Jean-Pierre Claris de Florian, auteur dramatique et fabuliste.

Jean-Pierre Claris de Florian, né à Sauve le 6 mars 1755 et mort à Sceaux le 13 septembre 1794, est un auteur dramatique, romancier, poète et fabuliste français.

Son père, gentilhomme à peu près ruiné, avait été officier de cavalerie ; sa mère, qu’il perdit en naissant, était d’origine espagnole, ce qui explique une partie des prédilections littéraires de l’écrivain. Il fut élevé au collège de Saint-Hippolyte. Son oncle paternel, le marquis de Florian, capitaine de dragons, l’aîné de la famille, était neveu par alliance de Voltaire (il avait épousé Mme de Fontaine, fille de Mme Mignot, la soeur de François-Marie Arouet), dont il fut un correspondant assidu. Dès 1765, le jeune Florian,

appelé par le marquis et la marquise, faisait un séjour à Ferney ; le 14 janvier 1767, Voltaire écrit à l’oncle : « Florianet a écrit une lettre charmante, en latin, à père Adam » (le jésuite qui fut quelque temps l’aumônier de Ferney). Florian devint à treize ans page du duc de

Penthièvre (petit-fils de Louis XIV et de Mme de Montespan) ; il entra ensuite à l’école d’artillerie de Bapaume, puis obtint de servir dans le régiment des dragons de Penthièvre ; mais arrivé au grade de capitaine, il se fit réformer, et le « bon duc » le nomma son gentilhomme ordinaire ; Voltaire félicite le jeune chevalier de Florian d’avoir « le bonheur de vivre auprès de ce prince si vertueux et si aimable, dans les palais enchantés de Sceaux et d’Anet » (lettre du 9 janvier 1777). Vivant au sein d’une société lettrée, Florian cultiva les lettres. En 1782, l’Académie couronna son petit poème Voltaire et le Serf du mont Jura. Il écrivit des comédies, des pastorales (entre autres Galatée, 1783), des romans historiques (Numa Pompilius, 1786 ; Gomalve de Cordoue, 1791). Il composa des Fables où se reflète de façon intéressante l’esprit du temps, et dont beaucoup sont imitées de celles du poète espagnol Yriarte, « dont je fais grand cas, dit Florian dans sa préface, et qui m’a fourni mes apologues les plus heureux » ; le recueil en parut en 1792, en pleine Révolution. Enfin il lit une traduction très libre de Don Quichotte, imprimée chez Didot en l’an II L’Académie française le reçut au nombre de ses membres en 1788.

Florian, carte maximum, Sauve, 2/04/1955.

Florian accueillit la Révolution française non seulement sans répugnance, mais avec une vive sympathie. Pendant trois ans, de 1789 à 1792, il fut commandant de la garde nationale de Sceaux. Après la mort du duc de Penthièvre (mars 1793), il alla habiter Paris, dans la section de la Halle aux Blés : on a publié un discours prononcé par lui en 1793 à l’occasion de la distribution des prix aux élèves des écoles de sa section, et une curieuse romance de sa composition, Le nom de Frère, sur l’air de la Carmagnole, romance dans laquelle se trouve ce couplet devenu célèbre :

Que faut-il au républicain ?

Une arme, du coeur et du pain.

L’arme pour l’étranger,

Du coeur pour le danger,

Et du pain pour ses frères.

Le décret des 26-27 germinal an II l’obligea, comme ex-noble, à s’éloigner de Paris. Retiré à Sceaux, il résolut de rédiger pour les écoles républicaines un abrégé de l’histoire ancienne, qu’il voulait, dit-il, « récrire dans une forme et dans des principes différents de ceux de Rollin, qui ne peuvent plus convenir à l’éducation nationale ». Il demanda (19 prairial) au Comité de salut public, par un mémoire, d’être mis en réquisition à cet effet, afin d’avoir la liberté de se rendre à Paris, pour « ramasser les matériaux nécessaires à son Histoire ancienne », et aussi pour surveiller l’impression de sa traduction de Don Quichotte, « ouvrage qui ne peut être regardé comme indifférent à l’opinion publique, puisque ce premier des romans est à la fois la satire la plus fine et la plus forte de l’esprit chevaleresque et des préjugés féodaux » : mais l’objet essentiel de son mémoire était, disait-il, « de soumettre à l’examen du Comité de salut public, d’après le mémorable décret [du 18 floréal] sur les fêtes nationales, l’hymne ci-jointe à l’Amitié, vertu si chère aux âmes libres ». La demande de Florian, appuyée par une déclaration du comité révolutionnaire de la section de la Halle aux Blés, du 24 prairial, attestant que Florian « s’était toujours conduit en bon citoyen », fut renvoyée, le 29 prairial, à la division de l’instruction publique du Comité de salut public, dirigée par Barère. Sur ces entrefaites, un ami de l’écrivain, son compatriote Boissy d’Anglas, qui s’était chargé de le recommander aux membres du Comité d’instruction publique, obtint de ceux-ci une audience. Florian lui avait écrit, le 22 prairial : « J’ai mis au net le plan de mon nouveau Cours d’histoire pour l’éducation nationale: je vous l’envoie ». Boissy communiqua ce plan au Comité : « On m’avait écouté avec intérêt, raconte Boissy, et je me voyais sur le point de réussir, lorsqu’un membre du Comité, nommé Bouquier, en qui je n’eusse pas soupçonné cet excès de mémoire, se mit à réciter l’épître dédicatoire de Numa, adressée huit ans auparavant à la reine, et en conclut qu’on ne pouvait rien attendre de bon ni d’utile de celui qui en était l’auteur, quoique j’osasse le recommander. Ma demande fut donc rejetée ; elle le fut tout d’une voix : il ne me resta que le regret de l’avoir faite, et la crainte qu’elle ne fût nuisible à celui qui en était le sujet. » Cette démarche de Boissy d’Anglas fut, en effet, la cause de l’arrestation de Florian ; car Bouquier était à ce moment (Voir Bouquier) l’organe habituel du Comité d’instruction publique auprès de celui de salut public, auquel il ne manqua pas de faire part de ce qu’il pensait du poète et de son projet. Le 14 messidor, Saint-Just, de retour de l’armée du Nord depuis trois jours et qui dirigeait le bureau de police générale, signa l’ordre

Florian, épreuve de luxe.

d’arrêter Florian, ordre qui ne fut exécuté que le 26. L’auteur de Numa fut écroué dans la « maison de suspicion » de Port-Libre, où il subit vingt-cinq jours de détention. Il occupa ses loisirs forcés à écrire un poème en prose, Guillaume Tell ou la Suisse libre ; le vingt-deuxième jour de sa captivité, le 18 thermidor, il adressa à Barère, en lui envoyant le premier chant de ce poème, une lettre pour réclamer sa mise en liberté ; il y disait : « Méditant, depuis longtemps, de refaire l’histoire ancienne pour l’éducation nationale, j’en ai instruit, par un mémoire, le Comité de salut public. Tranquille sur cette démarche, je travaillais dans la solitude, et j’avais achevé déjà plusieurs morceaux sur l’Egypte, quand tout à coup un ordre du Comité de salut public m’a fait mettre en arrestation. De quoi peut être coupable l’homme qui pensa être mis à la Bastille pour les premiers vers qu’il fit dans le Serf du mont Jura ; qui écrivait, avant la Révolution, le cinquième livre de Numa, et qui, depuis la Révolution, libre, orphelin, sans autre fortune que son talent, qu’il pouvait porter partout, n’a pas quitté un moment sa patrie, a commandé trois ans une garde nationale, a donné plusieurs ouvrages, et, dans son recueil de fables, a imprimé celle des Singes et du Léopard? » Trois jours après, le 21 thermidor, le Comité de sûreté générale décidait l’élargissement de Florian, mais « en lui enjoignant néanmoins de se conformer au décret du 27 germinal ». En conséquence, Florian retourna dans sa retraite de Sceaux, où il continua à travailler à son poème de Guillaume Tell. Mais sa santé était altérée depuis quelque temps déjà ; le 15 fructidor, il écrivait à Boissy : « Guillaume Tell avance fort, et avancerait mieux sans quelques accès de fièvre, suite de mon été ou précurseurs de mon automne ». Douze jours après celui où il traçait ces lignes, Florian expirait, à l’âge de trente-neuf ans.

Le Cours d’histoire pour l’éducation nationale resta donc à l’état de projet. Les morceaux que Florian eu avait rédigés n’ont pas été publiés : c’est dommage, car ils eussent constitué un spécimen curieux de littérature républicaine. L’Hymne à l’Amitié, dédié à Boissy d’Anglas, a été imprimé en l’an IX dans les Mélanges de prose et de littérature, par M. de Florian ; Guillaume Tell a été publié en l’an X par les soins du littérateur Jauffret.

Source IRNP, Wikipédia.

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