Christophe Colomb, navigateur.

Christophe Colomb (en italien : Cristoforo Colombo ; en espagnol : Cristóbal Colón), né en 1451 sur le territoire de la république de Gênes et mort le 20 mai 1506 à Valladolid, est un navigateur génois au service des Rois  catholiques d’Espagne Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Chargé par la reine Isabelle d’atteindre l’Asie orientale (« les Indes ») en traversant l’océan Atlantique avec trois caravelles dont il est « l’amiral », il est célèbre pour avoir, en 1492, « découvert l’Amérique ».

Dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492, après un peu plus d’un mois de navigation depuis les îles Canaries, il accoste sur une île de l’archipel des Bahamas à laquelle il donne le nom de San Salvador.

Colomb est alors persuadé qu’il a accompli sa mission et qu’il se trouve « aux Indes », donnant aux habitants de ces régions, issus de migrations préhistoriques en provenance d’Asie, le nom d’« Indiens ». Lorsqu’il meurt 14 ans plus tard, après trois autres voyages au service de l’Espagne, dont un dans l’actuel Venezuela (août 1498), il n’a pas compris qu’il a atteint une tout autre terre.

Il effectue en tout quatre voyages en tant que navigateur pour le compte des souverains espagnols, qui le nomment avant son premier départ amiral, vice-roi des Indes et gouverneur général des territoires qu’il découvrirait.

La découverte des Caraïbes marque le début de la colonisation de  l’Amérique par les Européens et fait de Colomb un acteur majeur des grandes découvertes des XVe et XVIe siècles. L’arrivée de Christophe Colomb à San Salvador est la première étape de l’exploration systématique et de la colonisation européenne du continent américain.

Il n’est pourtant pas le premier navigateur à avoir traversé l’océan Atlantique depuis l’Europe : des expéditions l’ont précédé, notamment des Vikings venus d’Islande se sont établis pendant plusieurs décennies au Groenland avant d’atteindre vers l’an 1000 des régions de l’est de l’actuel Canada, établissant une colonie nommée Vinland à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent (Terre-Neuve), mais ces expéditions n’avaient pas produit de documentation connue dans les pays d’Europe de l’ouest et n’avaient surtout pas eu pour conséquence un échange humain et  biologique aussi massif et unique dans l’histoire que l’échange colombien.

L’historiographie de la civilisation occidentale retient Christophe Colomb comme le « découvreur de l’Amérique » et en fait l’événement le plus important marquant le passage du Moyen Âge aux temps modernes dans un ensemble d’événements et de transformations majeurs. Si le nom de Colomb est associé à plusieurs terres d’Amérique (Colombie, Grande Colombie, Colombie-Britannique) celui d’« Amérique » vient du nom de l’explorateur Amerigo Vespucci.


Christophe Colomb prétend dans une de ses lettres avoir été matelot dès l’âge de dix ans. Toujours selon la biographie de Fernand Colomb, après avoir commandé un navire au service de René d’Anjou combattant le roi d’Aragon et opéré en tant que corsaire en 1472, Christophe Colomb commence l’année suivante son apprentissage en tant que marchand au service des familles génoises Centurion, Di Negro et de Spinola. Sa prétendue expédition commerciale sur l’île de Chios en 1474 lui permet de devenir financièrement indépendant de sa famille.

En 1476, il embarque sur un convoi en partance pour Lisbonne puis  l’Angleterre. Le convoi est attaqué par les Français et Christophe Colomb se réfugie dans la ville portugaise de Lagos puis part chez son frère Bartolomeo Colomb, cartographe à Lisbonne.

Il épouse en 1479 Filipa Moniz d’une famille de petite noblesse portugaise, fille de Bartolomeu Perestrelo, capitaine-gouverneur de Porto Santo à Madère, avec qui commença la colonisation en 1425. Filipa meurt peu de temps après la naissance de leur seul fils, Diego Colomb, né possiblement en 1480 sur l’île Porto Santo (son second fils, Fernand, naîtra en 1488 d’une liaison avec Beatriz Enríquez de Arana). Christophe Colomb se perfectionne alors dans les sciences de la navigation, peut-être avec son frère ou avec les cartes que son épouse avait peut-être apportées en dot : les cartes des vents et des courants des possessions portugaises de l’Atlantique qui, peut-être, appartenaient à Bartolomeu Perestrelo. Il se documente aussi en lisant des compilations d’anciens traités de géographie notamment Imago mundi de Pierre d’Ailly et la Cosmographia de l’humaniste Enea Silvio Piccolimini, deux ouvrages qu’il a copieusement annotés en marge.

C’est aux alentours de 1484 que Colomb forme l’idée de passer par  l’Atlantique pour aller aux Indes orientales (« rejoindre le Levant par le Ponant »). Il est en effet connu depuis les Grecs anciens que la Terre est ronde ; au Moyen Âge, l’idée de la Terre plate n’a jamais prévalu parmi les savants, contrairement à un mythe forgé à l’époque moderne. Aristote, Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin admettaient la sphéricité de la Terre et cette doctrine était enseignée par les dominicains espagnols.

L’idée que des îles pouvaient exister à l’ouest de l’Afrique a été entretenue par la découverte des Açores qui apparaissent sur des cartes à la fin du xive siècle avant d’être redécouvertes en 1427, des îles Canaries au milieu du xive siècle et colonisées en 1402, des îles du Cap-Vert en 1456, et la présence de bois exotiques flottant sur les eaux apportés par des courants venant de l’Ouest. Il n’est pas impossible que des navigateurs aient pu aborder sur la côte brésilienne se trouvant à 370 lieues des îles du Cap-Vert car Jean II du Portugal a fait déplacer la limite du traité de Tordesillas en 1494, avant la découverte officielle de la côte du Brésil en 1500 par Pedro Álvares Cabral. Cependant les Portugais vont surtout s’intéresser à la colonisation de l’Afrique dont ils avaient obtenu le monopole par la bulle Æterni regis rédigée en 1481 par le pape Sixte IV.

Fernand Colomb et Bartolomé de las Casas citent une lettre écrite par Paolo Toscanelli le 23 juin 1474 à Fernam Martins pour éclairer le roi du Portugal Alphonse V et qui aurait été transmise à Christophe Colomb deux à trois ans plus tard par Toscanelli. Henry Vignaud a critiqué les affirmations du fils de Christophe Colomb et de Las Casas sur l’existence de cette carte. Cependant, les affirmations d’Henry Vignaud sur une supercherie de Colomb qui aurait inventé cette correspondance de Toscanelli après son premier voyage n’est pas plus documentée21. Au moment où Christophe Colomb envisageait de faire son voyage vers l’ouest, Martin Behaim a réalisé son globe à  Nuremberg, en 1492, après avoir séjourné au Portugal. Hieronymus Münzer a écrit en 1493 au roi Jean II du Portugal pour l’engager à faire des recherches maritimes vers l’ouest.

Ératosthène avait donné une estimation à peu près exacte de sa  circonférence, mais les textes grecs sont mal connus à l’époque. Christophe Colomb a utilisé les estimations de Pierre d’Ailly. Dans le chapitre « De quantitate terre » de son livre Imago Mundi, Pierre d’Ailly reprend l’estimation d’Al-Farghani de 56 milles 2/3 pour la longueur d’un arc d’un degré. Mais Pierre d’Ailly en a transformé la valeur de la circonférence de la Terre de 20 400 milles en 10 200 lieues en donnant à la lieue une valeur de 2 milles. Ce nombre paraissant exagéré à Christophe Colomb, il l’a transformé en adoptant pour valeur de la lieue marine la valeur de 4 milles. Il en a déduit un équateur d’environ 30 000 kilomètres au lieu de 40 075 kilomètres). Or les Arabes utilisaient un mille de 1 973 mètres et non le mille romain de 1 479 mètres. Pierre d’Ailly citait aussi les évaluations de Marin de Tyr, qui estimait que les terres habitées, de l’Espagne à la Chine, devaient s’étaler sur 225° au lieu des 130° réels, d’où une sous-estimation des mers les séparant.

Selon les mots de Michel Balard : « Lumineuse erreur qui permet au  navigateur de réduire les distances entre les îles Canaries et l’extrémité orientale du continent asiatique ! » Une grande partie de la communauté scientifique de l’époque estime réalisable un tel voyage et Jacques Heers précise : « […] Les idées de Colomb ne s’inscrivent pas à contre-courant. Tout au contraire, elles nous paraissent exactement l’expression normale de la pensée géographique de son époque. »

Ce qui distingue le projet du navigateur des hypothèses des érudits du temps — géographes et humanistes — qui estiment tous très probable l’existence d’îles nombreuses, voire de terres plus vastes plus loin à l’ouest dans la mer Océane, c’est son but : atteindre les rivages de la Chine, et avant cela du Japon, soit le royaume du Cathay et Cipango tels que décrits par Marco Polo.

Colomb va alors tenter sa chance en Castille au milieu de 1485. Il se rend avec son fils au monastère de La Rábida à Palos de la Frontera, où deux moines auxquels il se lie, Juan Pérez et Antonio de Marchena, lui suggèrent de se rendre à Cordoue auprès de la reine Isabelle. Il est reçu par cette dernière en janvier 1486, mais une réponse négative lui est à nouveau rendue en 1490. En 1491, sa demande est en passe d’être acceptée, mais sa trop grande ambition fait échouer sa quête. Il veut notamment être vice-roi de toutes les terres découvertes et obtenir un titre de noblesse. C’est grâce à l’intervention du trésorier de la maison du roi, Louis de Santangel, ainsi que du prieur des dominicains de San Esteban de Salamanque, frère Diego de Deza, d’Hernando de Talavera, et de Juan Cabrero que le projet est approuvé par la reine, quand il met en balance les retombées économiques potentielles — la découverte d’une nouvelle route vers les Indes permettrait de s’affranchir des intermédiaires orientaux — comparées à la modeste mise de fonds initiale requise.

Le 17 avril 1492, il signe près de Grenade, avec les Rois catholiques,  les capitulations de Santa Fe, qui lui octroient notamment le titre de noblesse héréditaire d’« amiral de la mer Océane », les titres de vice-roi et de gouverneur général des territoires qu’il pourrait découvrir (la couronne d’Espagne lui accordant à cet effet des armoiries), un dixième des richesses qu’il en retirerait et un huitième du profit de son expédition.

Le voyage inaugural de Colomb est celui qui est le mieux connu des historiens. Comme l’écrit Jacques Heers : « Pour nous en tenir au temps de Colomb, de tous les voyages maritimes du temps (…) aucun ne peut être connu (…) avec tant de minutie et de sérieux. » Deux documents écrits permettent de suivre les navires de l’explorateur : le Journal, dans la version donnée par Bartolomé de Las Casas, et la lettre à Santangel, écrite le 14 février 1493 sur la route du retour, sorte de bilan de son expédition adressée en Espagne.

Le 3 août 1492, Colomb est au départ à Palos de la Frontera (Huelva) avec trois navires — deux caravelles, la Pinta et la Niña (choisie par le capitaine Martín Alonso Pinzón, qui l’a précédemment louée), et une caraque, la Santa María (qui ne prendra ce nom que lors des voyages ultérieurs de Colomb40) — et pas plus de 90 membres d’équipage.

Une première escale a lieu aux îles Canaries, à Las Palmas de Gran Canaria du 9 août au 6 septembre (la route du sud a été choisie pour éviter les croisières portugaises au large des Açores). Là, Colomb et ses hommes approvisionnent en bois, en eau et en vivres. Les marins profitent de l’escale pour réparer les navires. Puis ils reprennent la mer en descendant le golfe de Guinée : Colomb est le premier à suivre les alizés, ces vents réguliers qui traversent l’océan d’est en ouest. Les marins s’inquiètent d’ailleurs de la force et de la régularité de ces vents, craignant de ne pas pouvoir les  remonter au retour.

Dix jours plus tard, le 16 septembre, apercevant des masses d’herbes dans l’eau, les navigateurs croient être près de la terre ferme. Ils entrent en fait dans la mer des Sargasses, région située à environ 1 600 kilomètres des côtes américaines. L’océan Atlantique, recouvert de ces grandes algues, y est plutôt calme et les vents presque nuls. À partir du 19 septembre, les vents faiblissent fortement, immobilisant les bateaux. Une grande inquiétude finit par s’installer au sein de l’équipage.

Le 25 septembre, Martín Pinzón, le capitaine de la Pinta, croit voir une terre, mais cela n’est en fait qu’une illusion optique. Le vent finit par se lever à nouveau, mais les jours passent, et aucune terre n’est en vue. Colomb pense avoir dépassé les Indes orientales.

Le 7 octobre, l’autre frère Pinzón, Vicente, le commandant de la Niña, est également victime d’une illusion optique. Colomb a une idée : observant les oiseaux, il décide de changer de cap, vers l’ouest-sud-ouest (ce  changement aurait également été imposé à Colomb par Martín Pinzón). Ce changement va marquer son succès. Les 9 et 10 octobre, les marins montrent cependant de l’impatience, à la limite de la mutinerie, craignant que les navires ne soient perdus. De plus, les vivres et l’eau douce  commencent à faire défaut.

Le 12 octobre 1492 à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue ; attendant le lever du jour pour pouvoir accoster, les vaisseaux restent prudemment à deux heures des côtes. Promis à une récompense de quelques milliers de maravédis à celui qui verrait le premier la terre, Rodrigo Triana ne gagna nulle récompense parce que Colomb prétendit qu’il avait vu la côte en premier.

Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzón prennent place dans une barque. Croyant être dans l’archipel nippon, le navigateur fait enregistrer la prise de possession de l’îlot pour le compte du roi d’Espagne par le notaire qui les accompagne. Il le baptise du nom du Christ : San Salvador (Guanahani pour les Indiens Taïnos) et s’en fait nommer vice-roi et gouverneur général.

Christophe Colomb décrit une première rencontre pacifique avec ceux qu’il nomme « Indiens » car il pense avoir atteint les Indes orientales. L’ensemble des descriptions sont des écrits de la main de Colomb à destination de la Reine Isabelle. Ils ne peuvent être détachés du projet de conquête et d’exploitation des terres découvertes. En outre, le projet de Colomb est d’y faire des esclaves contrairement à la Reine qui s’y oppose dès son second voyage. Les descriptions que fait le navigateur vont dans le sens d’un peuple docile, facile à soumettre, avec l’existence de tribus violentes sur les terres riches en or, probablement en vue de motiver la souveraine à investir dans d’autres explorations et justifier de futurs combats. Ces écrits sont à l’origine du mythe du Bon sauvage notamment popularisé par Montaigne (et nuancé par Diderot) : la présentation, par les navigateurs européens, d’autochtones nus, innocents, prêts à partager leurs richesses et à devenir chrétiens devient classique au XVIe siècle.

Colomb décrit les habitants de ces îles comme ne connaissant ni l’État ni la propriété privée. Ils se montrent remarquablement amicaux et ne  connaissent pas les armes : « C’était un peuple doux, pacifique et très simple ». « Puis, quand les chaloupes se rendirent à terre pour y renouveler les provisions d’eau, ces Indiens non seulement s’empressèrent d’indiquer les meilleures sources, mais encore se mirent à la disposition des matelots pour emplir les tonneaux et les reporter aux bateaux ». Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d’autres objets. L’interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n’est pas d’une grande utilité.

Lors de ce premier contact, communiquant par gestes, et à force de répétitions et quiproquos, Colomb rapporte que les Taïnos leur aurait indiqué que de l’or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d’anthropophages qui leur sont hostiles.

Le 28 octobre, Colomb accoste dans une baie (devenue plus tard « baie de Bariay ») de cette île qu’il nomme alors Juana, en l’honneur du prince Don Juan, le fils des Rois catholiques : cette île est aujourd’hui connue sous le nom de Cuba. Il pense connaître parfaitement sa position sur le continent asiatique. Ses hommes et lui-même apprennent à fumer de grandes feuilles séchées : le tabac. Se croyant à Cipango (le Japon), Christophe Colomb envoie Luis de la Torre et Rodrigo de Jerez à la recherche du Grand Khan à l’intérieur des terres.

Le 12 novembre, les vaisseaux reprennent la mer, mais le 23 novembre, Colomb perd de vue la Pinta. Il accuse alors son capitaine Martín Alonso Pinzón d’avoir déserté. En réalité, celui-ci est parti seul à la découverte de ce prétendu Japon tant convoité. Colomb retourne à Cuba. On lui évoque alors une île située à l’est de Cuba, que les indigènes appellent Bohio. Il appareille le 4 décembre.

Deux jours plus tard, le 6 décembre, la Niña et la Santa María mouillent dans une baie de l’île de Bohio (actuellement au « môle Saint-Nicolas » au nord-ouest d’Haïti), Colomb la baptise du nom d’Hispaniola (« L’Espagnole ») car elle lui rappelle les campagnes de la Castille. On la connaît aujourd’hui sous le nom de « Saint-Domingue ». Les habitants locaux se montrent plutôt craintifs, pensant que les Espagnols viennent du ciel. Des relations amicales se nouent cependant et les marins reçoivent un peu d’or.

Christophe Colomb, carte maximum, Portugal.

Mais un événement malheureux se déroule au cours de la nuit du réveillon de Noël : alors que seul un mousse est à la barre de la Santa María — au mépris de toutes les règles de la marine —, le navire vient s’échouer sur un récif dans la nuit du 24 au 25 décembre 1492. Le navire est perdu et seule l’aide des Indiens permet de débarquer dans l’urgence la plus grande partie de la cargaison. Colomb doit se résoudre à laisser 39 hommes sur place dans un petit fortin édifié dans la baie de La Navidad (située non loin de l’actuelle ville de Cap-Haïtien), avec le bois récupéré sur le navire échoué.

Alonso Pinzón est de retour. Il cherche à justifier sa recherche solitaire. Colomb, estimant qu’il vaut mieux ne pas se diviser, fait semblant d’accorder du crédit au récit de Pinzón. Longeant les côtes nord de l’île, les deux navires rescapés arrivent dans la baie de Samaná, ils y rencontrent les cannibales déjà évoqués. Plus agressifs que les Arawaks, ils déclenchent une escarmouche et Colomb décide de battre en retraite. Mais les marins en ont assez de leur vie dans ces îles, ils veulent rentrer en Europe. Christophe Colomb met le cap vers l’Espagne le 16 janvier 1493, aidé par de bons vents, plus au nord.

Le 12 février, la Pinta, commandée par Alonso Pinzón, disparaît de nouveau lors d’une tempête. Les marins de la Niña prennent peur et prient. Colomb craint de ne pas arriver en Espagne pour conter ses découvertes, il consigne celles-ci sur un parchemin qu’il entoure d’une toile cirée et met dans un tonneau qu’il jette à la mer, demandant à celui qui le découvrira de porter le parchemin au roi d’Espagne.

Trois jours après, le temps se calme. La Niña s’arrête dans une île de l’archipel portugais des Açores. Il est fraîchement reçu par le gouverneur portugais. Le 18 du mois, le vaisseau repart, mais une nouvelle tempête lui fait perdre son cap.

Le 4 mars, Colomb arrive dans l’estuaire du Tage. La nouvelle de sa découverte des « Indes » s’est déjà répandue. De tout Lisbonne, la population se précipite pour voir les Indiens qu’il a ramenés à son bord. Colomb apprend que la Pinta de Martín Pinzón, qui avait dérivé vers la Galice, est arrivée avant lui au port de Baiona.

Jean II, roi de Portugal, demande à voir l’explorateur Pinzón. Le 9 mars, le roi le reçoit en audience privée et l’écoute avec attention, mais à la fin de l’entretien, affirme que c’est à lui que reviennent les découvertes de Colomb, compte tenu d’accords internationaux. Le découvreur quitte le Portugal le 13 mars pour Palos, qu’il atteint finalement le 15, en même temps que la Pinta. Le capitaine Alonso Pinzón meurt un mois plus tard.

Dès son retour à Palos, Colomb, reçu en héros par le roi et la reine d’Espagne, prépare rapidement une nouvelle expédition beaucoup plus ambitieuse avec une flotte de dix-sept navires et environ 1 500 hommes dont sept cents colons et douze missionnaires, ainsi que des chevaux (les premiers importés sur le continent américain), des bêtes de somme et du bétail. Son objectif est de fonder une colonie sur Hispaniola et de retrouver les 39 hommes qu’il a laissés dans la baie de la Navidad.

Il lève l’ancre pour ce nouveau voyage le 25 septembre 1493 de Cadix.

La première terre qu’il aperçoit, vingt et un jours après avoir quitté les îles Canaries, est La Désirade qu’il baptise ainsi Desirada, tant la vue d’une terre fut désirée par l’équipage. Les autres îles ne sont pas loin.

Le dimanche 3 novembre 1493, une autre île est en vue, que Colomb nomme Maria Galanda (Marie-Galante), du nom du navire amiral.

Une troisième se présente à l’horizon, où il débarquera : ce  sera Dominica (la Dominique) puisqu’elle apparaît un dimanche matin.

Le lendemain matin, 4 novembre, ils reprennent la mer vers une île plus grande dont ils avaient aperçu au loin les montagnes. Colomb décide alors de jeter l’ancre devant cette île afin d’accorder quelques jours de repos à ses hommes. C’est la Basse-Terre de la Guadeloupe qu’il nomme Caloucaera (d’après le nom donné par les Caraïbes : Karukera). Cette terre sera  rebaptisée Santa María de Guadalupe de Estremadura pour honorer une promesse (donner le nom de leur monastère à une île) initialement faite à des religieux lors d’un pèlerinage, ou qu’il s’était faite à lui-même lors des tempêtes de son précédent retour.

Puis il repart vers le nord en direction d’Hispaniola. Il aperçoit ensuite une petite île qu’il baptise Montserrat en référence, selon les sources, soit au massif de Montserrat, une montagne voisine de Barcelone, soit à l’abbaye de Montserrat située dans ce massif.

Le 11 novembre 1493, jour de la fête de saint Martin de Tours, Colomb baptise Saint-Martin une île aperçue au large ; une autre petite île aperçue à l’horizon reçoit le nom de Saint-Barthélemy en référence à son frère Bartolomeo.

Le 28 novembre, il revient à La Navidad, où il avait laissé un fortin de 39 hommes à la suite du naufrage de la Santa María : tous sont morts et le fort est détruit. Il l’abandonne pour fonder « La Isabela » le 2 janvier 1494, première colonie permanente du Nouveau Monde (actuellement localisée près de la ville domicaine de Puerto Plata), et passe les quatre mois suivants à organiser la première colonie espagnole du Nouveau Monde dont Bartolomeo a été nommé gouverneur, secondé par Giacomo, son troisième frère.

Le 2 février, il renvoie en Espagne douze bâtiments sous le commandement d’Antonio de Torres, à qui il confie un rapport destiné aux souverains catholiques, document qui a été conservé. Le 24 avril, Colomb décide de reprendre une activité d’exploration et il part avec trois navires, dont la Niña, explorer l’Ouest pour, comme l’écrit Morison, « suivre la côte jusqu’au moment où il obtiendrait la preuve définitive du caractère continental de cette terre et, si possible, prendre contact avec le Grand Khan qui semblait toujours se dérober devant lui ».

Christophe Colomb, entier postal, Roumanie.

Il suit la côte sud de Cuba. De là il part le 3 mai pour atteindre la côte nord de la Jamaïque. Il reprend le 14 l’exploration de la côte sud de Cuba et continue de faire voile vers l’ouest. À moins de cinquante milles du cap Corrientes, Colomb décide que Cuba est bien une péninsule du continent asiatique. Il ordonne à tous les hommes qui l’accompagnent de le certifier par écrit et de s’engager à ne jamais affirmer le contraire sous peine d’une amende de mille maravédis.

Le 13 juin, il s’engage sur la route du retour et en profite pour faire le tour de la Jamaïque. La navigation dans les cayes est difficile. Il revient à La Isabela le 29 septembre, malade et déprimé, premiers signes d’une dégradation de son état de santé, due en grande partie à l’arthrite.

À Hispaniola, selon l’expression de Denis Crouzet, « un immense désastre a débuté ». Les Espagnols exploitent les Indiens en leur imposant un tribut d’or et de coton. Ils sont nombreux à être réduits en esclavage. Les mauvais traitements, dont la torture, entraînent une très importante mortalité de la population. Les Indiens fuient et se réfugient dans les montagnes, abandonnant leurs activités agricoles, cédant au désespoir. Les rares insurrections sont matées avec la plus extrême férocité. Colomb déploie son énergie à « pacifier » l’île.

Colomb repart pour l’Espagne le 20 avril 1496 amenant avec lui 500 Arawaks. Deux cents meurent durant la traversée ; les survivants sont vendus comme esclaves. Colomb contribue donc à faire disparaître la civilisation arawak. Il atteint Cadix le 11 juin.

Cette mise en esclavage d’Indiens et leur transport en Espagne ne furent pas acceptés par les Rois catholiques qui firent libérer les survivants et en tinrent rigueur à Colomb. Jacques Heers y voit l’origine de sa disgrâce, les souverains catholiques s’efforçant de protéger les populations des régions découvertes, qu’ils considéraient comme leurs sujets.

Il semble que ce soit à son retour du deuxième voyage que Colomb ait décidé de se vêtir désormais de l’habit des frères mineurs. Il souhaite organiser tout de suite un troisième voyage, mais les Rois catholiques sont occupés à contrer le royaume de France qui progresse en Italie, et ce n’est que le 23 avril 1497 qu’ils donnent les premières instructions pour préparer le prochain voyage. La préparation du voyage, affrètement des navires et enrôlement des équipages est longue et difficile.

Avant de partir, grâce à la faveur des souverains, Colomb établit le 22 février 1498 un majorat en faveur de son fils aîné Diego.

Le 30 mai 1498, les six navires commencent leur voyage dans l’Atlantique en passant la barre de Sanlúcar62. Colomb souhaite découvrir des terres au sud des Antilles, c’est pourquoi il descend d’abord jusqu’aux îles du Cap-Vert pour ensuite mettre le cap à l’ouest. Avant cela, au moment où la flotte fait escale à La Gomera (aux îles Canaries), trois navires commandés par Harana, Carjaval et Giovanni Colomb, partent directement ravitailler les colons d’Hispaniola.

Territoires visités : Saint-Vincent, Grenade, Trinité, Margarita.

Le 5 août 1498, Colomb atteint pour la première fois le continent américain lui-même, en débarquant sur la côte de l’actuel Venezuela.

Le 31 août, Colomb arrive à Hispaniola. Cela fait deux ans et neuf mois qu’il avait quitté l’île. Il la retrouve en proie à des troubles sévères orchestrés par Francisco Roldan que son frère Bartolomeo, capitaine général et président du Conseil des gouverneurs, a bien du mal à circonscrire.

En août 1500, Francisco de Bobadilla, émissaire des rois, débarque sur l’île et fait jeter les trois frères Colomb au cachot avant de les renvoyer en Espagne après avoir découvert avec horreur sept Espagnols pendus aux potences de la place publique de Saint-Domingue. Fin octobre 1500, enchaîné dans la cale, Christophe Colomb débarque à Cadix, humilié et accusé.

Colomb attend six semaines avant que les souverains le libèrent et l’invitent à les rejoindre à la cour, le réconfortant d’un don de 2 000 ducats. En décembre 1500, il se rend à Grenade avec l’intention de faire réparer l’injustice dont il s’estime victime, mais rien ne vient et l’Amiral écrit lettres sur lettres pour appuyer ses revendications. Le 13 septembre 1501, Nicolás de Ovando est nommé gouverneur et magistrat suprême des îles des Indes. Il ne reste alors à Colomb que son titre de vice-roi désormais strictement honorifique et ses privilèges. Il décide donc de repartir en voyage d’exploration pour essayer de trouver plus loin à l’ouest des Caraïbes le passage permettant d’atteindre les riches royaumes de l’Inde, toujours persuadé que Cuba est la province chinoise de Mangi. Le 14 mars 1502, les souverains donnent leur accord, lui donnent des instructions précises et financent l’expédition.

La flotte est composée de quatre caravelles pour cent quarante membres d’équipage dont une importante proportion de mousses : la Capitana, navire amiral, le Santiago, commandé par Bartolomeo Colomb, la Gallega et la Vizcaina. Colomb n’emporte donc aucun ravitaillement pour Hispaniola que ses instructions lui intiment de ne pas aborder, sauf en cas d’extrême nécessité.

Aucun récit exhaustif ne décrit précisément les événements survenus lors de ce quatrième et dernier voyage entamé par Colomb le 11 mai 1502. Il semble en effet que l’Amiral n’ait pas tenu de journal, et seul peut-être son fils Fernando, alors âgé de treize ans, aurait pris sous la dictée des observations de son père, dont quelques traces figurent dans l’histoire qu’il a écrite plus tard. Seule une relation abrégée écrite par Colomb vers les mois de juin/juillet 1503 à destination des rois est parvenue jusqu’à nous.

Le 15 juin 1502, il accoste au Carbet en Martinique, le 18, il atteint la Dominique et parvient le 24 devant Saint-Domingue. Malgré l’interdiction royale d’aborder à cette île, Colomb a senti l’imminence d’un cyclone tropical et souhaite abriter sa flotte.

Colomb navigue le long des côtes de l’actuel Costa Rica (île Uvita baptisée alors La Huerta), du Veragua et du Panama jusqu’en juin 1503. Il manque de peu de mourir de la malaria en Jamaïque, où il est secouru par les Indiens.

Ce sont des bateaux faisant eau de toute part que Colomb fait échouer dans la baie de Santa Gloria et haler sur le rivage de la Jamaïque le 25 juin 1503. Les équipages vont y survivre un an. Un Espagnol, Diego Méndez, et quelques indigènes pagayent en canoë pour obtenir de l’aide de Hispaniola, mais le gouverneur, Nicolás de Ovando, qui déteste Colomb, fait obstruction à tous les efforts de sauvetage. Pendant ce temps, Colomb, dans un effort désespéré pour que les natifs continuent à l’approvisionner, regagne leurs faveurs en prédisant l’éclipse lunaire de mars 1504, à l’aide des tables astronomiques d’Abraham Zacuto. Les secours arrivent finalement à la fin juin 1504.

Les survivants repartent pour l’Espagne le 12 septembre 1504, et arrivent le 7 novembre dans le port de Sanlúcar de Barrameda.

Il reste physiquement très diminué après son retour, souffrant en particulier d’une très invalidante goutte et de problèmes aux yeux, ce qui l’empêche dans un premier temps de se rendre à la cour royale qui s’est installée à Medina del Campo. De Séville, où il s’est installé, il y envoie son fils Ferdinand et son frère Bartolomeo afin qu’ils « s’occupent de ses affaires ». Il reste en contact avec eux par lettres et par l’envoi d’émissaires, dont Amerigo Vespucci. Il travaille à essayer de faire reconnaître ses droits et les richesses qui lui reviennent. Il peut lui-même se rendre à la cour à l’été 1505, à dos de mule, permission temporaire accordée par le roi. Son intervention auprès du souverain Ferdinand n’est pas plus décisive : ayant compris ce qu’impliquait la découverte de ces « Indes », le roi « n’entend nullement restituer à l’Amiral les prérogatives financières et  gouvernementales » spécifiées le 30 avril 1493 au retour du premier voyage de Colomb.

Il meurt le 20 mai 1506 à Valladolid entouré de ses fils et de son frère, après avoir établi un testament qui confirme en particulier le majorat établi au profit de son fils aîné Diego. Il ne connaît pas la satisfaction de voir Diego nommé par le roi gouverneur d’Hispaniola en 1508.

Source : Wikipédia.

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