Rosa Parks, militante.

Rosa Louise McCauley Parks, dite Rosa Parks, née  le 4 février 1913 à Tuskegee en Alabama (États-Unis) et morte le 24 octobre 2005 à Détroit dans le Michigan, est une femme afro-américaine, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, surnommée « mère du mouvement des droits civiques » par le Congrès américain.

Comme l’ont fait avant elle Claudette Colvin, 15 ans, le 2 mars 1955, Aurelia Browder, 36 ans, en avril 1955 et Marie-Louise Smith, 18 ans, le 21 octobre 1955, à son tour Rosa Parks, 42 ans, refuse, le 1er décembre 1955, de céder sa place à un passager blanc dans l’autobus conduit par James F. Blake. Arrêtée par la police, elle se voit infliger une amende de 15 $. Le 5 décembre 1955, elle fait appel de ce jugement. Le pasteur Martin Luther King, avec le concours de Ralph Abernathy, pasteur de la Première église baptiste d’Amérique, lance alors une campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus qui dure 380 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis casse les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles.


Dans les années 1930, elle assiste à des réunions du Parti communiste des États-Unis d’Amérique, qui était alors le seul parti politique dans l’Alabama à s’opposer ouvertement à la ségrégation, mais, contrairement aux rumeurs de ses détracteurs, elle n’a jamais été membre du Parti.

En décembre 1932, elle épouse Raymond Parks, un coiffeur militant de la cause des droits civiques, membre de section de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) de l’Alabama. Il collecte aussi de l’argent pour soutenir un groupe de jeunes Noirs, les « Scottsboro Boys », qui sont accusés de viols sur deux femmes blanches. Après avoir déménagé dans le quartier Est de Montgomery, il l’encourage à finir ses études secondaires, qu’elle achève malgré les charges familiales en 1934, à une époque où seulement 7 % des Noirs obtiennent ce niveau d’étude. En 1940, les époux Parks deviennent membres de la Montgomery Voters League, dont le but est d’aider les Afro-Américains à réussir les tests pour s’inscrire sur les listes électorales.

Rosa Parks travaille en tant que couturière de 1930 à 1955, mais elle exercera divers autres métiers tels qu’aide-soignante, femme de ménage ou employée au sein d’une base militaire. C’est en tant qu’employée de la base aérienne de Maxwell, où la cafétéria comme les transports du personnel sont déségrégués qu’elle fait son expérience d’une société non-ségréguée : « On peut dire que [la situation] à Maxwell m’a ouvert les yeux ».

En décembre 1943, elle rejoint le mouvement pour les droits civiques  (American Civil Rights Movement) en adhérant à la section locale de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), présidé par Edgar Nixon, où elle est choisie pour tenir la fonction de secrétaire. Sur son rôle dans l’association, elle déplore d’être cantonnée au rôle de secrétaire d’Edgar Nixon, pour qui la place des femmes est dans la cuisine. Elle garde cette fonction jusqu’en 1957 lorsqu’elle quitte la ville de Montgomery.

En septembre 1944, Rosa Parks est envoyée par la NAACP  à Abbeville en Alabama enquêter sur le viol de Recy Taylor, une jeune afro-américaine, par sept hommes blancs. (En octobre, l’affaire fait les titres de la presse dans tous les États-Unis. Les coupables sont identifiés, mais aucun d’eux n’est arrêté et leur avocat propose une indemnisation de 600 dollars qui est refusée. Par deux fois, un grand jury est réuni pour se prononcer sur l’inculpation des suspects, mais les deux fois, l’inculpation est rejetée. Aucune poursuite n’est engagée. Ce n’est qu’en 2011 que le parlement de l’Alabama présentera ses excuses à Recy Taylor pour les manquements de ses obligations à poursuivre les crimes commis à son égard.)

Elle est aussi femme de ménage pour un couple de Blancs militants de la cause du mouvement des droits civiques, Clifford Durr et Virginia Foster Durr, qui sympathisent avec elle et l’encouragent à suivre une formation sur les droits des travailleurs et l’égalité raciale au Highlander Research and Education Center également connu sous le nom « Highlander Folk School », à Monteagle dans le Tennessee, six mois avant son arrestation.

Comme beaucoup d’autres Afro-Américains, elle est choquée par le meurtre sauvage d’Emmett Till en août 1955. Le 27 novembre 1955 (soit quatre jours avant qu’elle ne refuse de céder son siège), elle assiste à un grand meeting sur cet assassinat à Montgomery, dont le principal orateur est T. R. M. Howard, un militant des droits civiques du Mississippi, à la tête du Regional Council of Negro Leadership.

En 1944, le joueur de baseball Jackie Robinson doit affronter un cas semblable, lorsque, confronté à un officier de l’Armée à Fort Hood, au Texas, il refuse de se diriger vers l’arrière du bus. Robinson est traduit devant une cour martiale, qui l’acquitte.

La NAACP prend en charge d’autres cas, comme celui d’Irene Morgan qui en 1944 avait refusé de changer de place dans un bus ségrégué qui faisait le trajet de la Virginie (État ségrégationniste) au Maryland (État non ségrégationniste), l’affaire est présentée à la Cour suprême, sous le titre Irene Morgan v. Commonwealth of Virginia. En 1946, la Cour rend son arrêt, dans lequel elle donne raison à Irene Morgan, car le bus traversant des États aux lois différentes, seules les lois fédérales comptaient et qu’il était impossible de satisfaire aux lois ségrégationniste de la Virginie, car ce serait alors une entrave à la liberté de déplacement et aux entreprises de transport. Cette victoire casse le précédent arrêt Hall v. DeCuir de 1877, dans lequel, sur un cas semblable, la Cour suprême avait arrêté qu’à partir du moment où une compagnie de transport en commun ouvre le même service à ses clients blancs comme de couleur, mais dans des compartiments, des cabines, des places séparées, cela est conforme à la Constitution, arrêt qui avait jeté les bases légales des lois Jim Crow. Cette décision, même si elle ne concerne que les transports entre États, est une brèche quant à la légitimité constitutionnelle des lois ségrégationnistes et devient un modèle de lutte dont l’aboutissement sera l’arrêt Browder v. Gayle consécutif au refus de Rosa Parks à changer de place.

Des militants de la NAACP commencent à préparer la défense de Claudette Colvin, une collégienne de 15 ans inscrite à la Booker T. Washington High School de Montgomery. Le 2 mars 1955, Colvin fut menottée, arrêtée et expulsée manu militari d’un bus public après qu’elle a refusé de céder son siège à une femme blanche. Elle clame que ses droits constitutionnels ont été violés. Colvin est alors membre active du groupe de jeunes du NAACP, dont Rosa Parks était conseillère.

Colvin se souvient : « Mme Parks disait, “Faites ce qui est juste.” » Rosa Parks lève des fonds pour la défense de Colvin, mais quand E.D. Nixon apprend qu’elle est enceinte, il estime qu’elle n’est pas un symbole convenable pour leur cause. En effet, peu après son arrestation, elle tombe enceinte d’un homme marié plus âgé ; cette transgression morale scandalise profondément la pieuse communauté noire. Ses stratèges pensent que la presse ségrégationniste blanche ferait valoir la grossesse de Colvin pour discréditer tout boycott. Le NAACP a également étudié, mais rejeté d’autres cas antérieurs à celui de Rosa Parks, jugés insuffisants pour faire face aux pressions des opposants dans un affrontement légal avec les lois ségrégationnistes. Colvin était aussi connue pour ses dérapages verbaux. La plupart des charges contre elle sont abandonnées. Les stratèges du NAACP continuent à rechercher un plaignant au-delà de tout reproche.

De même, une autre femme, Mary Louise Smith, n’a pas été défendue, la rumeur voulant que son père ait été alcoolique. Au contraire, Rosa Parks est une des femmes les plus distinguées de la ville, dont l’éducation ne souffre d’aucune remarque, et donc un meilleur étendard pour la cause noire.

En juin 1955, Lucille Times a une altercation avec James Blake qui, au volant de son bus, essaie de pousser sa voiture dans le fossé. Après une violente dispute avec lui, elle essaie sans succès d’obtenir le soutien d’Edgar Nixon ou de la presse locale. Elle décide donc d’organiser elle-même un boycott des bus de Montgomery. Pendant six mois, elle transporte donc des  personnes dans sa voiture.

Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955, dans la ville de Montgomery, elle refuse d’obéir au conducteur de bus James Blake, le même qui avait agressé Lucille Times, qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d’aller s’asseoir au fond du bus.

Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs sont réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentent trois quarts des utilisateurs, doivent s’asseoir à l’arrière. Ils peuvent néanmoins utiliser la zone centrale, jusqu’à ce que des Blancs en aient besoin ; ils doivent alors, soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Si ces places sont occupées, les Noirs doivent bien acheter leur billet à l’avant, mais sont tenus de sortir avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus pour accéder aux  emplacements qui leur sont attribués.

Pendant des années, la communauté noire se plaint de la situation et Parks ne fait pas exception : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n’a pas commencé avec cette arrestation. J’ai fait beaucoup de marche à Montgomery. » Parks en fait une expérience publique un jour pluvieux de novembre 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l’avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l’accès par l’arrière, elle décide d’aller directement vers le fond. Blake, furieux, la main sur son revolver, l’empoigne pour la ramener vers l’avant. Elle laisse alors tomber intentionnellement son sac à main et s’assied un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu’il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, ce sera le même chauffeur le 1er décembre 1955 alors qu’elle cherchait à l’éviter depuis cet événement. Ce jour de 1955, elle n’avait semble-t-il[évasif] pas prémédité son geste, mais une fois décidée, elle l’assume totalement.

Par la suite, Rosa Parks devient une icône pour le mouvement afro-américain des droits civiques. Ne trouvant pas de travail à Montgomery et sous la pression de ses proches inquiets pour sa sécurité, mais aussi en raison de quelques désaccords avec les leaders noirs de la ville, elle se rend en 1957 dans le Nord, à Hampton en Virginie puis à Détroit dans le Michigan.

Elle y travaille en tant que couturière, jusqu’à ce qu’elle se joigne à l’équipe du représentant démocrate du Michigan, l’Afro-Américain John Conyers à la Chambre des représentants des États-Unis, pour lequel elle travaille de 1965 jusqu’à sa retraite le 30 septembre 1988.

Ce combat contre les discriminations débouche en 1964 sur le Civil Rights Act, loi qui interdit toute forme de discrimination dans les lieux publics et en 1965 sur le Voting Rights Act, qui supprime les tests et autres taxes pour devenir électeur aux États-Unis.

Le Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development est fondé en février 1987 conjointement par Rosa Parks et Elaine Eason Steele en l’honneur du mari de Rosa Parks, Raymond Parks (mort en 1977). L’institut organise des visites en bus pour les jeunes générations en leur montrant les sites importants du mouvement pour les droits civiques. Lors d’une visite en 1997, le bus tombe dans une rivière et tue Adisa Foluke, que tout le monde considérait comme le petit-fils adoptif de Rosa Parks, et en blessa beaucoup d’autres.

En octobre 1995, elle participe à la « Million Man March », qui rassemble plus d’un million de Noirs à Washington.

Ses dernières années sont difficiles. Elle est notamment hospitalisée après un hold-up commis le 30 août 1994 par un jeune homme de 28 ans, Joseph Skipper, qui lui vole 53 dollars. Il est condamné, le 8 août 1995, à quinze ans de prison. Rosa Parks lui pardonne partiellement, puisqu’elle souhaite qu’il puisse se racheter et non aller en prison. À la fin de ses jours, elle a des difficultés pour payer son loyer et doit faire appel à l’aide de son église, afin que son propriétaire cesse ses poursuites judiciaires.

Rosa Parks réside à Détroit jusqu’à sa mort le 24 octobre 2005. Depuis 2004, elle souffrait d’une maladie neurodégénérative.

Le cercueil de Rosa Parks exposé dans la Rotonde du Capitole des États-Unis le 30 octobre 2005. Après son décès, la classe politique dans son ensemble lui rend hommage. Le président George W. Bush honore sa mémoire dans une allocution télévisée et sa dépouille reste exposée deux jours dans la rotonde du Capitole pour un hommage public. Privilège réservé d’habitude aux hommes politiques et aux soldats, Rosa Parks est la 31e personne après l’ancien président Ronald Reagan en juin 2004 et la première femme à recevoir cet honneur. Elle est également la deuxième personnalité noire (la première fut Jacob J. Chestnut) et la seconde personne ne faisant pas partie du gouvernement (la première était le Français Pierre L’Enfant en 1909) à recevoir un tel hommage de la part du gouvernement fédéral.

Son cercueil est ensuite exposé au Charles H. Wright Museum of African American History du 31 octobre au 2 novembre 2005 ; 700 000 personnes viennent y apporter leurs hommages.

Des milliers de personnes assistent à ses funérailles en l’église Greater Grace Temple à Détroit le 2 novembre. On estime à 60 000 le nombre d’Américains qui lui rendent hommage dans les premiers jours qui suivent son inhumation dans son État natal de l’Alabama et à Washington. De nombreuses personnalités y assistent, dont l’ancien président Bill Clinton, la sénatrice de New York Hillary Clinton, le pasteur noir Jesse Jackson, des élus noirs du Congrès et des dirigeants du mouvement des droits civiques. La chanteuse Aretha Franklin chante à cette occasion. Le président américain décrète la mise en berne de tous les drapeaux le jour de son enterrement. Le corbillard lui-même est suivi d’un bus des années 1950 recouvert d’un linceul noir.

À sa mort, le bus dans lequel Rosa Parks avait été arrêtée est drapé d’un linceul rouge et noir jusqu’aux obsèques officielles. Enfin, les premières places des bus de Montgomery restent vacantes jusqu’au jour de son enterrement. Elles sont recouvertes d’une photographie de Rosa Parks entourée d’un ruban noir portant l’inscription suivante : « La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. »

Rosa Parks repose dans une chapelle mortuaire du Woodlawn Cemetery, chapelle construite en 1905 par l’architecte Albert Kahn, qui fut restaurée en 1999 et qui est rebaptisée Rosa Parks Memorial  Mausoleum en 2005.

Source : Wikipédia.

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