Hector Guimard, architecte.

Hector Guimard (né à Lyon, le 10 mars 1867 et mort à New York, le 20 mai 1942) est un architecte français et le représentant majeur de l’Art nouveau, en France.

Dans la mouvance artistique internationale de son temps, Guimard fait figure de franc-tireur isolé : il ne laisse aucun disciple derrière lui, ni aucune école et c’est la raison pour laquelle il a pu être longtemps considéré comme un acteur secondaire de ce mouvement. Cette absence de postérité contraste avec l’inventivité formelle et la profusion typologique extraordinaires de son œuvre architecturale et décorative, où l’architecte donne le meilleur de lui-même en une quinzaine d’années d’intense activité créatrice.

Hector Germain Guimard naît à Lyon le 10 mars 1867 au no 46, de l’avenue de Saxe. Son père, Germain René Guimard, est un orthopédiste né à Toucy dans l’Yonne. Sa mère, Marie Bailly, née à Larajasse dans le Rhône, est lingère.

Aux environs de 1880, la famille abandonne Lyon pour Paris. Mais le jeune Hector quitte rapidement le giron familial et trouve refuge auprès d’une parente de la famille, Apollonie Grivellé, riche propriétaire à Auteuil ; ce fait, comme d’autres, apporte un certain crédit à une hypothétique mésentente du fils avec sa famille.

En 1882, le jeune Guimard, âgé de quinze ans, entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et est admis en section d’architecture l’année suivante. Il suit alors l’enseignement d’Eugène Train et de Charles Genuys. C’est probablement ce dernier qui sensibilise le futur architecte aux théories d’Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, dont les Entretiens sur l’architecture jettent, dès 1863, les bases des futurs principes structurels de l’art nouveau.

Guimard, carte maximum, Nancy, 22/01/1994.

L’enseignement reçu à l’École des arts décoratifs semble convenir parfaitement au jeune Hector qui y remporte de beaux succès et aspire en 1885 à intégrer l’École nationale des beaux-arts. Admis, il s’inscrit dans l’atelier libre de Gustave Raulin, fondé en 1860 par Vaudremer. L’enseignement qu’il reçoit présente sans doute peu de rupture avec le précédent, mais ses résultats sont plus pâles que ceux obtenus à l’École des arts décoratifs. Il tente en 1892 le concours du prix de Rome, mais échoue à la deuxième éliminatoire. Le diplôme d’architecte lui échappe également, étant donné qu’il avait atteint la limite d’âge de trente ans, en 1897.

Guimard commence sa carrière d’architecte par l’édification en 1888 d’un café-concert, Le Grand Neptune, sur les quais d’Auteuil. Il participe l’année suivante à l’Exposition universelle de 1889, en construisant le Pavillon de l’électricité, un édicule voué aux techniques de l’électrothérapie.

Les premières réalisations importantes, marquées tant par l’héritage théorique de Viollet-le-Duc que par le vocabulaire formel de ce dernier, apparaissent avec les années 1890. L’hôtel Roszé (1891), et surtout l’hôtel Jassedé (1893), combinent ainsi avec bonheur recherche de pittoresque organique et expression rationnelle du programme. L’école du Sacré-Cœur (1895) apparaît, quant à elle, comme un hommage encore plus direct au maître spirituel : Guimard y expérimente les étranges colonnes en V du douzième Entretien.

La même année 1895 le voit aménager pour le compte d’Amélie Clotilde Carpeaux, veuve du célèbre sculpteur, un « musée-dépôt », connu sous le nom d’Atelier Carpeaux. C’est sans doute elle qui, par le biais de la Société historique d’Auteuil et de Passy, introduit Guimard dans le milieu de la bourgeoisie locale, où il rencontre notamment Elisabeth Fournier, la commanditaire de l’œuvre qui le rendra célèbre : le Castel Béranger, situé au no 14, de la rue La Fontaine — aujourd’hui rue Jean-de-La-Fontaine —, dans le 16e arrondissement de Paris.

La conversion de Guimard au style linéaire qui reste aujourd’hui attaché à son nom est subite et circonstanciée : elle se fait en 1895 lors d’un voyage à Bruxelles où il rencontre Victor Horta, qui lui fait visiter l’hôtel Tassel, alors en cours d’achèvement.

S’il est trop tard pour modifier le gros œuvre du Castel Béranger — important immeuble de rapport s’étendant sur 700 m2 — qui commence à sortir de terre, Guimard parvient à son retour à Paris à convaincre madame veuve Fournier d’en reprendre toute la décoration. Celle-ci donne lieu à une véritable frénésie créative que les dessins aujourd’hui conservés dans le « Fonds Guimard » du Musée d’Orsay permettent de suivre presque au jour le jour.

D’où l’esthétique variée et parfois contradictoire du Castel Béranger, à son achèvement, en 1898, illustrant dans la carrière de Guimard une période de transition radicale de près de cinq ans : sur les volumes géométriques et rectilignes du gros œuvre inspiré de Viollet-le-Duc se répand à profusion (ferronneries, fontes, vitraux, lambris, papiers peints, etc.) la ligne organique « en coup de fouet » importée de Belgique.

Cette combinaison effervescente et la nouveauté formelle qui en découle attire le regard de la presse spécialisée. L’architecte est sollicité en 1899 par Le Figaro pour exposer son œuvre dans les salons du journal et l’immeuble est lauréat du premier concours de façades de la ville de Paris, organisé la même année. Guimard exploite lui-même son succès : il publie dès 1898 un luxueux ouvrage de soixante-cinq planches couleurs, Le Castel Béranger. L’art dans l’habitation moderne.

Le Castel Béranger rend Hector Guimard célèbre du jour au lendemain et entraîne une flambée de commandes qui vont faire de lui la figure de proue de l’art nouveau en France. Celles-ci restent cependant essentiellement circonscrites aux notables de son quartier, Auteuil, ces clients constituant une sorte de réseau quasi « familial » de gens se connaissant généralement de près ou de loin.

Guimard, épreuve de luxe.

C’est donc dans ce contexte que sortent de terre, sur près de deux ans seulement, l’hôtel Roy (1898) du boulevard Suchet, le Modern Castel (1899) de Garches, la Maison la Bluette (1899) d’Hermanville-sur-Mer, où encore le Castel Henriette (1899) de Sèvres. Située hors de la région parisienne ou des stations balnéaires fréquentées par ses clients, la maison Coilliot (1898) de Lille fait partie des rares édifices du moment à être commandé en dehors du cercle de connaissances local de l’architecte.

En 1965, la ville de Paris donne à Montréal un entourage Guimard à l’occasion de la construction de son réseau de métro. Il a été installé au square Victoria, dans le centre-ville.
C’est parallèlement à la mise en œuvre de tous ces projets que Guimard est sollicité par un père dominicain pour réaliser l’édifice le plus important de sa carrière : la salle de concerts Humbert-de-Romans. Rencontré par l’entremise de madame Carpeaux, le révérend père Lavy lui commande en effet un vaste complexe culturel et musical peu avant 1900. Celui-ci est inauguré en 1901 mais, malgré des critiques techniques plutôt élogieuses — l’architecte avait notamment bénéficié des conseils en acoustique de Camille Saint-Saëns — le projet s’avère un fiasco financier et la salle est rasée quelques années après son édification.

Cette période très active pour l’architecte s’achève en quelque sorte par la réalisation qui lui assure encore aujourd’hui sa célébrité universelle : les édicules et entourages du métro parisien. Son contexte est celui de l’Exposition universelle de 1900, où la ville de Paris souhaite rattraper son retard sur les autres grandes métropoles déjà pourvues de ce moyen de transport. La Compagnie du Métropolitain organise bien un concours, mais les résultats en sont tellement peu originaux que celle-ci choisit de l’annuler et impose Hector Guimard, un non-inscrit ; et malgré plusieurs mésententes (financières notamment) avec l’architecte, celle-ci installera ses célèbres entourages en fonte, réalisés par la fonderie d’art du Val d’Osne, jusqu’en 1913.

Occupé par le chantier du métro, Guimard participe quand même à l’Exposition universelle, quoique de manière disparate. Il conçoit notamment le pavillon du malt Déjardin et celui de la parfumerie Millot. Il est également sollicité — signe d’un succès encore tangible à ce moment — par la Manufacture nationale de Sèvres, qui lui commande successivement plusieurs modèles de vases.

L’après-1900 voit l’activité de Guimard ralentir sensiblement. On a pu parler d’une sorte d’assagissement, sinon d’une perte d’intérêt. En fait il n’en est rien, et l’on peut même estimer que c’est précisément durant la décennie 1900-1910 que son art atteint sa perfection et son point d’équilibre, l’architecte affinant sa manière et approfondissant ses principes esthétiques toujours davantage.

La conscience de cette maturité stylistique le pousse à inventer une formule — qui sera mal comprise par la majorité du public — pour qualifier son art : le style Guimard. Celle-ci est lancée officiellement lors de l’Exposition internationale de l’Habitation organisée en 1903 au Grand Palais par le journal Le Bâtiment.

Bien que moins nombreuses, les commandes restent régulières jusqu’en 1914 mais se limitent à un cercle de clients encore plus restreint qu’auparavant. Parmi ceux-ci figure notamment le négociant en métaux Léon Nozal, véritable mécène qui lui commande des entrepôts (1902) à Saint-Denis, un atelier d’artiste (1903) avenue Perrichont — en fait destiné à Guimard lui-même et à son personnel —, un imposant hôtel particulier (1905) rue du Ranelagh et une villa (1903) à Cabourg.

Cette période voit également Guimard s’associer à des projets immobiliers au succès mitigé, qu’ils soient suburbains comme le lotissement du parc Beauséjour à Villemoisson-sur-Orge — initié par Achille Laurent, pour lequel est construit le sculptural Castel d’Orgeval (1905) — ou parisiens, comme le groupe d’immeubles de la rue Moderne (aujourd’hui rue Agar) aux alentours de 1910.

Tout aussi relatif est le résultat de ses tentatives de partenariat avec l’industrie d’art. Le plus célèbre est celui qu’il noue au cours des années 1900 avec la fonderie du Val d’Osne, située aux environs de Saint-Dizier, et qui aboutit vers 1910 à la publication d’un catalogue d’éléments en fonte applicables à l’architecture : les Fontes Artistiques. Style Guimard. Il dessine aussi, à partir de 1910, des modèles de lustres — les lustres Lumière — exécutés par la maison Langlois. La guerre vient ruiner un projet similaire concernant cette fois du mobilier, entrepris avec la maison Olivier & Desbordes.

La quarantaine passée, Guimard épouse en 1909 l’artiste peintre américaine Adeline Oppenheim, fille d’un riche banquier de New York, qui a la vertu d’apporter à l’architecte une certaine aisance financière. Cette union donne lieu à l’édification de l’hôtel Guimard de l’avenue Mozart, cadeau de noce à son épouse en quelque sorte, qui permet à l’architecte de concevoir, du gros œuvre jusqu’au service de table, un des espaces les plus aboutis du style Guimard. Véritable « architecture-manifeste », il s’agit bien — et l’hôtel Mezzara, au même moment, donne un exemple comparable — non pas d’une simple survivance, mais bien d’une apothéose artistique, là encore largement après 1900.

Malgré ce feu d’artifice d’innovations et de démonstrations tous azimuts, le monde se détourne progressivement, après 1900, de Guimard : moins que l’œuvre, c’est l’homme qui agace. Et en digne représentant de l’Art nouveau, il est lui-même victime des contradictions inhérentes aux idéaux du mouvement : ses créations les plus achevées sont financièrement inaccessibles au plus grand nombre et, à l’inverse, ses tentatives de standardisation cadrent mal avec son vocabulaire très personnel.

La Première Guerre mondiale, qui fait échouer certains de ses projets professionnels et stoppe son activité d’architecte, le fait s’exiler loin de Paris, à Pau et à Candes-Saint-Martin, notamment. Guimard se fait alors l’auteur de plusieurs pamphlets militant pour une paix universelle et définitive, préfigurant en quelque sorte la Société des Nations.

L’après-guerre le voit se convertir sans grande conviction au style Art déco, malgré une qualité de conception et un soin apporté aux détails qui ne se dément pas (Mairie du Village Français à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, immeuble Guimard de la rue Henri-Heine, en 1926, etc.), et sans pour autant renoncer complètement aux sinuosités du style Guimard. Il se livre également à la mise au point de petits modules d’habitation en préfabriqué, dont le projet n’aboutira pas : le petit hôtel particulier en béton du square Jasmin, de 1922, en est le seul témoin construit.

Si ses pairs ont toujours su lui manifester leur estime, en tant qu’initiateur du mouvement moderne notamment, Guimard n’a jamais pu connaître de son vivant le succès populaire qu’il aurait sans doute apprécié : c’est finalement complètement oublié du grand public qu’il s’éteint le 20 mai 1942 à New York, où la crainte de la guerre — sa femme Adeline est d’origine juive américaine — l’avait fait s’exiler.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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