“The Doors”, groupe de rock.

The Doors (littéralement en français « Les Portes ») est un groupe américain de rock, originaire de Los Angeles, en Californie. Il est formé en juillet 1965 et dissous en 1973, deux ans après la mort du chanteur Jim Morrison en 1971.

Malgré une existence plutôt brève, The Doors est l’un des groupes les plus marquants et les plus fascinants de l’histoire du rock, et sa musique a influencé de nombreux artistes. Très populaires pendant leurs années d’activité grâce à des titres comme Break on Through (To the Other Side) ou Light My Fire, les quatre musiciens connurent cependant une plus grande popularité après leur dissolution notamment en raison du culte voué à leur chanteur, Jim Morrison, poète et créateur charismatique, dont la vie tumultueuse et la mort précoce ont contribué à créer la légende. Les Doors ont vendu plus de 32,5 millions d’albums aux États-Unis et plus de 100 millions à travers le monde.

Affilié à la scène du rock psychédélique, le groupe s’est distingué par une musique protéiforme et assez particulière, empruntant à la fois au blues (Cars Hiss by My Window), à la pop (Touch Me), au funk (Peace Frog), au jazz5 (Shaman’s Blues) mais aussi au flamenco (Spanish Caravan), et à l’opéra (Alabama Song), et profondément influencée par l’art et la poésie en particulier. Toutes ces caractéristiques ont fait des Doors un groupe « culte » qui a inspiré de nombreux artistes.

Les Doors sont introduits au Rock and Roll Hall of Fame en 1993.


La formation des Doors résulte de la rencontre entre deux étudiants diplômés de l’UCLA, Jim Morrison et Raymond (Ray) Manzarek. Le 8 juillet 1965, Morrison retrouve Manzarek sur une plage de la côte californienne, à Venice et lui fait écouter quelques textes qu’il a écrits dont Moonlight Drive, My Eyes Have Seen You et Summer Almost Gone. Frappé par leur intensité lyrique, Ray Manzarek propose à Morrison de former un groupe de rock mettant en musique ses textes, et Jim accepte aussitôt. Ray Manzarek l’intègre alors au groupe Rick and the Ravens dans lequel il évolue comme organiste aux côtés de ses frères, Rick et Jim. Le groupe se composait donc à l’origine de Jim Morrison au chant, Ray Manzarek aux claviers, Rick Manzarek à la guitare, Jim Manzarek à l’harmonica, Patricia Sullivan à la basse et Vince Thomas à la batterie. Sur une proposition de Jim Morrison, ils choisirent de s’appeler The Doors. Ce nom renvoie à un livre d’Aldous Huxley, The Doors of Perception, où l’auteur narre son expérience des drogues, titre lui-même inspiré d’un vers du recueil de poèmes Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, de William Blake : « Si les portes de la perception étaient purifiées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est : infinie. » Rapidement, Vince Thomas quitte le groupe qui doit donc trouver un nouveau batteur.

C’est au cours d’une conférence sur la méditation transcendantale que Ray Manzarek rencontre le batteur John Densmore ; celui-ci avait payé 35 dollars pour un mantra personnalisé. « Il n’y aurait pas eu les Doors sans Maharishi » dit Densmore, qui se rappelle le gourou, « ce mec androgyne sorti de petits contes de fées étranges » et de qui émanait une « vibration d’amour palpable ». John Densmore, alors batteur de The Psychedelic Rangers, impressionné par le charisme de Morrison et le potentiel « commercial » de ses textes, rejoint The Doors en août 1965. Le groupe, qui abandonne le nom de Rick and the Ravens pour The Doors, entre alors en studio pour enregistrer une démo de six titres : Moonlight Drive, My Eyes Have Seen You, Hello I Love You, Summer’s Almost Gone, End of the Night et Go Insane (A Little Game). La session de trois heures a lieu le 2 septembre 1965 dans les studios World Pacific Jazz et elle clôt le contrat de Rick and the Ravens avec Aura records. La démo est alors pressée en une poignée d’acétates, que le groupe utilise aussitôt pour démarcher auprès des maisons de disques, mais elle n’a jamais été éditée sur disque vinyle ou cassette audio à l’époque.

Morrison, carte maximum, Allemagne.

Déçus par la direction musicale que prend le groupe, les deux frères de Ray le quittent. John Densmore conseille à Jim et à Ray un guitariste de blues et de flamenco, qui assiste aussi au cours de méditation transcendantale : Robby Krieger. En septembre 1965, Krieger, qui avait joué avec John Densmore dans les Psychedelic Rangers, intègre définitivement The Doors, dont la constitution est ainsi quasi achevée. Krieger n’est pas qu’un guitariste, c’est un compositeur de talent : c’est lui qui écrira certains des plus grands succès de The Doors, comme Light My Fire ou Love Me Two Times. À peu près à la même époque, la bassiste Pat Sullivan, qui avait enregistré quelques démos avec The Doors, quitte à son tour le groupe. Ray Manzarek découvre alors le clavier-basse Fender Rhodes, dont le son remplace la basse. The Doors n’embaucheront désormais plus aucun bassiste du vivant de Morrison pour jouer sur scène (même s’ils feront par la suite appel à de multiples bassistes lors de leurs sessions d’enregistrement).

Pendant l’automne 1965, les membres du groupe démarchent plusieurs maisons de disques et, en octobre, finissent par séduire Columbia, avec qui le groupe signe un contrat d’essai de six mois, résilié avant terme, non sans avoir obtenu, en décembre, que la maison de disques accepte de payer le clavier-basse Fender Rhodes de Ray. Fin février 1966, The Doors auditionnent dans un bar de Los Angeles, The London Fog, où ils commencent à jouer immédiatement, quatre nuits par semaine (puis six), à raison de cinq sets par nuit, jusque début mai. Puis ils décrochent en mai 1966 un nouveau contrat avec le Whisky a Go-Go, un autre bar branché de Los Angeles. Ils y assurent notamment les premières parties du groupe irlandais Them, dont le chanteur Van Morrison (aucun lien de parenté) a une influence considérable sur Jim : le peu d’importance que Van accorde à un public qu’il insulte régulièrement et son penchant pour la boisson marquent à vie Jim et les autres membres du groupe, qui reprennent ensuite régulièrement sa chanson Gloria. Ces débuts difficiles permettent au groupe de se forger une expérience scénique solide, de maîtriser de nombreuses reprises et de tester leurs propres compositions.

Le 18 août 1966, le groupe signe un contrat initial avec la maison de disques Elektra (représentée par Jac Holzman), qui sera suivi en novembre d’un contrat définitif mentionnant notamment l’enregistrement de sept albums. Le 21 août, lors d’une prestation en résidence au Whisky a Go Go, Jim Morrison, qui a avalé du LSD, et sans doute inspiré par les écrits de Freud sur le complexe d’Œdipe, improvise des paroles sur la section musicale centrale de sa chanson The End : « Father. Yes son? I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long » (« Père. Oui fils ? Je veux te tuer. Mère, je veux te baiser toute la nuit »). Scandalisé, le patron du club jette le groupe dehors sans même leur laisser le temps de terminer le morceau. Ce premier incident inaugure une longue série de provocations transgressives : elles deviennent caractéristiques des Doors et contribuent à forger la légende de Jim Morrison.

Au cours du mois de septembre 1966, The Doors enregistrent leur premier album, sobrement intitulé The Doors. L’album, malgré des sessions qualifiées de « chaotiques » par Robby Krieger, est achevé en un mois grâce au professionnalisme acquis par le groupe.

Ce premier album est caractérisé par un son unique résultant de la combinaison du style virevoltant de Manzarek à l’orgue Vox continental, des tonalités jazz de Densmore et des réminiscences de flamenco et de musique indienne apportées par Krieger. Il s’ouvre sur un morceau bref et très rythmé (inspiré de la Bossa-Nova brésilienne), Break on Through (To the Other Side), à valeur de manifeste puisqu’il invite à dépasser les apparences banales et à passer « de l’autre côté » par l’usage de la drogue. Pour promouvoir la chanson, sortie en single en janvier 1967, le groupe décide de sortir un clip tourné en novembre 1966, chose assez rare pour l’époque. Ils sont également le premier groupe à avoir la promotion de leur album sur un grand panneau d’affichage du Sunset Strip. L’album comprend également des titres où la musique met en valeur la qualité poétique des paroles de Morrison (Soul Kitchen ; The Crystal Ship), des chansons plus légères correspondant mieux à l’esprit « rock ‘n roll » inspiré par l’insouciance (Twentieth Century Fox ; I Looked at You), et des reprises : Alabama Song (qui est tirée de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Kurt Weill, sur des paroles de Bertolt Brecht) et Back Door Man, un blues de Willie Dixon. Le disque s’achève dans la longue composition The End, dont l’atmosphère troublante s’intensifie grâce aux paroles tour à tour mystérieuses (Weird scenes inside the gold mine, Scènes étranges dans la mine d’or), évocatrices (Ride the snake/To the lake/The ancient lake, « Chevauche le serpent/Jusqu’au lac/Le lac primordial ») et scandaleuses (la fameuse « section œdipienne », maintenue textuellement sur l’album).

Si l’album paraît le 4 janvier 1967, les critiques sont d’abord peu  enthousiastes. Break on Through (To the Other Side) (avec en face B End of the Night), n’arrive pas à percer dans les charts, n’atteignant que la place 126 des charts Américains (Robby Krieger parlera même de « flop »16). Au cours du printemps, Richard Goldstein rédige un article élogieux où il écrit, à propos de The End : « quiconque conteste la notion de littérature rock devrait méditer sur cette chanson ». Pendant ce temps, The Doors continuent à se produire sur scène principalement en Californie, et notamment à San Francisco, où ils partagent l’affiche avec le Grateful Dead et le Jefferson Airplane

Le succès est finalement au rendez-vous au printemps 1967, avec la sortie du single Light My Fire. The Doors ré-enregistrent ce titre présent sur l’album pour finalement garder la version originale. Les paroles sont de Robby Krieger, et non de Jim Morrison (comme ce que croient beaucoup de personnes) et le morceau sera réduit de six à trois minutes afin de pouvoir être sorti en single en avril. Le succès est immédiat : dès le 29 juillet, Light My Fire, véritable hymne à l’amour fou, atteint le n° 1 du Billboard et y reste pendant trois semaines, devenant le titre culte de The Doors. Le groupe est alors acclamé à la fois par la presse adolescente (notamment 16) mais aussi par la presse intellectuelle « sérieuse » (Newsweek, Time, Vogue, etc.), séduite par la qualité lyrique des paroles de Morrison. Il n’était guère fréquent de trouver un groupe de rock qui citât Blake, Brecht ou Freud. Le 17 septembre 1967, The Doors se rendent à New York pour passer dans la très populaire émission télévisée Ed Sullivan Show où ils interprètent notamment Light My Fire. La direction d’antenne exige cependant qu’ils modifient le vers « we couldn’t get much higher » (« on ne pourrait pas planer plus haut ») susceptible de choquer l’Amérique bien-pensante. Morrison ne respectera pas les souhaits de la chaîne. Le groupe ne sera plus jamais invité à l’émission par la suite19. C’est pendant ce séjour à New York que Joel Brodsky réalise les célèbres photos de Jim Morrison torse nu. Ces photos vont énormément contribuer à façonner l’image d’éphèbe de Morrison et à populariser The Doors aux États-Unis.

En octobre 1967, l’album The Doors et le single Light My Fire deviennent tous deux disques d’or. La sortie, au même moment, du deuxième album, Strange Days, contribue à maintenir le groupe sur le devant de la scène. Certains trouveront ce disque beaucoup moins bon que le premier, d’autres y verront une réponse au Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles.

Quoi qu’il en soit, Strange Days exprime, au travers de plusieurs titres, une sensation de malaise, de perte d’identité, de solitude, qui s’accentue au fil de l’album. Strange Days commence l’album et rapporte une idée de jours étranges, comme une histoire d’amour en perdition. You’re Lost, Little Girl accentue cet aspect en plus de montrer la fin de la relation tumultueuse. Love Me Two Times serait comme une (re-)demande d’un amoureux à son amour parti et perdu. Malgré tout, le titre reste parmi les plus romantiques et célèbres du groupe. Unhappy Girl laisse percer un sentiment d’urgence et d’imminence, comme Horse Latitudes, poème musical strident qui se teinte même d’agressivité. Sur le titre culminent des impressions de mort. Le poème, écrit par Jim Morrison pendant ses dernières années de lycée, décrit l’épouvante de chevaux jetés à la mer par des marins pour alléger leur navire. Le disque continue et laisse une meilleure impression grâce à des chansons comme Moonlight Drive ou My Eyes Have Seen You. Malgré le fait que People Are Strange rythme l’histoire, le disque s’achève avec un goût amer (I Can’t See Your Face In My Mind) et, comme le premier opus, sur une longue composition presque apocalyptique. Avec en introduction le riff de Ray Manzarek, sur son VOX Continental, When the Music’s Over, où Morrison exprime, sous sa forme la plus ramassée et la plus dense, la révolte de la fin des sixties contre le puritanisme américain : « Nous voulons le monde et nous le voulons… MAINTENANT ! » Enfin cet album restera célèbre pour son côté très psychédélique.

L’identité complexe de The Doors séduit des foules toujours plus  nombreuses de jeunes Américains qui se reconnaissent dans la révolte exprimée par la musique et les paroles du groupe, laquelle s’inscrit dans un mouvement plus ancien et plus général de protest song. Par ailleurs, Jim Morrison pose pour de nombreux magazines, et son physique avantageux fait de lui un sex-symbol aussi adulé que James Dean ou Marilyn Monroe. À cela s’ajoute sa réputation sulfureuse de drogué dionysiaque, d’alcoolique notoire et de poète maudit. Mais ce sont surtout les performances scéniques de Morrison qui conduisent le groupe à une incroyable notoriété.

Le 28 avril 1969, apparait un Jim Morrison barbu et sans ses pantalons en cuir lors de l’émission Critique sur la chaîne PBS. La chaine avait séduit Jim et les autres Doors pour les faire jouer de nouveau ensemble. Jim aimait le concept de ne pas censurer les chansons à la télévision (Sa chanson Build Me a Woman contenant des paroles vulgaires). Le groupe donnera le meilleur de lui-même ce jour-là. Le lendemain, le groupe donnera une interview pour la chaîne. Jim y prédit l’avenir de la musique : « I can envision one person, with tapes and electronic set-ups, singing or speaking and using machines » (« Je peux prévoir (/envisager) une personne, avec des bandes électromagnétiques et des configurations électroniques, chantant ou parlant et utilisant des machines »). Et c’est en juin que le groupe reprend les concerts aux États-Unis. Mais c’est en juillet que le groupe réalise une de ses meilleures performances, voulant enregistrer un album live, le groupe se produira pour deux sets le 21 juillet 1969 et une répétition le lendemain au Aquarius Theatre à Los Angeles. Mais la production du groupe trouve qu’il n’y a pas le matériel suffisant pour un album live et décide d’enregistrer de nouveaux concerts.

Le 13 septembre 1969, les Doors sont les têtes d’affiches du Toronto Rock and Roll Revival qui se tient au Varsity Stadium de Toronto devant plus de 20 000 personnes. À cette occasion, ils croisent notamment Alice Cooper, Chicago, Eric Clapton, John Lennon (dont c’est le premier concert sans les Beatles) et son Plastic Ono Band. Avant d’entamer leur dernier morceau The End, Jim rend hommage à Bo Diddley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard et Gene Vincent, qui ont précédé le groupe ce jour-là en déclarant à l’audience : « Je me souviens que gamin, quand le rock and roll est apparu, ce fut pour moi une expérience vraiment libératrice. Cela m’a violemment ouvert à d’étranges et nouvelles catacombes de sagesse dont je ne voyais aucun équivalent autour de moi. Et ce soir, ce fut réellement un grand honneur de partager la même scène avec tant d’illustres génies musicaux. »

Le groupe commence, courant septembre, à enregistrer un cinquième album. Morrison Hotel paraît en février 1970 avec un groupe au mieux de sa forme. Militant pour les engagements typiques du mouvement hippie (Ship of Fools traite de la dégradation de l’environnement), l’album renoue musicalement avec une tradition rock plus classique (Roadhouse Blues) traitant des thèmes comme l’amour (You Make Me Real ; Queen of the Highway ; Blue Sunday ; Indian Summer), sans abandonner des compositions plus élaborées aux paroles portant le lyrisme caractéristique de Morrison (Waiting for the Sun ; Land Ho!), ainsi que le sentiment de malaise qui dominait Strange Days (Peace Frog ; The Spy). Le disque reçoit des critiques extrêmement élogieuses, lesquelles n’hésitent pas à parler du « retour » de The Doors. Mieux encore, Morrison est l’auteur de toutes les compositions de l’album (certaines coécrites avec Krieger), ce qui le fera renouer avec son amour pour la poésie, qui commence à prendre de plus en plus de place dans sa vie.

Le groupe, privé de concerts à cause de l’incident de Miami, n’a plus qu’une envie : retrouver la scène. Ils décident d’organiser une mini-tournée de 2 mois (janvier et février) pendant laquelle ils joueront presque la totalité de leur nouvel album (éliminant certaines de leurs compositions comme Waiting for the Sun, Queen of the Highway et Indian Summer jugées pas assez adaptées à la scène par le groupe). Le groupe arrive à New York pour les premières répétitions de la tournée et les premiers concerts. Il est su de cette période que Jim Morrison voit beaucoup la journaliste Patricia Kennealy durant les répétitions notamment. Les concerts commencent dans une salle réorganisée dans le Madison Square Garden, que l’on nommera par la suite Felt Forum, Morrison préférant les petites audiences plutôt que les gros concerts dans les stades. La tournée se poursuivra notamment à San Francisco, Long Beach, Cleveland et Chicago. En mars-avril 1970, les Doors ont même des idées pour une tournée au Japon et ce avec l’aide la compagne de Ray Manzarek, elle-même japonaise. Mais cette idée oppose de nouveaux conflits au sein du groupe qui préfère jouer en Amérique du Nord.

En mars 1971, Jim Morrison s’installe avec sa compagne Pamela Courson à Paris. En liberté conditionnelle en attente du verdict de la Cour d’appel à la suite de l’affaire du concert de Miami, son départ vers la France est illégal. Jim Morrison espère pouvoir oublier l’Amérique, sa propre image de rock star, pour se concentrer sur sa création poétique. Il souhaite également décrocher de ses addictions à l’alcool et à la cocaïne. Sa santé est, à ce moment, préoccupante : il est sujet à des quintes de toux dues à une pneumonie, crache du sang et boite après une chute au Château Marmont à Los Angeles. Après les décès tragiques de Brian Jones, Jimi Hendrix et Janis Joplin, il se désigne volontiers comme le suivant de la liste. Mais pour lui, Paris est la ville lumière, la patrie de nombreux écrivains qui l’ont influencé, la terre d’asile d’Henry Miller et d’Ernest Hemingway. Jim Morrison est à la recherche d’un nouveau départ, d’un nouveau souffle. Il s’installe un temps à l’hôtel Georges V avant de trouver une location au 17, rue Beautreillis. À Paris, Jim Morrison passe ses journées à errer dans les rues, fréquente les cafés et fait la connaissance d’un journaliste de Best, Hervé Muller. Il renoue aussi des relations avec Alain Ronay, un étudiant français qu’il avait connu à l’UCLA. Néanmoins, il garde contact avec les Doors et la musique. Lorsque John Densmore lui apprend au téléphone que leur dernier album L.A. Woman, vient de remporter un disque d’or, il en est ravi.

Les autres membres du groupe, quant à eux, prennent quelques vacances et évoquent la possibilité d’un septième album. Le 5 juillet, pourtant, une rumeur court à Los Angeles selon laquelle Jim serait décédé. Dépêché sur place dès le 6, Bill Siddons, le manager de The Doors ne peut que confirmer : Jim Morrison est mort dans la nuit du 2 au 3 juillet, officiellement d’une crise cardiaque dans sa baignoire, selon l’avis de décès. Selon la version de Pamela Courson, Jim et elle auraient visionné des films et écouté des disques des Doors jusque tard dans la nuit du 2 au 3 juillet. Pris de nausées et vomissant du sang, Jim aurait pris un bain pendant que sa compagne serait allée se recoucher. Pamela le retrouvera à 5 heures, inanimé, et les pompiers constateront le décès du chanteur quelques heures plus tard

Parce qu’il n’y a pas eu d’autopsie, parce que Bill Siddons n’a pas vu le cadavre de Morrison (mais seulement son cercueil), parce que la nouvelle sera étouffée pendant quelques jours, les circonstances et les causes du décès de Jim Morrison ne cesseront par la suite d’alimenter des polémiques et des rumeurs. La plus répandue est que Jim Morrison soit décédé d’une overdose d’héroïne. De nombreux témoignages affirment que Jim Morrison s’est rendu dans la nuit du 2 au 3 juillet dans une boîte de nuit, le Rock’n’Roll Circus, pour y acheter de l’héroïne (pour sa compagne) et qu’il aurait succombé à une overdose dans les toilettes de la boîte. Pour éviter une fermeture de la boîte, le corps aurait été ramené dans l’appartement du chanteur et placé dans un bain, soit pour faire croire à un accident, soit pour tenter de le ranimer. Même si cette version est contestée, Marianne Faithfull a confirmé en 2014 que Jim Morrison a succombé à une overdose d’héroïne fournie par son compagnon de l’époque, Jean de Breteuil (décédé en 1972 d’une overdose d’héroïne), connu pour être à l’époque l’un des fournisseurs de drogue de la jet-set française. Jim Morrison est enterré dans une grande discrétion le 7 juillet, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Aucun des membres des Doors n’est présent.

Par ailleurs, Sam Bernett, à l’époque gérant de la boîte de nuit Rock’Roll Circus où Jim avait l’habitude de venir, a affirmé bien des années plus tard, lors d’une interview au quotidien Ouest France en 2013, ce qu’il avait déjà dit dans son ouvrage, à savoir que cette nuit-là Jim Morrison avait bien passé plusieurs heures dans son établissement et qu’il avait été appelé par un membre du personnel car Jim Morrison était enfermé depuis un moment dans les toilettes des hommes. Une fois la porte défoncée par le videur, il affirme qu’il a bien vu Jim Morrison effondré sur la cuvette des toilettes, et qu’il était bien déjà décédé d’une overdose selon un client médecin qui était sur place. Puis des personnes sont venues le chercher et l’ont emmené, probablement vers la rue Beautreillis. D’après Sam Bernett, Jim Morrison serait donc bien décédé dans cet établissement, mais pour éviter des ennuis avec la police, il a été jugé préférable de ne pas déclarer le décès à cet endroit.

La mort de Jim Morrison intervient dans un climat politique difficile aux États-Unis. L’opposition à Richard Nixon et à la guerre du Viêt Nam grandit, et plusieurs rock-stars (Jimi Hendrix, Janis Joplin) sont mortes elles aussi d’overdose, tandis que les deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King ont été assassinés.

Il semblait inévitable que ce décès prématuré, ces obsèques précipitées sans même une autopsie pour déterminer les causes de la mort, dans un pays étranger de surcroît, provoquassent des rumeurs et de nombreuses interrogations. Plusieurs thèses s’affrontent. Certains prétendent que la CIA avait une « liste noire » de personnalités charismatiques « dangereuses », pour ne pas dire « à abattre », et que Jim Morrison figurait sur cette liste (comme Jimi Hendrix et Janis Joplin). D’autres encore prétendent que Morrison aurait en fait orchestré un « décès fictif » destiné à couvrir sa fuite, et qu’il serait toujours vivant.

L’hypothèse d’un simple arrêt du cœur à la suite d’une vie d’excès (Morrison se vantait d’avoir pris deux cents fois de l’acide) paraît encore la plus vraisemblable : il reste néanmoins que cette mort mystérieuse, à un âge si peu avancé, dans le pays même qui vit naître Rimbaud, ne pouvait qu’ajouter à la légende de Jim Morrison et contribuer à lui offrir une aura de « poète maudit » que plus rien ne pourra contredire aujourd’hui puisque le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédée d’une overdose d’héroïne en 1974.

Les membres restants tentèrent malgré tout de faire survivre le groupe après le départ de Jim Morrison. Ils enregistrent donc de nouvelles chansons et attendaient son retour pour les finaliser. Mais la mort du chanteur change la donne à jamais pour le groupe qui doit désormais continuer sans lui, et dont le chant est désormais assuré par Ray et Robby. Ainsi, les trois membres réalisent deux albums, Other Voices (1971) et Full Circle (1972). Mais ces deux disques sont boudés par le public, ce qui pousse le groupe à l’éclatement.

Le groupe se reforme brièvement en 1978 pour composer des morceaux qui serviront de support mélodique aux enregistrements de poèmes réalisés par Morrison le 8 décembre 1970, et publiés en disque sous le titre An American Prayer: Jim Morrison. Ce sera le dernier album du groupe paru sous le nom de The Doors & Jim Morrison.

Source : Wikipédia.

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