Le plan Marshall (1947-51).

Le plan Marshall (après son élaboration, il est officiellement appelé « Programme de rétablissement européen », en anglais : European Recovery Program, ou ERP), ou Foreign Assistance Act of 1948, est un programme américain de prêts accordés aux différents États d’Europe pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. Ces prêts sont assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et de produits américains. En quatre ans, les États-Unis prêtent à l’Europe 16,5 milliards de dollars (l’équivalent de 173 milliards de dollars en 2020), soit plus de 10 % du PIB des pays concernés.

Le gouvernement de Truman le préfère au plan Morgenthau qui prévoit alors de faire payer les réparations par l’Allemagne. En effet, plusieurs experts considèrent qu’après la Première Guerre mondiale, la question des réparations allemandes contribue à la création d’un sentiment d’injustice et avait facilité la prise du pouvoir par les nazis.

L’initiative est baptisée, par les journalistes, du nom du secrétaire d’État des États-Unis, le général George Marshall, qui, lors d’un discours à l’université Harvard (5 juin 1947), expose la volonté du gouvernement fédéral des États-Unis de contribuer au rétablissement de l’Europe.


Les modalités du plan sont discutées lors de la conférence de Paris, lequel est finalement signé par 16 pays le 20 septembre 1947.

Jusqu’en 1947, la politique des Américains consiste à réduire les capacités productives de l’Allemagne, politique qui empêche la reprise européenne. Conseillé par le général Marshall et d’autres personnalités officielles ou officieuses, le président Harry S. Truman fait modifier la politique américaine. Le plan est présenté une première fois par le secrétaire d’État James F. Byrnes au cours d’un discours tenu à Stuttgart le 6 septembre 1946. De plus, le général Lucius D. Clay avait demandé au patron d’industrie Lewis H. Brown (en) de dresser un bilan de la situation économique en Allemagne et d’évaluer les besoins de la reconstruction.

Le plan final est annoncé par Marshall le 5 juin 1947 à l’université Harvard, alors que celle-ci lui décerne un doctorat honoris causa2. Jean-Claude Sergeant souligne que « paradoxalement, l’événement passa presque inaperçu. Seuls trois correspondants de presse britanniques en rendirent compte et c’est par hasard, en écoutant la BBC le lendemain, que Bevin eut connaissance de cette proposition historique qui paraissait dénuée de toute arrière-pensée idéologique ».

Au Congrès, l’aile républicaine qui prône une  politique isolationniste critique un plan qui décide de dépenses massives à l’étranger mais cette opposition s’efface après le basculement de la Tchécoslovaquie dans l’aire d’influence soviétique à la suite des événements du coup de Prague. Truman signe le plan Marshall le 3 avril 1948. Sur le plan économique Charles Kindleberger en fut un architecte clé. Les États-Unis demandent aux États européens de s’accorder entre eux au sein de l’OECE pour établir un plan de reconstruction. L’Administration de coopération économique (ECA) est chargée d’examiner les projets de reconstruction en vue d’accorder l’aide. Du côté soviétique, le Comecon ou CAEM est créé.

Entre 1947 et 1951, les États-Unis consacrent 16,5 milliards de dollars4 de l’époque (dont onze milliards en dons) au rétablissement de 23 pays européens en réponse à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE, aujourd’hui l’OCDE). Le montant total de l’aide  correspondrait à entre 130 milliards et 230 milliards de dollars en 2012, soit environ 4 % du PNB pendant cinq ans.

Les Américains ont ainsi contribué à la coopération européenne qui inscrit le plan Marshall en partie dans la politique d’endiguement voulue par le président Truman, prélude à la construction européenne.

La reconstruction européenne, relativement rapide, fut largement stimulée par l’aide américaine, tandis que l’économie américaine évita ainsi la récession à cause d’une surproduction massive qu’aurait pu entraîner la cessation des hostilités.

Le plan Marshall a été rejeté par l’Union soviétique et les pays du futur bloc de l’Est. En effet, Staline craignait que le plan Marshall ne serve à conquérir le glacis de sécurité de l’URSS. L’URSS exerce en conséquence des pressions contre les pays qu’elle occupe et qui avaient montré leur intérêt. L’insistance des États-Unis concernant la libéralisation économique des pays bénéficiant du plan a certainement joué un rôle aussi, le libre-marché étant incompatible avec une économie dirigée. Comme le précise la doctrine Jdanov, chaque État était amené à « choisir son camp ». L’année 1947 est par cet aspect considérée comme le début de la guerre froide. En 1949 commence le Comecon liant les pays de l’Europe de l’Est.

Une première aide financière parvint en Grèce et en Turquie en janvier 1947. Seize pays ont accepté l’aide financière, plus l’Allemagne de l’Ouest à partir de 1949.

Entre 1948 et 1951, le PNB de l’Europe de l’Ouest a fait un bond de 32 % (passant de 120 à 159 milliards de dollars) ; la production agricole a augmenté de 11 % et la production industrielle d’environ 40 %.

Les milliards débloqués ne sont pas un don mais un prêt accordé par des banques américaines avec une garantie des États-Unis. Le mécanisme retenu consistait à fournir un crédit à un État européen. Ce crédit devait servir à payer des biens et services provenant des États-Unis. L’État européen bénéficiaire encaissait, en monnaie locale, le produit des ventes de ces importations sur son marché national, ainsi que les droits de douanes afférents. Parallèlement cet État devait octroyer à des agents économiques nationaux (entreprises ou administrations) des crédits destinés à des investissements d’un montant deux fois supérieur au crédit qu’il avait lui-même reçu (système de la contre-valeur). L’État européen bénéficiaire devait en outre faire la preuve qu’il autofinançait sa part, sans recourir à la création monétaire, donc au moyen de l’impôt ou en recourant à des  banques. Par ce montage, les États-Unis encourageaient un effort  significatif d’équipement et d’épargne en Europe.

Les principales importations concernent les produits industriels (machines agricoles motorisées, outillage, charbon) devant les produits agricoles (blés, maïs hybrides, tabac…).

Contrepartie prévisible : la plus grande facilité à se fournir en produits importés rendit de ce fait plus difficile le développement de productions nationales concurrentes, et handicapa le développement de quelques firmes (motos Gnome Rhône, scooters Terrot…). Toutefois, à  l’inverse, Ford transféra à la France ses activités de construction automobile, dont la célèbre Vedette, dans l’entreprise Simca .

L’Europe est à reconstruire. Ses infrastructures ont beaucoup souffert. L’appareil productif a été partiellement détruit ou surexploité et mal entretenu pendant les hostilités. On meurt de froid et on ne mange pas à sa faim en Allemagne, les barrières économiques et les restrictions de commerce avec ce pays forcent ses partenaires commerciaux habituels à détruire des surplus agricoles. Il faut donc rétablir des circuits normaux et éviter que l’investissement ne soit sacrifié à l’urgence d’alimenter les populations.

Il s’agit aussi de trouver des débouchés pour les produits américains. Les États-Unis ont connu pendant la guerre une forte croissance liée à l’industrie de guerre et la question à l’étude depuis 1941 à Washington est de savoir comment maintenir le plein emploi après la guerre. La solution mise en place sera, via le plan Marshall de trouver des débouchés à l’étranger financés par des prêts remboursables en dollars. Ces prêts sont émis via la banque mondiale et contrôlés via le FMI (accords de Bretton Woods). La particularité de ces deux institutions est que les États-Unis sont seuls à y avoir un droit de veto, ce qui leur permet de dicter leurs conditions, en particulier, d’obliger les pays européens ruinés à accepter que des conditions soient liées aux prêts du FMI. L’une des conditions de l’époque était que les dettes contractées par le pays recevant cette aide ne soient plus émises dans la monnaie du pays mais en or ou son équivalent en dollars dont le prix était de 34 $ l’once d’or. Ces prêts en dollars sont la garantie pour les États-Unis de ne pas avoir de perte de valeur si les pays  emprunteurs dévaluent ; d’autre part les dollars dépensés pour acheter des produits autres qu’américains finiront toujours par revenir aux États-Unis pour acheter des biens américains.

Enfin la doctrine Marshall matérialise la crainte des Américains que les institutions démocratiques occidentales ne s’effondrent au profit de l’URSS communiste. Par l’aide financière, les États-Unis cherchent à prévenir l’accession au pouvoir des partis communistes en Europe de l’Ouest. Les Américains estiment que la pauvreté de l’Europe, qui fait le lit du discours communiste, doit être résolue.

En 1945, une grande partie du continent européen est ravagée par la guerre : les nazis ont pillé les ressources de la France, de la Scandinavie et de l’Europe de l’Est. Les bombardements ont réduit en cendres de nombreuses villes allemandes (Dresde, Cologne, Berlin…) ou polonaises (Varsovie). Londres a subi la guerre aérienne à outrance et des centaines de milliers de logements ont été détruits. En France, on ne compte plus les villes martyres (Le Havre, Brest…). Une grande partie des canaux, des infrastructures portuaires, des ponts, des voies ferrées sont hors d’usage. De nombreux civils sont sans-abri.

La situation des États-Unis est différente : le territoire américain n’a pas subi de dommages (à part l’attaque de Pearl Harbor). L’agriculture, les réserves d’or et les infrastructures industrielles de ce pays ne sont pas affectées et le pays avait vendu du matériel militaire dans le cadre du « Cash and Carry », notamment à la France au début du conflit, ce qui contribua au relèvement économique des États-Unis.

Selon le gouvernement américain de l’époque, la situation dramatique dans laquelle étaient les Européens, aggravée par les hivers froids, constituaient le terreau favorable à l’implantation du communisme. Les partis  communistes italien et français remportaient en effet des succès électoraux. La doctrine du président Harry S. Truman est fondée sur l’endiguement (« containment ») du communisme déjà fortement implanté par la force des armées soviétiques en Europe orientale.

Le plan Marshall pèse pour un peu plus de 10% du PIB des États qui en bénéficient. Le plan était constitué à 90% de subventions et à 10% de prêts. L’enveloppe est utilisée ou orientée différemment selon les pays.

Ainsi, la France, qui doit créer des infrastructures pour remplacer celles qui ont été détruites par la guerre et moderniser ses réseaux, utilise 38% de l’aide pour les infrastructures, et 33% pour moderniser ses outils de production. L’Allemagne, qui avait déjà un réseau formé et relativement moins détruit, consacre 27% des fonds aux infrastructures, et 48% à la modernisation des outils de production. L’Italie est à mi-chemin, avec 35% des fonds en infrastructures, et 44% en modernisation des outils de production.

En France, Jean Monnet, premier commissaire au Plan, avait commandé des produits américains (pétrole, nourriture, machines-outils), réglés par les États-Unis, puis avait stocké la contre-valeur en francs, que l’inflation avait grignotés. Dans les années 1960, 20 % de la somme prêtée a été remboursée et le solde considéré comme un don.

Dès les années de mise en œuvre du plan Marshall, des économistes libéraux dits « classiques » en dressent la critique : la subvention américaine des économies occidentales pourrait prévenir les réformes nécessaires telles que l’arrêt de la planification centralisée et la restauration du libre-marché. Parmi ces critiques, on trouve Ludwig von Mises ou Wilhelm Röpke.

La première personne à argumenter de la sorte fut l’historien de l’économie Alan Milward. Les socialistes européens affirmèrent qu’un montant équivalent d’argent consacré à la reconstruction aurait pu être obtenu en nationalisant les possessions de riches Européens ayant déposé leur argent dans les banques des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.[réf. nécessaire] Enfin les analyses les plus critiques considèrent que le plan Marshall était en réalité un plan de mise sous tutelle économique et culturelle des pays « libérés » par l’armée américaine. Ainsi, le plan Marshall imposait l’obligation de projeter chaque année dans les salles de cinéma au moins 30 % de films produits à Hollywood.

Le sociologue proche du PCF Michel Clouscard interprète le plan Marshall comme un gigantesque potlatch impliquant la soumission d’abord économique, puis comme contrepartie culturelle, esthétique et  philosophique de l’Europe aux États-Unis.

Un film satirique espagnol intitulé ¡Bienvenido Mister Marshall! (Bienvenue Mr Marshall) a été tourné en pleine période franquiste. On y voit un petit village du centre de l’Espagne s’endetter lourdement et se travestir en village andalou d’opérette pour attirer à lui les capitaux du plan Marshall. Plusieurs habitants rêvent d’un monde meilleur si les Américains s’arrêtent au village. Toutefois, le convoi américain traverse le village sans s’y arrêter, laissant le village encore plus démuni qu’avant.

Plusieurs économistes ont estimé les effets du plan Marshall sur les économies européennes. Ces études suggèrent que l’effet macroéconomique direct des subventions et prêt n’a pas été déterminant, quoiqu’il ait été une stimulation positive des économies. Eichengreen et Uzan estiment en 1992 que le plan n’explique qu’une faible part de l’accélération de la croissance que l’Europe connaît dans les années 1950. Crafts, en 2011, estime l’effet direct du plan à environ 0,3 pts de croissance par an entre 1948 et 1951, pour un transfert équivalent à 2% du PIB.

Source : Wikipédia

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