Anton Tchekhov, écrivain, nouvelliste et dramaturge.

Anton Pavlovitch Tchekhov ou Tchékhov né le 17 janvier 1860 (29 janvier 1860 dans le calendrier grégorien) à Taganrog (Russie) et mort le 15 juillet 1904 à Badenweiler (Allemagne), est un écrivain russe, principalement nouvelliste et dramaturge.

Tout en exerçant sa profession de médecin, il publie entre 1880 et 1903 plus de 600 œuvres littéraires ; certaines pièces souvent mises en scène à l’heure actuelle — La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania — font de lui l’un des auteurs les plus connus de la littérature russe, notamment pour sa façon de décrire la vie dans la province russe à la fin du XIXe siècle.

Ami d’Ivan Bounine, de Maxime Gorki, de Fédor Chaliapine, d’Alexeï Souvorine, il est l’oncle de Mikhaïl Tchekhov, et le frère du peintre russe Nikolaï Tchekhov.


En juin 1884, Tchekhov termine ses études de médecine. La famille passe l’été dans le logement de fonction spacieux de son frère Ivan à Voskressensk près de Moscou (aujourd’hui Istra), où celui-ci est professeur. Tchekhov commence à y exercer la médecine : il consulte des patients au dispensaire ainsi qu’à l’hôpital du zemstvo situé dans la petite ville voisine de Zvenigorod, il participe en outre à des examens de médecine légale et pratique des autopsies. En réalité, Tchekhov prend en charge ses patients bénévolement, car peu d’entre eux peuvent le rémunérer de façon convenable. De plus, il ne peut nier que ses écrits sont plus bénéfiques que la pratique de la médecine.

Anton Tchekhov, carte maximum, Roumanie, 1963.

Cela ne change pas les années suivantes, lorsque la famille Tchekhov fait l’acquisition d’une propriété à la campagne où Tchekhov soigne des paysans. En dehors des mois d’été, quand les Tchekhov résident dans leur logement de Moscou, Tchekhov examine volontiers les nombreux parents et connaissances de la famille. Il écrit à ce propos dans une lettre à son oncle, sur un style ironique : « Je travaille tant et plus. Tous les jours je dois dépenser plus d’un rouble en calèche. J’ai beaucoup d’amis et du coup aussi beaucoup de patients » ; et il poursuit sur les difficultés à se faire régler ses honoraires : « Une moitié d’entre eux ne paie pas. Les autres donnent parfois cinq, parfois trois roubles par consultation ». Après avoir ressenti les premiers signes de la phtisie, forme pulmonaire de la tuberculose dès sa vingtième année, il fait en décembre 1884 sa première crise d’hémoptysie, découvrant ainsi sa maladie10, dont il meurt en 1904.

Son activité de médecin, entre autres, lui fournit beaucoup de matière pour ses récits, et durant la deuxième partie des années 1880, il écrit énormément : ainsi, pour la seule année 1885, il publie cent trente-trois textes alors que ce nombre s’élève à cent douze en 1886 et seulement à soixante-quatre en 1887. La plupart de ses récits sont alors publiés sous pseudonymes[réf. nécessaire]. Tchekov jouit déjà d’une reconnaissance certaine de la part de cercles littéraires (notamment car il publie, depuis avril 1885, dans la fameuse Peterbourskaïa Gazeta (le Journal de Pétersbourg)); pourtant, il accepte une invitation de la rédaction d’Oskolki en décembre 1885 – ce qui lui vaut une première visite de la capitale Saint-Pétersbourg, ce qui fait évoluer sa situation. Dans cette ville, il fait connaissance, entre autres, avec l’influent éditeur Alexeï Souvorine, avec lequel il signe peu après un contrat dans de très intéressantes conditions. En même temps, il rencontre le romancier à succès, de grand renom à cette époque, Dmitri Grigorovitch, qui voit en Tchekhov quelqu’un au talent exceptionnel. Grigorovitch, qui jouissait alors d’une grande autorité dans le monde littéraire russe et dont la pensée comptait pour Tchekhov, lui conseille dans une lettre, quelques mois plus tard, d’abandonner les pseudonymes, ce que fait Tchekhov : à partir de 1886 il travaille étroitement avec Souvorine et publie beaucoup de ses nouveaux récits sous son vrai nom dans Novoïe Vremia (Temps nouveaux), le journal dirigé par Souvorine qui est alors une des feuilles les plus diffusées du pays.

Une partie de ses nouveaux récits paraissent dans la revue mensuelle modérément libérale Rousskaïa Mysl (La Pensée russe). Son second recueil de nouvelles, Récits bariolés, est publié en 1886. De 1885 à 1887, les Tchekhov passent les mois d’été à Babkino près de Voskressensk, dans la propriété des Kisselev, amis de la famille. Dans ses souvenirs, son frère Mikhaïl se dit persuadé que la beauté des paysages des environs de Babkino, les joyeuses parties de pêche et la cueillette des champignons, ont dû être déterminants dans l’épanouissement du talent de son frère. Tchekhov y trouve en particulier plusieurs motifs pour ses œuvres à venir. Cela est frappant par exemple pour des récits tels que La Lotte, Le Chasseur (tous deux de 1885), La Sorcière (1886) ou Volodia (1887), dont les actions se déroulent dans un cadre très ressemblant.

Cependant, Tchekhov n’écrit plus seulement des textes humoristiques, mais aussi de plus en plus de récits, dans lesquels sont développés des thèmes très sérieux voire dramatiques, abordant parfois aussi des problèmes de société qui touchent particulièrement la province russe de cette époque, ce qui est typique de la suite de son œuvre. Font partie de ces récits dramatiques de la seconde moitié des années 1880, des œuvres comme Aniouta, La Nuit de Pâques, Mauvais caractères (toutes de 1886) ou Fièvre typhoïde (1887). Le voyage que Tchekhov entreprend dans sa patrie en février 1887 lui fournit de nombreux autres thèmes. Il rend visite à des parents à Taganrog, à Novotcherkassk et dans d’autres lieux du sud de la Russie, et voyage à travers les somptueux paysages de la steppe, sur le Don et la mer d’Azov. Il déplore ultérieurement l’accablante arriération et le manque de culture de cette région25, qui toutefois l’inspire à plus d’un titre à cause de la beauté de ses vastes paysages. C’est le cas des nouvelles La Steppe, publiée en 1888, qui est renommée pour ses minutieuses et authentiques descriptions de paysages, et de La Fortune, parue en 1887.

Afin de se libérer de l’agitation habituelle qui l’entoure depuis son retour, Tchekov entreprend avec Souvorine son premier voyage en Europe centrale et occidentale au printemps 1891. Il visite notamment Vienne, Venise (qui lui plaît particulièrement), Florence, Rome et Paris. La famille passe l’été suivant dans une de leurs propriétés délaissées près d’Aleksine au bord du fleuve Oka, en Russie centrale, où Tchekhov continue son travail sur le livre L’Île de Sakhaline. Il indique régulièrement dans des lettres la difficulté qu’il a à écrire ce livre, qui nécessite le recours à de nombreux ouvrages scientifiques et statistiques. À cela s’ajoute la détérioration continue de son état de santé.

Les fatigues de son voyage à travers la Sibérie ont sérieusement entamé l’état de santé de Tchekhov. En novembre 1891 il souffre de crises de toux et autres symptômes de refroidissement, qui ne lui laissent aucun répit, alors qu’il s’active bénévolement durant ces mois ; il participe à la récolte de fonds pour les victimes de la famine dans la région de Nijni Novgorod et aide à la répartition de cette aide. Le printemps 1892 voit sa participation aux secours apportés aux paysans du gouvernement de Voronej au sud de la Russie, victimes de mauvaises récoltes et de famine. Il rend compte de son expérience dans les régions touchées par la famine, et montre son refus de faire de la bienfaisance une sorte de remède universel à tous les maux sans fin de la société, dans le récit Ma Femme, paru fin 1891.

La nécessité croissante d’avoir une résidence d’été stable, dans laquelle il puisse travailler tranquillement, décide Tchekhov à acquérir une vaste propriété pour lui et sa famille au printemps 1892. Il s’agit d’une propriété, qui est à cette époque dans un état d’abandon total, nommée Melikhovo près de Lopasnia dans l’ouiezd (« district ») de Serpoukhov au sud de Moscou. En mars, la famille quitte son appartement de Moscou pour Melikhovo. Tchekhov renoue avec la médecine, et soigne les paysans de Melikhovo bien souvent gratuitement. En outre, il coordonne bénévolement les mesures sanitaires prophylactiques pour faire face à la menace grandissante d’une épidémie de choléra. Son expérience de médecin fournit à Tchekhov une grosse part de la matière utile à sa future œuvre d’importance, la nouvelle La Salle n° 6 (1892).

Le périmètre du zemstvo (« assemblée provinciale ») où il fonde des dispensaires et finance la construction de plusieurs écoles populaires dans le district de Serpoukhov. Il envoie plusieurs dotations importantes de livres à la bibliothèque de sa vie natale Taganrog ainsi qu’aux écoles de Sakhaline, offertes pour partie par les éditeurs, pour partie de sa propre bourse.

Dans les années 1890, Tchekhov se consacre à la dramaturgie : en 1887, il assiste à la création de sa première grande pièce, Ivanov10 puis, entre 1888 et 1889, il écrit plusieurs petites pièces en un acte ainsi que L’Homme des bois qui, une fois remaniée en 1896 sous le nom d’Oncle Vania, devient sa prochaine pièce importante qui demeure aujourd’hui une de ses pièces les plus connues.

À Melikhovo, il termine en 1895 l’écriture de son drame La Mouette, créé en octobre 1896 à Saint-Pétersbourg avec Vera Komissarjevskaïa dans le rôle principal, qui dans un premier temps est un échec, avant d’être reprise en 1898 par Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch-Dantchenko au Théâtre d’art de Moscou et d’y rencontrer un écho favorable. De cette époque datent plusieurs récits et nouvelles renommés dont Le Moine noir, Le Violon de Rothschild (tous deux de 1894), La Maison à mezzanine (1896) et Les Moujiks (1897) ; dans ce dernier, prenant pour cadre de l’intrigue le district de Serpoukhov, Tchekhov s’y fait l’observateur singulier et très pessimiste de la vie paysanne, au point de faire l’objet de modifications ordonnées par la censure.

En mars 1897, à Moscou, Tchekhov souffre d’une grave hémoptysie qui le contraint à rester à l’hôpital plusieurs semaines. C’est aussi surtout la première fois qu’il consulte pour sa tuberculose, qu’il avait tenté jusqu’ici de soigner par lui-même. Plusieurs médecins lui conseillent dès lors de passer les mois d’hiver en Crimée, presqu’île de la mer Noire réputée pour son climat tempéré ou bien dans d’autres pays du sud de l’Europe. Tchekhov suit ce conseil et voyage à l’automne 1897 pendant plusieurs mois sur la côte méditerranéenne française.

En septembre 1898, il se rend à Yalta en Crimée et y achète un mois plus tard une parcelle pour y faire construire une nouvelle propriété. À la suite de la mort de son père en 1898, la propriété de Melikhovo, qui est de moins en moins fréquentée, est finalement vendue à l’été 1899. À la suite d’un désaccord avec Souvorine, Tchekhov signe début 1899 un nouveau contrat avec l’éditeur d’origine allemande Adolf Marx, qui pour 75 000 roubles, acquiert les droits de son œuvre (à l’exception des pièces de théâtre). Avec cet argent il se fait construire une petite maison (la « Datcha blanche ») sur le terrain acquis à Aoutka près de Yalta. Tchekhov s’y rend à la fin de l’été 1899.

Anton Tchekhov et Olga Knipper peu après leur mariage en 1901
À Yalta, Tchekhov fait la connaissance de plusieurs auteurs réputés de l’époque, avec qui il se lie d’amitié – parmi lesquels l’écrivain révolutionnaire engagé Maxime Gorki. Pourtant, malgré sa constante implication en tant que médecin bénévole, il décrie sans cesse l’atmosphère provinciale et désolée de Yalta qui ne lui rappelle en rien la vie mondaine et culturelle de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Il écrit en janvier 1899, peu après son installation dans sa nouvelle demeure, à un de ses anciens camarades de classe : « Voilà maintenant une semaine, qu’il pleut sans discontinuer, et je dois crier d’ennui et d’aide. Combien je perds, en vivant ici ! ». Pour lutter contre la morosité de la vie de province, Tchekhov lit régulièrement les journaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg et suit avec un intérêt évident les manifestations étudiantes et les troubles politiques de la capitale, qui se répandent comme les prémices de la révolution à venir dans le pays entier.

En 1898, il traverse une crise morale, publiant Les Groseilliers, un procès du bonheur. Malgré une santé de plus en plus fragile, Tchekhov voyage toujours à Moscou. Ainsi, en septembre 1898, il assiste à une répétition d’une nouvelle mise en scène de La Mouette au Théâtre d’art de Moscou. Il y fait la connaissance de l’actrice Olga Knipper (1868–1959), qui joue par la suite souvent le premier rôle de ses pièces dans ce théâtre.

Tchekhov et Olga Knipper se rencontrent par la suite plusieurs fois à Moscou comme en Crimée, où la troupe du théâtre d’art est en tournée au printemps 1900. L’auteur, qui n’a pu rencontrer que brièvement l’actrice, trouve en elle son grand amour. S’ensuit une abondante correspondance quasiment ininterrompue depuis leur première rencontre. Ils se marient à Moscou le 25 mai 1901 ; Tchekhov, redoutant une cérémonie grandiose, l’union a été célébrée secrètement sans prévenir les proches, en présence seulement des quatre témoins qu’exigeait la loi. Le couple reste sans enfant à la suite d’une fausse couche d’Olga Knipper, la même année.

Les époux ne se voient que très rarement du fait que Tchekov doit rester en Crimée pour raison de santé alors qu’Olga continue à jouer à Moscou. Une lettre du 27 septembre 1900, de Tchekhov à sa femme témoigne de cette relation, où malgré le ton anodin de l’auteur, utilisé afin de ne pas alarmer ses proches, l’auteur laisse entrevoir combien son état de santé est sérieux : « […] je ne sais plus ce que je dois te dire, sinon ce que je t’ai déjà dit dix mille fois et qu’apparemment tu veux encore entendre, que je t’aime – et rien de plus. Si nous ne sommes pas ensemble en ce moment, cela n’est ni de ta faute, ni de la mienne, mais celle du démon, qui fait que je dois me débattre avec les bacilles et toi avec l’amour de l’art ».

Tchekhov écrit en Crimée deux pièces importantes : Les Trois Sœurs (1900) et La Cerisaie (1903). Dans la maison de Yalta sont conçus les récits : De l’amour (1898), Dans la combe, La Dame au petit chien (tous deux de 1899) et L’Évêque (1902). Le travail littéraire à Yalta avance en revanche difficilement. Entre 1899 et 1902, Tchekhov doit travailler à une compilation de son œuvre pour les éditions Marx. Pour les nombreux visiteurs de la datcha, il semble très fatigué, du fait de toujours plus fréquentes hémoptysies, accès de fièvre et difficultés respiratoires. Tchekhov tente sans succès d’enrayer sa tuberculose galopante grâce à des voyages à l’étranger – il passe ainsi beaucoup de temps à Nice pendant les hivers 1897-1898 et 1900-1901 – et aussi par une cure de kumiz (« lait de jument »), qui ne permet pas de stopper une maladie considérée alors comme incurable.

La dernière sortie officielle de Tchekhov, alors qu’il est déjà profondément marqué par la maladie, a lieu lors d’un hommage à l’écrivain au théâtre d’art de Moscou à l’occasion de la première de sa dernière pièce, La Cerisaie, en janvier 1904. Tchekov a alors 44 ans. Le dernier récit qu’il écrit, La Fiancée, est achevé dès le printemps 1903.

Début juin 1904, Tchekhov et sa femme partent pour l’Allemagne, une fois de plus pour se soigner et consulter le docteur Karl Ewald, spécialiste des maladies pulmonaires. Après un court séjour à Berlin le couple part dans la station thermale de Badenweiler, dans la Forêt-Noire, qui leur a été recommandé par un médecin moscovite d’origine allemande. Tchekhov y écrit quelques lettres à destination de Moscou, dans lesquelles il décrit la vie ordonnée, aisée, cependant souvent ennuyeuse et « sans talent » des Allemands.

Après une amélioration passagère de son état de santé, Tchekhov est victime de plusieurs crises cardiaques mi-juillet, la dernière dans la nuit du 15 juillet, peu de temps avant sa mort.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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