujours selon la tradition, La Mecque était une place commerciale importante sur la route reliant le Yémen à la Mésopotamie. Les Quraychites participèrent au commerce lucratif des épices au vie siècle. La route des épices de plus en plus menacée sur mer (piraterie) s’était déplacée sur des voies terrestres plus sûres. La Mecque devint un important centre de commerce surpassant les villes de Pétra (Jordanie) et Palmyre (Syrie).

Ce lieu d’échanges aurait été à l’origine d’alliances entre les marchands de la Mecque et les tribus nomades qui commerçaient par caravanes de chameaux avec des villes de Syrie et d’Irak auxquelles ils apportaient du cuir, du bétail et des métaux qu’ils tiraient des mines locales dans les montagnes. Des récits historiques confirment le passage des marchandises venant d’Afrique plus particulièrement d’Algérie et d’Asie (médecines, tissus, épices, cuirs, esclaves) grâce à des accords commerciaux avec les Byzantins et les Bédouins qui rapportaient des céréales, du vin, des armes ensuite redistribués en Arabie.

Selon la Sunna, c’était aussi une ville sacrée du paganisme arabe, la Kaaba étant vénérée pour les idoles qu’elle contenait, dont la Pierre noire. Les pèlerinages étaient l’occasion de rassemblement pacifique entre les clans nomades qui, le reste du temps, s’affrontaient fréquemment. Une fois par an avait lieu un pèlerinage qui rassemblait les tribus nomades afin de célébrer les différentes déités arabes. Cet événement permettait le développement des relations sociales et des foires. S’est créée ainsi une notion d’appartenance et d’identité qui a fait de la Mecque un endroit important dans la péninsule. À la fin du VIe siècle, le commerce de la Mecque était à son apogée et représentait le pouvoir principal qui liait les habitants de la péninsule arabique.

Le royaume d’Axoum, conduit par le général éthiopien chrétien Abraha tente d’envahir La Mecque mais ses troupes sont décimées par la peste. Les tribus menacées craignant une nouvelle attaque font appel au roi perse Khosro Ier : l’intervention des Sassanides en 575 fait échouer une nouvelle tentative d’invasion61. Les études sur cette expédition montrent qu’elle ne concernait pas directement la Mecque mais est « passé de l’histoire arabe préislamique dans la tradition mecquoise plus tardive qui s’en empara, la transforma en légende et s’en servit pour accroître la gloire de la Mecque préislamique. »

Aucune source (grecque, syriaque ou araméenne…) antérieure ou contemporaine de la naissance de l’islam ne mentionne la Mecque. Les sources concernant l’histoire de La Mecque sont dépendantes du matériau islamique et sont tardives puisqu’elles datent à partir de la fin du VIIe siècle. Chabbi rappelle que ces récits traditionnels ont des dimensions mythiques et légendaires. Cette absence dans les textes musulmans les plus anciens interroge les chercheurs quant à la place prétendument centrale de celle-ci.

H. Holma déclarait : « En préparant mon livre Le Grand Prophète des Arabes, et en parcourant à cette fin la vaste littérature consacrée à l’étude de l’œuvre du prophète et à l’histoire de sa ville natale, La Mecque, j’ai été surpris de n’y trouver aucune indication sûre concernant la première apparition, chez les Arabes eux-mêmes, de ce fameux nom propre. ». A.-L. de Prémare rappelle que la charte de Médine ne mentionne jamais le nom de La Mecque et que la recherche sur les origines de l’islam est dépendante du matériau islamique à ce sujet. Il déclare : « Faute de données externes estimées suffisantes, et faute de vouloir considérer celles qui existent, bien des chercheurs se limitent au matériel islamique traditionnel tel qu’il se présente à eux. Ils sont contraints d’entrer dans le jeu des clercs musulmans d’autrefois ; ce sont ceux-ci, en effet, qui en ont sélectionné et compilé les éléments selon l’idée qu’ils voulaient donner des origines de leur communauté et de la vie de leur prophète ».

Bien que l’Arabie eut une importance politique et religieuse au VIe siècle, il n’est pas fait mention des Quraychites ni du centre commercial de La Mecque dans toute la littérature grecque et latine de l’époque. Certains chercheurs, tels Patricia Crone, Alfred-Louis de Prémare, Günter Lüling, Christoph Luxenberg, Claude Gilliot et Edouard-Marie Gallez, remettent en cause l’existence de La Mecque du vivant de Mahomet. Elle aurait été fondée vers le milieu du VIIe siècle. L’archéologie montre que les premières constructions datent du VIIIe siècle. Lors de la construction du complexe Abraj Al Bait Towers des fouilles ont été entreprises sur le site. L’architecte Sami Angawi en sa qualité de docteur de philosophie en architecture islamique a dirigé ces fouilles et relève que les premières strates  d’occupations du sol remonte au mieux à la formation de l’islam il y a 1 400 ans, l’architecture est de type abbasside.

La première mention historique de La Mecque apparaît en 741 dans la chronique Continuatio Byzantia Arabica . La ville de La Mecque y est citée dans le cadre de la guerre civile entre ‘Abd al-Malik b. Marwan et ‘Abd Allah b. al-Zubayr (685-692). Le chrétien Jean Damascène en parle dans son Traité des Hérésies en 746 également comme un lieu situé en plein désert.

Défendant la thèse d’une existence préislamique, R. Simon, étudiant la géostratégie de l’Arabie préislamique, considère « qu’à l’époque de la campagne [d’Abraha], la Mecque n’était encore qu’une agglomération insignifiante contrôlée par les Lakhmides. ». Pour lui, La Mecque n’avait pas de commerce indépendant et elle était dirigée par les marchands de la Hira. Il semble même plutôt que les habitants aient pris les nomades à leur service, établissant de multiples réseaux d’alliances commerciales et religieuses. L’importance ainsi que le poids commercial et économique de la ville à cette époque ont été réévalués à la baisse depuis les travaux de Patricia Crone. La chercheuse montre la limitation des ressources et la modestie relative de la taille de cette cité dont on ne trouve d’ailleurs pas, pour cette période, d’attestation dans la littérature non musulmane39. La Mecque semble néanmoins avoir été, avec Najran et Adan, une ville active de la région, témoignant d’une relative sécurité et prospérité.

La Tradition, dont les plus anciennes sources proviennent d’Irak dans la seconde moitié du VIIIe siècle, voit la naissance de Mahomet dans cette ville en 570 dans une famille influente de marchands caravaniers. Lorsque Mahomet fait état de premières révélations divines qu’il impute à l’ange Gabriel dans la grotte de Hira à Jabal al-Nour (située à 4 km au nord-ouest de la cité), il rencontre peu d’adhésion de la part de la majorité de ses concitoyens (juifs, chrétiens nestoriens et polythéistes), en général les plus riches, mais il en rencontre de sa femme, très fortunée, de la part des pauvres de la ville et d’esclaves chez qui sa religion se répand assez vite. Mahomet est l’arrière petit-fils de Hâchim, prince des Quraychites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka`ba. Il est marchand. Khadija ou Khadidja bint Khuwaylid, sa première épouse, est commerçante issue d’une famille chrétienne, et aussi son employeur.

Les Quraychites hostiles à cette nouvelle religion menaçant l’ordre établi, donc peut-être aussi leur aisance et leur commerce, le chassèrent, peu après la mort de sa première femme, avec ses premiers compagnons. Ils s’exilent vers l’oasis de Yathrib (Médine) le 16 juillet 622. Cet évènement appelé « hégire » sera le point de départ du calendrier musulman.

Après des campagnes militaires victorieuses accompagnées de conversions, Mahomet revient en 630 à La Mecque à la tête d’une armée de dix-mille hommes pendant le mois de ramadan de la huitième année de l’hégire. Il entoure la ville de nuit avec des torches allumées. Les habitants effrayés lui envoient un parlementaire, Abû Sufyân, qui se convertit à l’Islam et revient annoncer aux Mecquois que s’ils se rendent, aucun mal ne leur sera fait. Ainsi donc Mahomet et ses partisans pénètrent dans la Mecque et épargne les Quraychites, qui l’avaient auparavant chassé. Il leur offre son pardon. Les Mecquois se convertissent alors en nombre à la nouvelle religion monothéiste, la plupart sans combattre. Lors d’une escarmouche, quelques hommes et une femme furent tués. Une tribu ralliée aux Quraychites, celle des Bakrites, eut cependant à souffrir de la vengeance des Khuzâ’ites, ralliés aux musulmans, qui entendaient réparer une attaque par traîtrise commise lors de la trêve d’Hudaibîyah, à laquelle avaient adhéré les deux tribus. Voyant les excès commis durant ces représailles, Mahomet intervint et proclama la paix générale.

Une légende ponctue ce voyage dans les récits musulmans et concerne l’attitude du prophète envers les animaux. Il aurait posté un soldat près d’une chienne allaitant ses petits afin de la protéger. Il est à noter que selon les ahadith Mahomet insistait beaucoup sur le bien-être des animaux et les respectait ; « Il n’y a point un moineau ou un animal plus gros, que l’homme ne tue sans excuse, sans qu’Allah ne lui demande des comptes le jour de la résurrection au sujet de ce qu’il a tué. » (rapporté par An-Nassa’i).

Après avoir pris la cité, Mahomet la consacre ville sainte. Les idoles païennes de la Kaaba sont détruites en janvier 630 (sauf la Pierre noire et une icône de la Vierge à l’Enfant, selon une tradition rapportée par Al-Azraqi). La Ka’ba à la Mecque sera interdite aux seuls païens l’année suivante, décision accompagnée de la sourate 9, verset 2877. L’interdiction à tous les non-musulmans de la Mecque et de Medine sera postérieure aux quatre premiers califes. Muhammad Hamidullah la date de « basse époque, peut-être de celle des Ottomans », rappelant au passage que le deuxième calife Omar recevait les plaintes des dhimmis au sein même de la mosquée de la Kaaba et qu’un peu plus tard un médecin chrétien disposait d’un cabinet au pied du minaret de cette dernière. À la suite d’une nouvelle révélation alléguée par le Prophète, le pèlerinage à la Ka’ba devient l’un des cinq piliers de l’islam pour les musulmans sunnites et l’une des dix pratiques de la foi (ou Furû’ ad-Dîn) pour les chiites duodécimains.

À la mort de Mahomet (632), l’islam commence une expansion  géographique et La Mecque prend de l’importance. Auparavant, elle n’était qu’une ville médiocre, non située sur la route de pèlerinages importants, qui ne comportait que quelques milliers d’habitants à la fin du vie siècle. Tous appartenaient à la même tribu et s’étaient établis là parce que s’y trouvait un point d’eau (un puits). Les Mecquois n’étaient ni de grands marchands ni de grands caravaniers, plutôt de petits trafiquants qui exerçaient à l’échelle locale. La Mecque attire alors davantage de nouveaux convertis venus en pèlerinage et gardera son caractère de capitale religieuse et de cité commerciale. Cependant, la ville ne sera jamais un centre politique, ni même la capitale d’un quelconque califat, y compris pendant la période ottomane.

Elle tombe quelque temps sous la domination d’Abd Allah ibn az-Zubayr, compagnon de Mahomet et neveu de sa femme Aïcha, qui refuse de faire allégeance aux Omeyyades et se proclame lui-même calife. Il est vaincu, décapité puis crucifié par Al-Hajjaj ben Yusef à l’automne 692.

À partir de la fin du ixe, la « Mecque cosmopolite devient peu à peu un bastion du hanbalisme, l’école juridique la plus rigoriste de l’islam sunnite, source originelle dont se réclament toujours la doctrine wahhabite intransigeante prônée par l’Arabie saoudite actuelle. »

En 930, les Qarmates — une secte ismaélienne originaire de l’est de la péninsule arabique qui, dénonçant les inégalités et les privilèges du califat, prêche le partage équitable des biens — se livrent, sous le commandement d’Abou Tahir, au sac de la ville sainte au cours d’un raid. Considérant le pèlerinage à La Mecque comme une superstition et la ville elle-même corrompue, ils massacrent les pèlerins et habitant puis empoisonnent la source de Zamzam avec des cadavres. Dans l’attente de l’arrivée imminente du mahdi, ils emportent la Pierre noire de la Kaaba dans leur capitale Al-Hassa82, qui ne sera restituée que vingt ans plus tard contre une rançon payée par les Abbassides.

À partir de 1201, la Mecque devient un chérifat chiite zaïdite dirigé par les hassanides (des descendants de Hassan, le petit-fils de Mahomet).

En 1349, la ville sainte est touchée par la Peste noire.

En 1517, le chérif de La Mecque, Barakat II ibn Muhammad al-Hachimi, reconnaît la souveraineté du nouveau calife ottoman Sélim Ier, mais obtient un fort degré d’autonomie locale (c’est également autour de cette période que les hassanides passent du chiisme zaïdite au rite shâfi’îte de l’islam sunnite). Cependant, la création du premier État saoudien en 1744, mais surtout la prise de La Mecque par les Wahhabites en 1803 porte un rude coup au prestige des Turcs. Ceci, jusqu’à ce que Méhémet Ali, le vice-roi d’Égypte, reprenne son contrôle en 1813. Un second État saoudien sera aussitôt créé en 1824, six années après la disparition du premier, mais ne réussira cependant pas à prendre le contrôle des deux villes saintes et s’effondrera à son tour le 24 janvier 1891, défait par l’émirat de Haïl lors de la bataille de Mulayda.

C’est à faveur du premier conflit mondial, que la révolte arabe contre la domination turque éclate en 1916. Le chérif de La Mecque, Hussein ben Ali proclame la même année l’indépendance du royaume du Hejaz à la suite de la bataille du 10 juin au 4 juillet 1916 et fait de La Mecque sa capitale. Cette année-là, Hussein Ibn Ali se déclare lui-même roi du Hejaz (reconnu internationalement le 10 août 1920) alors que son armée combat les Turcs et les expulse de la péninsule arabique, avec d’autres forces militaires arabes et celles de l’Empire britannique.

Mais cette indépendance est de courte durée puisqu’en octobre 1924 Hussein ibn Ali est vaincu lors d’une deuxième bataille (en) par Abdelaziz Al Saoud, fondateur du troisième État saoudien, l’actuelle Arabie saoudite. Le nouveau souverain supprime alors le poste de chérif de La Mecque et se proclame lui-même gardien des deux saintes mosquées.

La prise de la Mecque par Abd al Aziz ben Abd al Rahman Al Saoud en 1924 inaugure une nouvelle ère. La ville sainte dut en effet se mettre à l’heure de l’imam Abdelwahab, l’ardent théologien du XVIIIe siècle (ère chrétienne), la tête pensante et légiférante de la dynastie Séoudite (monuments rasés, pratiques cultuelles « païennes » abolies, tabac et musique bannis…). Les ressortissants des diverses obédiences minoritaires islamiques — chiites, druzes, etc. — sont tolérés dans le sens propre du terme. Ce sont des « fautifs » qu’on supporte. Le wahhabisme devient, de facto, le seul courant de l’islam à administrer et gérer la ville à compter de cette date.

Source : Wikipédia.

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