La médecine vétérinaire.

L’histoire de la médecine vétérinaire retrace l’évolution des soins aux animaux depuis les premiers temps de leur domestication jusqu’à la création et au développement d’une profession spécifique chargée de la médecine et de la chirurgie des espèces domestiques et sauvages.

Primitivement empiriques et confinés aux professions en contact avec les animaux (pasteurs, bergers, métayers), les soins aux animaux concernent d’abord le bétail et restent longtemps extrêmement rudimentaires, jusqu’à la domestication du cheval. Le prestige de cet animal et l’importance de ses fonctions civiles et militaires poussent alors les autorités et les classes aisées à s’intéresser à sa santé et à développer, en Orient comme en Occident, le champ de l’hippologie et de l’hippiatrie.

En Occident, Grecs, Romains, Byzantins et Arabes participent tour à tour à la préservation et à l’enrichissement de ces vastes connaissances, que le développement du christianisme va progressivement mettre sous le boisseau. Après une longue période de stagnation où les pratiques empiriques mêlent superstition et charlatanisme, la Renaissance, puis les Lumières, apportent des avancées considérables dans le domaine de l’anatomie, de la médecine et de la chirurgie humaines et animales.

En Orient, où le cheminement de la médecine vétérinaire s’est fait parallèlement à celui de la médecine humaine, une pratique scientifique alignée sur la médecine vétérinaire occidentale coexiste avec les pratiques traditionnelles. À l’instar du cheval, d’autres espèces privilégiées, telles l’éléphant, le buffle ou le chameau, y bénéficient d’un traitement approfondi.

Carte maximum, journée vétérinaire, Maisons-Alfort, 8/06/1951.

En Europe, la création, en 1762, de l’enseignement vétérinaire constitue le véritable acte de naissance de la profession. Il essaime rapidement à partir de la France et prouve lentement son utilité dans une Europe dont les conflits incessants consomment quantité de chevaux et favorisent le développement des épizooties. Luttant contre les empiriques implantés depuis plusieurs siècles dans les campagnes (maréchaux-ferrants, guérisseurs, marchands de bestiaux, bergers), les vétérinaires finissent par s’imposer dans la dernière partie du XIXe siècle.

Médecine vétérinaire, épreuve de couleur.

Très tôt séparée de la médecine humaine, la médecine vétérinaire a longtemps développé une recherche active et parfois en avance sur celle-ci. Depuis le milieu du XXe siècle, elle bénéficie des avancées réalisées en médecine humaine et permet de proposer aux propriétaires d’animaux de rente et d’animaux de compagnie des techniques comparables à celles qui sont mises au service des patients humains. En matière de prévention, la médecine vétérinaire joue un rôle crucial dans le contrôle des épizooties et, par extension, dans l’hygiène des produits alimentaires d’origine animale.

C’est au XVIIIe siècle que les autorités civiles prennent conscience de la nécessité d’organiser la protection médicale du cheptel. Les conflits incessants mettent alors à mal les cavaleries des belligérants et la remonte est assurée avec difficulté. Les campagnes militaires s’accompagnent de déplacements de bétail destiné à l’approvisionnement des armées ou suivant l’exode des populations civiles, augmentant ainsi la fréquence et l’ampleur des épizooties. La fièvre aphteuse est décrite en Allemagne en 1696 ; la

péripneumonie en Hesse à la même époque ; la peste bovine, venue de la vallée du Danube, envahit l’Europe occidentale en 1711 et sévit en Europe centrale pendant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les maladies parasitaires font également des dégâts dans les effectifs équins. Les autorités établissent des mesures de police sanitaire, qui restent difficilement applicables en temps de guerre. Qui aurait d’ailleurs qualité pour identifier une maladie contagieuse ? Ainsi naît dans les esprits la nécessité de disposer d’un corps médical spécifique destiné à lutter contre les maladies du cheval et celles du bétail.

Claude Bourgelat, écuyer et chef de l’Académie d’équitation de Lyon, s’étant ménagé de puissants appuis politiques et financiers obtient que soit créée à Lyon une « École pour le traitement des maladies des bestiaux ». Cette école, la première en son genre, ouvre au début de l’année 1762. À la fin de l’année elle compte 38 élèves. Une seconde école, établie en Limousin, ouvre en février 1766, mais elle doit fermer, faute d’élèves, en 1768. Bourgelat ne s’y est pas intéressé, d’autant moins qu’il a le projet d’en créer une autre à Paris. Le 15 avril 1764, il quitte Lyon pour se mettre en quête d’un site adapté et arrête son choix sur le château d’Alfort, qu’il achète en décembre 1765 au baron de Bormes. Il devient alors « Directeur et inspecteur général des écoles vétérinaires ». Pour ce qui concerne le recrutement, ses élèves doivent être habitués à manier les chevaux. Ils sont donc essentiellement fils de cultivateurs ou, mieux encore, fils de maréchaux, car l’art de la ferrure est alors la base de l’enseignement vétérinaire. Mais ce type de recrutement touche des élèves d’un niveau culturel très moyen, sachant pour la plupart juste écrire et compter, ce qui leur attire critiques et moqueries et leur interdit d’accéder, lorsqu’ils exercent dans l’armée, au rang d’officier. Bourgelat fonde néanmoins tous ses espoirs sur la profession de maréchal-ferrant ; celle-ci, présente sur tout le territoire, doit, selon lui, évoluer vers un statut de maréchal-vétérinaire pour assurer le bon état sanitaire du cheptel, à la ville comme à la campagne.

Fin manœuvrier en politique, Bourgelat a également soin de mettre en scène l’utilité de ses protégés. Dès qu’une épizootie se déclare, il dépêche ses élèves sur le terrain pour y mettre en place les mesures qui s’imposent (hygiène et isolement, essentiellement) tout en faisant état, dans ses rapports, de nombreuses « guérisons » destinées à impressionner le public. Les premiers diplômés, dispensés par lettres patentes des règles d’accès à la maréchalerie, ont d’ailleurs maille à partir avec les maréchaux, qui estime avoir un droit de regard sur l’installation des vétérinaires.

Hippologues et hippiatres sont très tôt conscients de l’importance de l’hygiène en matière de prévention. Le choix des sujets, leur conformation, leur reproduction, leurs conditions d’élevage, d’hébergement, leur alimentation et leur exercice font l’objet de toutes les attentions. Les écrits d’Ibn al-‘Awwâm (fin du XIIe siècle) et de Pietro de’ Crescenzi (fin du XIIIe siècle) en portent témoignage.

Qu’il s’agisse de soins médicaux, de soins chirurgicaux ou de pratiques magiques, ils sont codifiés par Végèce et par la tradition. En l’absence d’enseignement académique, la transmission se fait au sein de la corporation des maréchaux-ferrants, de maître à apprenti, essentiellement par la pratique. Les ouvrages de référence existent cependant, probablement ignorés de la masse illettrée.

Les maladies sont le plus souvent classées « de la tête aux pieds » ou par région du corps. Les praticiens lettrés et les maréchaux connaissent les affections de la bouche et des glandes salivaires, les coliques , la rhinite catarrhale , la rhino-pharyngite, l’angine , la pousse, la rétention d’urines, la conjonctivite, la kératite, la cataracte, l’uvéite périodique, l’entropion, le ptérygion, le tic à l’appui, la cachexie, l’échauboulure, la gale, la morve, le mal de langue (ou mal pizon), la furonculose, le tétanos, la gastrophilose et la strongylose.

En matière de soins chirurgicaux, la préoccupation première des praticiens est la contention de l’animal. Celui qui la maîtrise possède, de facto, le monopole des interventions sur le cheval et les animaux lourds. L’immobilisation du cheval requiert le plus souvent l’intervention d’un ou plusieurs assistants, ainsi que l’usage de dispositifs spécifiques : entraves, tord-nez, barres et sangles de suspension, travail. De ce fait, les maréchaux se trouvent en première ligne pour opérer. Dès le milieu du XIIIe siècle, Borgognoni pratique l’anesthésie générale au moyen d’une préparation opiacée.

Les praticiens connaissent et traitent l’hématome, le chancre ulcéreux, les tumeurs inflammatoires, les fistules, les chéloïdes, les verrues, les plaies de harnachement, les crevasses, la lymphangite, les suros, les entorses, les luxations, l’accrochement de la rotule, les arthrites traumatiques suppurées, les hydropisies synoviales, les atteintes tendineuses. Confié au maréchal-ferrant, devenu plus tard maréchal-expert, le pied est l’objet de toutes les attentions et ses affections sont connues dans le détail. Les instruments utilisés demeurent inchangés pendant des siècles et jusqu’à l’époque moderne. Les maréchaux ont également recours aux abcès de fixation, aux feux appliqués en pointe ou en raies. Ils procèdent à l’amincissement de la corne, à la dessolure et à la ferrure orthopédique. La castration du cheval est pratiquée sur l’animal debout ou couché.

Les proto-chirurgiens vétérinaires procèdent au lavage du champ opératoire, pratiquent la détersion et le débridement des plaies, l’incision, la scarification, la ponction, l’exérèse, la dilacération hémostatique des tissus, la ligature, la suture avec pose de drains, les pansements. La saignée, hygiénique ou thérapeutique, reste pendant des siècles une pratique centrale. Le système veineux n’étant alors pas considéré comme communicant, le siège de l’intervention est, en conséquence, choisi en fonction des symptômes.

Source : Wikipédia.

 

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