La quinine.

La quinine est un alcaloïde naturel antipyrétique, analgésique et surtout, antipaludique. Extraite du quinquina, un arbuste originaire d’Amérique du Sud, elle était utilisée pour la prévention du paludisme (ou « malaria ») avant d’être supplantée par ses dérivés : quinacrine, chloroquine, et primaquine.


Les quinquinas sont des arbres de la Cordillère des Andes poussant en haute altitude. Ils font partie du genre Cinchona parmi lequel seuls le quinquina rouge et le quinquina jaune ont des propriétés antipaludiques ; le quinquina gris paradoxalement appelé Cinchona officinalis, voire tout simplement quinquina est dénué de ces propriétés. L’écorce de quinquina était connue, et ce dès le xviie siècle, pour guérir la fièvre tierce. Conseillé par des indigènes le frère jésuite Agostino Salombrini introduit la plante dans son jardin médicinal du collège Saint-Paul de Lima, dont il était l’infirmier. De là l’écorce est introduite en Europe au début du XVIIe siècle, ses vertus furent mentionnées pour la première fois en 1639. Son usage fut rapporté à Rome pour soulager les fièvres intermittentes qui faisaient rage tous les étés dans cette ville, et la popularisèrent ensuite en Europe. Les religieux en avaient découvert ses propriétés antipyrétiques en observant les indiens des plateaux andins absorber une poudre confectionnée avec de l’écorce de cet arbuste, et que l’on surnomma par la suite « poudre des jésuites » On la connaît également sous le nom d’Herbe des Jésuites ou encore cortex peruvianus (écorce du Pérou). Le succès est dans un premier temps mitigé.

En 1672, dans un opuscule intitulé Pyretologia, a rational account of the cause and cure of agues faisant l’éloge de la poudre de quinquina, Robert Talbor met en garde ses lecteurs contre ses effets dangereux lorsqu’elle est mal administrée. Talbor guérit le fils de Louis XIV, le Grand Dauphin, grâce à l’administration de fortes doses d’écorce de quinquina et au  renouvellement régulier des prises. Pour 48 000 livres auxquelles s’ajoutèrent une pension à vie de 2 000 livres, le Roi achète son secret à Talbor. Au décès de ce dernier, Louis XIV ordonne la publication de De la guérison des fièvres par le quinquina (1681) afin de faire connaître cette médication. En 1683, Nicolas de Blégny en donne une nouvelle description dans Le remède anglois pour la guérison des fièvres immédiatement traduit en anglais. Malgré des polémiques persistantes concernant son efficacité, le quinquina est dès lors largement accepté par les médecins.

Ce n’est qu’en 1820 que les chimistes français Joseph Pelletier et Joseph Caventou extraient les principes actifs de l’écorce de quinquina rouge (Cinchona succirubra) ou jaune (Cinchona calisaya). L’Académie de médecine examine leur communication le 11 septembre et le 16 octobre 1820. Ce qui donnera lieu à publication, en février 1821, dans le Journal de pharmacie et des sciences accessoires. Ils ont découvert que la base fébrifuge est constituée de deux alcaloïdes qu’ils nomment quinine et cinchonine.

Les deux chimistes, en raison de leur formation de pharmaciens, soucieux de tirer des applications pharmacologiques de leur découverte, se lancent donc dans la fabrication de la quinine. Leur atelier de fabrication va traiter, en 1826, 138 tonnes d’écorce de quinquina pour extraire 1800 kilos de sulfate de quinine. En rendant publique leur invention, ils ont permis à qui le voulait d’en tirer parti8. Ce fut le cas de plusieurs entrepreneurs  allemands qui se lancent aussi dans l’extraction à grande échelle de la quinine, marquant ainsi les débuts de la grande industrie pharmaceutique. Aux États-Unis, le laboratoire de Philadelphie, Rosengarten and Sons, commence à faire un usage commercial de la méthode Pelletier-Caventou en 1823. La même année, les cloches des temples de la vallée du Mississippi appelaient chaque soir à la consommation des pilules du Dr John Sappington de Philadelphie (Dr Sappington’s Fever Pill), ce qui fit sa fortune.

En 1853, Louis Pasteur obtient un dérivé proche de la quinine, la  quinotoxine. De même pour la cinchotoxine. Ces deux substances sont alors désignées « quinicine » et « cinchonicine » : Miller et Rohde leur donneront leur nom actuel dans les années 1890.

En 1918 (on trouve aussi 1931), Paul Rabe et Karl Kindler affirment avoir réalisé la synthèse de la quinine à partir de la quinotoxine (aucun détail expérimental précis n’apparaît toutefois dans la publication où ils en font état). Le 11 avril 1944, Robert Woodward et William von Eggers  Doering de l’université Harvard annoncent avoir réussi la synthèse totale de la quinine, obtenant lors de leur essai 30 milligrammes de quinine. (En fait, Woodward et Doering n’ont décrit que les 17 étapes conduisant à la synthèse … de la D-quinotoxine s’en remettant aux travaux de P. Rabe pour les étapes reliant la quinotoxine à la quinine). Dans un contexte de guerre où la quinine était une ressource rare et d’importance militaire, la nouvelle fit grand bruit, la presse saluant ainsi « l’un des plus remarquables exploits scientifiques de ce xxe siècle ». La découverte de Woodward et Doering n’a pourtant alors aucune utilité

pratique, la quinine obtenue par cette synthèse coûtant beaucoup trop cher. Par ailleurs, le doute est jeté sur la réalité même de cette découverte, l’opération de synthèse de quinotoxine en quinine n’ayant pas pu être reproduite alors (ce sera chose faite en 1967 puis en 1973 par Milan R. Uskokovic). La vraie synthèse totale – et stéréosélective – sera effectuée par Gilbert Stork en 2001. Il publia dans the Journal of the American Chemical Society en 2001 et déclencha une controverse en contestant que Woodward et Doering aient pu aboutir en 1944 à la synthèse de la quinine (et non pas seulement de la quinotoxine) ainsi qu’ils en avaient été crédités.

Source : Wikipédia.

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