Wilhelmine (reine des Pays-Bas).

Wilhelmine (Wilhelmina Helena Pauline Maria van Oranje-Nassau de son nom complet en néerlandais), née le 31 août 1880 à La Haye et morte le 28 novembre 1962 à Apeldoorn, est reine des Pays-Bas de 1890 à 1948. Fille de Guillaume III, née d’une union tardive, elle lui succède en demeurant sous la régence de sa mère Emma de Waldeck-Pyrmont jusqu’en 1898.

Impliquée dans la défense de son pays lors de la Seconde Guerre mondiale face à l’occupant allemand, Wilhelmine est l’un des plus grands personnages de l’histoire des Pays-Bas au XXe siècle.


Le 6 septembre 1898, Wilhelmine prête serment dans la Nouvelle église à Amsterdam (les souverains constitutionnels des Pays-Bas ne sont pas couronnés). Un an avant, elle a eu l’immense chagrin de perdre sa tante paternelle, la grande-duchesse Sophie de Saxe-Weimar. Dans son autobiographie, elle confie plus tard toute l’importance que sa tante a eue pour elle.

Deux ans après, en 1900 un navire néerlandais, le Hr. Ms. Gelderland, est envoyé au Mozambique pour permettre l’évacuation de Paul Kruger, le président du Transvaal qui a été écrasé (guerre des Boers). Ce geste (fait avec le consentement tacite du Royaume-Uni), est en Europe un signe éclatant de bonne volonté.

On cherche un mari pour la jeune reine. Il ne faut pas songer à des candidats britanniques en raison de la Seconde Guerre des Boers. « Nur einen deutschen Prinzen soll sie bekommen », déclare Guillaume II, l’empereur allemand.

En mai 1900, la reine-mère Emma se rend avec sa fille au château de Schwarzenburg en Thuringe, où elle a organisé des rencontres avec trois prétendants.

Frédéric-Guillaume de Prusse, vingt ans, petit-fils de la princesse Marianne des Pays-Bas et du prince Albert de Prusse, gouverneur du duché de Brunswick, a les faveurs du Kaiser.

Les deux fils du grand-duc Frédéric-François II de Mecklembourg-Schwerin et de la princesse Marie de Schwarzburg-Rudolstadt, Adolphe-Frédéric, vingt-sept ans et Henri, vingt-quatre ans, ont été choisis dans le Gotha, la maison de Mecklembourg-Schwerin étant également alliée aux Hohenzollern et aux Nassau par les Saxe-Weimar-Eisenach. Des deux, seul vient Henri.

Redoutant le pangermanisme prussien, la mère et la fille préfèrent le prince de Mecklembourg-Schwerin à un membre de la maison de Hohenzollern et choisissent le prince Henri de Mecklembourg-Schwerin. Le 16 octobre 1900, on annonce leurs fiançailles.

Le mariage a lieu le 7 février 1901. Malgré quatre fausses couches lors des premières années, ils sont d’abord assez heureux.

Au cas où Wilhelmine mourrait sans enfant, le trône reviendrait à un prince allemand, en l’occurrence le petit-cousin de Wilhelmine, Guillaume-Ernest, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, un petit-fils de Sophie, tante de Wilhelmine et sœur de Guillaume III. On envisage également la cousine de Wilhelmine, Marie, fille de la même Sophie.

Mais le 30 avril 1909 naît enfin Juliana. La reine élève sa fille en se fondant sur la Bible, selon la conception protestante, et en lui apprenant tous les détails sur la royauté. Il en résulte un lien très fort entre la mère et la fille.

Alors qu’elle est encore une jeune fille de treize ans, Wilhelmine accompagne sa mère, la régente, chez l’empereur allemand Guillaume II. Celui-ci s’étant vanté devant la jeune reine de ses gardes du corps qui mesurent près de deux mètres, Wilhelmine sourit poliment et répond que dans son petit pays, si on ouvre les écluses, les eaux montent à deux mètres et demi. L’empereur reçoit de Wilhelmine la grand-croix de l’ordre militaire de Guillaume et la grand-croix de l’ordre de la Maison d’Orange. Le 10 novembre 1918, après la Première Guerre mondiale, l’empereur demande l’asile politique que le gouvernement néerlandais lui accorde contre la volonté des puissances alliées, la France, le Royaume-Uni et surtout la Belgique. Wilhelmine évite cependant tout contact avec l’empereur déchu. Elle lui reproche d’avoir failli à son rôle de chef et même d’avoir abandonné son peuple. La Révolution allemande aura des répercussions aux Pays-Bas, comme elle devra l’éprouver par la suite.

Wilhelmine tient à faire usage de tous ses pouvoirs. Même si elle en connaît les limites, elle les respecte à contrecœur. Elle n’avait pas non plus beaucoup d’affinités avec les hommes politiques de son temps, ce qui la met souvent en conflit avec ses ministres : en particulier, lorsque la presse fait savoir qu’elle a accru jusqu’à un milliard de dollars le capital de sa famille. La famille royale néerlandaise est en effet l’un des principaux actionnaires de la compagnie pétrolière royale. Elle se range dans le camp du Royaume-Uni et des États-Unis dans l’affaire de l’annexion du pétrole mexicain. Ses décisions mettent également les Pays-Bas en conflit avec le Venezuela sur la question des Antilles néerlandaises.

Wilhelmine est depuis Guillaume d’Orange un des monarques qui ont le plus d’influence. Après que les grandes puissances ont choisi La Haye pour se rencontrer, la jeune reine de dix-neuf ans offre un de ses palais comme lieu où les pays pourront tenter de régler pacifiquement leurs litiges en les soumettant à la Cour permanente d’arbitrage. Elle offre également un dîner de gala à l’issue de la première Conférence de la paix organisée à La Haye. Pourtant, elle n’attend pas beaucoup de ces initiatives, et même si les Pays-Bas sont un pays neutre, elle est soucieuse de garantir cette neutralité par une défense nationale forte.

Les Pays-Bas restent donc neutres pendant la Première Guerre mondiale. L’Allemagne a fait des investissements considérables dans l’économie néerlandaise et les échanges commerciaux sont importants entre les deux pays. Pour affaiblir l’Empire allemand, le Royaume-Uni fait le blocus des ports néerlandais. En réponse, le gouvernement néerlandais fait d’autant plus de commerce avec l’Allemagne. Avant une attaque, on donne aux soldats allemands du fromage d’Edam pour leurs rations. Wilhelmine est une reine-soldat ; étant une femme, elle ne peut être le commandant en chef mais ne manque jamais une occasion d’aller inspecter ses forces. À de nombreuses reprises, elle vient dans les unités sans avoir averti, voulant se rendre compte de la réalité et non voir un spectacle préparé. Elle aime ses soldats, mais doit affronter la plupart de ses gouvernements, qui ne cessent de voir dans l’armée le chapitre de dépense où l’on peut pratiquer des coupes de budget. Wilhelmine souhaite une armée petite mais bien entraînée et bien équipée.

On en est à vrai dire bien loin. Durant la guerre, elle estime qu’elle doit être sur ses gardes et se méfie toujours d’une possible attaque allemande, surtout au début. Et pourtant, la violation de souveraineté néerlandaise vient à la fois du Royaume-Uni et des États-Unis, qui, en raison du blocus, capturent un grand nombre de navires de commerce néerlandais pour essayer de désorganiser l’effort de guerre allemand. Il en résulte un accroissement des tensions entre les Pays-Bas et les forces alliées. Quand, au printemps 1918, des navires de commerce néerlandais sont arrêtés par les Britanniques, on constate que les bornes ont été dépassées. Il faut faire un geste fort de réaffirmation de la souveraineté, et le 5 juillet 1918 un convoi marchand à destination des Indes orientales néerlandaises est escorté par la marine royale néerlandaise battant pavillon tricolore.

La Révolution bolchévique de 1917 en Russie impériale provoque des troubles aux Pays-Bas après la guerre. Le chef des socialistes, Pieter Jelles Troelstra, tente de renverser le gouvernement et la reine. Au lieu d’une révolution violente, il veut prendre le contrôle de la Tweede Kamer, la seconde chambre et organe législatif du Parlement, et espère atteindre ce but par les élections. Il est convaincu que la classe ouvrière le soutiendrait, mais la popularité de la jeune reine permet de rétablir la confiance dans le gouvernement. En paraissant avec sa fille dans une voiture à cheval découverte, Wilhelmine provoque dans la foule un fort mouvement en sa faveur, et on comprend que la révolution ne réussira pas.

Après l’armistice qui met fin à la guerre, l’empereur allemand Guillaume II se réfugie aux Pays-Bas, où le gouvernement néerlandais lui accorde l’asile politique, en partie en raison des liens de l’empereur avec la famille de Wilhelmine. En réponse aux efforts des Alliés pour mettre la main sur le Kaiser déposé, Wilhelmine convoque les ambassadeurs alliés et leur fait un véritable cours de droit sur les demandes d’asile.

Pendant les années 1920 et les années 1930, les Pays-Bas commencent à émerger comme puissance industrielle. Par leurs travaux du Zuiderzee, les ingénieurs reconquièrent sur l’eau de vastes territoires engloutis. En 1934, la mort du mari de Wilhelmine, le prince Henri, termine une année difficile qui voit aussi le décès de la reine-mère Emma.

L’entre-deux-guerres, particulièrement la crise économique des années 1930, est aussi la période où le pouvoir personnel de Wilhelmine atteint son zénith ; sous les gouvernements successifs d’un Premier ministre dévoué à la monarchie, Hendrik Colijn (ARP), Wilhelmine est profondément impliquée dans la plupart des questions d’État.

En 1939, le cinquième et dernier gouvernement Colijn est renversé par un vote de défiance deux jours après sa formation. Il est souvent admis par les historiens que Wilhelmine elle-même est derrière la formation de ce dernier gouvernement, conçu pour être un cabinet extraparlementaire ou « royal ». La reine se méfie profondément du système parlementaire et, plus d’une fois, essaye de le contourner sans qu’on le remarque.

Elle arrange aussi le mariage en 1937 de sa fille Juliana et de Bernard de Lippe-Biesterfeld, un prince allemand qui a perdu la plupart de ses biens après la guerre. Bien qu’on ait affirmé qu’il était jusqu’en 1936 un partisan du régime nazi, aucune preuve irréfutable n’en a jamais été trouvée ou publiée, sans cependant qu’il y ait jamais eu d’enquête sérieuse sur la question. Le prince Bernard devient par la suite un personnage très populaire aux Pays-Bas.

Le 10 mai 1940, l’armée allemande envahit les Pays-Bas sans déclaration de guerre préalable. L’armée néerlandaise ne tient qu’une semaine. Pendant ce temps, la reine affrète le destroyer britannique HMS Codrington pour exfiltrer (dans la nuit du 12 au 13 mai) sa fille, la princesse héritière Juliana et son époux le prince Bernard ainsi que leurs filles (Beatrix et Irene) et les joyaux de la couronne, ayant eu vent d’une opération de l’armée allemande pour ne pas laisser s’échapper la famille royale. Wilhelmine quitte le pays le 13 mai avec son gouvernement, à bord du HMS Hereward, après avoir voulu, en vain, rester.

Depuis Londres, elle anime les quelques foyers de résistance néerlandais depuis la BBC et prend les rênes du pays : elle renvoie son Premier ministre Dirk Jan de Geer, qui parlemente avec Adolf Hitler pour obtenir l’armistice ; elle déclare même : « On ne pactise pas avec le diable, l’ennemi de l’humanité », nomme son gendre « commandant en chef des forces de la Résistance » (malgré le refus du gouvernement britannique) et envoie sa fille Juliana et ses enfants à Ottawa (Canada). Elle finance une radio de Résistance, « Radio Oranje » et empêche l’occupant allemand de s’emparer de l’entreprise pétrolière Dutch Shell en faisant, grâce à sa fortune, monter le prix des actions. Le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dit d’elle qu’elle est « le seul homme parmi tous ces chefs d’État en exil », faisant référence aux différents gouvernements de résistance réfugiés à Londres depuis les succès militaires allemands. Dès la Libération, elle visite, en mars 1945, quelques lieux libérés au sud des Pays-Bas (comme Walcheren) et, malgré la proximité avec les troupes allemandes, Eindhoven le 19 mars 1945.

Elle abdique le 4 septembre 1948, année des cinquante ans de son règne effectif, en faveur de sa fille Juliana. Lors de la crise politique provoquée par l’influence de la guérisseuse Greet Hofmans sur la souveraine, elle prend le parti de sa fille, contre son gendre et sa petite-fille, la princesse héritière. Il faut des élections anticipées, suivies de la convocation d’une commission parlementaire et l’influence du Premier ministre Willem Drees pour que Wilhelmine et Juliana consentent à se priver de l’influence de cette femme, astrologue et occultiste leur donnant des cours de théologie et dictant sa politique à Juliana.

Elle publie ses mémoires en 1959.

source : Wikipédia.

 

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