Le saut à la perche.

Le saut à la perche est une épreuve d’athlétisme faisant partie des sauts. Elle consiste, après avoir effectué une course d’élan d’une cinquantaine de mètres, à s’aider d’une perche souple pour franchir sans la faire tomber une barre horizontale placée à plusieurs mètres de hauteur. C’est la huitième épreuve du décathlon.

Le saut à la perche de haut niveau nécessite les quatre qualités de l’athlétisme : la rapidité sur la course d’élan, la force pour appuyer sur la perche, la souplesse pour effectuer les mouvements en l’air et la qualité de pied au moment de l’impulsion1.

Pour sauter à la perche, deux techniques existent : la technique russe et la technique française, qui rendent les sauts différents mais qui ont toutes deux fait leurs preuves. Dans ces deux techniques, le choix de la perche est très important ; ces dernières sont faites en fibre de verre et en fibre de carbone et peuvent se plier, cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Lors de son invention dans la Grèce antique et dans d’autres régions du monde, elles étaient en bois et ne pliaient pas.

Saut à la perche, carte maximum, Belgique, 10/07/2004.

La spécialité a longtemps été dominée, dans les années 1950 et 1960, par les perchistes américains, notamment Cornelius Warmerdam, Brian Sternberg, Bob Richards ou Bob Seagren. Dans les années 1980, des athlètes européens, parmi lesquels figurent le Français Thierry Vigneron ou les ex-Soviétiques Maksim Tarasov et Rodion Gataullin, confèrent une nouvelle dimension technique au saut à la perche. L’Ukrainien Sergueï Bubka, premier homme à franchir la barre des six mètres et détenteur du record du monde pendant presque 30 ans, est sans conteste le sauteur à la perche le plus emblématique de la discipline. Il établit trente-cinq records du monde du milieu des années 1980 au milieu des années 1990. Aujourd’hui, la discipline est dominée, entre autres, par le Français Renaud Lavillenie, ancien détenteur du record du monde, l’Américain Sam Kendricks, double champion du monde et le Suédois Armand “Mondo” Duplantis, détenteur du record du monde en 2020 avec un saut à 6,18 m. Côté féminin, la Russe Yelena Isinbayeva, qui a battu vingt-huit records du monde2 ainsi que les Américaines Jennifer Suhr et Sandi Morris sont les seules perchistes à avoir passé les 5 mètres.


On trouve trace de la technique dans la Grèce antique, où le saut à la perche est utilisé comme moyen de locomotion pour traverser des ruisseaux, franchir une haie ou échapper à des bêtes sauvages à l’aide de longs morceaux de bois rigides. La mythologie rapporte la légende du roi Pylos de Grèce qui aurait franchi une crevasse à l’aide d’une longue canne pour échapper à un taureau. Vers le IIe siècle de notre ère, des soldats du Nord de l’Angleterre et de l’Écosse utilisent de longues lances préparées pour traverser différents obstacles. Le saut à la perche apparaît lors des anciens jeux irlandais des Tailteann Games vers 550 av. J.-C., sous la forme d’un saut en longueur, on rapporte aussi que les Crétois sautaient eux aussi au-dessus de taureaux. Cette pratique est par ailleurs utilisée dans l’antiquité comme élément militaire pendant les sièges de châteaux ou encore afin de couvrir un maximum de distance en un minimum de temps. Au XVIIIe siècle apparaît aux Pays-Bas le Fierljeppen, jeu consistant à franchir une rivière au moyen d’une longue perche de six à huit mètres.

Cependant, entre le saut à la perche moderne et celui qui consiste à passer par-dessus une rivière, il existe des différences notables. Tout d’abord, la perche étant rigide, l’impulsion ne devait pas être dirigée vers l’avant au risque de briser la perche, le saut ne devait pas aller très haut, la réception sur le sol n’étant pas facile, le perchiste devait également appuyer avec son bras supérieur vers le sol pour ne pas casser sa perche.

Le saut à la perche n’a pas toujours été un sport où le but était d’aller haut. À l’instar de son ancêtre, lorsque cette discipline fut pratiquée en tant que sport, le but était de faire un saut propre et beau à regarder en passant au-dessus d’une barre située à une faible hauteur. Ainsi, vers 1775 en Allemagne, des éducateurs (dont J.C.F GutsMuths) intègrent le saut à la perche dans le répertoire des épreuves gymniques mais la discipline reste interdite aux femmes en raison de sa dangerosité. Les meilleurs sauts se situent alors autour des 2,50 mètres. Au milieu du XIXe siècle, des membres du Cricket Club d’Ulverston, dans le Lancashire, mettent en place la première forme de la discipline : le « running pole leaping », littéralement le bond à la perche avec élan. Les perches de l’époque sont alors des mâts extrêmement rigides en frêne, chêne ou merisier ; les premiers adeptes franchissent néanmoins rapidement la hauteur de trois mètres.

La discipline prend son essor en Angleterre et aux États-Unis vers la fin du xixe siècle : le saut à la perche est intégré au programme des championnats d’Angleterre d’athlétisme en 1866 et les premiers records sont enregistrés dès l’année suivante. L’épreuve fait partie des championnats des États-Unis en 18774, la réception se fait alors dans du sable et les sauteurs retombent debout pour éviter les blessures. Les variantes demeurent différentes des deux côtés de l’Atlantique : au Royaume-Uni, le sauteur est autorisé à effectuer un déplacement des mains à la manière du grimper à la corde. En 1889, l’Amateur Athletic Union édicte l’un des premiers principes importants du saut à la perche moderne : « aucun compétiteur ne doit pendant le saut, déplacer l’une de ses mains, vers le haut, le long de la perche, quand il quitte le sol ». En 1892, à la Croix-Catelan de Paris, l’épreuve figure pour la première fois au programme des Championnats de France d’athlétisme, le stadiste Maurice Rousseaux s’imposant avec un saut à 2,41 mètres.

Saut à la perche, essais de couleurs.

 

Alors que les compétitions de saut à la perche se multiplient en Europe et aux États-Unis, le baron Pierre de Coubertin décide d’intégrer la discipline aux premiers Jeux olympiques de l’ère moderne, en 1896. L’Américain William Hoyt l’emporte avec un saut à 3,30 mètres. La technique évolue peu à peu, le butoir est créé en 1900 sous la forme d’un trou creusé au sol, puis en encastrant ensuite un boîtier en bois. La réception se fait désormais sur un tapis et les premières perches en bambou, qui apparaissent dès les Jeux olympiques de 1900, sont plus légères et plus flexibles que leurs ancêtres. Les meilleurs spécialistes de l’époque sont l’Américain Norman Dole, ou encore le Français Fernand Gonder, auteur d’un saut de 3,74 mètres et vainqueur des Jeux olympiques intercalaires de 1906. L’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), créée quelques années avant la Première Guerre mondiale, commence à recenser les premiers records de la discipline : ils sont américains et norvégiens car les meilleurs sauteurs européens ont été tués, blessés ou choqués par la guerre.

L’Américain Marc Wright est le premier homme à franchir la barre des quatre mètres, le 8 juin 1912 à Cambridge (4,02 mètres). Mis à part Charles Hoff et Pentti Nikula, le record du monde de la discipline reste américain jusqu’en 1969. Les meilleurs perchistes se nomment alors Lee Barnes et Sabin Carr, vainqueurs des Jeux olympiques de 1924 et 1928 ou encore Earle Meadows, champion olympique à Berlin en 1936 et auteur d’un record du monde à 4,54 mètres en 1937. L’Américain Cornelius Warmerdam, surnommé « Dutch » en raison de ses origines, considéré comme le premier grand champion du saut à la perche, fait passer le record du monde de 4,60 mètres à 4,77 mètres entre 1940 et 1942 ; cette dernière marque reste inégalée durant près de quinze ans. Il est l’un des derniers utilisateurs de la perche en bambou.

Brian Sternberg est l’un des premiers utilisateurs de la perche en fibre de verre. Il franchit la barre des cinq mètres en 1963. Alors que les perches en aluminium sont testées en compétition depuis 1943, des engins plus solides, faits notamment en alliage de cuivre et d’aluminium, sont introduits aux États-Unis au début des années 1950, afin de favoriser la flexibilité de la perche. Dans le même temps, les premiers matériaux en fibre de verre sont mis en place mais la plupart des compétiteurs utilisent toujours des perches en aluminium, à l’image de l’Américain Bob Richards, double vainqueur des Jeux olympiques de 1956 et 1960. Les perches en fibre de carbone, développées par la NASA pour son programme spatial, permettent à l’Américain George Davies d’établir un nouveau record du monde avec 4,83 m en 1961 et à son compatriote Brian Sternberg de franchir pour la première fois la barre des cinq mètres à Philadelphie le 27 avril 1963. Avec la montée en hauteur, l’atterrissage sur un tapis en mousse se généralise et est officiel dès 1960.

La « Fiber-glass » se généralise au milieu des années 1960 et connaît une émulation dans les campus universitaires américains. Avec Fred Hansen, champion olympique en 1964, John Pennel fait progresser significativement la discipline en faisant passer le record du monde de 5,05 mètres en 1963 à 5,44 mètres en 1969. Bob Seagren signe quant à lui quatre records du monde et remporte les Jeux olympiques de 1968. Le début des années 1970 marque le retour des perchistes européens : l’Allemand de l’Est Wolfgang Nordwig, vainqueur de trois titres continentaux consécutifs et champion olympique à Munich, porte le record du monde à 5,46 mètres, le Suédois Kjell Isaksson devient quant à lui, en 1972, le premier athlète à franchir la barre des 5,50 mètres, près de dix ans après Brian Sternberg. Dave Roberts (5,65 mètres en 1975) et Earl Bell (5,67 mètres en 1976) sont les derniers américains à faire progresser le record du monde du saut à la perche.

La discipline prend alors son essor en Europe avec la rivalité franco-russo-polonaise opposant notamment les perchistes Thierry Vigneron, quintuple recordman du monde, Władysław Kozakiewicz, champion olympique en 1980, ou Vladimir Polyakov, auteur de 5,81 mètres en 1981. Les années 1980 coïncident avec le début de la domination du Soviétique Sergueï Bubka qui devient le 13 juillet 1985 à Paris le premier perchiste à franchir la barre des six mètres. Vainqueur de six Championnats du monde d’athlétisme entre 1983 et 1997, il marque considérablement la discipline en établissant trente-cinq records du monde entre 1984 et 1994 (17 fois en extérieur et 18 fois en salle). Selon son entraîneur, Vitaly Petrov, qui a aussi entraîné Yelena Isinbayeva, Bubka aurait effectué des sauts au-dessus de fils à 6,25 mètres, qui ne furent pas filmés. Parmi les autres perchistes de renom s’illustrant dans les années 1980 et 1990, figurent notamment Maksim Tarasov, Rodion Gataullin, Dmitri Markov, Okkert Brits ou encore Jean Galfione. Aujourd’hui, la perche connait une densification progressive avec l’apparition ou la réapparition de certains pays au haut niveau mondial, Cuba avec Lazaro Borges, vice-champion du monde en 2011, le Brésil avec Fabiana Murer, championne du monde en 2011 et 2010 en salle, ou la Pologne avec notamment Pawel Wojciechowski, Anna Rogowska et Łukasz Michalski.

Le saut à la perche féminin, très médiatisé par la multiplicité des records battus, fait sa première apparition officielle lors des championnats du monde de Séville, en 1999. L’Australienne Emma George et l’Américaine Stacy Dragila font figure de précurseurs dans cette nouvelle discipline. Désormais, La Russe Yelena Isinbayeva semble prendre la même trajectoire que Sergueï Bubka en étant la seule athlète féminine à avoir franchi la barre des cinq mètres. Cette dernière perd néanmoins sa suprématie en 2009 et laisse le soin aux polonaises Rogowska et Pyrek ainsi qu’à la brésilienne Murer de s’approprier les titres de ces Jeux. Néanmoins, Isinbayeva revient et reprend cette suprématie début 2012 en signant un record du monde en salle avec 5,01 m réalisés à Stockholm pour le XL Galan alors qu’elle avait changé d’entraineur pour revenir vers Yevgeniy Trofimov après avoir été entraîné par Vitaly Petrov.

Depuis le début de la décennie, le saut à la perche s’exporte en dehors du stade. Les meetings de rue, Streets Vaults en anglais, ou même parfois de plage, sont de plus en plus nombreux. Si les mêmes règles qu’en grande compétition sont observées, les performances ne sont pas toujours homologués, notamment, en raison de la matière dont est faite la piste ; on notera pour l’exemple les 5,91 m de Paweł Wojciechowski à Szczecin qui auraient constitué un record de Pologne si l’IAAF avait homologué la performance. Ces meetings spectaculaires sont appréciés et popularisent la discipline puisqu’il n’est ainsi plus nécessaire de se rendre dans un stade pour voir un concours.

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Source : Wikipédia, YouTube.

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