Gamal Abdel Nasser, ancien Président de la république d’Egypte.

Gamal Abdel Nasser Hussein, né le 15 janvier 1918 à Alexandrie et mort le 28 septembre 1970 au Caire, est un homme d’État égyptien. Il fut le second président de la République d’Égypte de 1956 à sa mort. Après une carrière militaire, il organisa en 1952 le renversement de la monarchie et accéda au pouvoir. À la tête de l’Égypte, il mena une politique socialiste et panarabe appelée nassérisme. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des dirigeants les plus influents du XXe siècle.

Nasser fut très tôt impliqué dans la lutte contre l’influence britannique en Égypte. Il intégra ensuite l’armée en 1938 et participa à la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Déçu par la monarchie et souhaitant réformer la société égyptienne, Nasser fonda le Mouvement des officiers libres qui renversa le roi Farouk en 1952. Après une lutte de pouvoir contre ses anciens associés, dont le président Mohammed Naguib, il prit le contrôle du gouvernement. Un référendum en 1956 permit l’adoption d’une nouvelle Constitution, la première de l’ère républicaine et l’accession de Nasser à la présidence.

La neutralité de l’Égypte durant la guerre froide causa des tensions avec les puissances occidentales qui refusèrent de financer la construction du barrage d’Assouan. Nasser répliqua en nationalisant la compagnie du canal de Suez en 1956. Le Royaume-Uni, la France et Israël organisèrent une offensive pour reprendre le contrôle du canal mais furent contraints de se replier sous la pression conjointe des États-Unis et de l’Union soviétique. Cet incident accrut considérablement la popularité de Nasser dans le monde arabe et ses discours pour une union panarabe culminèrent avec la création de la République arabe unie avec la Syrie en 1958.

En 1962, Nasser adopta des mesures socialistes et mena des réformes pour moderniser l’Égypte. Malgré les revers à sa vision panarabe, comme la dissolution de l’union avec la Syrie et la guerre du Yémen, ses partisans prirent le pouvoir dans plusieurs pays arabes. Il fut élu président du mouvement des non-alignés en 1964 et, l’année suivante, réélu président après avoir empêché tous ses opposants de se présenter. Après la défaite de l’Égypte lors de la guerre des Six Jours en 1967, il démissionna avant de renoncer du fait des manifestations demandant son maintien au pouvoir. Après le conflit, il se nomma Premier ministre, lança des attaques pour reprendre les territoires perdus, dépolitisa l’armée et promit une libéralisation politique. Après la fin du sommet de la Ligue arabe en 1970, il succomba à une crise cardiaque. Cinq millions de personnes assistèrent à ses funérailles au Caire et le monde arabe fut en deuil.

Nasser reste au début du XXIe siècle un symbole de la dignité arabe du fait de ses efforts pour une plus grande justice sociale et sa défense du panarabisme, de la modernisation de l’Égypte et de l’anti-impérialisme. Ses détracteurs ont critiqué son autoritarisme, son populisme, les violations des droits de l’homme par son régime et son échec à créer des institutions civiles durables. Les historiens considèrent Nasser comme une figure centrale de l’histoire moderne du Moyen-Orient et du XXe siècle.


En 1937, Nasser postula à l’Académie militaire égyptienne réservée aux enfants de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie, mais l’accord conclu en 1936 avec l’occupant britannique permit à l’armée égyptienne d’élargir son recrutement à la petite bourgeoisie, ce dont va bénéficier Nasser pour devenir officier mais son passé d’opposant au gouvernement bloqua son admission. Déçu, il intégra la faculté de droit de l’université Fouad mais la quitta au bout d’un semestre pour essayer à nouveau de rejoindre l’académie militaire. Conscient qu’il ne serait pas admis sans soutien, Nasser obtint un entretien avec le sous-secrétaire à la Guerre, Ibrahim Khairy Pasha, responsable des admissions. Il accepta de soutenir la candidature de Nasser qui fut approuvée à la fin de l’année 1937. Il consacra alors tout son temps à sa carrière militaire et garda peu de contacts avec sa famille. À l’académie, il rencontra Abdel Hakim Amer et Anouar el-Sadate, qui devinrent de proches conseillers durant sa présidence. Après avoir été diplômé en juillet 1938, Nasser fut affecté à Manqabad près de la ville de Beni Mur et devint sous-lieutenant dans l’infanterie. En 1941, Nasser et Amer furent stationnés à Khartoum dans le Soudan anglo-égyptien. En mai 1943, il obtint un poste d’instructeur à l’académie militaire.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1942, l’ambassadeur britannique Miles Lampson fit encercler le palais du roi Farouk pour exiger le renvoi du Premier ministre Hussein Sirri Pacha en raison de ses sympathies pour l’Axe à un moment où les forces de ce dernier entraient en Égypte. Nasser vit cet incident comme une violation flagrante de la souveraineté égyptienne et écrivit « j’ai honte de voir que notre armée n’a pas réagi à cette attaque ». Il rejoignit l’école des officiers plus tard dans l’année et commença à former un groupe de jeunes officiers favorables à une révolution nationaliste. Nasser resta en contact avec les membres du groupe par l’intermédiaire d’Amer qui continua de recruter des officiers intéressés au sein des différentes composantes des forces armées égyptiennes et lui envoyait un dossier détaillé sur chacun d’entre eux.

La première expérience militaire de Nasser eut lieu en Palestine durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Il s’était initialement porté volontaire pour rejoindre le Haut Comité arabe mené par Mohammed Amin al-Husseini. Ce dernier fut impressionné par Nasser33 mais le gouvernement égyptien refusa son entrée dans les forces arabes pour des raisons peu claires. En mai 1948, après la fin du retrait britannique, le roi Farouk déploya l’armée égyptienne en Palestine avec Nasser à la tête du 6e bataillon d’infanterie. Durant le conflit, il rapporta l’impréparation de l’armée égyptienne dont les « soldats s’écrasaient sur les fortifications ». Le 12 juillet, il fut légèrement blessé alors que ses forces étaient encerclées par l’armée israélienne dans la « poche de Faluja ». Ses demandes de soutien à la Légion arabe jordanienne furent ignorées mais son unité refusa de se rendre. Les négociations entre Israël et l’Égypte aboutirent finalement à la cession de Faluja à l’État hébreu. Selon le journaliste Eric Margolis, la résistance des troupes égyptienne à Faluja fut « l’une de deux seules actions arabes honorables durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Ses défenseurs, dont le jeune officier Gamal Abdel Nasser, devinrent des héros ».

La chanteuse égyptienne Oum Kalthoum organisa des festivités pour le retour des officiers malgré les réserves du gouvernement qui avait subi des pressions de la part des Britanniques pour annuler la réception. La déconnexion apparente entre la population et le pouvoir royal durant le retour des officiers renforça la détermination de Nasser à renverser la monarchie38. Il avait également le sentiment que son unité avait été abandonnée malgré la résistance qu’elle avait opposé. Il commença la rédaction de son livre Philosophie de la révolution durant le siège. Après la guerre, il reprit son poste d’instructeur à l’académie militaire40. Il prit contact avec les Frères musulmans en octobre 1948 pour essayer de former une alliance mais jugea que leur programme était incompatible avec son nationalisme et il commença à s’opposer à leur influence. Nasser fit partie de la délégation égyptienne qui négocia les accords d’armistice avec Israël à Rhodes ; il jugea les termes humiliants en particulier du fait de l’opération Ouvda durant laquelle les Israéliens s’emparèrent facilement de la région d’Eilat.

Le retour de Nasser en Égypte coïncida avec le coup d’État de Housni al-Zaim en Syrie. Son succès et le large soutien populaire dont il disposait encouragea les ambitions révolutionnaires de Nasser. Peu après son retour, Nasser fut convoqué et interrogé par le Premier ministre Ibrahim Abdel Hadi (en) au sujet des rumeurs selon lesquelles il formait un groupe secret d’officiers séditieux. Selon des sources indirectes, Nasser aurait nié les allégations de manière convaincante. Abdel Hadi hésitait également à prendre des mesures trop drastiques à l’encontre de l’armée. L’entretien persuada Nasser d’accélérer la formation de son groupe42 qui prit le nom de mouvement des officiers libres après 1949. Il forma le comité fondateur du mouvement qui finit par comprendre quatorze hommes de différents milieux sociaux et politiques dont des membres du groupe Jeune Égypte, de l’organisation des Frères musulmans, du parti communiste égyptien et de l’aristocratie. Nasser fut unanimement choisi pour présider l’organisation.

Lors des élections législatives de 1950, le parti Wafd remporta une large victoire essentiellement du fait de l’absence des Frères musulmans qui boycottèrent le scrutin ; le parti était considéré comme une menace par le mouvement des officiers libres car ses demandes étaient similaires aux siennes. Des membres du parti Wafd furent accusés de corruption et le climat tendu amena au premier plan le mouvement de Nasser. L’organisation comptait alors environ 90 membres ; selon l’un d’eux, Khaled Mohieddin (en), « personne ne connaissait leur identité ou leur place dans la hiérarchie en dehors de Nasser ». Ce dernier considérait que son mouvement n’était pas prêt à agir contre le gouvernement et durant deux ans, il se limita au recrutement d’officiers et à la publication de journaux clandestins.

Le 11 octobre 1951, le gouvernement mené par le parti Wafd abrogea le traité anglo-égyptien de 1936, qui avait accordé le contrôle du canal de Suez au Royaume-Uni jusqu’en 1956. Cette décision était populaire et les actions clandestines contre les Britanniques soutenues par le gouvernement poussèrent Nasser à agir. Selon Sadate, Nasser décida de lancer « une vague d’assassinat à grande-échelle ». En janvier 1952, plusieurs officiers non-identifiés et lui tentèrent d’assassiner le général royaliste Hussein Sirri Amer en ouvrant le feu sur sa voiture alors qu’elle roulait dans les rues du Caire. Le général en sortit indemne mais une passante fut blessée. Nasser se rappela que ses blessures « le hantaient » et celles-ci le dissuadèrent fermement de renouveler de telles actions.

Sirri Amer était proche du roi Farouk et il fut désigné par la présidence pour briguer la présidence le club des officiers, une fonction essentiellement cérémonielle. Nasser était résolu à établir l’indépendance de l’armée par rapport à la monarchie. Avec l’aide d’Amer, il choisit Mohammed Naguib, un général populaire qui avait présenté sa démission en 1942 du fait des pressions britanniques et avait été blessé trois fois durant la guerre contre Israël47. Naguib remporta une claire victoire et le mouvement, via al-Misri, l’un des principaux journaux égyptiens, rapporta ce succès tout en louant l’esprit nationaliste de l’armée.

En janvier 1953, Nasser interdit tous les partis politiques et créa un parti unique sous le nom de Rassemblement de la Libération dont il prit le poste de secrétaire général pour regrouper les associations soutenant le RCC. Malgré cette décision, Nasser était, selon Abdel Latif Boghdadi (en), le seul membre du RCC qui souhaitait organiser des élections législatives. En mars 1953, il présida la délégation égyptienne négociant le retrait britannique du canal de Suez.

Lorsque Naguib commença à montrer son indépendance vis-à-vis de Nasser en se distançant de la réforme agraire et en se rapprochant du parti Wafd et des Frères musulmans62, Nasser se résolut à le renverser. En juin, il limogea le ministre de l’Intérieur Sulayman Hafez favorable à Naguib et pressa ce dernier de proclamer l’abrogation de la monarchie. Le 24 février 1954, Naguib annonça sa démission à la suite d’une réunion sans sa présence du RCC deux jours plus tôt. Le 26 février, Nasser accepta sa démission et le plaça en résidence surveillée tandis que le RCC le nomma président du comité et Premier ministre. Naguib s’était néanmoins préparé à cette éventualité et une unité de cavalerie se mutina pour demander la restauration de Naguib et la dissolution du RCC. Alors qu’il se trouvait à l’état-major pour exiger la fin de la mutinerie, Nasser fut initialement contraint d’accepter leurs demandes. Le 27 février, de partisans de Nasser dans l’armée attaquèrent néanmoins le quartier-général et mirent fin à la rébellion. Plus tard dans la journée, des centaines de milliers de manifestants appartenant essentiellement aux Frères musulmans, exigèrent le retour de Naguib et l’arrestation de Nasser. En réponse, une portion importante du RCC menée par Khaled Mohieddin contraignit Nasser d’accéder à ces demandes. Le retour de Naguib fut néanmoins retardé jusqu’au 4 mars ce qui permit à Nasser de nommer Amer à la tête des forces armées, une fonction auparavant occupée par Naguib.

Le 5 mars, les forces de sécurité de Nasser arrêtèrent des milliers de participants au soulèvement de 1952. Dans un stratagème pour rassembler l’opposition au retour à la situation pré-révolutionnaire, le RCC décréta la fin des restrictions sur les partis de la période monarchie et le retrait des officiers libres de la politique. Les bénéficiaires de la révolution comme les ouvriers, les paysans et les artisans s’opposèrent ainsi à ces décrets ; un million de travailleurs se mirent en grève et des milliers de paysans entrèrent au Caire pour protester à la fin du mois de mars. Naguib envisagea de réprimer les manifestations par la force mais ses demandes furent refusées par les forces de sécurité. Le 29 mars, Nasser annonça l’annulation des décrets en réponse aux demandes de la rue. Entre avril et juin, des centaines de partisans de Naguib dans l’armée furent arrêtés ou limogés et Mohieddin fut contraint à l’exil en Suisse.

Avec sa position intérieure fortement renforcée, Nasser fut capable de prendre l’ascendant sur ses collègues du RCC et jouissait alors d’une capacité d’action incontestée en particulier dans le cadre de la politique étrangère. En janvier 1956, une nouvelle Constitution fut rédigée et instaura un système de parti unique appelé Union nationale  ; Nasser décrivit cette organisation comme « le cadre dans lequel nous réaliserons notre révolution ». La NU était une recomposition du Rassemblement de la Liberté dont Nasser estimait qu’il n’était pas parvenu à obtenir une large participation de la population. Dans le nouveau mouvement, Nasser tenta de renforcer les comités locaux pour solidifier le soutien populaire à son régime.

La nomination de Nasser à la présidence et la nouvelle Constitution furent soumis à un référendum le 23 juin 1956 et approuvés par plus de 99,8 % des électeurs. Une assemblée nationale de 350 membres fut établie et des élections furent organisées en juillet 1957. De nombreux candidats furent rejetés par les autorités et les pouvoirs de l’assemblée étaient limités par les vetos du président. La Constitution accordait le droit de vote aux femmes, interdisait toute discrimination sexuelle et accordait des protections aux femmes dans le monde du travail. Le RCC vota sa dissolution et ses membres reprirent leurs fonctions militaires dans le cadre du processus de transition du pouvoir aux civils. Durant les délibérations entourant la formation d’un nouveau gouvernement, Nasser entama une purge de ses anciens associés au sein du mouvement des officiers libres.

Enfin, le 26 juin 1956, Nasser est investi pour son premier mandat.

Après sa prise de pouvoir officielle, les politiques intérieures et étrangères de Nasser commencèrent à menacer les intérêts du Royaume-Uni et de la France. Cette dernière condamnait son soutien aux indépendantistes algériens tandis que le gouvernement britannique d’Anthony Eden devait faire face à la campagne de Nasser contre le pacte de Bagdad. Les États-Unis furent également irrités par la neutralité égyptienne dans la guerre froide, la reconnaissance de la Chine communiste par Nasser et ses achats d’armes auprès du bloc de l’Est. Le 19 juillet 1956, les États-Unis et le Royaume-Uni retirèrent soudainement leurs offres de financement pour la construction du barrage d’Assouan. Nasser fut informé du retrait anglo-américain par un communiqué de presse alors qu’il retournait en Égypte après un voyage à Belgrade et fut ulcéré. Même si l’idée d’une nationalisation du canal de Suez était dans les esprits après le retrait des forces britanniques dont le dernier soldat quitta l’Égypte le 13 juin 1956, le journaliste Mohamed Hassanein Heikal avance que Nasser ne prit cette décision qu’entre le 19 et le 20 juillet. Nasser indiqua plus tard qu’il avait pris sa décision le 23 juillet après avoir organisé plusieurs réunions avec ses conseillers. La plupart des membres du gouvernement furent tenus à l’écart des préparatifs et ne prirent connaissance de la décision que quelques heures avant que Nasser ne la rende publique.

Le 26 juillet 1956, Nasser donna un discours à Alexandrie au cours duquel il annonça la nationalisation de la compagnie du canal de Suez pour financer la construction du barrage d’Assouan à la suite du retrait anglo-américain. Dans son discours, il dénonça l’impérialisme britannique en Égypte et sa mainmise sur les profits liés à l’exploitation du canal. Il déclara que le peuple égyptien avait le droit d’exercer sa souveraineté sur le canal d’autant plus que des milliers d’Égyptiens étaient morts durant sa construction. La décision était techniquement une violation de l’accord signé avec le Royaume-Uni le 19 octobre 1954 même s’il assura que les actionnaires seraient dédommagés.

L’annonce de la nationalisation fut accueillie avec enthousiasme par l’audience et des manifestations de soutien éclatèrent dans tout le monde arabe. L’ambassadeur américain Henry A. Byroade indiqua : « Je ne peux qu’insister sur la popularité de la nationalisation de la compagnie du canal en Égypte même auprès des adversaires de Nasser ». Le politologue égyptien Mahmoud Hamad écrivit qu’avant 1956, Nasser avait consolidé son pouvoir sur les bureaucraties militaires et civiles de l’Égypte mais que ce ne fut qu’après la nationalisation du canal qu’il acquit une légitimité populaire quasi totale et qu’il s’établit comme le « chef charismatique » et le « porte-parole des masses non seulement en Égypte mais dans tout le Tiers-Monde105 ». Selon Aburish, ce fut à ce moment le plus grand triomphe de Nasser dans la cause du panarabisme et « son effigie se retrouva rapidement dans les tentes du Yémen, les souks de Marrakech et les élégantes villas de Syrie ». Le jour de la nationalisation, l’Égypte ferma le canal au trafic maritime israélien.

Malgré la popularité de Nasser auprès des peuples arabes, le seul allié régional de l’Égypte en 1957 était la Syrie. En septembre, l’armée turque se déploya le long de la frontière syrienne et des rumeurs avançaient que les pays du pacte de Bagdad allaient renverser le gouvernement socialiste de Syrie. Nasser envoya des troupes dans le pays pour démontrer symboliquement sa solidarité et cela accrut encore plus son prestige dans le monde arabe et en particulier auprès des Syriens.

Alors que la situation politique se détériorait en Syrie, des délégations furent envoyées auprès de Nasser pour demander une union immédiate avec l’Égypte. Nasser commença par rejeter la proposition en avançant l’incompatibilité des systèmes politiques et économiques, l’absence de frontière commune, le passif interventionniste de l’armée syrienne dans les affaires politiques et les profondes divisions politiques de la Syrie. En janvier 1958, une seconde délégation parvint à convaincre Nasser de l’imminence d’un coup d’État communiste et de la possibilité d’une guerre civile. Nasser approuva alors l’idée d’union à condition qu’elle soit politiquement totale avec lui à la tête du nouveau pays, ce que les délégués et le président syrien Choukri al-Kuwatli acceptèrent. Le 1er février 1958, la république arabe unie (RAU) fut proclamée et, selon l’historien Dawisha, la réaction du monde arabe fut une « stupéfaction qui se transforma rapidement en une euphorie incontrôlable ». Nasser ordonna la répression des communistes syriens et beaucoup furent limogés de leurs fonctions officielles.

Le 24 février, Nasser réalisa une visite surprise à Damas pour célébrer l’union et fut accueilli par des centaines de milliers de personnes. Le prince Muhammad al-Badr du Yémen du Nord se rendit à Damas pour proposer l’intégration de son pays à l’union. Nasser accepta l’idée d’établir une union fédérale appelée États arabes unis avec le Yémen au lieu d’une intégration totale. Alors que Nasser était en Syrie, le roi Saoud envisagea de l’assassiner lors du vol de retour en Égypte. Le 4 mars, Nasser s’adressa à la foule à Damas et lui montra un document saoudien demandant à Abdel Hamid al-Sarraj, le chef de la sécurité syrienne et un de ses partisans, d’abattre son avion. À la suite de l’incident, le roi Saoud fut contraint par la famille royale de céder une grande partie de ses pouvoirs à son frère Fayçal.

Un jour après avoir annoncé la tentative d’attentat, Nasser rédigea une nouvelle Constitution provisoire prévoyant une assemblée nationale de 600 membres (400 d’Égypte et 200 de Syrie) et la dissolution de tous les partis politiques y compris le parti Baas151. Il nomma deux vice-présidents pour chacun des deux territoires : Abdel Latif Boghdadi et Abdel Hakim Amer en Égypte et Sabri al-Asali et Akram Hourani en Syrie. Nasser se rendit ensuite à Moscou pour rencontrer Nikita Khrouchtchev. Lors de la réunion, le chef soviétique demanda la fin de la répression du parti communiste mais Nasser refusa en indiquant qu’il s’agissait d’une affaire intérieure. Les deux responsables ne souhaitaient pas une rupture entre leurs deux pays et la question fut mise de côté.

Nasser s’attribua les fonctions de Premier ministre et de commandant suprême des forces armées le 19 juin 1967. À la fin du mois de février 1968, des ouvriers et des étudiants lancèrent des manifestations contre la supposée clémence envers les responsables de l’armée de l’air accusés de négligence durant la guerre des Six Jours. Nasser répondit à ces protestations, les plus importantes contre son pouvoir depuis mars 1954, en limogeant la plupart des militaires de son gouvernement et en nommant des civils à la tête de l’Union socialiste arabe. Le 3 mars, les services de renseignements furent réorientés vers l’extérieur et Nasser proclama la « chute de l’État mukhabarat ».

Le 30 mars, il publia un manifeste annonçant la restauration des libertés civiles, une plus grande indépendance du parlement vis-à-vis du pouvoir exécutif, une réforme structurelle de l’Union socialiste arabe et une campagne pour éradiquer la corruption. Les Égyptiens approuvèrent les mesures proposées lors d’un référendum en mai et des élections furent organisées pour le comité exécutif suprême, l’organe le plus important de l’Union socialiste. Les observateurs notèrent que la déclaration signalait un virage important vers une plus grande libéralisation et la fin de la répression politique mais beaucoup de ces promesses ne furent pas respectées. Nasser nomma Anouar el-Sadate et Hussein el-Shafei à la vice-présidence en décembre 1969. À ce moment, les relations entre Nasser et ses anciens compagnons d’armes comme Khaled et Zakaria Mohieddin et son ancien vice-président Sabri s’étaient détériorées. Au milieu de l’année 1970, Nasser envisagea de remplacer Sadate par Boghadi après s’être réconcilié avec lui.

En janvier 1968, Nasser initia la guerre d’usure pour reprendre les territoires occupés par Israël dans le Sinaï en lançant des attaques sur les positions israéliennes sur la rive orientale du canal de Suez alors bloqué. En mars, il fournit des armes et des financements au Fatah de Yasser Arafat après leur performance contre les troupes israéliennes lors de la bataille de Karameh. Il lui conseilla également de réfléchir à une paix avec Israël et à la création d’un État palestinien comprenant la Cisjordanie et la bande de Gaza. Nasser céda ainsi la gestion de la question palestinienne à Arafat. Israël riposta aux attaques égyptiennes en bombardant les villes égyptiennes sur la rive occidentale du canal de Suez et de nombreux Égyptiens quittèrent la zone. Nasser ordonna la fin des opérations militaires et entama la construction d’un réseau de défenses tout en recevant des financements de la part de nombreux pays arabes ; les combats reprirent néanmoins en mars 1969. En novembre, Nasser supervisa la signature des accords du Caire entre l’OLP et l’armée libanaise pour mettre fin aux affrontements entre les deux groupes et pour légaliser la présence des fedayins palestiniens dans le Sud-Liban.

En juin 1970, Nasser accepta le plan Rogers soutenu par les États-Unis qui demandait la fin des hostilités et le retrait israélien du territoire égyptien ; le plan fut cependant rejeté par Israël, l’OLP et les pays arabes à l’exception de la Jordanie. Nasser y était initialement opposé mais il l’approuva sous la pression de l’URSS qui craignait qu’un conflit régional ne l’entraînât dans une guerre avec les États-Unis. Il considéra également qu’un cessez-le-feu pourrait être une étape vers l’objectif stratégique qui était la reprise du canal de Suez. À la suite de l’acceptation de Nasser, Israël concéda un cessez-le-feu et Nasser exploita l’accalmie pour déployer des missiles sol-air dans la zone du canal.

Dans le même temps, les relations en Jordanie entre une OLP de plus en plus autonome et le gouvernement du roi Hussein se détériorèrent et à la suite des détournements de Dawson’s Field, une campagne militaire fut lancée pour chasser les forces de l’OLP. Les combats faillirent dégénérer en guerre régionale et Nasser organisa en urgence un sommet de la Ligue arabe le 27 septembre pour obtenir un cessez-le-feu.

Quelques heures après avoir raccompagné le dernier chef arabe à quitter le sommet le 28 septembre 1970, Nasser fut victime d’une crise cardiaque. Immédiatement transporté à sa résidence pour être soigné, il mourut peu après vers 18 h. Heikal, Sadate et l’épouse de Nasser, Tahia, se trouvaient à son chevet. Selon son médecin, al-Sawi Habibi, une artériosclérose, des varices et les complications de son diabète sont les causes les plus probables de sa mort. Nasser était un gros fumeur et deux de ses frères moururent également d’une crise cardiaque à peu près au même âge.

L’état de santé de Nasser n’avait pas été révélé au public et sa mort fut donc un choc pour l’Égypte et tout le monde arabe. Près de cinq millions de personnes participèrent à la procession funèbre au Caire le 1er octobre. Le trajet de 10 km jusqu’au lieu d’inhumation commença à l’ancien quartier général du RCC avec un survol de MiG-21. Son cercueil, enroulé dans le drapeau égyptien, fut placé sur un affût de canon tiré par six chevaux. Tous les chefs d’État arabes, à l’exception du roi Fayçal d’Arabie saoudite, assistèrent aux funérailles. Le roi Hussein de Jordanie et Yasser Arafat pleurèrent ouvertement durant la cérémonie et le président libyen Mouammar Kadhafi s’évanouit deux fois sous le coup de l’émotion. Quelques dignitaires étrangers comme le président du Conseil des ministres de l’URSS Alexis Kossyguine et le Premier ministre français Jacques Chaban-Delmas furent également présents.

Presque immédiatement après le début de la procession, les spectateurs se ruèrent sur le cercueil en chantant « Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et Nasser est son bien-aimé… Chacun de nous est Nasser ». La police tenta sans succès de calmer la foule et la plupart des dignitaires étrangers furent évacués260. Le cercueil fut placé dans la mosquée al-Nasr qui fut par la suite renommée mosquée Abdel-Nasser.

Du fait de sa capacité à mobiliser les passions nationalistes, l’historien Nutting rapporte que « les hommes, les femmes et les enfants pleuraient dans les rues » après avoir appris sa mort. Tout le monde arabe fut en deuil et des millions de personnes descendirent dans les rues. Plus d’une dizaine de personnes furent tuées à Beyrouth dans une bousculade et près de 75 000 personnes marchèrent dans la vieille ville de Jérusalem en chantant « Nasser ne mourra jamais ». Sherif Hatata, un ancien prisonnier politique puis membre de l’Union socialiste arabe, déclara que « la plus grande réussite de Nasser furent ses funérailles. Le monde ne verra jamais plus cinq millions de personnes pleurer ensemble ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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