La ruée vers l’or.

Une ruée vers l’or, ou fièvre de l’or, est un phénomène caractérisé par un afflux rapide de migrants attirés par une région aurifère.


Cet or, encore non exploité, est en général alluvionnaire ou éluvionnaire, se situant à la surface du sol ou à faible profondeur, et donc d’un accès facile.

Ce phénomène apparaît à la fin du XVIIe siècle au Brésil et prend de l’ampleur au XIXe siècle avec l’exploration de nouveaux territoires comme l’ouest du continent nord-américain et l’Australie. La facilité relative avec laquelle les populations purent investir ces nouveaux territoires d’exploitation s’explique par l’absence de lois contraignantes relatives à l’immigration et un libéralisme en termes de fiscalité sur l’or. Ces personnes déplacées, venant en familles, se constituaient en communautés, et fondaient le temps de l’exploitation du filon des structures urbaines, provoquant la rapide croissance de hameaux devenant subitement des villes. Ces pionniers, orpailleurs et chercheurs d’or, avaient recours à des moyens artisanaux ou faiblement mécanisés.

Ruée vers l’or, carte maximum, USA

Revêtant souvent une connotation utopique, la thématique de la ruée vers l’or est le sujet de nombreuses représentations, devenant un véritable leitmotiv artistique depuis le XIXe siècle. Elle prend sa source en partie dans le mythe de l’Eldorado, cependant qu’un auteur comme Diodore de Sicile décrit au Ier siècle dans le livre III de la Bibliothèque historique l’exploitation de l’or aux confins de l’Égypte.

En français, l’expression « ruée vers l’or » apparaît dans la presse vers 1900, peu après l’exploration du Klondike. Au XXe siècle et au début du XXIe siècle, l’expression tend à se vulgariser mais les conditions d’exploitations minières, surtout depuis les années 1970, changent radicalement la donne : par effet capitalistique, ce sont désormais de grands groupes industriels qui contrôlent la plupart des terrains aurifères via des concessions négociées avec des gouvernements. N’en demeurent pas moins des zones peu  accessibles ou politiquement instables qui donnent lieu à des formes de ruées vers l’or, par exemple en Afrique saharienne, au Brésil, en Guyane française, ou en Mongolie.

Sur le plan politique, sanitaire et environnemental, les conséquences peuvent s’avérer désastreuses : exclusion des populations autochtones, exploitation d’une main d’œuvre peu rémunérée et d’enfants, déforestation, contamination des personnes, des sols, et de l’eau, par l’emploi de mercure, de cyanure et de nitrates, sans parler des épidémies.

Des bandeirantes commencent d’explorer l’intérieur du Brésil vers 1690, territoire alors sous domination portugaise. Les premiers filons sont trouvés dans les montagnes de l’actuel Minas Gerais en 1693. En quelques dizaines d’années, 400 000 portugais et 500 000 esclaves originaires d’Afrique viennent s’installer dans cette région. En 1725, la moitié de la population brésilienne vit dans le nord-est du Brésil. L’or brésilien représente au xviiie siècle près de 80 % de la production mondiale et décline sensiblement vers 1820.

Dans le comté de Cabarrus, un enfant de 12 ans, Conrad Reed, découvre une pépite d’or de 7,7 kg, qui déclenche en 1802 la première ruée vers l’or de l’histoire des États-Unis et l’ouverture de la Reed Gold Mine qui attira de nombreux fermiers des alentours.

En 1812, le sénat de l’Empire russe permet à chaque habitant de chercher de l’or moyennant une taxe, mettant fin au monopôle impérial. Les premiers gisements sont découverts dans la vallée de Miass et dans l’Altaï. En 1842, une pépite appelée Triangle, est découverte, pesant 36,18 kg. Peu après des gisements sont découverts en Sibérie et certains explorateurs décident d’investir l’Alaska (alors russe) et descendent même jusqu’en Californies. En 1848, près de 38 % de l’or mondial provient de Russie. La site de Zmeïnogorsk dans l’Altaï devint une ville minière, visitée par de nombreux géologues comme Alexander von Humboldt.

Les premières mines n’ouvrirent vraiment qu’en 1829 et l’afflux de colons s’est matérialisé à l’automne de cette année-là. La plus grande partie des colons est arrivée lors des années 1832 et 1833, à l’occasion de loteries permettant d’attribuer des terres. Les sites d’Auraria et Dahlonega en Géorgie se trouvaient sur le territoire des tribus d’indiens Cherokees, qui durent suivre la Piste des Larmes en 1838, après avoir été dépossédés de leurs terres en 1830.

La découverte d’or se produit à Sutter’s Mill, encore pour quelques mois sous la domination mexicaine. Dans la continuation de la « conquête de l’Ouest », et grâce au télégraphe, la nouvelle se diffusa dans le monde entier assez rapidement. La découverte d’or en Californie, fondée en 1850, attira des aventuriers du monde entier. Les Européens passaient par le cap Horn pour arriver à San Francisco six mois plus tard. Beaucoup de clippers (bateaux à voile) restèrent à quai et finirent par pourrir dans la baie de San Francisco. La ville quant à elle connut une croissance démographique très rapide. Rien qu’en 1848-1849, 76 tonnes d’or sont extraites en Californie8. On estime cependant que seules 10 à 20 % des réserves d’or de Californie ont été exploitées. Mais cet or est enfoui profondément et son extraction serait trop onéreuse. La ruée vers l’or transforme radicalement la Californie : l’afflux de la population, jusqu’à 300 000 individus en quelques mois, provoque une croissance extraordinaire. Une société nouvelle voit le jour, essentiellement masculine, jeune et cosmopolite, marquée par la  xénophobie, la prostitution, et les conflits entre mineurs.

Cette ruée vers l’or a été une période de l’histoire de l’Australie entre 1851 et la fin des années 1860, qui a transformé le pays et entraîné un  quadruplement de sa population. Elle commence par la ruée vers l’or au Victoria, puis en Australie-Occidentale et enfin en Nouvelle-Galles du Sud. Plus de 33 000 migrants chinois originaires de la province de Guangdong y participèrent.

En 1855, un petit site aurifère est découvert dans l’est de la Guyane sur les rives de l’Arataye, un affluent de l’Approuague. Cette découverte attribuée au commandant Félix Coüy (1799-1863) et a son guide Joseph Paolino, un Amérindien, ne déclenchera une véritable ruée qu’à la fin du XIXe siècle, avec le venue de 10 000 prospecteurs en activité, entraînant une croissance du commerce local souvent artificielle, et l’arrêt des dernières activités agricoles par manque de main-d’œuvre. D’autres sites virent le jour, à l’ouest, sur les rives de la rivière Inini. Au début des années 1930, l’activité retombe. L’environnement forestier amazonien et l’absence de  mécanisation ne permit pas à cette époque de rendre durable cette activité. L’activité aurifère, pratiquée traditionnellement à l’aide de méthodes artisanales, sous-tendit de véritables problèmes environnementaux (utilisation du mercure) et plus généralement de santé publique.

Les premières traces d’or sont découvertes en mars 1851 par un Amérindien du peuple des Haïdas sur l’île de Haïda Gwaïi (anc. îles de la Reine-Charlotte) mais ne donnèrent pas vraiment lieu à une ruée du fait de conflits diplomatiques entre Britanniques et pionniers américains, peu avant la formation de la colonie des Îles de la Reine-Charlotte.

L’exploration du canyon du Fraser débute en 1858. En moins d’un mois, 30 000 personnes venus des Caraïbes, de Chine, des États-Unis, d’Europe, arrivent dans la ville de Victoria alors que la localité ne comptait que 500 habitants juste avant la ruée. En 1860, le projet de la Route Cariboo devait permettre de rejoindre plus facilement la région Cariboo où de l’or était exploité. Le seul accès se composait d’un sentier le long d’une falaise où une seule mule pouvait passer à la fois. Dans le milieu des années 1860, la ruée vers l’or de la Big Bend, a lieu ensuite également en Colombie-Britannique, appelée localement le Big Bend Country.

D’autres filons sont découverts dans la région de l’Omineca (1869) et plus tard à Atlin (1898). Par ailleurs, en 1861, commence l’exploitation minière de l’or en Nouvelle-Écosse, qui va s’étaler jusqu’en 1942, à travers trois vagues successives.

La ruée vers l’or de Pikes Peak — nommé ainsi en l’honneur de l’explorateur Zebulon Pike — commença en juillet 1858 et attira près de 100 000 individus dans une zone appelée par les géologues Colorado Mineral Belt (en). L’exploitation de l’or du Colorado, située dans les Montagnes rocheuses, fut plus difficile que celle de Californie. Beaucoup de campements, hâtivement urbanisés, sont abandonnées et deviennent des villes-fantômes, cependant que la ville de Denver, alors inexistante, surgira de cette première forme de colonisation.

En 1891, Winfield Scott Stratton découvre un nouveau site, proche de l’actuelle ville de Cripple Creek, qui deviendra la mine d’or d’Independence, exploitée jusqu’en 1899, faisant de Stratton un millionnaire qui affronta une série de grèves de mineurs. Le pic de production d’or au Colorado est atteint en 1916 avec plus d’un million d’onces troy (plus de 31 tonnes), et l’exploitaion se poursuit encore de nos jours.

La ruée vers l’or de l’Idaho débute en 1860 et monte en puissance dans les trois années suivantes puis donnera lieu à une reconversion vers l’argent-métal. En 1860, le territoire de l’Idaho reçoit la visite de dix prospecteurs mené par le Capitaine E.D. Pierce, qui pénètre dans la réserve des indies Nez Percé et cherche de l’or sans succès pendant un mois jusqu’à ce que Wilbur Bassett en trouve le long du Canal Gulch. En moins de six mois, 1 600 prospecteurs de partout dans l’ouest accourent, faisant l’Idaho un des deux états nouvellement installé dans l’ouest. En 1862, ce sont 10 000 mineurs qui produisent plus de 600 000 dollars d’or par jour (aux cours actuels) et découvrent le secteur d’extraction de l’or le plus significatif dans l’Idaho, le Bassin Boise. En 1863, la population de la ville d’Idaho City est de 6 200 habitants, surpassant Portland comme la plus grande ville dans le Nord-ouest des États-Unis.

En 1881, plus au nord, Andrew Prichard trouve de l’or près de North Fork, le long de la rivière de Coeur d’Alene (Idaho), ce qui entraîne une migration des mineurs vers le nord, en utilisant le Northern Pacific Railroad. En 1882, environ 180 000 boisseaux de charbons sont produits sur place pour alimenter les usines d’affinage. En 1885, Noah Kellogg découvre la mine de Bunker Hill, qui produira de grandes quantités d’argent dans le secteur de Coeur d’Alene (Idaho).

De l’or avait été découvert dans le Montana dès 1852, par Francois Finlay, venu de Californie, mais sans être suivi par d’autres prospecteurs. La Ruée vers l’or du Montana ne commencera qu’une dizaine d’années plus tard. Le 28 juillet 1862, des prospecteurs menés par John White découvrent de l’or dans une rivière, près de Bannack, qui est fondée en 1862 comme première capitale territoriale du Montana, qui n’est alors pas encore un Etat. La ville est nommée d’après Bannock, une tribu indienne locale. Elle atteint rapidement une population de 3 000 habitants et embauche en janvier 1863 un shériff du nom de Henry Plummer18. Il y avait trois hôtels, trois boulangeries, trois forgerons, deux écuries, deux boucheries, une épicerie, un restaurant, une brasserie, un hall de billard, et quatre saloons. C’est ensuite en 1863 que l’on découvrit de l’or le long de l’Alder Gulch. Quelques semaines plus tard, la ville de Virginia City était née, attirant des milliers de mineurs et aussi une bande de brigands, qui commit quelque 190 meurtres en six mois. Pour se défendre, les habitants avaient dû créer une milice. Le secteur accueille bientôt 10 000 prospecteurs.

D’autres villes-champignons apparaissent, permettant d’exporter pour 100 millions de francs d’or : Gallatin City, La Barge City, Hangtown, Hell Gate, Fort Owen, Fort Colin et Mullan Pass. Helena est fondée le 30 octobre 1864 après la découverte d’un gisement de sable aurifère dans la région. La ville comptera en 1888 cinquante millionnaires en dollars, la plus forte concentration au monde. Le Territoire du Montana est créé en 1864 un an après celui de l’Idaho voisin, mais ne deviendra Etat qu’1889, un an avant l’Idaho.

La Ruée vers l’or du Montana a pris de l’ampleur en 1864 et 1865 quand des soldats confédérés, qui faisaient partie de l’Armée confédérée du général Sterling Price, bénéficiant d’une amnistie, à la condition qu’ils quittent la zone de combat, sont arrivés dans le Montana. En 1870, l’or s’épuise à Bannack, qui en 1874 n’a plus qu’une population de quelques centaines de personnes mais bâtit cependant une école en 1875. Les derniers habitants sont partis dans les années 1970. La ville est aujourd’hui en ruine.

La mine d’or située près d’El Callao (Venezuela), ouverte en 1871, fut pendant un temps l’une des plus riches du monde, et l’ensemble des champs aurifères a vu plus d’un million d’onces exportées entre 1860 et 1883. Région habitée par le peuple Yecuana, l’exploitation aurifère était dominée par les immigrants venus des Antilles britanniques, donnant l’impression de presque créer une colonie anglophone sur le territoire vénézuélien. Située sur le plateau des Guyanes, le district aurifère d’El Callao recèlerait toujours d’importantes quantités d’or.

L’Alaska a connu plusieurs ruées successives à la fin du XIXe siècle. En 1880, deux explorateurs, Joe Juneau et Richard Harris trouve de l’or à Silver Bow Basin. La zone montagneuse où se croise plusieurs cours d’eau est alors non-habitée. Des placers aurifères attirent rapidement d’autres chercheurs. Des mines sont créées, donnant naissance à des bourgades comme Juneau proche de l’île Douglas, Nome (1899) et, grâce au prospecteur Felix Pedro, Fairbanks (1903). Vers 1899, beaucoup de prospecteurs quittent le Klondike pour Nome, après une nouvelle découverte d’or. Exploitée par une holding entre 1912 et 1921, l’Alaska-Gastineau Mine fut un temps la plus importante mine d’or du monde, employant un millier de mineurs.

La ruée vers l’or du Klondike fut frénétique, elle s’accompagna d’une importante immigration dans la région du Klondike, près de Dawson City, dans le Yukon à la frontière ouest du Canada, après que de l’or y fut découvert à la fin du XIXe siècle.

À l’été 1896, d’importants dépôts aurifères sont trouvés dans le ruisseau Rabbit en affluent de la rivière Klondike. Moins d’un an après, une ruée vers l’or débute, attirant jusqu’à 100 000 personnes dans la région de Dawson City. Pendant deux ans, le Klondike attire tous ceux qui rêvaient de faire fortune rapidement en Amérique du Nord.

Elle inspira de nombreux écrivains, dont les plus célèbres sont Jack London et Robert William Service tous deux ayant habité dans la ville de Whitehorse ; ce dernier, dans ses premiers poèmes et son livre The Trail of 98 décrivit la vie des pionniers et des chercheurs d’or du Yukon. Le personnage de Balthazar Picsou y est censé avoir commencé à construire sa fortune et rencontré son premier amour Goldie O’Gilt. C’est aussi cet épisode qui inspira le film La Ruée vers l’or de Charles Chaplin.

En Afrique de l’Ouest, beaucoup de sites connaissaient une exploitation artisanale ancienne, et leur exploitation n’a fait que s’intensifier ces quinze dernières années. C’est le cas de sites au Burkina Faso, au Mali, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Ghana et dans le sud-est du Sénégal. On ne peut donc pas à proprement parler de ruée vers l’or, c’est-à-dire d’un afflux rapide de nombreuses personnes vers une région à la suite de l’annonce de la découverte d’or, mais de hausse très forte de l’exploitation artisanale.

En revanche, on peut parler de ruée vers l’or un peu plus au nord, en Afrique sahélo-saharienne, avec l’apparition d’une sorte de front non linéaire de ruées vers l’or successives, se déplaçant globalement d’est en ouest à partir de 2008.

Ainsi, la première ruée vers l’or du Sahel commence au Soudan vers 2008-2009, dans la vallée du Nil, suivie d’autres vers le centre du pays et finalement dans sa partie orientale, dans le Darfour en 2012. En 2013, elle se décale plus à l’est, au Tibesti, dans le nord du Tchad, puis en 2014 sur le plateau du Djado et dans le massif de l’Aïr, dans le nord du Niger. En 2016, une autre ruée vers l’or commence encore au Tchad central vers le lac Fitri, puis en Mauritanie, entre Nouakchott et Nouadhibou et le long de la frontière avec le Sahara occidental jusque dans la zone de Zouerate. Enfin, en 2018, de nouvelles ruées vers l’or apparaissent dans le nord du Mali, vers le massif de l’Adrar des Ifoghas.

Source : Wikipédia.

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