Ville de Tulle (Corrèze).

Tulle est une commune du Sud-Ouest de la France, préfecture du département de la Corrèze dans la région Nouvelle-Aquitaine. Les habitants de la ville sont appelés les Tullistes (ou Tullois).

Surnommée « la ville aux sept collines », la cité a construit sa renommée sur le développement de son industrie et de son artisanat : elle est devenue l’un des centres de fabrication de la dentelle (avec son festival international), des armes (Manufacture d’armes) et de l’accordéon (Accordéons Maugein).

Étirée sur plus de trois kilomètres dans l’étroite et tortueuse vallée de la Corrèze, Tulle étage ses vieux quartiers au flanc des collines dominant la rivière, tandis qu’émerge, du cœur de la cité, l’élégant clocher de pierre de la cathédrale Notre-Dame.


Tulle, carte maximum, 21/06/2003.

Les origines de la ville sont encore aujourd’hui sujettes à débat mais il semblerait que l’actuel puy Saint-Clair, un éperon rocheux aux pentes abruptes séparant la vallée de la Corrèze de celle de la Solane, ait constitué un emplacement idéal pour l’établissement d’un oppidum gaulois. Depuis longtemps, il semblerait que la ville ait été un carrefour important sur la route entre Armorique et Méditerranée et sur celle entre Aquitaine et Massif central qui toutes deux franchissaient la Corrèze par un gué en ce lieu.

Avec l’occupation romaine, le lieu aurait été aménagé en nécropole et un temple en l’honneur de Tutela, puissance divine romaine à laquelle on confiait la protection des personnes, des choses et surtout des lieux, aurait été bâti. C’est de cette déesse romaine, protectrice des voyageurs qui empruntaient le gué, que proviendrait le nom de la ville. Le temple de Tutela devait se trouver dans le quartier du Trech, dont le nom désigne la traversée d’une rivière. Le réel pôle urbain de la région se déplaça quelques kilomètres au nord, sur la commune de Naves et le site de Tintignac, devenu lieu de croisement entre les voies romaines reprenant les anciens itinéraires de l’époque celte.

L’époque mérovingienne aurait vu la christianisation de la ville et l’établissement de trois lieux de culte dédiés à saint Martin, saint Pierre et saint Julien. La ville n’entre officiellement dans l’Histoire qu’avec la transformation au VIIe siècle de l’église dédiée à saint Martin en un monastère sous l’impulsion de Calmine, déjà fondateur du monastère de Mozat en Auvergne. Autour des lieux de culte commencent à se grouper les habitants du pays et Tulle redevient un pôle urbain, un statut perdu depuis la conquête romaine.

La ville est pillée à plusieurs reprises par les Vikings, bien que située à plusieurs centaines de kilomètres de la mer, et c’est à l’occasion de l’un de ces saccages, en 846, que le premier monastère est détruit. Pour prévenir les habitants de la ville de l’arrivée des Vikings, un poste de surveillance est bâti sur un promontoire rocheux à Cornil, à quelques kilomètres en aval de la Corrèze. Le lieu était pourtant considéré comme sûr par beaucoup d’églises de la côte atlantique qui y avaient envoyé leurs reliques pour les préserver des pillages, notamment celles de saint Clair, de saint Lô ou de saint Baumard. Le monastère est par la suite reconstruit mais disparaît au XIe siècle. En 1989, des fouilles entreprises sous la nef de l’actuelle cathédrale ont permis de dégager les vestiges d’une absidiole datant de l’époque carolingienne ainsi qu’un portail polylobé d’influence mozarabe.

De nouvelles constructions sont entreprises pour l’abbaye, désormais dédiée à saint Martin et convertie à la règle bénédictine au XIe siècle. En visite à Tulle en 1095, le pape Urbain II lui accorde sa protection. La première pierre de la nouvelle abbatiale est posée en 1130 mais l’édifice n’est terminé que deux siècles plus tard. La flèche du XIIe siècle culmine à une hauteur de 75 mètres, faisant d’elle la plus haute du Limousin. En 2005, lors de la construction aux abords de la cathédrale, des fouilles ont permis la mise au jour du mur nord de l’église médiévale de Saint-Julien, la découverte d’un cimetière et de 3 sarcophages en granit datant du Haut Moyen Âge. Par ailleurs, on peut toujours admirer le cloître gothique, le seul conservé en Limousin.

En 1317, le pape Jean XXII crée le diocèse de Tulle en détachant cinquante-deux paroisses du diocèse de Limoges et l’abbatiale devient cathédrale. Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais prennent la ville en 1346 avant d’en être chassés un mois plus tard par le comte d’Armagnac, subissant coup sur coup deux sièges éprouvants au cours desquels les habitants sont réduits à la famine. En 1370, la ville prend le parti du roi de France, Charles V, ce qui lui vaut une exemption d’impôts et l’anoblissement de plusieurs familles bourgeoises. Mais en 1373, le duc de Lancastre se présente devant la ville et exige qu’on lui en ouvre les portes, et, en l’absence de quelconque commandement, c’est une assemblée représentative de la population qui est réunie et qui décide de s’exécuter pour se prémunir d’un nouveau saccage. Le pardon du roi de France pour cette trahison a lieu en 1375.

La peste noire touche la ville en 1348 et, le soir du 23 juin, dans le désespoir, les autorités de la ville décident de défiler derrière une statue de saint Jean pour faire cesser ce qui était considéré comme un fléau divin. La peste cessant peu après, les Tullistes promirent de renouveler cette procession tous les ans, elle est encore aujourd’hui perpétuée et appelée “procession de la Lunade”.

Au début du XVe siècle, la ville est victime de ceux que l’on appelle les “routiers”, des brigands comme Jean de La Roche qui incendia la ville en 1426 ou Rodrigue de Villandrando à qui la ville dut verser une forte rançon afin d’être épargnée en 1436. En 1430, l’évêque reconnaît le pouvoir de trente-quatre prud’hommes, aussi appelés “boniviri” et dotés de pouvoirs militaires et financiers mais qui s’occupaient en réalité des affaires de la communauté de façon officieuse depuis le XIIIe siècle. En 1443, Charles VII réunit à Tulle les États généraux du Bas-Limousin.

La ville est divisée entre l’Enclos, le quartier autour de l’abbatiale où résident les nobles, les bourgeois et les clercs, et la ville haute, où réside la plus grande partie de la population, autour du château, située sur le puy Saint-Clair et qui se caractérise, toujours aujourd’hui, par ses ruelles étroites et pentues, parfois en escaliers. Au XIVe siècle, plusieurs familles nobles (Saint-Martial de Puy-de-Val, Rodarel de Seilliac…) commencent à étendre la ville sur la rive gauche de la Corrèze, en face de la Cathédrale, dans le quartier de l’Alverge, sur la route de l’Auvergne. Le XVe siècle voit la ville s’étendre à l’extérieur de ses remparts, dans des faubourgs situés le long des routes vers l’Aquitaine et le Midi (la Barrière et le Pilou), vers Limoges et Paris (la Barussie, le Trech, le Fouret, la Rivière) et vers l’Auvergne (l’Alverge et le Canton).

L’abbaye est pratiquement désaffectée avec la sécularisation de 1514. L’évêque se fait construire un château et le réfectoire devient le siège du tribunal. En 1566, le roi Charles IX dote la ville d’une mairie et d’un consulat venant définitivement réduire le pouvoir de l’évêque.

Au cours des guerres de Religion, Tulle tient pour les catholiques ; la ville résiste une première fois aux huguenots en 1577, mais les troupes du vicomte de Turenne prennent une sanglante revanche en 1585. Ils mettent la ville à sac et la dévastent, après un assaut que le poète protestant Agrippa d’Aubigné a relaté.

Au XVIe siècle, les nobles et bourgeois de Tulle se livrent à une véritable compétition architecturale dont subsistent aujourd’hui des bâtiments aux façades finement ouvragées dans un style Renaissance comme l’hôtel de Lauthonye (1551), l’hôtel de Ventadour ou la maison Loyac aussi surnommée « maison de l’Abbé » et décrite par Prosper Mérimée en 1838. Au XVIe siècle, un collège fut créé et en 1620, l’enseignement fut confié aux Jésuites. En 1670, la ville fut dotée d’un hôpital général.

De nombreuses congrégations religieuses s’installent dans la ville, les Récollets (1601), les Clarisses (1605), les Feuillants (1615), les Ursulines (1618), les Bernardines (1622), les Visitandines et les Carmes (1644) ainsi que les Bénédictines en 1650. En 1705, la sœur Marcelline Pauper fonde à Tulle une maison de la congrégation des Sœurs de la Charité de Nevers, pour soulager la misère du peuple et apprendre à lire aux enfants.

À partir du XVIIe siècle, de nouvelles activités économiques apparaissent, les moulins sur la Corrèze et la Solane servant ainsi à produire du papier par exemple. L’artisanat de la dentelle se développe et le « poinct de Tulle » se développe jusqu’à voir sa renommée devenir mondiale, le tulle étant fréquemment utilisé pour les robes de mariées notamment. C’est aussi le début de l’industrie de l’armement à Tulle avec l’établissement d’une manufacture en 1691 résultant de la collaboration entre le maître-arquebusier Pauphile et le financier Fénis de Lacombe. La fabrique d’armes à feu deviendra manufacture royale en 1777.

Les mutilations de la cathédrale et des bâtiments abbatiaux seront très importantes pendant la Révolution car, converties en manufacture d’armes, toutes les ferrures, y compris les fers de soutènement de la coupole, sont arrachés pour récupération, ce qui provoque l’effondrement de la coupole, du chevet, du transept et de la galerie nord du cloître en 1796. Le palais épiscopal, deux églises paroissiales et plusieurs chapelles dans les faubourgs sont détruites au cours de la Révolution. L’église est rouverte au culte en 1803 mais ne retrouvera son titre de cathédrale qu’en 1823 tandis que la coupole ne sera jamais reconstruite, la nef étant simplement close et l’espace dégagé servant à l’aménagement d’une promenade le long de la Corrèze sur l’actuel quai Edmond-Perrier.

Au cours du XIXe siècle, la physionomie de la ville de Tulle évolue beaucoup. Le quartier de Souilhac accueille la gare en 1871 et la ville est alors reliée au réseau national de chemin de fer via Brive-la-Gaillarde. En parallèle, ce quartier accueille de nouvelles industries, notamment la manufacture d’armes à feu. En 1886, celle-ci est nationalisée et s’installe dans le nouveau quartier de Souilhac, le long de la Céronne, une rivière qui lui fournira de l’électricité avec la construction d’une centrale hydroélectrique en 1888. À partir de 1917, les trains passant sur les voies toutes proches alimenteront la centrale thermique en charbon au niveau de l’actuel Centre socio-culturel. Jusqu’à 5 000 employés vont travailler à la “Manu'” comme on la surnomme alors. Véritable poumon économique de la ville, elle influe sur la composition sociale de la population tulliste qui se teinte d’une forte coloration ouvrière.

La jonction urbaine entre le quartier ouvrier de Souilhac et le quartier historique de la Cathédrale se fait par l’urbanisation de l’actuelle avenue Victor-Hugo. Comme dans beaucoup d’autres villes françaises inspirés par les rénovations du baron Haussmann à Paris, la fin du XIXe siècle voit la ville s’ouvrir avec notamment le percement de l’actuelle avenue du Général-de-Gaulle dans le quartier du Trech ou l’agrandissement de la place de la Cathédrale. Des travaux sont entrepris au même moment pour limiter les fréquentes inondations et assainir la ville en enfouissant la Solane qui coulait jusqu’alors aux pieds des bâtisses. La ville se dote aussi de nouveaux bâtiments publics incombant à son rôle de préfecture et de principale ville du département avec par exemple la construction de la Mairie (ancien évêché), de la Préfecture, de l’Hôtel Marbot (ancien Grand Séminaire), du Palais de Justice, de la Poste, de la Halle-Gymnase (actuelle salle Latreille) et du Lycée Edmond-Perrier dont beaucoup dans un style Art nouveau. Achevé en 1899, le Théâtre est un monument d’Anatole de Baudot, la première réalisation de ce genre au monde en ciment armé. À partir du début du XXe siècle, la ville commence à s’étendre sur les très escarpés versants de la vallée et l’urbanisation s’étend.

Tulle devient une ville de garnison à partir de 1841 où un régiment d’infanterie s’installe dans l’ancienne caserne située sur le Champ-de-Mars, à l’emplacement actuel de la Cité administrative, le long de la Corrèze. À la fin du XIXe siècle, la caserne de la Botte est construite et le couvent des Récollets est transformé en caserne. En 1912, le Grand Séminaire devient l’Hôtel Marbot (actuel Conseil général) et accueille en son sein l’École des Enfants de Troupe.

De 1917 à 1922, la ville de Tulle est le théâtre d’une dramatique affaire de mœurs sociales, dite Affaire du corbeau de Tulle, source d’inspiration en 1943 pour le film Le corbeau, de Henri-Georges Clouzot.

Grande terre de résistance, la Corrèze est victime depuis le début de l’année 1944 d’une sévère répression des autorités allemandes dont sont aussi victimes les civils. Le 7 juin 1944, les FTP dirigent une première attaque sur la ville au cours de laquelle les nazis abattent 18 garde-voies à la gare. Le 9 juin 1944, les SS de la division Das Reich commandée par le général Lammerding rentrent dans Tulle, libérée la veille par les FTP. Par rétorsion et pour terroriser la population d’une des « capitales du maquis », les SS procèdent à une rafle de 3 000 hommes dans la ville qu’ils réunissent dans la manufacture d’armes. Cent hommes sont désignés parmi les raflés, 99 d’entre eux sont ensuite pendus aux balcons de la ville. Les nazis désignent ensuite 149 autres hommes en vue d’être déportés : 101 vont en périr. Le lendemain, le 10 juin 1944, cette même division SS commet le massacre d’Oradour-sur-Glane.

Lammerding, général responsable des deux massacres de Tulle et Oradour, n’a jamais été extradé en France par l’Allemagne, bien que condamné. Tous les 9 juin, une grande procession d’hommage est organisée entre la place de la Gare, puis celle de Souilhac — autour de laquelle furent pendus les otages — et le champ des Martyrs, la décharge sur la route de Brive où leurs corps furent jetés.

Après le putsch des généraux du 21 avril 1961, la prison de Tulle accueille dix-huit responsables militaires putschistes dont les quatre généraux instigateurs Raoul Salan, Edmond Jouhaud, Maurice Challe, André Zeller, ceux-ci ayant tenté un coup d’État en réaction à la politique du président Charles de Gaulle et de son gouvernement sur l’Algérie française. Ont également été emprisonnés à Tulle, Hélie de Saint-Marc, Jean-Louis Nicot, Jacques Faure, le Capitaine Georges Masselot et Pierre Guillaume. Salan, le dernier occupant, est amnistié le 15 juin 1968 par de Gaulle à la suite des événements de mai 68.

En 1972 la ville accueille l’annexe de École d’Enseignement Technique de l’Armée de Terre (EETAT). Au quartier Marbot sont formés les électromécaniciens et à la Bachellerie les comptables et mécaniciens monteurs. En 1977, ouvre une annexe de l’École Nationale Technique de l’Armée de Terre (ENTSOA) qui fermera en 1984. Elle est remplacée, en 1983, par l’École de gendarmerie de Tulle, implantée dans la caserne de la Bachellerie et qui accueille aujourd’hui environ 1 100 élèves gendarmes.

Aujourd’hui, Tulle, préfecture de la Corrèze et évêché, n’est plus le siège d’une manufacture d’armes. Jusque dans les années 1980, celle-ci avait été le premier employeur du Limousin mais l’entreprise publique Giat Industries, devenue Nexter, a opéré de multiples restructurations au cours des dernières décennies jusqu’à réduire le site historique de production de Tulle à 120 employés. Un musée des armes a été créé en 1979 par le personnel de la manufacture.

Depuis 1973, le centre-ville est doté d’une tour, la tour de la cité administrative, composée de 22 niveaux et d’une hauteur de 86 m (côté rivière).

En 1996, Tulle a accueilli l’arrivée d’une étape du Tour de France partie de Super-Besse (Puy-de-Dôme). Tulle avait déjà accueilli une arrivée d’étape du Tour en 1976 (étape Ste Foy la Grande – Tulle) remporté par le Français Hubert MATHIS. Cette étape avait également vu l’abandon de Bernard Thévenet.

Le 6 mai 2012, le président nouvellement élu, François Hollande, maire de Tulle entre 2001 et 2008, prononça son premier discours en tant que président de la République française sur la place de la Cathédrale auquel ont assisté plusieurs milliers de personnes dont quelque 400 journalistes français et étrangers et plusieurs hélicoptères.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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