Richard Nixon, 37ème Président des Etats-unis.

Richard Milhous Nixon, né le 9 janvier 1913 à Yorba Linda (Californie) et mort le 22 avril 1994 à New York, est un homme d’État américain. Membre du Parti républicain, il est le 36e vice-président des États-Unis du 20 janvier 1953 au 20 janvier 1961 puis le 37e président des États-Unis, du 20 janvier 1969 au 9 août 1974.

Issu d’une famille modeste, il étudie à l’université Duke, puis devient juriste. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans la Marine.

Il est élu en 1946 représentant des États-Unis pour le 12e district de Californie, puis sénateur en 1950. Son engagement dans l’affaire d’espionnage Alger Hiss établit sa réputation d’anticommuniste et le fait connaître au niveau national. Élu en 1952 vice-président des États-Unis sur le ticket républicain mené par Dwight D. Eisenhower, il occupe la vice-présidence de 1953 à 1961. Il brigue la succession d’Eisenhower en 1960, mais est défait par le démocrate John F. Kennedy à l’issue d’une élection très serrée. Il échoue également à devenir gouverneur de Californie en 1962. Sa traversée du désert s’achève six ans plus tard par son élection à la Maison-Blanche ; il est ainsi une des rares personnalités à accéder à la présidence après avoir perdu une élection présidentielle auparavant.

Pendant sa présidence, s’il commence par accroître l’engagement américain au Viêt Nam, il négocie la fin du conflit et met fin à l’intervention en 1973. Sa visite en République populaire de Chine en 1972 permet l’ouverture de relations diplomatiques entre les deux pays ; la même année, il instaure la Détente et le traité ABM avec l’Union soviétique. En politique intérieure, son administration soutient des politiques de dévolution du pouvoir du gouvernement fédéral vers les États. Il renforce la lutte contre le cancer et les drogues, impose un contrôle sur les prix et les salaires, fait appliquer la déségrégation dans les écoles du Sud, et crée l’Agence de protection de l’Environnement. Bien qu’il soit président lors de la mission Apollo 11, il réduit le soutien au programme spatial américain.

Il est réélu en 1972 en remportant 49 des 50 États américains, soit une des plus larges majorités jamais obtenues aux États-Unis. Son second mandat est marqué par le premier choc pétrolier et ses conséquences économiques, par la démission de son vice-président Spiro Agnew et par les révélations successives sur son implication dans le scandale du Watergate. L’affaire coûte à Nixon la plupart de ses appuis politiques et le conduit à démissionner le 9 août 1974, alors qu’il est menacé d’être destitué. Après son départ du pouvoir, il bénéficie d’une grâce de la part de son successeur, Gerald Ford.

Durant sa retraite, il écrit plusieurs ouvrages et s’implique sur la scène internationale, ce qui contribue à réhabiliter son image publique. Il meurt à l’âge de 81 ans, quelques jours après avoir été victime d’une grave attaque cérébrale. L’héritage et la personnalité de Richard Nixon continuent à faire l’objet d’importants débats.


Après avoir été diplômé de l’université Duke, Nixon espérait rejoindre le FBI. Il ne reçut aucune réponse à sa lettre de candidature et il apprit des années plus tard qu’il avait été engagé mais que son embauche avait été annulée à la dernière minute du fait de restrictions budgétaires. Il retourna alors en Californie et fut admis au barreau en 1937. Il rejoignit le cabinet Wingert et Bewley à Whittier qui s’occupait des litiges pour des compagnies pétrolières locales et d’autres questions commerciales de même que des testaments. Nixon était réticent à travailler sur des affaires de divorce car il n’aimait pas discuter de sexualité avec les femmes. En 1938, il ouvrit sa propre branche du cabinet Wingert et Bewley à La Habra en Californie et il devint un associé officiel du cabinet l’année suivante.

En janvier 1938, Nixon fut choisi pour participer à la pièce The Dark Tower organisée par l’association théâtrale de Whittier et il donna la réplique à une enseignante en lycée appelée Thelma « Pat » Ryan. Nixon décrivit la rencontre dans ses mémoires comme « un coup de foudre typique » ; cependant, cela ne concernait que Nixon car Pat Ryan éconduisit plusieurs fois le jeune avocat avant d’accepter un rendez-vous. Ryan fut longtemps réticente à l’idée d’épouser Nixon et leur relation se prolongea deux ans avant qu’elle n’accepte sa demande. Ils se marièrent lors d’une cérémonie très simple, le 21 juin 1940. Après une lune de miel au Mexique, le couple s’installa à Whittier. Ils eurent deux enfants, Tricia (née en 1946) et Julie (née en 1948).

En janvier 1942, le couple déménagea à Washington, D.C. et Nixon trouva un emploi au bureau de l’Administration des prix. Lors de ses campagnes politiques ultérieures, Nixon avança qu’il s’agissait d’une réponse à l’attaque de Pearl Harbor mais il avait postulé ce poste dès la deuxième moitié de l’année 1941, et donc avant l’attaque du 7 décembre. Le couple considérait en effet que ses perspectives d’avenir à Whittier étaient limitées. Il fut assigné à la division de rationnement des pneus où il devait répondre au courrier. Il n’appréciait pas ce travail et quatre mois plus tard, il demanda à intégrer la marine américaine. Comme il était quaker de naissance, il aurait pu demander à être exempté de la conscription mais il intégra la marine en août 1942.

Nixon assista aux cours de l’école des élèves-officiers et devint aspirant en octobre 1942. Son premier poste fut celui d’assistant du commandant de la base aérienne d’entraînement d’Ottumwa dans l’Iowa. Cherchant un rôle plus stimulant, il demanda à aller sur le front et il fut réassigné en tant qu’officier de contrôle chargé de la logistique militaire dans le théâtre Sud-Ouest du Pacifique. Il fut déployé à Guadalcanal dans les îles Salomon puis sur l’île de Nissan, conquise après la bataille des îles Green, où son unité préparait les plans de vols et supervisait le chargement et le déchargement des avions de transport C-47. Il fut félicité par ses supérieurs, reçut deux service stars et fut promu lieutenant le 1er octobre 1943 même s’il n’avait participé à aucun combat. À son retour aux États-Unis, Nixon fut nommé officier à la base aéronavale d’Alameda en Californie. En janvier 1945, il fut transféré au Bureau of Aeronautics à Philadelphie pour aider à la négociation de la rupture des contrats signés durant la guerre ; il fut à nouveau félicité pour son travail. En octobre 1945, il fut promu au grade de lieutenant commander et quitta la marine lors du réveillon de 1946.

En 1945, les républicains du 12e district congressionnel de Californie, frustrés par leur incapacité à battre le représentant démocrate Jerry Voorhis, cherchèrent un candidat consensuel pour faire campagne contre lui. Ils formèrent un comité pour choisir un candidat et essayer d’éviter les dissensions internes qui avaient permis les victoires de Voorhis. Après l’échec du comité à attirer les meilleurs candidats, Herman Perry, le directeur de la branche de Whittier de Bank of America suggéra Nixon, un nom familier pour ceux qui étaient membres du conseil d’administration de l’université de Whittier avant la guerre. Perry écrivit à Nixon qui se trouvait alors à Baltimore. Après une nuit de discussions agitées au sein du couple, Nixon répondit avec enthousiasme à Perry. Il s’envola pour la Californie et fut choisi par le comité. Lorsqu’il quitta la marine au début de l’année 1946, Nixon et son épouse retournèrent à Whittier où commença une année d’intense campagne. Nixon remporta l’élection avec 65 586 voix contre 49 994 pour son adversaire.

Au Congrès, Nixon soutint la loi Taft-Hartley de 1947 restreignant les prérogatives des syndicats et il participa au comité sur l’éducation et le travail. Il était également membre du comité Herter qui se rendit en Europe pour étudier les besoins d’une aide financière américaine. Nixon était le plus jeune membre du comité et le seul originaire de l’Ouest des États-Unis44. Le rapport du comité mena au vote du plan Marshall en 1948.

Nixon se fit connaître au niveau national en 1948 lorsque son enquête, en tant que membre du House Un-American Activities Committee, révéla l’affaire d’espionnage Alger Hiss. Beaucoup doutaient des allégations de Whittaker Chambers selon lesquelles Hiss, un ancien fonctionnaire du département d’État, avait été un espion soviétique mais Nixon était convaincu de leur véracité et il pressa le comité de poursuivre ses investigations. Attaqué en diffamation par Hiss, Chambers fournit des documents corroborant ses affirmations. Hiss fut condamné pour parjure en 1950 car il avait nié sous serment qu’il avait cédé les documents à Chambers. En 1948, Nixon devint le candidat d’une coalition dans sa circonscription et fut facilement réélu.

En 1949, Nixon commença à envisager de se présenter au Sénat contre le démocrate sortant, Sheridan Downey et il entra en campagne en novembre de la même année. Downey, devant faire face à une dure campagne lors des primaires contre la représentante Helen Gahagan Douglas, annonça son retrait en mars 1950. Nixon et Douglas remportèrent les primaires et s’engagèrent dans une campagne intense dont la guerre de Corée était le thème central. Nixon essaya d’attirer l’attention sur les votes libéraux de Douglas au Congrès. Ainsi, une « affiche rose » distribuée par l’équipe de campagne de Nixon suggérait que les votes libéraux de Douglas étaient similaires à ceux du représentant Vito Marcantonio de New York (considéré par certains comme étant un communiste) et que leurs positions politiques étaient donc identiques. Nixon remporta l’élection avec près de 20 points d’avance. Ses nombreuses stratégies politiques lui valurent le surnom de Tricky Dick (« Richard la crapule » ou « le roublard »).

Au Sénat, Nixon s’oppose avec virulence au communisme. Il conserva des relations amicales avec son collègue anti-communiste, le controversé sénateur Joseph McCarthy du Wisconsin, mais il prit ses distances avec certaines allégations de celui-ci. Nixon critiqua également la gestion de la guerre de Corée par le président Harry S. Truman. Il soutint l’entrée de l’Alaska et d’Hawaï dans les États-Unis, vota en faveur des droits civiques des minorités ainsi que pour des aides fédérales en Inde et en Yougoslavie à la suite de catastrophes naturelles. Il s’opposa en revanche au contrôle des prix, aux restrictions monétaires et aux aides aux immigrants illégaux.

Le général Dwight D. Eisenhower fut choisi par les républicains en 1952 pour briguer la présidence. Il n’avait aucune préférence particulière pour un candidat à la vice-présidence et les dirigeants du parti républicain se réunirent et recommandèrent le choix de Nixon à Eisenhower qui accepta la proposition. La jeunesse de Nixon (il n’avait que 39 ans), ses positions contre le communisme et sa base politique en Californie, l’un des plus grands États, étaient considérés comme de très bons arguments dans la campagne. Parmi les autres candidats envisagés figuraient le sénateur Robert Taft de l’Ohio, le gouverneur Alfred Driscoll (en) du New Jersey et le sénateur Everett Dirksen de l’Illinois. Durant la campagne, Eisenhower discourut sur ses ambitions pour le pays et laissa la campagne de dénigrement à son colistier.

À la mi-septembre, les médias rapportèrent que Nixon avait une caisse noire financée par ses bailleurs de fonds pour rembourser ses dépenses politiques. Une telle caisse n’était pas illégale mais elle exposait Nixon à des accusations de possibles conflits d’intérêts. Lorsqu’Eisenhower commença à mettre la pression sur Nixon pour qu’il se retire du « ticket » présidentiel, ce dernier alla à la télévision pour s’adresser à la nation le 23 septembre 195265. Le discours, par la suite surnommé Checkers Speech, fut regardé par environ 60 millions d’américains, la plus importante audience pour l’époque. Nixon se défendit avec passion, avançant que la caisse n’était pas secrète et que les bailleurs de fond n’avaient reçu aucune compensation. Il se présenta comme un homme modeste et patriote. Le discours est resté célèbre car il admit avoir accepté un seul don : « un petit cocker… envoyé du Texas. Et notre petite fille [Tricia, âgée de six ans] l’a appelé Checkers ». Le discours était un chef-d’œuvre de rhétorique et il fut submergé de messages de soutien qui poussèrent Eisenhower à le garder sur le ticket républicain qui remporta largement l’élection de novembre.

Eisenhower s’était engagé à donner des responsabilités à Nixon qui lui permettraient d’être son successeur. Nixon participa aux réunions du Cabinet et du Conseil de sécurité nationale qu’il présidait lorsqu’Eisenhower était absent. Une tournée en Extrême-Orient en 1953 accrut la popularité des États-Unis dans la région et permit à Nixon d’apprécier le potentiel industriel de la zone. Il visita Saïgon et Hanoï en Indochine française. À son retour aux États-Unis à la fin de l’année 1953, il accrut le temps consacré aux questions internationales.

Malgré l’intense campagne de Nixon, qui lança de virulentes attaques contre les démocrates, les républicains perdirent le contrôle des deux chambres du Congrès lors des élections de 1954. Cette défaite poussa Nixon à envisager de quitter la politique à la fin de son mandat. Le 24 septembre 1955, le président Eisenhower fut victime d’une crise cardiaque et son état fut initialement jugé critique. Il fut incapable de remplir sa mission durant six semaines. Le 25e amendement de la Constitution n’existait pas encore et le vice-président n’avait aucun pouvoir formel. Pendant cette période, Nixon prit la place d’Eisenhower en présidant les réunions du Cabinet et en s’assurant que les membres du Cabinet ne profitaient pas de la situation. Selon son biographe Stephen Ambrose, il « mérita les louanges qu’il reçut pour sa conduite durant la crise… il ne fit rien pour prendre le pouvoir ».

Nixon envisagea d’accomplir un second mandat mais certains soutiens d’Eisenhower cherchaient à l’évincer. Lors d’un discours en décembre 1955, Eisenhower proposa que Nixon ne se présente pas à la vice-présidence mais soit nommé au Cabinet pour y acquérir de l’expérience avant l’élection de 1960. Nixon considérait cependant que cela détruirait sa carrière politique. Lorsqu’Eisenhower annonça sa candidature à la réélection en février 1956, il refusa de désigner un colistier avant d’avoir lui-même été désigné comme candidat du parti. Aucun républicain ne se présenta contre lui et le président annonça à la fin du mois d’avril que Nixon serait à nouveau son colistier. Les deux hommes furent réélus à une majorité confortable, bien que moins importante que quatre ans auparavant.

Au printemps 1957, Nixon entreprit une importante tournée à l’étranger, cette fois en Afrique. À son retour, il aida à faire passer le Civil Rights Act de 1957 au Congrès. La loi fut amendée par le Sénat et les associations des droits civiques étaient divisées pour savoir si Eisenhower devait la signer. Nixon conseilla au président de signer le texte, ce qu’il fit. Eisenhower fut victime d’une nouvelle crise cardiaque, quoique moins grave, en novembre 1957 et Nixon donna une conférence de presse pour assurer que le Cabinet était aux commandes.

Le 27 avril 1958, Richard et Pat Nixon entamèrent une tournée en Amérique du Sud. À Montevideo en Uruguay, il réalisa une visite improvisée au campus de l’université où il répondit aux questions des étudiants sur la politique étrangère américaine. Le voyage se fit sans incidents jusqu’à ce qu’il arrive à Lima au Pérou où il fut accueilli par des manifestations étudiantes. Il se rendit sur le campus et descendit de sa voiture pour affronter les étudiants et il resta jusqu’à ce qu’il soit forcé de regagner sa voiture par une pluie de projectiles. À son hôtel, une autre manifestation l’attendait et un manifestant lui cracha dessus. À Caracas au Venezuela, Nixon et son épouse furent accueillis par des manifestants anti-américains et leur limousine fut attaquée par la foule. Selon Ambrose, sa conduite courageuse conduisit « même ses plus virulents ennemis à le saluer ».

En avril 1959, alors qu’Eisenhower refuse une audience à Castro, Nixon accepte de le rencontrer avant son voyage au Québec.

En juillet 1959, le président Eisenhower envoya Nixon en Union soviétique pour l’ouverture de l’exposition américaine à Moscou. Le 24 juillet, alors qu’il visitait l’exposition avec le premier secrétaire soviétique Nikita Khrouchtchev, les deux hommes s’arrêtèrent devant un modèle de cuisine américaine et se lancèrent dans un échange impromptu sur les vertus du capitalisme et du communisme qui fut appelé le Kitchen Debate (« débat de la cuisine »).

Le vice-président Nixon et le nouveau titulaire du poste Lyndon B. Johnson quittent la Maison-Blanche le matin du 20 janvier 1961 pour assister aux cérémonies d’investiture de Kennedy et de Johnson. En 1960, Nixon se lança dans sa première campagne présidentielle. Il rencontra peu d’opposition durant les primaires républicaines et choisit l’ancien sénateur du Massachusetts, Henry Cabot Lodge, Jr. comme colistier. Son adversaire démocrate était John F. Kennedy et aucun ne semblait prendre l’avantage dans les sondages. Nixon fit campagne sur son expérience mais Kennedy faisait valoir son sang neuf et avançait que l’administration Eisenhower-Nixon avait permis à l’Union soviétique de prendre l’avantage sur les États-Unis dans le domaine des missiles balistiques. La télévision fit son apparition comme nouveau moyen de communication et dans le premier des quatre débats télévisés, Nixon apparut pâle, avec une barbe naissante, contrastant avec le photogénique Kennedy. La performance de Nixon dans le débat fut jugée médiocre par les téléspectateurs alors que la plupart des auditeurs qui suivirent le débat par l’intermédiaire de la radio considéraient que Nixon l’avait emporté. Kennedy remporta l’élection avec seulement 120 000 voix d’avance (0,2 % des votes) même si sa victoire au Collège électoral fut franche.

Il y eut des accusations de fraude électorale dans le Texas et l’Illinois — deux États remportés par Kennedy —, mais Nixon refusa de contester les résultats, car il considérait qu’une dispute prolongée affaiblirait le prestige et les intérêts américains dans le monde. À la fin de son mandat de vice-président en janvier 1961, Nixon et sa famille retournèrent en Californie où il reprit son activité de juriste et rédigea un livre à succès intitulé Six Crises dans lequel il revenait sur l’affaire Hiss, la crise cardiaque d’Eisenhower et l’incident de la caisse noire qui avait été résolue par son « Checkers Speech ».

Les dirigeants républicains au niveau local et national encouragèrent Nixon à se présenter face à Pat Brown pour le poste de gouverneur de Californie lors de l’élection de 1962. Malgré ses réticences initiales, Nixon entra dans la course. Sa campagne fut néanmoins affaiblie par le sentiment populaire accusant Nixon de ne voir le poste que comme un tremplin vers une autre campagne présidentielle, par l’opposition de la droite de son parti et par son propre manque d’intérêt pour la fonction. Nixon espérait qu’une campagne réussie confirmerait son statut de meneur du parti républicain et lui garantirait un rôle majeur dans les politiques nationales. Pat Brown remporta l’élection avec une avance de 5 % et la défaite fut largement considérée comme la fin de la carrière politique de Nixon. Dans un discours impromptu le matin après l’élection, il accusa les médias d’avoir favorisé son adversaire et déclara, « vous n’aurez plus de Nixon pour traîner dans le coin, messieurs, car il s’agit de ma dernière conférence de presse ». La défaite en Californie fut soulignée par l’émission du 11 novembre 1962 du Howard K. Smith: News and Comment de la chaîne ABC intitulée La nécrologie politique de Richard M. Nixon. Alger Hiss apparut dans le programme et de nombreux membres du public se plaignirent qu’il était inconvenant d’autoriser un repris de justice à attaquer l’ancien vice-président. La colère poussa à l’annulation de l’émission quelques mois plus tard et l’opinion publique prit fait et cause pour Nixon.

La famille Nixon se rendit en Europe en 1963 où Nixon donna des conférences de presse et rencontra les dirigeants des pays visités. La famille s’installa à New York et Nixon devint un des principaux associés du cabinet d’avocat Nixon, Mudge, Rose, Guthrie & Alexander. Nixon avait promis, lors de l’annonce de sa campagne en Californie, qu’il ne serait pas candidat pour l’élection présidentielle de 1964 ; même s’il ne l’avait pas fait, il considérait qu’il serait difficile de battre Kennedy, ou après son assassinat, son successeur Lyndon B. Johnson. En 1964, il soutint la nomination du sénateur de l’Arizona, Barry Goldwater, pour briguer la présidence ; lorsque ce dernier fut choisi, Nixon présenta le candidat lors de la convention. Bien que Goldwater eût peu de chances de gagner, Nixon fit loyalement campagne pour lui. L’élection de 1964 fut un désastre pour les républicains ; la large défaite de Goldwater à la présidence fut accompagnée de défaites tout aussi lourdes au Congrès et dans les différents États.

Nixon fut l’un des rares républicains à ne pas avoir été tenu responsable des résultats désastreux de ces élections et il chercha à exploiter cette situation lors des législatives de 1966. Il fit campagne pour de nombreux républicains cherchant à récupérer leur poste après le raz-de-marée démocrate et il fut crédité de plusieurs victoires dans ces élections de mi-mandat.

À la fin de l’année 1967, Nixon déclara à sa famille qu’il envisageait de se présenter une nouvelle fois à la présidence. Bien que Pat n’appréciât pas toujours la vie publique (elle avait par exemple été embarrassée par la publication des revenus modestes de leur ménage lors du Checkers Speech), elle soutenait les ambitions de son mari. Nixon considérait que comme les démocrates étaient divisés sur la question de la guerre du Viêt Nam, un républicain pouvait remporter l’élection même s’il s’attendait à un score aussi serré qu’en 1960.

La période des primaires de l’année 1968 fut l’une des plus tumultueuses de l’histoire américaine car elle commença au moment de l’offensive du Têt en janvier, fut suivie par le retrait du président Johnson après ses mauvais résultats lors de la primaire du New Hampshire en mars et se termina par l’assassinat de l’un des candidats démocrates, le sénateur Robert F. Kennedy, juste après sa victoire lors des primaires en Californie. Du côté républicain, le principal adversaire de Nixon était le gouverneur du Michigan, George W. Romney, mais le gouverneur de l’État de New York, Nelson Rockefeller, et le gouverneur de Californie, Ronald Reagan étaient tous deux des candidats sérieux. Nixon fut néanmoins désigné dès le premier tour. Il choisit le gouverneur du Maryland, Spiro Agnew, comme colistier car il considérait que ce choix permettrait d’unir le parti en satisfaisant les républicains modérés et les sudistes déçus par les démocrates.

Nixon fut investi en tant que 37e président des États-Unis le 20 janvier 1969 et il prêta serment avec son ancien rival politique, le juge en chef Earl Warren. Pat Nixon ouvrit les bibles de la famille au livre d’Ésaïe qui indiquait « Ils forgeront leurs épées en socs de charrue ; et leurs lances en serpes ». Dans son discours d’investiture qui fut unanimement salué, Nixon remarqua que « le plus grand honneur que l’histoire peut conférer est le titre de pacificateur », une phrase qui fut par la suite gravée sur sa pierre tombale112. Il appela à transformer les politiques partisanes en une nouvelle ère d’unité :

« Dans ces temps difficiles, l’Amérique a souffert d’une fièvre de paroles ; des rhétoriques prétentieuses qui promettent plus que ce qui est possible ; des rhétoriques enflammées qui transforment le mécontentement en haine ; des rhétoriques pompeuses élégantes mais vides. Nous ne pourrons apprendre l’un de l’autre que quand nous arrêterons de nous invectiver, quand nous parlerons suffisamment calmement pour que nos mots soient entendus aussi bien que nos voix. »

Conscient des limites d’une politique étrangère devenue rigide, militariste et très coûteuse, Nixon développe une approche plus pragmatique visant à la normaliser, quitte à renoncer à un certain nombre de positions désormais jugées secondaires : il s’agit de la base de la « doctrine Nixon », définie dès juillet 1969 avec son conseiller spécial (et futur secrétaire d’État) Henry Kissinger. Ce pragmatisme — non dénué de cynisme à l’occasion — permit d’aller vers une détente notable à l’échelle internationale, mais n’empêcha pas toujours le développement d’une rhétorique franchement belliciste lorsque la fermeté des positions américaines devait se faire bien sentir.

L’adversaire démocrate de Nixon fut le vice-président Hubert Humphrey qui avait été nommé lors d’une convention marquée par de violentes manifestations contre la guerre101. Tout au long de la campagne, Nixon se présenta comme un modèle de stabilité dans une période d’agitation et de contestations au niveau national. Il fit appel à ce qu’il désigna plus tard comme une « majorité silencieuse » des Américains sociaux-conservateurs qui rejetaient la contre-culture hippie et l’opposition à la guerre du Viêt Nam. Agnew devint un influent détracteur de ces groupes et permit à Nixon de renforcer sa position sur la droite de son parti.

Nixon mena une importante campagne de publicité télévisuelle où il rencontrait ses partisans devant les caméras. Il mit l’accent sur le taux de criminalité trop élevé et attaqua les Démocrates sur leur manque d’intérêt supposé pour la supériorité nucléaire américaine. Nixon promit une « paix honorable » au Viêt Nam et proclama qu’« une nouvelle direction mettrait fin à la guerre et gagnerait la paix dans le Pacifique ». Il n’expliqua pas précisément comment il espérait terminer la guerre, ce qui poussa les médias à supposer qu’il avait un « plan secret ».

Les émissaires de Johnson espéraient obtenir la signature d’une trêve avant l’élection. Nixon recevait des comptes rendus détaillés des négociations grâce à Henry Kissinger, alors conseiller du négociateur américain William A. Harriman, et son équipe de campagne avait des contacts réguliers avec Anna Chennault à Saïgon. Cette dernière, sur demande de Nixon conseilla au président du Viêt Nam du Sud, Nguyễn Văn Thiệu, de ne pas se rendre aux discussions organisées à Paris en avançant que Nixon lui offrirait des conditions plus favorables. Johnson savait ce qui se passait car Chennault et l’ambassadeur sud-Viêtnamien à Washington étaient mis sous écoute et il fut ulcéré par ce qu’il considérait comme une tentative de Nixon pour saper la politique étrangère américaine. Il ne pouvait cependant pas rendre publique cette information obtenue illégalement, mais informa Humphrey qui choisit de ne pas l’utiliser.

Lors de la triangulaire entre Nixon, Humphrey et le gouverneur de l’Alabama, George Wallace se présentant en indépendant, Nixon arriva en tête avec 511 944 voix d’avance (0,7 % des votes) soit 43,6 % des suffrages et remporta 301 votes de grands électeurs contre 191 pour Humphrey et 46 pour Wallace. Dans son discours de victoire, Nixon promit que son administration essaierait de « rassembler la nation divisée ». Il déclara : « J’ai reçu un message bienveillant de la part du vice-président me félicitant pour mon élection. Je l’ai remercié pour ce geste élégant et courageux. Je lui ai également dit que je savais exactement ce qu’il ressentait. Je sais ce que cela fait de perdre de justesse ».

Nixon posa les bases de son ouverture avec la Chine avant même son accession à la présidence en écrivant dans le journal Foreign Affairs un an avant son élection : « Il n’y a pas de place sur cette petite planète pour laisser un milliard de ses potentiels habitants les plus compétents dans un isolement forcé ». Kissinger, avec qui le président travaillait étroitement en court-circuitant le Cabinet, joua également un rôle dans cette ouverture. Les relations entre l’Union soviétique et la Chine étant au plus bas du fait d’un conflit frontalier en 1969, Nixon indiqua secrètement aux Chinois qu’il désirait des relations plus apaisées. Une opportunité arriva au début de l’année 1971 lorsque Mao Zedong invita une équipe de pongistes américains à visiter la Chine et à jouer contre les meilleurs joueurs chinois. Nixon en profita pour envoyer Kissinger en Chine afin qu’il rencontre secrètement les officiels chinois. Le 15 juillet 1971, il fut simultanément annoncé par Pékin et Washington (à la télévision et à la radio) que le président visiterait la Chine en février 1972. L’annonce surprit le monde entier du fait de l’anti-communisme du président américain116. Le secret permit aux deux camps de préparer le climat politique dans leurs pays respectifs.

En février 1972, Nixon et son épouse se rendirent en Chine. Kissinger donna des instructions à Nixon durant près de 40 heures en préparation de la rencontre. À l’atterrissage, le président et la première dame sortirent d’Air Force One et furent accueillis par le Premier ministre Zhou Enlai. Nixon mit un point d’honneur à serrer la main de Zhou, une chose que le secrétaire d’État John Foster Dulles avait refusé de faire en 1954 lorsque les deux hommes s’étaient rencontrés à Genève. Plus d’une centaine de journalistes de la télévision accompagnaient le président. Nixon voulait en effet que la télévision fût favorisée par rapport aux journaux car il considérait que ce moyen de communication permettrait une meilleure retranscription de sa visite. Cela lui donna également l’occasion de rabaisser les journalistes de la presse écrite qu’il méprisait.

Nixon et Kissinger rencontrèrent Mao et Zhou durant une heure dans la résidence privée officielle de Mao et ils discutèrent de nombreux sujets. Mao déclara plus tard à son médecin qu’il avait été impressionné par Nixon qu’il considérait comme franc et direct à la différence des gauchistes et des Soviétiques120. Il indiqua par contre qu’il se méfiait de Kissinger, même si le conseiller à la sécurité nationale qualifia cette réunion de sa « rencontre avec l’histoire ». Un dîner officiel fut organisé dans la soirée en l’honneur du président dans le palais de l’Assemblée du Peuple. Le lendemain, Nixon échangea à nouveau avec Zhou et le communiqué conjoint reconnaissait Taïwan comme une partie intégrante de la Chine et envisageait une solution pacifique au problème de la réunification. Le président américain profita également de sa visite pour se rendre sur des sites historiques comme la Cité interdite, les Tombeaux des Ming et la Grande Muraille. Les Américains découvrirent la vie en Chine pour la première fois par l’intermédiaire des caméras accompagnant Pat Nixon qui se rendit dans des écoles, des usines et des hôpitaux de la région de Pékin.

La visite enclencha une nouvelle ère dans les relations sino-américaines. Craignant la possibilité d’une alliance entre la Chine et les États-Unis, l’Union soviétique relâcha la pression et cela contribua à renforcer la Détente.

Lorsque Nixon prit ses fonctions, environ 300 soldats américains mouraient chaque semaine au Viêt Nam et la guerre était très impopulaire aux États-Unis où de violentes manifestations exigeaient la fin du conflit. L’administration Johnson avait accepté de cesser les bombardements en échange d’ouvertures de négociations sans conditions préalables mais cet accord n’entra jamais en vigueur. Nixon cherchait un moyen de retirer les forces américaines tout en protégeant le Sud-Viêt Nam des attaques du Nord. Selon l’historien Walter Isaacson, peu après son accession à la présidence, Nixon avait conclu que la guerre ne pouvait être gagnée et était déterminé à y mettre fin le plus rapidement possible. Ce constat n’empêcha pas le président de renforcer encore le corps expéditionnaire américain déployé au Vietnam qui atteignit 550 000 hommes en avril 1969. À l’inverse, son biographe Conrad Black avance que Nixon croyait sincèrement qu’il pouvait forcer le Nord-Viêt Nam à céder via la « théorie du fou ». Il considérait qu’il pourrait parvenir à un accord permettant le retrait des forces américaines tout en protégeant l’indépendance du Sud-Viêt Nam.

Nixon approuva en mars 1969 une campagne secrète de bombardement des positions du Nord-Viêt Nam au Cambodge (opération Menu) afin de détruire ce qui était considéré comme les quartiers-généraux du Vietcong. Cette tactique était déjà appliquée sous l’administration Johnson et on estime que les Américains ont largué plus de bombes sur le Cambodge pendant la guerre du Viêt Nam que n’en ont utilisé les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Au milieu de l’année 1969, Nixon entama des négociations de paix avec les Nord-Vietnamiens et des pourparlers commencèrent à Paris. Ces discussions préalables ne débouchèrent cependant pas sur un accord. En juillet 1969, Nixon visita le Sud-Viêt Nam où il rencontra les commandants américains et le président Nguyễn Văn Thiệu. Face aux protestations demandant un retrait immédiat, il mit en place une stratégie visant à remplacer les soldats américains par des troupes vietnamiennes, stratégie qui fut appelée « Viêt Namisation » du conflit. Il organisa rapidement un retrait progressif des troupes américaines mais autorisa des incursions au Laos en partie pour fermer la piste Hô Chi Minh qui ravitaillait le Vietcong à travers le Laos et le Cambodge. En mars 1970 le renversement du roi Norodom Sihanouk par le général Lon Nol donna à Nixon l’occasion d’intervenir directement au Cambodge. Alors que des manifestations étaient organisées à Washington contre cette intervention, Nixon rencontra les manifestants de manière improvisée le matin du 9 mai devant le Lincoln Memorial. Les promesses de campagne de Nixon visant à mettre un terme à la guerre contrastaient avec l’accroissement de la campagne de bombardement et cela entraîna une baisse de sa crédibilité.

En 1971, des extraits des Pentagon Papers (« papiers du Pentagone ») fournis par Daniel Ellsberg furent publiés par le New York Times et le Washington Post. Lorsque les premières fuites commencèrent, Nixon pensait ne rien faire car ces documents concernaient principalement les mensonges de l’administration précédente sur l’implication américaine au Viêt Nam. Kissinger le persuada que ces documents étaient plus dangereux qu’il n’y paraissait et le président tenta d’empêcher leur publication. La Cour suprême se prononça finalement en faveur des journaux.

L’année 1972 s’avéra celle de tous les dangers. Le 30 mars Hanoi et le FNL, dotés d’un armement conventionnel lourd fourni par l’URSS, lancèrent une vaste offensive contre Saigon afin de bousculer la politique de vietnamisation. Le 8 avril, Washington annonça la reprise des bombardements sur la RDV stoppés le 31 octobre 1968 par le président Johnson ; le 8 mai, à deux semaines du sommet de Moscou, Nixon alla plus loin que son prédécesseur dans l’escalade : le minage du port d’Haïphong dans le but d’interrompre l’arrivée de matériel soviétique. Conformément à ses prévisions le Kremlin n’annula ni ne reporta la rencontre, au contraire de ce qu’avaient prédit de nombreux observateurs. Alors que le retrait des troupes américaines se poursuivait, la conscription fut réduite et s’acheva en 1973. Après des années de combats, les accords de paix de Paris furent signés en janvier 1973. L’accord prévoyait un cessez-le-feu et autorisait le retrait des derniers soldats américains ; il n’imposait cependant pas le retrait des 160 000 soldats de l’Armée populaire vietnamienne se trouvant au sud. La trêve ne dura que deux ans et les forces nord-vietnamiennes reprirent l’offensive en mars 1975. Privé du soutien américain, le Sud-Viêt Nam s’effondra et la capitale Saïgon tomba le 30 avril.

Après près d’une décennie d’un important effort national, les États-Unis remportèrent la course à l’espace en envoyant des astronautes sur la Lune le 20 juillet 1969 au cours de la mission Apollo 11. Nixon échangea avec Neil Armstrong et Buzz Aldrin durant leur séjour sur la Lune et dit de la conversation qu’elle était le « plus important appel téléphonique jamais passé depuis la Maison-Blanche ». Nixon ne souhaitait cependant pas maintenir les financements très élevés que la National Aeronautics and Space Administration (NASA) avait reçus au cours des années 1960 lorsqu’elle se préparait à envoyer des hommes sur la Lune. L’administrateur de la NASA Thomas O. Paine présenta des plans pour l’installation d’une base permanente sur la Lune avant la fin des années 1970 ainsi que le lancement d’une mission habitée vers Mars dès le début des années 1980. Nixon rejeta ces propositions et la NASA se recentra sur le programme de navette spatiale. Le 24 mai 1972, Nixon approuva un programme de cinq ans de coopération entre la NASA et son équivalent soviétique qui déboucha sur la mission Apollo-Soyouz de 1975.

Nixon considérait que son arrivée au pouvoir avait eu lieu au moment d’un important réalignement politique. Depuis la fin de la Reconstruction en 1876, le Sud des États-Unis était un bastion démocrate appelé Solid South. Goldwater avait remporté plusieurs États du Sud en s’opposant au Civil Rights Act de 1964 qui mettait fin aux lois Jim Crow et à la ségrégation mais il s’était aliéné le soutien des sudistes modérés. Les efforts de Nixon pour obtenir le soutien des sudistes en 1968 s’étaient heurtés à la candidature de Wallace. Au cours de son premier mandat, il avait encouragé des politiques, comme les plans de déségrégation, qui étaient acceptables par la majorité des blancs du Sud et les encourageaient à se rapprocher du parti républicain dans le sillage du mouvement des droits civiques. Il nomma deux conservateurs du Sud, Clement Haynsworth et G. Harrold Carswell à la Cour suprême mais les deux nominations furent rejetées par le Sénat.

Nixon entra dans la course à la présidence lors de la primaire du New Hampshire le 5 janvier 1972. Virtuellement assuré de la nomination de son parti184, le président s’attendait à devoir affronter le sénateur démocrate du Massachusetts Edward Kennedy (frère de l’ancien président), mais l’accident de Chappaquiddick brisa les chances de ce dernier de briguer la présidence. Le sénateur du Maine George McGovern et le sénateur du Dakota du Sud Edmund Muskie étaient tous deux bien placés pour obtenir la nomination démocrate.

Le 10 juin, McGovern remporta la primaire de Californie et obtint la nomination de son parti. Le mois suivant, Nixon fut facilement choisi lors de la convention républicaine. Il critiqua la plateforme démocrate comme étant lâche et porteuse de divisions. McGovern souhaitait fortement réduire les dépenses militaires, défendait l’amnistie pour ceux qui avaient refusé la conscription et était favorable à l’interruption volontaire de grossesse. Comme certains de ses partisans pensaient qu’il était en faveur de la légalisation des drogues, le candidat démocrate fut présenté comme défendant l’« amnistie, l’avortement et l’acide ». La candidature de McGovern fut également handicapée par les révélations selon lesquelles son colistier, le sénateur Thomas Eagleton du Missouri, avait réalisé plusieurs séjours en hôpital psychiatrique pour dépression ; il fut remplacé par Sargent Shriver. Pendant la campagne, Nixon fait blanchir des dons pécuniaires interdits, afin de financer sa réélection. Nixon resta en tête de la plupart des sondages tout au long de la campagne et l’élection du 7 novembre 1972 vit un raz-de-marée en faveur de Nixon qui obtint une avance de plus de 23 points sur son adversaire démocrate. Le résultat au Collège électoral fut encore plus impressionnant car McGovern ne remporta que le Massachusetts et Washington DC.

Le terme Watergate a fini par regrouper un grand nombre d’activités clandestines et souvent illégales entreprises par les membres de l’administration Nixon. Ces activités incluaient les dirty tricks (« coups tordus ») comme la pose de micros dans les bureaux d’opposants politiques et de personnes jugées suspectes par Nixon et ses conseillers. Ceux-ci ordonnèrent également le harcèlement de groupes d’activistes et de personnalités politiques en utilisant le FBI, la CIA ou l’Internal Revenue Service. Ces activités furent révélées par l’arrestation de cinq hommes ayant pénétré par effraction dans les bureaux du parti démocrate dans le complexe du Watergate à Washington le 17 juin 1972. Le Washington Post s’empara de l’affaire et les journalistes Carl Bernstein et Bob Woodward s’appuyèrent sur les informations fournies par « Deep Throat » (« gorge profonde »), qui se révéla plus tard être le directeur adjoint du FBI, W. Mark Felt, pour lier les cambrioleurs à l’administration Nixon. Le président minimisa l’affaire et qualifia les articles de partiaux et de mensongers. Après la publication d’autres documents compromettants, il devint clair que les assistants de Nixon s’étaient mis hors la loi en tentant de saboter les efforts des démocrates : plusieurs membres de l’administration comme le conseiller juridique de la Maison-Blanche, John Dean et le chef de cabinet de la Maison-Blanche, H. R. Haldeman furent donc inculpés par une commission sénatoriale pour obstruction à la justice et abus de pouvoir.

En juillet 1973, l’assistant de la présidence Alexander Butterfield déclara devant la commission d’enquête du Sénat que Nixon avait un système d’écoute secret qui enregistrait ses conversations et ses appels téléphoniques à l’insu de ses interlocuteurs. Ces enregistrements furent exigés par le procureur spécial Archibald Cox mais Nixon refusa de les donner en invoquant le « privilège de l’exécutif » garantissant la séparation des pouvoirs. L’opposition entre Nixon et Cox devint si grande que ce dernier fut limogé en octobre dans ce que les commentateurs appelèrent le « massacre du samedi soir » ; il fut remplacé par Leon Jaworski mais l’opinion publique s’indigna de cette mesure qualifiée de « dictatoriale » et Nixon fut obligé de présenter certains enregistrements. En novembre, le procureur révéla qu’un enregistrement audio des conversations tenues à la Maison Blanche le 20 juin 1972 présentait une interruption de 18 minutes. Rose Mary Woods, la secrétaire personnelle du président, affirma qu’elle avait accidentellement effacé le passage lorsqu’elle retranscrivit les échanges mais cette version fut largement critiquée. L’interruption, tout en n’étant pas une preuve de culpabilité du président, jeta un doute sur la déclaration de Nixon selon laquelle il n’était pas au courant des agissements de ses conseillers.

Bien que Nixon ait perdu la plus grande partie de ses soutiens, même au sein de son parti, il rejeta les accusations et jura de rester en fonction. Il reconnut avoir fait des erreurs mais il insista sur le fait qu’il ne savait rien du cambriolage, qu’il n’avait pas enfreint la loi et qu’il n’avait appris les entraves à la justice qu’au début de l’année 1973. Le 10 octobre 1973, le vice-président Spiro Agnew démissionna à la suite d’accusations (sans lien avec le Watergate) de corruption, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent commises durant son mandat de gouverneur du Maryland. Nixon choisit Gerald Ford, chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, pour remplacer Agnew.

La bataille judiciaire autour des enregistrements continua au début de l’année 1974 et en avril, Nixon annonça la publication de 1 200 des transcriptions des conversations entre lui et ses assistants. Malgré les nombreux passages absents ou censurés, les documents étaient accablants et le comité judiciaire de la chambre des représentants lança une procédure d’impeachment (destitution) contre le président le 9 mai 1974. Cette procédure fut retransmise sur la plupart des grandes chaînes de télévision et les audiences culminèrent lors des votes sur les charges d’accusation ; le premier, portant sur l’accusation d’obstruction à la justice, se déroula le 27 juillet 1974 avec 27 voix pour et 11 contre. Le 24 juillet, la Cour suprême jugea unanimement que tous les enregistrements audios devaient être présentés et pas seulement les parties choisies par la présidence.

Malgré les dégâts causés par les nouvelles révélations, Nixon espérait pouvoir passer à travers. Cependant, l’un de ces nouveaux enregistrements, réalisé peu après le cambriolage, démontra qu’il avait été informé du lien entre la Maison-Blanche et les cambrioleurs peu après l’effraction et avait approuvé des plans pour entraver l’enquête. Dans le communiqué accompagnant la publication du Smoking Gun Tape (« enregistrement de l’arme du crime ») le 5 août 1974, Nixon assuma sa responsabilité pour avoir menti au pays sur le moment où on l’avait informé de la vérité sur le cambriolage du Watergate et déclara qu’il avait eu un trou de mémoire. Il rencontra peu après les chefs républicains du Congrès et apprit qu’au mieux 15 sénateurs étaient prêts à voter pour son acquittement, bien moins que les 34 dont il avait besoin pour éviter la destitution ; celle-ci était donc inévitable.

Devant la perte de ses soutiens politiques et la quasi-certitude d’une destitution, Nixon démissionna de la présidence le 9 août 1974 après s’être adressé à la nation la veille. Le discours fut prononcé depuis le Bureau ovale et fut retransmis en direct à la télévision et à la radio. Nixon avança qu’il démissionnait pour le bien du pays et demanda à la nation de soutenir le nouveau président, Gerald Ford. Il rappela les réussites de sa présidence en particulier en politique étrangère203. Il défendit son bilan en tant que président et déclara en citant un discours de 1910 de Theodore Roosevelt :

« Parfois j’ai réussi et parfois j’ai échoué mais j’ai toujours pris à cœur ce que Theodore Roosevelt avait dit sur l’homme dans l’arène « dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui se bat vaillamment, qui se trompe, qui échoue encore et encore car il n’y a pas d’effort sans erreur et échec, mais qui fait son maximum pour progresser, qui connaît le grand enthousiasme et la grande dévotion, qui se consacre à une noble cause, qui sait qu’au mieux il connaîtra in fine le triomphe d’une grande réalisation et qui, s’il échoue, échouera en ayant tenté de grandes choses. »

Nixon n’y reconnaît cependant aucun des faits pour lesquels il est accusé, ce qui fait de son discours un « chef-d’œuvre » selon Conrad Black, l’un de ses biographes. Black considéra que « ce qui aurait dû être une humiliation sans précédent pour un président américain, Nixon le convertit en une reconnaissance quasi-institutionnelle du manque de soutien parlementaire pour continuer. Il partit tout en consacrant la moitié de son allocution à rappeler les réussites de sa présidence ». La réaction des commentateurs fut généralement favorable et seul Roger Mudd de CBS avança que Nixon avait évité le sujet et n’avait pas reconnu son rôle dans le scandale.

Après sa démission, Nixon et son épouse se rendirent à leur résidence de La Casa Pacifica à San Clemente en Californie. Selon son biographe, Jonathan Aitken, « Nixon était une âme en peine ». Le Congrès avait financé les frais de transition de Nixon, dont certaines dépenses salariales, mais réduisit la dotation à l’ancien président de 850 000 $ à 200 000 $ (de 4 millions à environ 930 000 $ de 2012). Avec certains membres de son équipe toujours avec lui, Nixon était à son bureau à 7 h mais avait peu de choses à faire. Son ancien conseiller, Ron Ziegler, restait seul avec lui pendant des heures chaque jour.

La démission de Nixon ne mit pas fin aux nombreuses demandes de le voir condamné. Le nouveau président Ford envisagea de le gracier même si cela était impopulaire. Nixon, contacté par des représentants de Ford, était initialement réticent puis finit par accepter. Le nouveau président demanda un acte de contrition mais Nixon considérait qu’il n’avait commis aucun crime et qu’il ne devait pas rédiger un tel document. Ford se résolut finalement à lui accorder un « pardon complet, total et absolu » le 8 septembre 1974. Cela mettait fin à toute possibilité de poursuite judiciaire et Nixon publia une déclaration :

« J’ai eu tort de ne pas avoir agi plus résolument et plus franchement dans le Watergate, en particulier lorsque cela atteignit l’étape des accusations judiciaires et s’accrut jusqu’à atteindre la taille d’un scandale politique et d’une tragédie nationale. Aucun mot ne peut décrire l’étendue de mon chagrin et de ma douleur concernant les souffrances que mes erreurs sur le Watergate ont causé à la nation et à la présidence, une nation que j’aime profondément et une institution que je respecte énormément. »

En octobre 1974, Nixon fut atteint d’une thrombose. Ses médecins lui donnèrent le choix entre la mort et l’opération et il choisit cette dernière avec réticence. Le président Ford lui rendit visite lors de son hospitalisation. Il fut convoqué lors du procès de trois de ses anciens assistants, Dean, Haldeman et Ehrlichman ; le Washington Post, sceptique vis-à-vis de sa maladie, imprima une caricature montrant Nixon avec un plâtre sur le « mauvais pied ». Le juge John Sirica annula la demande de présence de Nixon malgré les objections de la défense. Le Congrès demanda à Ford de conserver les documents de la présidence de Nixon, ce qui déclencha une longue bataille judiciaire qui dura trois décennies et qui fut finalement remportée par l’ancien président. Alors qu’il était hospitalisé, les élections législatives de 1974 furent marquées par le scandale du Watergate et par le pardon présidentiel : les républicains perdirent 43 sièges à la Chambre et trois au Sénat.

Un mois après un voyage en Russie, Nixon fut victime d’un accident vasculaire cérébral le 18 avril 1994, alors qu’il préparait le dîner dans sa résidence de Park Ridge dans le New Jersey. Un caillot sanguin apparu à la suite de ses problèmes cardiaques céda et se déplaça jusque dans son cerveau. Il fut emmené au New York Presbyterian Hospital toujours conscient, même s’il ne pouvait pas parler ni bouger son bras ni sa jambe droite. Les dommages au cerveau entraînèrent un œdème cérébral et Nixon sombra dans un profond coma. Il mourut avec ses deux filles à ses côtés le 22 avril 1994 à 21 h 8, à l’âge de 81 ans.

Les funérailles de Nixon qui eurent lieu le 27 avril 1994 étaient les premières d’un président américain depuis celles de Lyndon B. Johnson en 1973, que Nixon avait présidées. Les éloges funèbres à la bibliothèque présidentielle furent lus par le président en fonction Bill Clinton, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, le chef de la minorité républicaine au Sénat Bob Dole, le gouverneur de Californie Pete Wilson et le révérend Billy Graham. Les anciens présidents Ford, Carter, Reagan, Bush et leurs épouses assistèrent également à la cérémonie.

Richard Nixon fut inhumé aux côtés de son épouse Pat sur le terrain de la bibliothèque portant son nom en Californie. Il laissait deux filles, Tricia et Julie, et quatre petits-enfants. En accord avec ses volontés, ses funérailles ne furent pas des obsèques nationales et contrairement à bon nombre de ses prédécesseurs, son corps ne fut pas exposé au capitole de Washington. Sa dépouille fut exposée dans le hall de la bibliothèque le 26 avril jusqu’au lendemain matin. Des milliers de personnes attendirent huit heures dans un temps froid et humide pour rendre un dernier hommage à l’ancien président. À son maximum, la file mesurait 5 km de long et environ 42 000 personnes attendaient pour voir sa dépouille. Bien que des journalistes considèrent que l’hommage n’est pas très fervent (contrairement à Truman et a posteriori Reagan) car il fut désigné, tout comme son prédécesseur Johnson, comme « cynique et peu considéré ».

John F. Stacks, du magazine Time, déclara à propos de Nixon peu après sa mort : « Une énorme énergie et une impressionnante détermination l’aidèrent à récupérer et à se reconstruire après chaque désastre auto-infligé qu’il devait affronter. Pour reconquérir un statut respecté auprès du public américain après sa démission, il continua de voyager et d’échanger avec les dirigeants du monde, et au moment où Bill Clinton accéda à la Maison-Blanche [en 1993], Nixon avait virtuellement cimenté son rôle de vétéran de la politique. Clinton, dont l’épouse avait été membre du personnel du comité qui vota la destitution de Nixon, le rencontrait ouvertement et sollicitait régulièrement ses conseils ».

Tom Wicker, du New York Times, nota que Nixon avait été égalé uniquement par Franklin Roosevelt en étant nommé cinq fois sur le ticket de l’un des principaux partis et quatre fois vainqueur, et écrivit : « Le visage aux joues flasques et à la couleur de barbe visible, le nez en rampe de saut à ski, les cheveux implantés en pointe sur le front et les bras tendus en V de Richard Nixon ont été si souvent représentés et caricaturés que leur présence en était devenue familière. Nixon a été si souvent au cœur de la controverse qu’il est difficile d’imaginer que la nation n’aurait plus de « Nixon pour traîner dans le coin ». Cette dernière expression reprenait les propres mots de Nixon lors de ce qu’il déclarait être en 1962 sa « dernière conférence de presse », après sa défaite à la course au poste de gouverneur de Californie : ils étaient teintés d’acidité car, déjà, il avait souvent été en lutte avec la presse. À propos des réactions à la mort de Nixon, Ambrose déclara : « À la stupéfaction de tout le monde, sauf de la sienne, il est devenu notre vétéran bien-aimé de la politique ».

À la mort de Nixon, presque tous les articles de presse mentionnèrent le Watergate, mais ils étaient pour la plupart favorables à l’ancien président. Le Dallas Morning News écrivit : « L’histoire montrera finalement qu’en dépit de ses défauts, il fut l’un de nos chefs de l’exécutif les plus prévoyants ». Cela en dérangea certains et l’éditorialiste Russel Baker (en) se plaignit d’une « conspiration de groupe pour lui accorder l’absolution.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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