Ville de Grenoble (Isère).

Grenoble ; en francoprovençal : Grenoblo) est une commune du Sud-Est de la France, située dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, chef-lieu du département de l’Isère, ancienne capitale du Dauphiné.

Grenoble est la commune-centre de la deuxième agglomération de la  région Auvergne-Rhône-Alpes en nombre d’habitants, après celle de Lyon, et la troisième commune de cette région, derrière Lyon et Saint-Étienne. Son agglomération de 450 000 habitants est également la plus grande métropole des Alpes, devant Innsbruck dont l’agglomération compte 300 000 habitants, et Bolzano, ce qui lui vaut le surnom, en France, de « capitale des Alpes ».

L’histoire de Grenoble couvre une période de plus de deux mille ans. Durant l’époque gallo-romaine, le bourg gaulois porte le nom de Cularo, puis celui de Gratianopolis. Son importance s’accroît durant le XIe siècle lorsque les comtes d’Albon choisissent la cité comme capitale de leur province, le Dauphiné. Ce statut, consolidé par l’annexion à la France, lui permet de développer son économie. Grenoble devient alors une ville parlementaire et militaire, à proximité immédiate de la frontière avec la Savoie.

En 1788, la population s’est mobilisée pour défendre ses parlementaires lors de la Journée des Tuiles en attaquant les troupes royales. Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, représentants du Tiers état, à l’origine du fameux serment du jeu de Paume, furent d’illustres acteurs grenoblois de la  Révolution française.

Le développement industriel de Grenoble commence véritablement au XVIIIe siècle avec la ganterie et s’accentue dans la deuxième partie du XIXe siècle, avec la découverte de la « houille blanche »; l’énergie hydroéléctrique. Mais Grenoble connaît sa croissance la plus forte durant les Trente Glorieuses.

L’organisation des Jeux olympiques d’hiver (1968) symbolise cette période de grands bouleversements pour la ville. Son développement continuant, Grenoble s’affirme aujourd’hui comme un grand centre scientifique européen. Pour ce qui est de la population, Grenoble était en 2018 la seizième commune de France avec 157 650 habitants, son unité urbaine la seizième de France en 2018, avec 451 096 habitants, et son aire d’attraction la onzième, avec 713 291 habitants. Ses habitants sont dénommés les Grenoblois.


Plusieurs éléments préhistoriques ont été trouvés à Grenoble ou dans ses environs immédiats, attestant d’un lieu de passage, voire d’une présence humaine, notamment au niveau de la montagne du Rabot à la fin du néolithique, ainsi qu’à l’âge du bronze. Les données archéologiques restent cependant relativement rares en raison de la vitesse de la sédimentation des alluvions de l’Isère, du Drac, et des torrents provenant du massif de la Chartreuse qui retirait progressivement les principales traces de passage.

Selon Alain de Montjoye, archéologue du centre archéologique et historique des Musées de Grenoble et de l’Isère, les premières populations sédentaires, au niveau local, firent leur apparition au néolithique, principalement sur les premières pentes du massif du Vercors puis sur celles de la Chartreuse, lors du chalcolithique, au niveau de la cluse grenobloise.

Dès l’âge du bronze, les chercheurs constatent l’existence de courants d’échanges utilisant le carrefour grenoblois. Ceux-ci seront tout d’abord de nature d’abord modeste avant de s’intensifier au bronze final jusqu’à la période de la Tène. Les recherches archéologiques ont permis d’identifier de nombreuses installations durant cette période, tout autour de Grenoble et dans la vallée du Grésivaudan. Cependant, au niveau du site même du territoire grenoblois, les traces les plus anciennes très faibles, observées à la fin du siècle dernier, ne semblent pas antérieures à la période gauloise.

La première référence à Grenoble remonte à 43 av. J.-C. Au départ simple bourg gaulois (vicus) du nom de Cularo, la bourgade, située à un endroit stratégique sur la voie romaine entre Vienne et l’Italie par le Montgenèvre, fut fortifiée sous Dioclétien et Maximien (entre 284 et 293), puis accéda au rang de chef-lieu de cité, à la suite de la venue possible, mais non attestée, de l’empereur Gratien en 379. Elle fut alors rebaptisée Gratianopolis. Des troupes y stationnaient en permanence (cohors prima Flavia) et un évêché, avec à sa tête l’évêque Domnin, est attesté au moins depuis 381.

Durant le IVe siècle, Gratianopolis compte environ 2 000 habitants sur ses neuf hectares et se présente sous la forme d’une ville fortifiée plus rurale que commerçante malgré la présence d’un port sur l’Isère, situé près de la place de Bérulle. Le premier évêque de Gratianopolis est Domnin (Domninus), attesté par sa présence au concile d’Aquilée en septembre 381 et qui va décéder en novembre 386.

Plusieurs historiens, spécialistes de l’Antiquité, évoquent le passage d’Hannibal dans la cuvette grenobloise, soit en suivant le cours de l’Isère, soit en traversant le massif du Vercors, d’ouest en est.

Professeur émérite d’histoire ancienne à l’Université  de Newcastle au Royaume-Uni, John Francis Lazenby, auteur d’un ouvrage spécialisé sur le général carthaginois Hannibal Barca narre dans celui-ci toute l’épopée du célèbre conquérant et celui-ci émet une théorie à propos de la traversée des Alpes, en ce qui concerne la première attaque des Allobroges.

Ce professeur d’Histoire suggère, en effet, qu’Hannibal n’aurait pas voulu traverser l’Isère et aurait donc cheminé sur la rive gauche, mais qu’au-delà de Saint-Nazaire-en-Royans la poursuite de cet itinéraire était impossible à l’époque et qu’il aura donc contraint le général carthaginois à traverser les gorges de la Bourne. Le camp d’Hannibal se serait alors situé à proximité du village actuel de Choranche. Le chemin suivi par Hannibal passerait ensuite sur la route jouxtant l’Isère qui rejoint Grenoble par une route située entre Sassenage et Noyarey.

D’autres historiens, dont l’académicien et historien militaire Paul Azan ou Marc Antoine de Lavis-Trafford, évoquent la possibilité que ce grand général et stratège carthaginois ait pu passer par Montaud pour ensuite longer l’Isère depuis les territoires actuels de Veurey-Voroize, Sassenage, puis le territoire actuel de Grenoble, avant de remonter la vallée du Grésivaudan et de traverser les Alpes. Aucune source archéologique (armes, ossements) n’ayant encore été découverte à Montaud et dans ses environs immédiats, rien ne peut étayer cette hypothèse séduisante, ni l’infirmer, d’ailleurs. La thèse reste donc, jusqu’à présent, recevable.

Une étude plus récente (2009) du préhistorien Aimé Bocquet, fondée sur le peuplement au iiie siècle av. J.-C., ne fait pas passer les troupes d’Hannibal par le nord de la région grenobloise, mais pour ensuite lui faire emprunter le versant occidental de la Chartreuse pour atteindre le col du Petit-Saint-Bernard.

Au XIe siècle, les comtes d’Albon prirent une décision importante pour l’unité de leurs domaines. En effet, ils choisirent Grenoble, ville de médiocre importance en ce XIe siècle, pour capitale. Ils auraient pu céder à la tentation de Vienne, l’ancienne métropole romaine comme capitale de leurs États. Ce choix fondamental leur a permis de garantir leur autorité à la fois sur le Bas et le Haut-Dauphiné. Cependant, les territoires respectifs du Dauphiné et de la Savoie se chevauchaient à cette époque (ainsi, le Faucigny appartenait au premier tandis que la seconde possédait Voiron et la Côte-Saint-André). Cet enchevêtrement fut source de nombreux conflits entre les deux peuples. La future province du Dauphiné. Grenoble se retrouva alors capitale d’un État indépendant au sein du Saint-Empire romain  germanique.

En 1219, Grenoble connaît sa pire inondation, véritable déluge dû à la rupture d’un barrage naturel formé dans la vallée de la Romanche et  provoquant de nombreux morts.

Les dauphins successifs fondèrent l’université en 1338 et le Conseil delphinal s’installa à Grenoble en 1340. Durant la guerre de Cent Ans, la noblesse dauphinoise participa aux conflits contre l’Angleterre et ses alliés.

En 1349, la ville se retrouva rattachée au royaume de France à la suite du transfert (et non-rachat) du Dauphiné à la couronne de France et Grenoble devint capitale provinciale. La présence entre 1447 et 1456 du dauphin, le futur Louis XI, renforça ce statut de ville parlementaire avec la création du troisième Parlement de France. La ville devint également le siège de garnisons, à la frontière avec le duché de Savoie. Elle s’affirma comme la principale ville de la province. Lors des guerres d’Italie, la noblesse dauphinoise se distingua particulièrement sous la figure de Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche ».

En 2019, des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les restes des remparts du couvent des Dominicains datant du XIIIe siècle dans l’actuelle rue de la république en travaux pour son aménagement en voie piétonne. Ce couvent était situé « hors murs », le long de l’ancienne enceinte romaine.

Grenoble eut à souffrir des affrontements des guerres de religion et en sortit affaiblie. Ils furent marqués par de nombreux massacres et destructions. Les conflits prirent fin avec l’ultime victoire de Lesdiguières, lorsqu’il s’empara de Grenoble en 1590. Devenu administrateur du Dauphiné, il modifia et agrandit considérablement la capitale dauphinoise101 et lança notamment la construction de la première génération des fortifications de la Bastille.

Depuis sa création, la cité de Grenoble a souvent été ravagée par les inondations durant certaines périodes et malgré l’endiguement du Drac, effectué au cours des XVIIe siècle et XVIIIe siècle, la ville continue à subir de vraies catastrophes au fil des siècles. Dans les années 1730, elle est frappée par cinq crues qualifiées d’événement exceptionnel. Celle du 14 septembre 1733 frappe particulièrement les esprits en montant à 5,57 mètres au-dessus de l’étiage. L’abbé Bonnet, curé de Vourey et témoin raconte dans ses mémoires « L’eau qui venait à gros bouillons par la porte de Très-Cloître et de Saint-Laurent, eut bientôt rempli toutes les boutiques presque jusqu’au premier étage ».

Un poète grenoblois, François Blanc surnommé Blanc-Lagoutte,  immortalise cette catastrophe dans un long poème appelé Grenoblo malhérou et qui permettra de mieux connaître la langue locale (voir le chapitre “langue et traditions locales”).

Le développement économique de la cité lui permit d’asseoir son importance. La présence de notables et autres parlementaires permit le développement de la ganterie, qui prospéra au cours du xviie siècle et connut son apogée durant le XIXe siècle. Les gants grenoblois (dont les Gants Perrin) s’exportaient alors dans le monde entier et cette industrie constitua l’activité dominante dans la région grenobloise pendant des décennies. Ce développement économique participa fortement de l’expansion de la ville vers l’ouest au-delà de ses remparts.

La journée des Tuiles est une émeute survenue dans le centre de Grenoble le 7 juin 1788, et considérée comme annonciatrice de la Révolution française, quoique spécifiquement grenobloise et dauphinoise : elle est l’aboutissement de l’opposition du Parlement du Dauphiné à la réforme royale portant sur la création d’assemblées provinciales et municipales qui établissaient enfin l’égalité de tous les citoyens devant les impôts. Le Parlement est en fait inquiet car cet édit porte atteinte au nombre de charges dans chaque Parlement, charges dont profite une grande partie de la population de la ville. Ce jour-là, à six heures, une foule évaluée à 10 000 personnes oblige les magistrats à regagner le palais du Parlement, et les protestataires veulent même envahir le greffe pour brûler le registre sur lequel les édits ont été enregistrés de force. Mais Albert de Bérulle, premier président du parlement du Dauphiné s’y oppose, et après avoir remercié les Grenoblois de leur sympathie à l’égard des magistrats, leur demande de regagner leurs domiciles.

La journée doit son surnom au fait que les soldats du roi étant venus  contenir la foule qui se rassemblait autour de la place Grenette, et un vieil homme ayant été blessé par une baïonnette, à la vue du sang, le peuple révolté commence à dépaver les rues, et de nombreux Grenoblois montent alors sur les toits des immeubles afin de lancer une véritable pluie de tuiles et de pierres sur la troupe. Le duc de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général des armées du roi dans le Dauphiné, est gravement menacé par la foule. Il sera peu après remplacé dans ses fonctions par Noël Jourda de Vaux.

Sujette à de nombreuses interprétations, l’expression « Faire une conduite de Grenoble » ne serait pas liée à cette journée d’émeute, mais serait antérieure à cette période.

À la suite de ces événements, la Réunion des états généraux du Dauphiné, également appelée Assemblée de Vizille, se déroule le 21 juillet 1788 dans la salle du jeu de paume du Château de Vizille sur l’invitation de son  propriétaire, l’industriel Claude Perier. Ces États de la Province du  Dauphiné, préparatoires à la future convocation des États généraux de 1789, connaissent plusieurs sessions, la dernière étant tenue à Romans-sur-Isère entre le 1er décembre 1788 et le 16 janvier 1789.

Après l’agrandissement de son enceinte militaire vers le sud en 1840, un mouvement d’extension vers l’ouest semble se dessiner, les édiles souhaitant étendre le territoire de la ville jusqu’au Drac. Le maire Eugène Gaillard, en poste depuis la fin de l’année 1858, parvient à faire adopter l’annexion des territoires de la rive droite de cet affluent de l’Isère lors du conseil municipal du 30 mai 1860, englobant ainsi la récente gare ferroviaire et une partie des territoires des villes de Fontaine, Seyssinet-Pariset et Seyssins.

La révolution industrielle fut cependant un moteur tout aussi important de l’expansion économique de Grenoble. La découverte de la houille blanche par Aristide Bergès assura l’industrialisation rapide de la région, illustrée à partir de 1870 par la création des Ateliers de construction Bouchayer et Viallet, puis au début du XXe siècle par les sociétés Neyrpic et Merlin Gerin. La tenue de l’exposition internationale de la Houille Blanche et du tourisme en 1925 mit en lumière ce développement. En détruisant les remparts de la ville, cet événement permit l’extension de la ville vers le sud.

À la même époque, un comité d’acteurs de la vie économique jette les bases en 1889 d’une association portant le nom de syndicat d’initiative dans l’intérêt de la ville de Grenoble et du Dauphiné. Une intense propagande est ainsi faite pour développer le tourisme dans la ville et ses environs. Illustrant cette nouvelle économie, la première société française de ski est créée en novembre 1895 et officialisée le 1er février 1896 à Grenoble sous le nom de Ski Club des Alpes. Les années 1930, avec l’institution des premiers congés payés, marquent le développement du tourisme d’hiver. La station de l’Alpe d’Huez par exemple est créée en 1936.

La tradition d’innovation grenobloise se maintenait aussi, favorisant un fort développement de la recherche scientifique à partir des années 1950 l’implantation de la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) à Saint-Egrève et l’impulsion de Jean Kuntzmann créateur du premier laboratoire de calcul en 1951 ou de Louis Néel, instigateur du centre d’études nucléaires de Grenoble (CENG) qui va employer sept cents personnes dès l’année 1960, après avoir créé en 1957, un groupe « électronique intégrée » l’élaboration et de la maintenance de l’électronique des réacteurs nucléaires, sous la direction de Michel Cordelle, car la plupart des circuits intégrés vient des usines américaines. Jean Kuntzmann fonde en 1960 l’Institut de mathématiques appliquées de Grenoble.

En 1961, le professeur René Perret et son élève l’ingénieur Guy Jardin débutent une collaboration avec Mors, l’industriel américain de électroménager connu pour ses enregistreurs, après avoir fondé en 1957, de retour des États-Unis, et avec l’Institut polytechnique de Grenoble (IPG), le Laboratoire d’automatisme de Grenoble (LAG) pour l’automatisation et le calcul des commandes de procédés et processus, d’abord appelé laboratoire de Servomécanisme. C’est l’époque où Mors commence à ajouter à son catalogue des produits d’automatisation incluant beaucoup d’électronique. Son département automatisme, situé à Crolles, va même lancer un calculateur industriel, grâce à un établissement fondé en 1962 par quelques ingénieurs issus du LAG.

L’année 1962 voit émerger un engouement mondial pour l’électronique, grâce aux projets de la société américaine Control Data Corporation, menée par Seymour Cray, tandis que la technologie Mos de Thomson-Brandt bouleverse la microélectronique, avec l’usine de transistors Sesco de 400 salariés installeé début 1962 à Aix-en-Provence, qui a 20 % du marché français dès 1968.

Le Centre d’études nucléaires de Grenoble (CENG), demande au cours de cette même année 1962 à son groupe « électronique intégrée » de créer sans plus attendre sa propre technologie, l’amenant à sortir en 1965 son premier circuit intégré composé de dix transistors. Ce laboratoire va rallier d’anciennes équipes de recherche mathématique puis informatique de l’IMAG. En 1965, Grenoble compte aussi un troisième pôle de circuits intégrés : la COSEM, filiale de CSF (Compagnie des signaux sans-fil).

Le mini-ordinateur Mato1 voit le jour dès 1966 chez l’industriel Mors, qui réalise des études sur un site de l’industrie chimique avec l’aide de la DGSRT. Mais dès 1967, ne pouvant faire face aux coûts de développement, il cède l’usine à Télémécanique qui poursuit la collaboration avec le LAG puis ouvre sa propre usine à Crolles, dans la banlieue de Grenoble, où elle fabrique des calculateurs devenus mini-ordinateurs, la future gamme T1600. Le site emploie 170 personnes en 1967. L’année 1967 voit aussi Serge Kampf, ex-directeur régional chez Bull-GE, fonder à Grenoble la SSII Sogeti (société pour la gestion des entreprises et le traitement de l’information).

Un premier Plan Composants, baptisé « plan électronique professionnelle », est annoncé en avril 1967 par le gouvernement, car la CSF est débordé par le coût de sa croissance. Il prévoit sa fusion avec Thomson-Brandt. Leurs filiales semi-conducteurs (SESCO et COSEM) sont regroupées en 1969 dans la Sescosem, qui entre en 1972 au « Top 20 » mondial des semi-conducteurs et reçoit 20 millions de francs de subventions de 1969 à 1973, flux qui repart, doublé, en 1978. Le site grenoblois de la Télémécanique comptant rapidement 300 salariés, dont plusieurs dizaines d’ingénieurs de l’Institut polytechnique de Grenoble, elle ouvre en 1971 une seconde usine à Échirolles, employant cette fois 800 personnes, assurant à la fois la conception matérielle et logicielle, l’intégration et la maintenance des ordinateurs. C’est sur ce site grenoblois que sont lancés le T 2000 (1968), T 1000 (1969), T 1600 (1972)115 puis qu’est développé à partir 1973 et durant 21 mois, le Solar, sorti en septembre 1975, qui concurrence les gammes PDP-11 de Digital Equipment Corporation et Data General Nova de Data General.

Entre-temps, le centre scientifique de la Compagnie internationale pour l’informatique (CII) à Grenoble est créé en 1970, pour la collaboration entre ses équipes de recherche et celles de l’IMAG sur l’architecture de systèmes. Son personnel est en majeure partie recruté localement, faute de succès des propositions de transfert de personnel CII, créant un appel d’air dans la communauté étudiante et industrielle grenobloise. Ce centre scientifique s’investit dans l’effort de recherche sur la naissance du modèle relationnel de bases de données, en vue des premiers systèmes commerciaux de 1978-1980. Il travaille en particulier sur les systèmes transactionnels répartis. Un projet d’architecture multi-microprocesseur est mené mais pas exploité, faute de support logiciel.

En 1972, le LETI crée une filiale vocation industrielle, pour valoriser ses recherches en semi-conducteurs dans tous les domaines, et axée sur la mise en œuvre de la technologie CMOS. C’est l’Efcis (Études et fabrication de circuits intégrés spéciaux), dont le capital initial provient du Commissariat à l’Énergie atomique, rejoint par Thomson-Brandt en 1976, qui deviendra actionnaire majoritaire en 1982. Cette filiale est la future SGS-Thomson, rebaptisée ST Microelectronics au début des années 2000. L’année 1972 est aussi marquée par la première démonstration de Cyclades (réseau), créé en 1971, avec des transferts de données entre les locaux de la CII en région parisienne et l’IMAG de Grenoble, sur des ordinateurs Mitra 15 et IBM 360.

Des accords de licence sont décrochés par Efcis avec Motorola. La Sescosem, qui a IBM comme principal client, est utilisée comme une « seconde source » par Texas Instruments. L’Institut national de la sous-traitance s’installe en 1973 à Grenoble, pour en faire le berceau de l’informatique légère. Un “système productif territorialisé”, dépassant le simple transfert de technologie des centres de recherche vers les industriels apparaît dans l’agglomération, selon Bernard Reverdy, professeur associé à l’université Grenoble-II, qui a étudié le développement des semi-conducteurs à Grenoble avec une équipe de l’IREPD (Institut de recherche, économie, production et développement). En 1973, le consortium européen Unidata est fondé pour réunir CII, Philips, et Siemens. Et implanter à Grenoble son centre de recherche à partir du centre scientifique CII, mais Unidata est stoppé par le gouvernement dès 1975.

La production des Solar est réalisée à 60 % grâce à la sous-traitance, par des ingénieurs et des techniciens formés dans les écoles ou instituts grenoblois. Mais sans marché intérieur ni capacité d’investissement pour s’imposer face aux autres sous-traitants en pleine croissance, Efcis et Sescosem sont mis à rude épreuve sur le marché mondial, quand l’État prend conscience du retard de la France dans ce domaine devenu stratégique et improvise un “plan composants” en 1977, trois ans après le Premier choc pétrolier.

Les années 1980 seront marquées par la priorité donnée par l’État à la filière des télécoms sur celle de l’informatique qui se concrétise vers 1978 lorsqu’est abandonnée la vision du Datagramme, inhérente au projet Cyclades (réseau). Une partie des personnes travaillant sur projet Cyclades (réseau) à Grenoble rejoignent le centre scientifique CII où elles tentent de prolonger leurs travaux sur les protocoles de communication et sur l’architecture de systèmes répartis.

Dès 1976-1977, l’État pousse la Télémécanique à se scinder en plusieurs parties, la division fabriquant le Solar intéressant Thomson, qui accepte en contrepartie de sortir de la CII. Les personnes insatisfaites des orientations prises fondent leurs propres entreprises et contribuent au démarrage de la ZIRST de Meylan.

Les premières furent Option et BGT, suivies par APSIS, APTOR, MC2, XCOM, Périphérique assistance, CYBERSYS, PRODIS, DIGIGRAM, ou encore Qualité conseil. En 1989, sur 163 entreprises de la ZIRST de Meylan, 17 ont été fondées par d’anciens salariés de Mors ou la Télémécanique à Grenoble.

En 1979, le Centre national d’études des télécommunications créé son propre bureau d’études local, le “Centre Norbert Ségard”, dans la ZIRST de Meylan, ce qui oblige à créer des structures de concertation, comme le GCIS (Groupement Circuits Intégrés au Silicium) associant au CEA et au CNRS, pour harmoniser les politiques de recherche.

En 1992, deux ingénieurs du LETI créent près de Grenoble la société Soitec pour commercialiser les substrats SOI (silicon-on-insulator) et d’autres substrats pour les semi-conducteurs. L’année suivante, le programme Morphomètre 3D est lancé, consistant à visualiser des organes en trois dimensions pour la médecine.

Aujourd’hui, Grenoble constitue l’un des grands centres scientifiques européens et s’affirme comme l’un des pôles en pointe dans le domaine des nanotechnologies. Mais en mai 2018, la presse confirme que 293 postes vont être supprimés sur le site de General Electric (GE) Hydro à Grenoble (Isère), ce qui est moins élevé qu’initialement annoncé en juillet 2017.

Source : Wikipédia.

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