Ville de Thiers (Puy-de-dôme).

Thiers est une commune française, située dans le département du Puy-de-Dôme en région Auvergne-Rhône-Alpes adhérente du parc naturel régional Livradois-Forez. Elle est l’une des quatre sous-préfectures du département avec Ambert, Issoire et Riom. Les habitants sont appelés les Thiernois, voire également les bitords.

Établi en partie sur un site gaulois, gallo-romain puis mérovingien, un premier bourg fortifié est construit à l’emplacement de l’actuel quartier du Moutier sur le tracé de la voie romaine reliant la plaine de la Limagne au bassin lyonnais via les monts du Forez. Les diverses destructions dues aux différentes guerres ou aux inondations successives de la Durolle poussent les habitants à délaisser les quartiers bas de la ville pour s’installer autour de l’actuelle église Saint-Genès fondée à l’origine en 575 par Avitius, plus en altitude dans la montagne.

La présence de la Durolle aux abords de la ville rend l’utilisation de la force motrice de la rivière courante dès le XIIIe siècle. La coutellerie est déjà la première activité économique de la ville avec une bonne partie de la population municipale qui exerce le métier de coutelier. Alors que la dernière enceinte de la ville est fraîchement construite, au XVIe siècle, Thiers bénéficie déjà d’une renommée internationale pour l’export de ses produits manufacturés par voie fluviale vers l’Espagne, l’Italie et les Indes via la Dore et la Durolle. Au XVIIe siècle, la marine royale fait appel aux marchands thiernois pour amener du bois de la région afin de construire les trois-mâts — navire représenté sur le blason de la ville — commandés par Louis XIV.

Thiers, carte maximum, 9/10/1976.

À partir de 1850, seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l’introduction des machines, ce qui préfigure l’avènement de la grande industrie. À la fin du XIXe siècle, la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l’électrification. Un nouveau type d’usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie. Les usines de papeterie qui n’ont pas voulu recourir à ces techniques modernes de production se voient dans l’obligation de fermer leurs portes ; elles ne sont plus qu’une vingtaine en 1860.

Aujourd’hui, Thiers est la capitale française de la coutellerie ; elle est par ailleurs le plus gros bassin coutelier européen avec près de cent entreprises dans ce domaine et un musée qui lui est consacré. Plus de 80 % des couteaux produits en France pour la poche, la cuisine ou la table sont fabriqués par des entreprises thiernoises. En 1994 est créé le couteau éponyme au nom de la ville afin de garder en mémoire le passé industriel de la ville.

Située à 37 km à vol d’oiseau de la préfecture départementale Clermont-Ferrand, la ville profite de sa proximité avec d’autres villes d’importances variables comme Vichy, Lyon, Saint-Étienne ou Roanne. L’arrondissement de Thiers se compose de quarante-quatre communes et la ville est également le siège du canton de Thiers et de la communauté de communes de Thiers Dore et Montagne.

Géographiquement, la ville est divisée en parties distinctes. La ville-basse, partie commerçante et nouvelle de la ville surplombée par la ville-haute, remarquable ensemble médiéval et pittoresque. Thiers est aujourd’hui grâce à son savoir-faire dans le domaine de la coutellerie et à sa cité médiévale, une des villes les plus visitées d’Auvergne.


Un premier bourg gaulois s’installe au débouché des gorges de la Durolle proche de l’emplacement de l’actuelle abbaye du Moutier avant que celle-ci ne soit construite. La dénomination employée par Grégoire de Tours de « Thigernum » a une tournure celte ce qui rappelle que cette appellation topographique date d’une époque antérieur à la Guerre des Gaules. La première ville semble être une station routière traversée par une voie romaine (la via Agrippa) reliant la ville de Mediolanum Santonum à Lugdunum par Augustonemetum (Saintes à Lyon en passant par Clermont-Ferrand). Mais cette route n’est alors pas la seule à relier les vallées de l’Allier et de la Loire. En effet, bien que la vallée tortueuse de la Durolle soit difficile de passage dans sa partie inférieur, des chemins laissant circuler les piétons et des chevaux montés suivent le lit de la rivière. Cette voie de communication exige à l’époque des points de ravitaillement et parfois de défense, ce que Thiers semble occuper : la ville commandait l’entrée des gorges de la Durolle.

Au tout début du Moyen Âge, la région thiernoise est quasiment recouverte de bois et de forêts. Les premières mentions de la ville connues sont de Grégoire de Tours : dès 532, il signal que le castrum de Thiers où se trouvait une église et plusieurs habitations construites en bois sont incendiées par le fils de Clovis Ier, Thierry Ier.

La vocation de ce qui est encore un petit bourg au Ve siècle est un lieu d’échange entre les régions de plaine et les régions boisées situées plus haut en altitude81. L’origine de la « Foire au pré » est alors connue : la vocation première de la ville est nettement rapprochée à cette foire populaire dans la région thiernoise encore aujourd’hui même si la première mention du nom « Foire au pré » apparaît seulement en 1237. Cette dernière, qui se déroule aujourd’hui le deuxième week-end du mois de septembre doit sa date d’origine — le 14 septembre — à la célébration de l’exaltation de la Sainte-Croix.

La destruction d’un premier édifice en 532 coïncide à quelques années près avec la découverte du tombeau de Saint-Genès par Grégoire de Tours. L’évêque de Tours, dans ses écrits, indique qu’à cet emplacement fut construit une église (à l’actuel emplacement de l’Église Saint-Genès). À cette époque, les envahisseurs venus d’autres contrées détruises régulièrement la ville. Ainsi, les habitants, par mesures de sécurités, construisent leur maison sur une butte surplombant la Durolle : l’actuelle cité médiévale de Thiers est née.

À partir de 960, la ville rayonne sur les régions voisines82. Le monastère — aujourd’hui Abbaye du Moutier — est rapidement reconstruit à son emplacement d’origine tandis que le bourg s’agrandit et qu’une petite agglomération ressurgie sur les traces de l’ancienne ville. À partir de ce moment, la ville évolue en deux parties distinctes ; encore aujourd’hui, les différences entre ces deux parties de la ville sont dues à cette dualité. La ville basse passe sous l’influence des moines au XIe siècle lorsque le monastère du Moutier passe sous le contrôle de l’Abbaye de Cluny en 1011. En 1251, l’abbé du Moutier passe un acte de pariage avec Alphonse de Poitiers dans lequel il est prévu d’agrandir la ville sur l’actuel Pré de la foire, chose qui est partiellement effectuée84. En 1793, la ville basse est liée avec la ville haute lors de la création de la commune de Thiers la même année.

Lorsque le duc Louis II épouse en 1371 la dame de Thiers Anne Dauphine, la baronnie de Thiers passe dans le patrimoine des ducs de Bourbon. Alors, l’influence du Forez est quasiment remplacée au profit de l’influence bourbonnaise sans pour autant s’attaquer au domaine économique encore très marqué par le Forez. L’influence des ducs de Bourbon est aujourd’hui encore visible. Le château du Pirou, construit au XVe siècle par le duc de Bourbon, utilise de petites tuiles plates et possède un toit pointu ce qui laisse penser que le maître d’œuvre, d’origine bourbonnaise est influencé son origine. Plus tard, les bourbons aménagent la ville et l’agrandissent avec notamment la construction d’une nouvelle enceinte au XVe siècle.

Thiers, essais de couleurs.

La baronnie indique dès 1476 que Thiers est une « ville industrielle » où coutelier, papetiers et tanneurs se côtoient quotidiennement. Dès le XVIe siècle, le commerce thiernois est visible sur la scène internationale : le papier et les couteaux de Thiers s’écoulent à l’intérieur du Royaume de France mais également en Espagne et en Italie. À la fin du siècle, Michel de Montaigne qualifie Thiers de « ville fort marchande ». Après une courte période où le cardinal Antoine Duprat prend le pouvoir de la baronnie de Thiers, les bourbons redeviennent les maîtres de la cité. Ils essayent de se concilier les thiernois en renouvelant à deux reprises les chartes qui avaient été octroyées par les anciens seigneurs aux XIIIe siècle et XIVe siècle.

La seconde moitié du XVIe siècle est marquée par plusieurs actes importants émanant du pouvoir royal obtenus grâce à la place privilégiée des barons de Thiers à la cour royale et au fait que la reine-mère, Catherine de Médicis était à l’origine comtesse d’Auvergne. En 1565, dans une ville où le commerce et l’industrie jouent un rôle primordial, un tribunal de commerce — alors appelé « juridiction consulaire » — est créé. En 1567, la ville est dotée d’administrateurs après que le consulat soit mis en place. Les corps de papetiers et de couteliers reçoivent leur statut quelques années après, en 1582.

Dès le XVIIe siècle, des dons généreux permettent de créer un collège et l’hôpital reçoit un legs très important. Dès 1606, un couvent de frères mineurs capucins ouvre des portes dans un faubourg de la ville, puis viennent des franciscains et des ursulines. Thiers, alors ceinturée de couvents, attire les jeunes gens et les dons.

Durant tout le XVIIe siècle, la baronnie de Thiers a comme seigneur de très proches parents du roi. La ville est alors très peuplée par rapport aux autres villes de la province et son activité industrielle et commerciale est une des plus fortes de la région. Les marchands thiernois, établis dans des villes comme Paris, Lyon ou Marseille sont également présents en dehors des frontières du royaume : à Cadix, Séville, Lisbonne ou encore en Louisiane91. Seulement, si le commerce de la ville est à un haut niveau, les ouvriers thiernois bénéficient d’un maigre salaire. En effet, les marchands ne se contentaient pas des seules productions locales pour alimenter leur commerce mais faisaient appel à des marchandises extérieures. Devenu baron de Thiers, Crozat demande toutes les taxes qui lui sont dues92. Son fils, qui prend sa place en 1738, entame un procès contre deux habitants pour le paiement de la leyde. Ce paiement seigneurial frappait toutes les denrées qui entraient dans la ville. Les thiernois, alors très pauvres s’attaquent dans un procès au niveau national au seigneur de la ville, qu’ils perdent en 1782.

La fin du XVIIIe siècle marque une profonde évolution dans la région thiernoise. Le commerce thiernois subit fortement la concurrence étrangère de la Hollande et de l’Angleterre mais aussi de la politique économique menée par le roi d’Espagne qui élève un droit de douane sur l’importation de produits sur son territoire.

Coutellerie de Thiers, carte maximum, 26/03/2004.

La majorité de la population thiernoise accueille favorablement les mouvements révolutionnaires. En effet, les habitants sont fortement marqués par la perte de leur procès contre le seigneur de la ville en 1782. Les artisans et commerçants souhaitent également voir disparaître les différentes contraintes financières infligées par ce dernier. La mort du roi, l’attitude antireligieuse de la Convention et la levée des troupes entraîne cependant la création d’un mouvement contre-révolutionnaire. Ce dernier s’amplifie en février 1793 avec des visites domiciliaires contre les prêtres réfractaires et dans les familles d’émigrés. Cette précocité dans les mesures de répression aboutit à une création paradoxalement tardive du comité de surveillance révolutionnaire, le 22 mai 1793, soit plus d’un mois après l’arrivée de la loi dans le district. Il fut cependant peu actif : la maison d’arrêt n’ouvre qu’en septembre, sur ordre des représentants en mission. Le commissaire de ces représentants, Dulac, opère 49 arrestations à Thiers, principalement dans les milieux insermentés et nobles impliqués dans les révoltes de Vollore et Servant. Il n’est actif qu’à partir d’octobre 1793.

L’évolution économique de la région thiernoise entre le milieu du XIXe siècle et la deuxième moitié du XXe siècle marque profondément la ville et ses alentours. Les anciennes industries qui font la fortune de la région depuis plusieurs siècles disparaissent peu à peu par manque d’adaptation aux techniques nouvelles. À partir de 1850, seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l’introduction des machines, ce qui préfigure l’avènement de la grande industrie. À cette époque, l’industrie coutelière présente une organisation particulière. La main-d’œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité.

À la fin du XIXe siècle, la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l’électrification. Un nouveau type d’usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie. Les usines de papeterie qui n’ont pas voulu recourir à ces techniques modernes de production se voient dans l’obligation de fermer leurs portes ; elles n’étaient plus qu’une vingtaine en 1860.

La création de deux routes nationales et de deux voies ferrées au XIXe siècle renforce les liens entre la région thiernoise et ses alentours. Les échanges avec Saint-Étienne s’amplifient dès l’ouverture de la Gare de Thiers en 1872.

Thiers sera une des rares villes, la seule du Puy-de-Dôme, à être libérée par les armes le 25 août 1944. Les combats opposeront d’une part les 400 hommes du SS-Panzergrenadier-Ausbildungs-Bataillon.  « Horst Wessel » et les FTP du 103e bataillon FFI-FTPF dirigés par le commandant André Rossignol (alias « Pigeon »), des éléments « sédentaires » des FTP et des MUR, rejoints par le 104e bataillon FFI-FTPF du commandant Roger Beligat (alias « Alain Derval »). L’engagement plus que tardif des hommes du chef militaire FFI Serge Renaudin d’Yvoir (alias « Victoire ») sera mis en question. Le maire désigné par le régime de Vichy Lucien Brasset sera, avec le sous-préfet Villaret, l’intermédiaire entre les FFI et les troupes allemandes.

Durant l’occupation, le QG du bataillon allemand en stationnement fut l’hôtel l’Aigle d’Or qui subsiste encore aujourd’hui au carrefour de la rue de Lyon et de la rue des Grammonts.

À la libération, la commune de Wittenheim en Alsace entra dans une ère de reconstruction. Elle eut la chance de bénéficier du soutien matériel et financier de ses villes marraines dont Thiers fait partie avec Fontenay-sous-Bois, Saint-Cloud. Le nouveau Wittenheim rend hommage à Thiers avec la création de la « place de Thiers ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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