L’orme.

Les samares d’orme champêtre sont faciles à reconnaître – © N. Dorion
Il faudrait dire ormes car ils sont nombreux, ces arbres de la famille des Ulmaceae, à appartenir au genre Ulmus. Bien que l’organisation en espèces soit compliquée et controversée, il en existe plus de 30 à travers le monde. Toutes originaires de l’hémisphère nord, on en compte 3 en Europe, 8 en Amérique du Nord et environ 23 en Asie où la chine apparait comme le centre de diversification. Les ormes sont (ou devrait-on dire étaient ?) souvent, dans leur pays d’origine, de très grands arbres à feuilles caduques, qui peuvent atteindre 40 m pour l’orme américain et jusqu’à 35 m pour l’orme champêtre.

Orme, carte maximum, France, 1985.

La graphiose serait « l’une des plus grandes catastrophes écologiques qui n’ait jamais touché une essence forestière ». Ici, un peuplement sain d’ormes champêtres en Espagne en 2003 – © N. Dorion. L’orme champêtre (Ulmus minor Mill.), l’orme des montagnes (Ulmus glabra Huds.) et l’orme diffus (Ulmus laevis Pall.) constituent le triptyque européen. Ils sont, théoriquement, faciles à reconnaître si on observe les feuilles et les samares qui apparaissent au tout début du printemps. Pour les trois espèces, les feuilles sont à base dissymétrique (en cœur d’un côté), toutes sont dentées et redentées. Contrairement aux deux autres, les feuilles de l’orme des montagnes présentent 1 à 3 grosses dents. Cependant, les

hybridations spontanées sont fréquentes entre U. glabra et U. minor. Ils appartiennent actuellement, ainsi quelques clones autrefois élevées au rang d’espèce (U. procera Salisb.), au même complexe d’espèces. Pourtant, une caractéristique biologique importante les sépare. U. glabra se reproduit uniquement par graines alors que U. minor est, en plus, capable de drageonner efficacement. Pour cette raison, il est facile à multiplier par bouturage et facile à transplanter. Chez U. laevis, c’est la production de samares pédonculées qui permet une identification incontestable.

Les ormes peuvent se rencontrer en forêt, en arbre isolé ou en peuplement (U. glabra et campestris) ou dans les forêts riveraines (U. laevis) des cours d’eau. Mais ces arbres se développent mieux à la lumière donc sur les lisières. D’ailleurs, l’orme vit en symbiose avec des champignons endomycorhiziens[2] caractéristiques des espaces ouverts.

Orme, carte maximum, Guernesey.

Plus accessible que les arbres forestiers, l’orme a été depuis toujours le fidèle compagnon de l’homme qui l’a planté en arbre isolé pour son ombre et sa beauté ou dans les haies comme abris pour son bétail, ou brise-vents pour ses cultures. De tout temps et en tout lieu, il a fourni à l’homme du bois de chauffage et d’ébénisterie, ainsi que du bois d’œuvre (affûts de canons, navires…). Riche en protéines, le feuillage de cet arbre a été utilisé en frais ou en sec comme nourriture pour le bétail (et quelquefois pour l’homme). Emondé régulièrement pour cet usage, et conduit en têtard, il est un des arbres typiques du bocage. Il a servi de tuteur aux vignes romaines et a voyagé au gré des conquêtes, de l’Italie à l’Espagne et à l’Angleterre. C’est du moins par cette voie que les botanistes considèrent que l’orme anglais (U. procera) est arrivé à bon port.

Grâce à ses caractéristiques, mais aussi du fait de sa tolérance au vent, aux embruns et à la compaction des sols, l’orme a été pendant longtemps l’essence privilégiée des alignements urbains ou routiers. Charles V (XIVe) le premier, le fit planter près de sa résidence à Paris. Il resta l’essence urbaine majeure jusque dans la première moitié du XIXe siècle[3]. Henri II, Henri IV, et finalement Napoléon recommandèrent la plantation au long des routes. Il s’agissait, bien sûr, de faire de l’ombre aux voyageurs mais aussi de préparer la guerre. La littérature garde témoignage de l’admiration des hommes pour ses alignements.

Malheureusement, nous n’avons plus de grands ormes. Qu’est-il donc advenu ? Dans un souci de diversification, d’autres essences ont été plantées (platanes, tilleuls…) et les canons n’ont plus besoins d’affût en bois. Mais, plus grave, deux épidémies successives d’une maladie de flétrissement (figure ci-dessus) appelée graphiose de l’orme ont eu raison de la presque tous les grands arbres. D’après Pinon, il s’agit d’une des plus grandes catastrophes écologiques qui n’ait jamais touché une essence forestière.

La graphiose est une maladie induite par un champignon microscopique du genre Ophiostoma, propagée d’arbre en arbre par de minuscules coléoptères ou via les racines (greffage spontané). La première épidémie apparait dans les années 1920 au nord de l’Europe. Elle atteint l’Amérique du Nord dix ans plus tard, via le commerce transatlantique de bois contaminés. Les Pays Bas ont tenté très tôt d’améliorer la résistance des ormes champêtres. La seconde épidémie beaucoup plus destructrice débute vers 1960. Elle est causée par une nouvelle espèce du champignon (O. novo-ulmi) beaucoup plus virulente. Tous les ormes européens et américains y sont sensibles ainsi que les premières sélections hollandaises. Les 27 000 ormes de la Ville de Paris disparaissent entre 1970 et 1977. Sur le territoire Français, la perte est supérieure 70 % entre 1975 et 1987.

Nombre de chercheurs en Europe et aux USA se sont lancés dans la sélection pour sauver les ormes. Malheureusement les sources de résistance sont rares et toutes d’origines asiatiques (U. pumila, U. parvifolia, U. wallichiana…). Les hybrides eurasiatiques de première génération, s’ils sont assez résistants, présentent des inconvénients en matière de port. C’est le cas aussi de ‘Sapporo gold’ (U. japonica x U. pumila). Plusieurs générations de croisements (Figure) restaurent des ports satisfaisants. C’est ainsi qu’ont été testés par l’INRA puis mis sur le marché français deux hybrides sélectionnés au Pays Bas : Lutèce® en 2002 et Vada® en 2006.

Les ormes qui drageonnent ne sont pas menacés de disparition car il reste dans les haies des jeunes qui ne sont atteints par la graphiose qu’à 10-15 ans. Par contre, le risque majeur est la perte de diversité génétique. Pour cette raison, la France s’est dotée d’un programme national de conservation (Collin 2007). Un conservatoire a été constitué à partir de boutures d’ormes ayant survécu à la seconde épidémie. Il est maintenu sous forme de haies basses, peu attractives pour les scolytes. En outre, des actions de conservation en conditions naturelles sont aussi menées sur des populations d’ormes lisses et d’ormes des montagnes.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : JardinsdeFrance, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.