Le rat.

Le mot « rat » est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, en français, des centaines d’espèces différentes dans le monde de mammifères rongeurs omnivores, dont la queue est nue, les dents tranchantes et le museau pointu. Les rats sont le plus souvent de la famille des Muridés ou, de façon plus restrictive, du genre Rattus, lequel regroupe les espèces les plus communes : Rattus rattus, le rat noir, et Rattus norvegicus, le rat d’égout, qui a donné le rat domestique en élevage. Néanmoins, par analogie, le terme désigne aussi quelques espèces de rongeurs qui ne font pas partie de la famille des Muridés, comme le Rat palmiste, le Rat-chinchilla, etc.

L’homme étudie ces rongeurs, les utilise à son profit, les apprivoise ou bien, au contraire, les considère comme des nuisibles et cherche à les exterminer. Les rats font ainsi partie intégrante de la symbolique, de la culture et de l’histoire humaine, et de nombreuses œuvres y font référence.


Le langage courant confond longtemps rat et souris comme l’atteste par exemple la fable de La Fontaine intitulée Le Chat et un vieux rat, où l’auteur les regroupe finalement dans l’expression globale « la gent trote-menu » après avoir employé indifféremment l’un et l’autre termes.

Le mot « rat » remonterait à 1170 en tant que « nom usuel de nombreux mammifères rongeurs ».

Rat, carte maximum, Estonie, 2020.

En 1606, dans le Thresor de la langue françoyse tant ancienne que moderne, Jean Nicot associe le rat à Mus mais avant que ce genre ne soit fixé par Linné en 1758.

Dans la seconde moitié du xviiie siècle, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert définit le « rat » comme étant de l’espèce Mus domesticus, ce qui en fait un synonyme de l’actuelle souris domestique, mais décrit un animal de 14 pouces (35,56 cm), queue comprise, capable de tenir tête à un chat et nomme la souris Mus minor.

Dans sa 1re édition (1694) et les suivantes, le Dictionnaire de l’Académie française donne du « rat » une définition assez vague, précisant simplement que c’est un « animal à qui les chats donnent la chasse » et le décrivant physiquement comme « petit… au museau pointu… pieds courts… queue longue » et mentionne la différence entre « gros rat » et « petit rat ». Il décrit aussi ses mœurs : « qui ronge & mange les grains, la paille, les meubles, les tapisseries ». L’Académie précise seulement à partir de la 6e édition (1832-5) qu’il s’agit d’un « petit quadrupède de l’ordre des Rongeurs ». Définition que reprendra presque mot pour mot Émile Littré au XIXe siècle dans son Dictionnaire de la Langue Française.

Dès l’époque classique apparaissent pourtant des différenciations entre les divers « rats » : en 1606 Nicot cite le « rat d’eau », en 1668 La Fontaine distingue le « rat de ville » du « rat des champs » et en 1725 l’Académie des sciences parle du « rat musqué ». Diderot et d’Alembert, quant à eux, en plus du « rat » (la souris commune), décrivent le Rat d’Amérique (mus americanus, syn. de l’actuel rat brun), le rat des champs (mus agrestis minor, sans doute un campagnol du genre Microtus), le rat d’eau (mus aquaticus, sans doute un campagnol aquatique du genre Arvicola), le rat musqué et le rat musqué d’Amérique, le rat de Norvège (mus caudâ abruptâ, corpore fulvo, nigro, maculato), le rat oriental (mus orientalis), le rat blanc de Virginie, (mus agrestis virginianus albus) ainsi que d’autres espèces.

Au début du XIXe siècle, le terme « rat », employé seul, est encore associé au genre Mus, qui comportait à l’époque de nombreux rongeurs à présent classés ailleurs, mais il désigne surtout Mus rattus, ancien synonyme du Rat noir (Rattus rattus).

Au XXe siècle, le dictionnaire français Larousse définit toujours le terme « rat » de façon scientifiquement vague comme désignant « divers rongeurs Muridés et Cricétidés » mais précise qu’il s’applique plus particulièrement aux espèces du genre Rattus16; tandis que le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) en donne une définition un peu plus complète qui réduit la classification (« Mammifère rongeur de la famille des Muridés ») tout en indiquant que cela représente tout de même « des centaines d’espèces dans le monde » ayant les caractéristiques physiques suivantes : « longue queue écailleuse, museau pointu, deux incisives tranchantes à chaque mâchoire », des mœurs communes : « omnivore, prolifique, vorace, commensal de l’homme » et qui sont des espèces « porteuses de bactéries et de virus ».

Le « rat » désigne donc un rongeur de dimensions variées, pouvant aller du minuscule rat des moissons (Micromys minutus) au rat de Gambie (Cricetomys gambianus ), un géant en comparaison. Les caractéristiques physiques sont très diverses parmi les animaux appartenant à l’ordre des Rodentia mais ce nom vernaculaire est surtout employé pour désigner des rongeurs dotés d’oreilles rondes et d’une queue relativement longue, généralement annelée. Il s’agit le plus souvent d’un rongeur plus gros que la souris, bien que ce critère ne soit pas déterminant, puisque le rat des moissons (Micromys minutus) est également appelé souris naine.

Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre des espèces, les rats sont pour les hommes des propagateurs de maladies, notamment parmi les plus graves. Le rat intervient soit comme réservoir du microbe (bactérie ou virus ou parasite) qu’il héberge sans le transformer, soit comme hôte intermédiaire dans le cycle du parasite (qui va se transformer dans l’organisme du rat et y devenir infectieux pour l’homme). Il est alors infectieux soit par sa morsure, soit par ses déjections, ou par son sang prélevé et transmis à l’homme via un vecteur (insecte, tique). La maladie à laquelle on associe le plus le rat est, sans doute, la peste, qui est principalement propagée par le rat et transmise à l’homme par piqûres de puces d’animaux infectés. Plus facilement véhiculée par le rat noir, elle s’est répandue dans le monde en de terribles épidémies au cours de l’Histoire, on pense surtout au très connu épisode de peste noire du milieu du XIVe siècle. Néanmoins, la leptospirose, maladie bactérienne qui est parfois appelée la maladie du rat, est propagée par l’urine infectée du rat ou de la souris et semble presque toujours la source directe ou indirecte des infections humaines. D’autres maladies peuvent également être transmises par le rat comme la fièvre par morsure de rat (streptobacillose) (ou fièvre de Haverhill), le Sodoku qui en est une variante. Le rat est aussi le réservoir, unique ou non, de la méningite à éosinophiles, de la fièvre hémorragique d’Argentine, de la fièvre hémorragique vénézuélienne, de la douve de Chine, de la fièvre hémorragique coréenne, du typhus murin, et il est l’hôte intermédiaire de l’échinococcose alvéolaire.

Mais en plus de ce point de vue sanitaire, les rats sont des opportunistes et ils s’attaquent aux réserves alimentaires qu’ils dévorent et souillent de leurs déjections. Ils mettent en péril les récoltes dans certains pays tropicaux32 et peuvent causer des déséquilibres écologiques. Pour un grain dévoré par le rat brun, 10 à 15 grains sont souillés et rendus inconsommables.

De même, du fait de l’introduction du rat brun, du rat noir et du rat polynésien, dans 82 % des archipels mondiaux et au vu de leur caractère invasif, ils occasionnent de nombreux bouleversements dans les écosystèmes insulaires et contribuent également à l’éradication de certaines espèces animales. Ces trois espèces de rats (Rattus exulans, Rattus norvegicus et surtout Rattus rattus) sont reconnues comme invasives, elles font partie des 100 espèces les plus invasives d’après l’UICN. Ils peuvent devenir une menace pour l’équilibre écologique et les espèces locales, surtout lorsqu’ils colonisent une île.

Pour éviter tous les problèmes apportés par les rats à l’état sauvage, des campagnes de dératisation sont organisées par les autorités dans de nombreux pays. Elles visent à réduire les populations de rats et ainsi à diminuer le risque sanitaire.

Depuis longtemps, l’homme essaye d’empêcher le rat de proliférer. Au fil du temps différentes méthodes ont été déployées. Dans les habitations, le chat ou certains chiens sont utilisés depuis toujours pour empêcher la prolifération de ces rongeurs. Dans l’Égypte ancienne, on se sert déjà des chats pour combattre les rats. Les Vénitiens ramenèrent d’Égypte et de Syrie des galères pleines de chats ratiers afin d’éradiquer les rats dans la lagune et par là même de combattre la peste. Vers 1727, avec l’invasion massive du rat gris (surmulot ou rat d’égout), les chiens ratiers, comme le Affenpinscher, prennent la place des chats en Europe. Alors qu’au Moyen Âge, les massacres de chats n’ont fait

qu’accélérer la propagation des rats noirs dont les puces étaient porteuses de la peste bubonique, les fonctionnaires municipaux de Londres ont répété la même erreur environ 300 ans plus tard. De nos jours, on emploie surtout la mort aux rats, le gaz ou encore les pièges (plus écologiques et rapides), pour éliminer les indésirables. Cependant, les rats sont dotés d’un odorat très développé qui leur permet d’éviter les pièges mis en place par les humains. Et ils communiquent avec des ultrasons, dont la fréquence est trop élevée pour être audible pour l’oreille humaine. Dès qu’ils sentent un danger, ils préviennent les autres rats.

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