Marc Seguin, scientifique, inventeur et ingénieur.

Marc Seguin, dit « Seguin Aîné », né le 20 avril 1786 à Annonay où il est mort le 24 février 1875 (à 88 ans), est un scientifique, inventeur, ingénieur et entrepreneur français.

Disciple de Joseph de Montgolfier dont il est le petit-neveu, œuvrant en étroite collaboration avec ses quatre frères, il expérimente en 1822 le premier pont suspendu à fil de fer au monde au-dessus de la Cance puis construit sur ce modèle, en 1825, à Tournon-sur-Rhône, le premier grand pont suspendu d’Europe continentale.

Il brevette en 1827 la chaudière tubulaire conçue pour des bateaux à vapeur navigant sur le Rhône, et deux ans après, il applique cette invention aux locomotives à vapeur.

La locomotive Seguin fait ses premiers tours de roue le 1er octobre 1829, quelques jours avant la Rocket de George Stephenson. Elle circule sur la ligne de chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon, concédée aux frères Seguin en 1827, première ligne de France à expérimenter en 1832 la traction par des locomotives à vapeur et à avoir été ouverte simultanément aux marchandises comme aux voyageurs.

Auteur de très nombreuses publications scientifiques qu’il signe Seguin Aîné, il est élu en 1845 correspondant de l’Académie des sciences, dans la section de mécanique.

Marc Seguin, carte maximum, Annonay, 22/02/1986.

Né sous le règne de Louis XVI, mort sous la IIIe République, marié deux fois et père de dix-neuf enfants, humaniste, philanthrope et bienfaiteur de sa ville natale, Marc Seguin fait partie de la liste des 72 noms de savants inscrits sur la tour Eiffel.

Seguin aîné – c’est ainsi que l’on désigne Marc – est chargé de l’achat et de l’installation du matériel de la nouvelle manufacture de feutres pour papeteries de Saint-Marc. Les frères Seguin sont conduits tout naturellement à réfléchir sur la façon d’augmenter et d’améliorer la production. Cela passe d’abord par une connaissance de plus en plus précise des outils nécessaires à la fabrique de drap : connaissance de la mécanique, connaissance de l’hydraulique, apport de la vapeur comme source d’énergie pour ces machines, connaissance de la chimie, etc.

Parmi les machines dont les Seguin s’occupent à des titres tout à fait variables, on notera des machines à carder, à lainer, à filer, à tondre. Marc Seguin qui se documente beaucoup remplace par exemple les roues à aubes de la première manufacture par des roues hydrauliques à augets courbes. L’entreprise familiale prospère. Toutefois les échanges commerciaux sont freinés par les difficultés matérielles de transport. À l’époque, ce sont les bacs à traille qui permettent de franchir les fleuves. Les ponts sont trop coûteux à bâtir et leur construction en pierre n’est pas adaptée à un fleuve capricieux comme le Rhône.

Dans le courant de l’année 1821, Bruno de Plagniol, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées du secteur de Tournon, momentanément en résidence à Annonay, où il dirige divers travaux, dit un jour à Marc Seguin Vous, qui avez le génie de l’invention, vous devriez chercher un moyen de remplacer les ponts en pierre par un autre système aussi solide et moins coûteux. Eh bien je m’en occuperai répondit-il. Seguin se procure le traité des ponts de Thomas Pope publié en 1811 à New York. L’idée du pont suspendu décrit dans l’ouvrage lui paraît séduisante et réalisable.

Les américains arrimaient le tablier de leurs ponts au moyen de fer en barre. Après avoir calculé, avec la plus grande précision, la force de résistance des métaux, Marc Seguin ne tarde pas à conclure que des faisceaux de fils de fer donneraient une pleine sécurité et diminueraient considérablement la charge du pont. Pour en avoir la certitude expérimentale, il installe en 1822 au-dessus de la Cance, à l’usine de Saint-Marc, une passerelle suspendue à câbles de fer de 18 mètres de longueur sur 0,5 mètre de largeur qui résiste parfaitement aux diverses épreuves qui sont tentées. Le faible coût de la passerelle est certainement un argument fort le poussant à continuer dans son entreprise.

Vers 1823, une nouvelle expérience est faite à Saint-Vallier (Drôme). La passerelle, jetée sur la rivière la Galaure, est destinée au passage des piétons, des cavaliers et des bêtes de somme. Le test de l’ouvrage a lieu dans des conditions plutôt périlleuses, mais rassurantes pour l’avenir. Marc Seguin conseille également à cette époque Guillaume Henri Dufour et Marc-Auguste Pictet, pour la construction à Genève de la passerelle de Saint-Antoine, un premier pont suspendu à câble métallique.

Encouragé par ses premiers résultats, Marc Seguin a sollicité dès le 25 mars 1822 de l’administration préfectorale l’autorisation de construire un pont suspendu sur le Rhône, entre Tain et Tournon. Mais au Conseil général des ponts et chaussées, il se heurte à Claude Navier, ingénieur des ponts et chaussées, qui privilégie le système des chaînes. Après des mois d’âpres discussions, l’Académie des sciences émet le 26 janvier 1824 un avis favorable à son projet.

Les frères Seguin – dans l’ordre Marc, Camille, Jules, Paul et Charles – peuvent par ordonnance royale construire le pont à leurs frais moyennant la concession qui leur est faite d’un droit de péage à établir sur cette passerelle pour 99 ans ; c’est la première concession d’une entreprise d’utilité publique jamais accordée par le gouvernement à une société particulièreNote 16. Marc Seguin publie en 1824 le résultat de ses travaux dans Des ponts en fil de fer réédité en 1826.

Le pont, composé de deux travées de 85 mètres chacune, est réellement le premier grand pont suspendu d’Europe continentale. Après avoir subi le 21 août 1825 avec succès les épreuves préalables à sa réception, l’ouvrage est inauguré le 25 août 1825 ; il est aussi le premier ouvrage construit en dur sur le Rhône depuis 500 ans, après le pont Saint-Esprit au Sud édifié au XIIIe siècle et le pont de la Guillotière achevé au début du XIVe siècle à Lyon, quelque 200 kilomètres plus au Nord.

Comme le pont s’avère ultérieurement trop bas pour laisser passer des bateaux à vapeur, une ordonnance royale contraint le 7 février 1847 les frères Seguin soit à construire un deuxième pont, soit à détruire l’autre ou le transformer en passerelle après avoir haussé le tablier. Un second pont est construit à une centaine de mètres en aval du premier transformé en passerelle, détruite en 1965, et les droits de péage acquis transférés sur le nouvel ouvrage.

C’est le commencement de la fortune des Seguin. Bientôt des ponts suspendus s’élèvent de toutes parts. Les frères Seguin, à eux seuls, en construisent quatre-vingt-dix. En 1841, on en comptait déjà plus de 200 et tout laisse à penser aujourd’hui que plus de 500 ponts ont été construits sur le modèle Seguin.

Le plus vieux pont suspendu encore en service, construit en 1827 par l’entreprise Marc Seguin, se trouve à Andance. La passerelle Saint-Symphorien construite en 1847 à Tours, ainsi que la passerelle Marc-Seguin construite en 1849 à quelques centaines de mètres du premier pont de Tournon, sont toujours en service, de même que le pont du Robinet ou pont de Donzère construit en 1847.

À la même époque, en 1825, débute en Angleterre une autre révolution technique qui va changer le monde. Cette année-là est mis en service le chemin de fer de Stockton et Darlington, première ligne au monde à utiliser des locomotives à vapeur et à transporter des voyageurs. Commencée en 1821, la ligne est conçue pour un chemin de fer à traction hippomobile, moyen de transport alors courant en Angleterre. Informé de ce projet, George Stephenson prend une part active à sa création et réussit à persuader ses promoteurs de l’y laisser expérimenter des locomotives à vapeur.

La ligne est inaugurée le 27 septembre 1825 ; elle relie Stockton à Darlington puis, à partir de cette ville, dessert plusieurs houillères proches de Shildon (en) dans le comté de Durham Elle permet, avec une lenteur extrême, le transport de la houille jusqu’à Stockton, port situé dans l’estuaire du fleuve Tees, où elle peut être transbordée sur des bateaux à destination des centres urbains et industriels.

L’année suivante, en 1826, est inaugurée la ligne de Liverpool à Manchester, un chemin de fer destiné à faire concurrence aux trois canaux qui aboutissent à cette dernière ville. La compagnie de chemin de fer a l’idée de lancer le 20 avril 1829 un concours public, dans lequel tous les constructeurs anglais sont appelés à produire diverses machines applicables au transport sur une voie ferrée. Outre un prix de 500 livres sterling, le vainqueur du concours est assurée de la fourniture du matériel de la future ligne. Le 6 octobre 1829, jour des épreuves, cinq machines sont en lice.

La Fusée (The Rocket en anglais) de George et Robert Stephenson est la première à concourir. Elle remorque sur un plan horizontal un poids de près de 13 tonnes à une vitesse de près de 30 kilomètres par heure et, à l’issue des épreuves, le prix lui est décerné pour avoir satisfait à toutes les conditions exigées par la compagnie. Elle doit sa supériorité à l’utilisation d’une chaudière tubulaire de Marc Séguin qui permet de quasiment décupler la puissance de la machine.

La locomotive de Stephenson, capable de réaliser sur les routes de fer une vitesse de quelque 60 kilomètres par heure, change complètement la face de l’entreprise du chemin de fer de Liverpool à Manchester. Au lieu de se borner au transport des marchandises, cette dernière ouvre aussitôt aux voyageurs cette nouvelle voie de communication. Le nombre des voyageurs entre Liverpool et Manchester, qui, avant l’ouverture du chemin de fer, ne dépassait pas 500 par jour, s’élève immédiatement à 1 500 dès 1830.

En France, l’existence des voies ferrées dans les mines est encore inconnue alors que, depuis bien longtemps déjà, on s’en sert dans les districts houillers de la Grande-Bretagne. En 1823 seulement, l’ingénieur des mines Louis-Antoine Beaunier obtient l’autorisation de construire une ligne de rails de fer pour le transport du charbon du bassin houiller de la Loire, depuis Saint-Étienne jusqu’à Andrézieux. Comme dans les mines de houille anglaises, le moyen de traction reste la force des chevaux. Arrivé à la Loire, le charbon est embarqué sur la rivière et dirigé sur le Nivernais ou vers Paris.

Marc Seguin passe les dernières années de sa vie à Varagnes. Connu et adoré de tout le pays, c’est un beau vieillard, se levant à 4 heures du matin, d’une sobriété extraordinaire ; pendant plus de quarante ans, il ne mange pas de viande : du lait seulement, des fruits et des légumes, et pour boisson, toujours de l’eau !.

Marc Seguin aménage son domaine à son idée ; ce sont des laboratoires de physique et de chimie, une remarquable bibliothèque, des ateliers de peinture et de sculpture, une machine à vapeur réalisant les plus savantes théories scientifiques, un observatoire astronomique, etc.. Il n’en oublie pas pour autant de veiller à la sauvegarde du patrimoine familial ; en 1861 il évite la déconfiture aux papeteries Canson de Vidalon-lès-Annonay qui ont appartenu aux ancêtres de sa mère et de ses deux épouses, les rachète et en confie la gérance à l’un de ses gendres.

Dans cet environnement propice aux réflexions scientifiques, il publie de nombreux ouvrages, en 1861 Considérations sur les lois qui président à l’accomplissement des phénomènes naturels rapportés à l’attraction newtonienne et basées sur la synthèse des actions moléculaires exposée dans les mémoires publiés jusqu’ici, puis en 1865 Mémoire sur les causes et sur les effets de la chaleur, de la lumière et de l’électricité. Il y écrit un Cours élémentaire de sciences physiques et mathématiques et se passionne pour l’astronomie.

Il continue à participer à l’activité scientifique en devenant en 1868 le rédacteur principal de la revue Le Cosmos, ce qui lui permet de faire connaitre son avis sur les aspects de la science qui l’intéressent. Dans la basse-cour qu’il a fait aménager, il observe des années durant le vol des oiseaux au point de vue mécanique pour en déduire les principes de l’aéronautique, dont l’étude le passionne et qu’il croit possible quand tant d’autres scientifiques de cette époque la déclarent irréalisable.

La conclusion de son mémoire à l’Institut en 1866127, qui fait sourire alors, paraît à tant d’années de distance, véritablement prophétique : Et il me suffit pour le moment, d’avoir constaté la possibilité de résoudre ce problème hérissé de tant de difficultés, pour acquérir la certitude, que dans un temps plus ou moins éloigné, on parviendra à voyager aussi facilement dans les airs qu’on le fait aujourd’hui sur mer, tandis que l’on ne peut malheureusement pas se dissimuler qu’en examinant de plus en plus la possibilité d’obtenir les mêmes résultats au moyen des ballons, on se trouve dans des conditions entièrement opposées.

Atteint d’une fluxion de poitrine, Marc Seguin meurt le 24 février 1875, entouré de dix enfants encore vivants, deux mois avant d’atteindre ses 89 ans1. Il est accompagné par une foule immense et reconnaissante au cimetière d’Annonay où il est inhumé dans le caveau familial.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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