Eva Perón, actrice et femme politique.

María Eva Duarte de Perón, mieux connue sous le nom d’Eva Perón ou d’Evita, née le 7 mai 1919 à Junín ou Los Toldos (province de Buenos Aires) et morte le 26 juillet 1952 à Buenos Aires, est une actrice et femme politique argentine. Elle épousa en 1945 le colonel Juan Domingo Perón, un an avant l’accession de celui-ci à la présidence de la république argentine.

D’origine modeste, elle alla à l’âge de quinze ans s’établir à Buenos Aires, où elle s’initia au métier de comédienne et acquit un certain renom au théâtre, à la radio et au cinéma. En 1943, elle fut l’un des fondateurs de l’Asociación Radial Argentina (ARA, syndicat des travailleurs de la radiodiffusion), dont elle fut élue présidente l’année d’après. En 1944, lors d’une représentation donnée au bénéfice des victimes du tremblement de terre de San Juan de janvier 1944, elle fit la rencontre de Juan Perón, alors secrétaire d’État du gouvernement de facto issu du coup d’État de 1943, et l’épousa en octobre de l’année suivante. Elle eut ensuite une part active dans la campagne électorale de son mari en 1946, étant la première femme argentine à jouer un tel rôle.

Elle œuvra en faveur du droit de vote pour les femmes et en obtint l’adoption juridique en 1947. Cette égalité politique entre hommes et femmes réalisée, elle lutta ensuite pour l’égalité juridique des conjoints et pour la patria potestas partagée (c’est-à-dire l’égalité en droit  matrimonial), ce qui fut mis en œuvre par l’article 39 de la constitution de 1949. En 1949 encore, elle fonda le Parti péroniste féminin, qu’elle devait présider jusqu’à sa mort. Elle déploya une ample activité sociale, au travers notamment de la Fondation Eva Perón, qui visait à soulager les descamisados (les sans-chemise), c’est-à-dire les plus démunis de la société. La Fondation fit ainsi construire des hôpitaux, des asiles et des écoles, favorisa le tourisme social en créant des colonies de vacances, diffusa la pratique du sport parmi tous les enfants par l’organisation de championnats accueillant la population tout entière, accorda des bourses d’études et des aides au logement et s’efforça d’améliorer le statut de la femme sur différents plans.

Eva Péron, carte maximum, Argentine.

Elle joua un rôle actif dans les luttes pour les droits sociaux et pour les droits des travailleurs et fit office de passerelle directe entre le président Perón et le monde syndical. En 1951, en vue de la première élection présidentielle au suffrage universel, le mouvement ouvrier proposa qu’Evita, comme l’appelait la population, posât sa candidature à la vice-présidence ; cependant, elle dut y renoncer le 31 août, date connue depuis comme Jour du renoncement, en raison de sa santé déclinante, mais aussi sous la pression des oppositions internes dans la société argentine, ou encore au sein du péronisme lui-même, devant l’éventualité qu’une femme appuyée par le syndicalisme pût se hisser à la vice-présidence.

Elle décéda le 26 juillet 1952 des suites d’un cancer fulgurant du col de l’utérus, à l’âge de 33 ans. Il lui fut alors rendu un hommage, tant officiel ‒ sa dépouille fut veillée dans l’édifice du Congrès ‒ que populaire, d’une ampleur sans précédent en Argentine. Son corps fut embaumé et déposé au siège de la centrale syndicale CGT. À l’avènement de la dictature civico-militaire dite Révolution libératrice en 1955, son cadavre fut enlevé, séquestré et profané, puis dissimulé durant seize ans.

Elle écrivit deux ouvrages, La razón de mi vida (La Raison de ma vie) en 1951 et Mi mensaje (Mon message) publié en 1952 et fut plusieurs fois honorée officiellement, notamment par le titre de Jefa Espiritual de la Nación, par la distinction de Mujer del Bicentenario (Femme du bicentenaire de l’Argentine), par la Gran Cruz de Honor de la Croix rouge argentine, par la Distinción del Reconocimiento de Primera Categoría de la CGT, par la Gran Medalla a la Lealtad Peronista en Grado Extraordinario et par le collier de l’ordre du Libérateur San Martín, la plus haute distinction argentine. Son destin a inspiré nombre d’œuvres cinématographiques, musicales, théâtrales et littéraires. Cristina Alvarez Rodriguez, petite-nièce d’Evita, affirme qu’Eva Perón n’a jamais quitté la conscience collective des Argentins3, et Cristina Fernández de Kirchner, première femme à être élue présidente de la République argentine, déclara que les femmes de sa génération restaient fortement tributaires d’Evita par « son exemple de passion et de combattivité ».


En 1930, alors qu’Eva avait 11 ans, Juana, sa mère, décida de déménager avec sa famille pour la ville de Junín. Le motif de ce déménagement était le changement d’affectation de la fille aînée Elisa, qui fut mutée de la poste de Los Toldos à celle de Junín, à une trentaine de km de distance. Là, la famille Duarte commença à connaître une certaine aisance grâce au travail de Juana et de ses enfants Elisa, Blanca et Juan. Erminda fut inscrite au Collège national (Colegio Nacional) et Evita à l’école no 1 Catalina Larralt de Estrugamou, dont elle devait sortir en 1934, à l’âge de 15 ans, dotée de son certificat d’études primaires complètes.

La première maison où ils emménagèrent, au no 86 de la Calle Roque Vázquez, subsiste toujours. À mesure que la situation économique de la famille s’améliorait grâce aux revenus des enfants devenus majeurs, surtout du frère Juan, vendeur pour le compte de l’entreprise d’articles de toilette Guereño, et bientôt de la sœur Blanca, qui réussit à son examen d’institutrice, les Duarte déménagèrent d’abord (en 1932) pour une maison plus grande au no 200 de la rue Lavalle, où Juana mit sur pied un établissement de restauration servant des petits déjeuners, puis changèrent encore de domicile (en 1933) pour le no 90 de la Calle Winter, et finalement (en 1934) pour le no 171 de la rue Arias. Il a été insinué qu’il y avait dans la maison de Juana Duarte, de la part de la mère et de ses filles, beaucoup de libertinage et de petites intimités pour la plus grande joie de la clientèle masculine ; cependant, les hôtes de l’établissement étaient tous des célibataires des plus respectables : José Álvarez Rodríguez, directeur du Collège national, son frère Justo, avocat, futur juge à la Cour suprême, qui devait épouser l’une des sœurs d’Eva, et le major Alfredo Arrieta, futur sénateur, qui commandait alors la division cantonnée dans la ville, et qui épousera lui aussi l’une des sœurs d’Eva. En 2006, la municipalité de Junín créa, dans la maison de la Calle Francia (actuelle Calle Eva Perón), le musée Casa Natal María Eva Duarte de Perón.

C’est à Junín que la vocation artistique d’Eva se fit jour. À l’école, où elle eut quelque difficulté à suivre, elle se distingua par une passion affirmée pour la déclamation et la comédie, et ne manquait de participer aux spectacles organisés à l’école, au Collège national ou au cinéma du village, et à des auditions radiophoniques.

C’est à Junín aussi qu’elle participa pour la première fois à une œuvre théâtrale, montée par les élèves et intitulée Arriba estudiantes (Haut les étudiants). Elle jouera ensuite dans une autre petite œuvre de théâtre, Cortocircuito (Court-circuit), destinée à récolter des fonds pour une bibliothèque scolaire. À Junín, pour la première fois, Eva utilisa un microphone et écouta sa voix sortant de haut-parleurs.

À cette même époque, Eva manifesta également des prédispositions de meneuse, s’érigeant en chef de l’un des groupes de son année scolaire. Le 3 juillet 1933, jour du décès de l’ancien président Hipólito Yrigoyen, renversé trois années auparavant par un coup d’État, Eva vint à l’école portant une cocarde noire sur son cache-poussière.

Selon l’historienne Lucía Gálvez, Evita et une de ses amies auraient subi en 1934 une agression sexuelle de la part de deux jeunes gens de la bonne société qui les avaient invitées à voyager à Mar del Plata dans leur voiture. Gálvez affirme qu’après être sortis de Junín, ils tentèrent de les violer, sans y parvenir, puis les abandonnèrent dévêtues à peu de distance de la ville. Un chauffeur routier les ramena à leurs domiciles. Il est probable que cet incident, si on l’admet comme véridique, aura eu une grande influence dans sa vie.

Cette même année, avant même d’avoir achevé ses études primaires, Eva fit le voyage de Buenos Aires, mais, n’ayant pas trouvé de travail, dut s’en retourner. Elle termina alors ses études primaires, passa en famille les fêtes de fin d’année, puis, le 2 janvier 1935, Evita, âgée de 15 ans seulement, alla s’installer définitivement à Buenos Aires.

Eva Duarte, âgée de 15 ans lorsqu’elle arriva à Buenos Aires le 3 janvier 1935, était alors encore une adolescente. Son voyage s’inscrivait dans la grande vague migratoire intérieure provoquée par la crise économique de 1929 et le processus d’industrialisation de l’Argentine. Ce puissant mouvement migratoire, fait marquant de l’histoire de l’Argentine, avait pour  protagonistes les dénommées cabecitas negras (têtes noires), terme dépréciatif et raciste utilisé par les classes moyenne et supérieure de Buenos Aires pour désigner ces migrants non européens, différents de ceux qui avaient jusqu’alors déterminé l’immigration en Argentine. Cette grande migration intérieure des décennies 1930 et 1940 fournit la main-d’œuvre dont avait besoin le développement industriel du pays et qui devait à partir de 1943 former la base sociale du péronisme.

Dans les années suivantes, Eva connaîtra un parcours de privations et d’humiliations, se logeant dans des pensions bon marché et jouant de façon intermittente de petits rôles pour diverses troupes théâtrales. Sa principale compagnie à Buenos Aires fut son frère Juan Duarte, Juancito (Jeannot), de cinq ans son aîné, l’homme de la famille, avec qui elle garda toujours des rapports étroits et qui avait comme elle, peu auparavant, migré vers la capitale.

En 1936, alors qu’elle allait avoir dix-sept ans, elle signa un contrat avec la Compañía Argentina de Comedias Cómicas, dirigée par Pepita Muñoz, José Franco et Eloy Alvárez, en vue de participer à une tournée de quatre mois qui devait la conduire à Rosario, Mendoza et Córdoba. Les pièces qui figuraient au répertoire de la compagnie étaient de pur divertissement et prenaient pour sujet la vie bourgeoise avec ses malentendus et ses divers conflits et frictions. Une des pièces jouées, intitulée le Baiser mortel, adaptation libre d’une œuvre du dramaturge français Loïc Le Gouradiec, traitait du fléau des maladies vénériennes et était subsidiée par la Société prophylactique d’Argentine. Pendant cette tournée, Eva fut brièvement mentionnée dans une chronique du quotidien La Capital de Rosario du 29 mai 1936, laquelle commentait la première de la pièce Doña María del Buen Aire de Luis Bayón Herrera, comédie ayant pour sujet la première fondation de Buenos Aires.

Dans ces premières années de sacrifices, Eva se lia d’une étroite amitié avec deux autres comédiennes, comme elle obscures encore, Anita Jordán et Josefina Bustamente, amitié qui dura tout le reste de sa vie. Les gens qui la connurent alors se la rappellent comme une demoiselle brunette, très maigre et frêle, qui rêvait de devenir une actrice importante, mais possédait aussi une grande force d’âme, beaucoup de gaieté, et le sens de l’amitié et de la justice.

Les acteurs et actrices engagés pour de petits rôles pouvaient au maximum gagner cent pesos par mois, c’est-à-dire le salaire habituel d’un ouvrier d’usine. Peu à peu, Eva parvint à une certaine reconnaissance, d’abord en participant à des films, comme actrice de deuxième ligne, et ensuite en travaillant parallèlement comme mannequin, apparaissant sur la couverture de quelques revues de spectacle, mais c’est surtout en tant que récitante et actrice dans des dramatiques radiophoniques qu’elle réussit enfin à mener une véritable carrière. Elle obtint son premier rôle dans une dramatique en août 1937. La pièce, diffusée par Radio Belgrano, s’appelait Oro blanco (Or blanc) et avait pour cadre la vie quotidienne des travailleurs du coton dans le Chaco. Elle participa par ailleurs à un concours de beauté, sans succès, et figura comme présentatrice d’un concours de tango, où elle annonçait les participants et assurait les transitions entre les prestations des danseurs. Elle vécut six mois avec un acteur, qui disait vouloir l’épouser, mais qui l’abandonna brusquement.

Fin 1938, à 19 ans, Eva réussit à figurer comme tête de liste des comédiens de la troupe Compañía de Teatro del Aire récemment fondée, et ce conjointement avec Pascual Pellicciotta, acteur qui comme elle avait travaillé pendant des années dans des seconds rôles. La première dramatique radiophonique que la troupe mit sur les ondes fut Los jazmines del ochenta, de Héctor Blomberg, pour le compte de Radio Mitre, diffusée du lundi au vendredi. C’est vers cette époque qu’elle commença à acquérir de la notoriété, non en vendant ses charmes comme il a été murmuré, mais en consentant à jouer le jeu du vedettariat, battant notamment les antichambres de Sintonía, revue de cinéma qu’elle avait lue avec avidité quand elle était adolescente, et où elle obtenait que son nom fût cité, ou qu’un reportage ou une photo d’elle parût dans ses colonnes.

Dans le même temps, elle commença à apparaître plus assidument au cinéma, dans des films tels que ¡Segundos afuera! (1937), El más infeliz del pueblo, avec Luis Sandrini, la Carga de los valientes et Una novia en apuros en 1941.

En 1941, la troupe mit sur ondes la pièce radiophonique Los amores de Schubert, de Alejandro Casona, pour Radio Prieto.

En 1942, elle sortit définitivement de la précarité économique grâce au contrat qu’elle signa avec la troupe Compañía Candilejas, placée sous l’égide de l’entreprise de savonnerie Guerreno où travaillait son frère Juan, laquelle troupe diffuserait tous les matins un cycle de dramatiques pour Radio El Mundo, la principale radio du pays. Cette même année, Eva fut engagée pour cinq ans à réaliser quotidiennement, en soirée, une série radiophonique dramatico-historique appelée Grandes mujeres de todos los tiempos (Grandes Femmes de tous les temps), évocations dramatiques de la vie de femmes illustres, dans laquelle elle joua notamment Élisabeth Ire d’Angleterre, Sarah Bernhardt et Alexandra Fedorovna, dernière tsarine de Russie. Cette série d’émissions, diffusée par Radio Belgrano, récolta un grand succès. Le scénariste de ces émissions, le juriste et historien Francisco José Muñoz Azpiri, était celui qui devait, quelques années plus tard, écrire pour Eva Perón ses premiers discours politiques. Radio Belgrano était alors dirigé par Jaime Yankelevich, qui jouera un rôle déterminant dans la création de la télévision argentine.

Entre théâtre radiophonique et cinéma, Eva sut finalement se faire une situation économique stable et confortable. En 1943, au terme de deux ans de travail au sein de sa propre compagnie d’acteurs, elle gagnait de cinq à six mille pesos par mois, ce qui faisait d’elle l’une des actrices radio les mieux payées du moment. Elle put donc, en 1942, laisser enfin derrière elle les pensions et faire l’acquisition d’un appartement, situé au no 1567 de la rue Posadas, en face des studios de Radio Belgrano, dans le quartier exclusif de Recoleta, appartement dans lequel, trois ans plus tard, elle se mettra en ménage avec Juan Domingo Perón. Selon un témoignage, Eva mettait un point d’honneur, en tant qu’actrice exerçant une fonction dirigeante, à ne pas être aperçue dans les mêmes cafés que monsieur Tout le monde, déclarant notamment un jour : « je propose que nous allions à la Confitería au coin de la rue pour prendre le thé, là où les gens ordinaires ne viennent pas ».

Le 3 août 1943, Eva se lança également dans l’activité syndicale, et fut l’une des fondatrices de l’Association radiophonique argentine (ARA, Asociación Radial Argentina), premier syndicat des travailleurs de la radio.

Eva fit la rencontre de Juan Perón dans les premiers jours de 1944, alors que l’Argentine traversait une période cruciale de transformation économique, sociale et politique.

Au point de vue économique, le pays avait au cours des années précédentes totalement changé sa structure productive par suite d’un fort  développement de son industrie. En 1943, la production industrielle avait pour la première fois dépassé la production agricole.

Socialement, l’Argentine connut alors une vaste migration intérieure, de la campagne vers les villes, impulsée par le développement industriel. Ce mouvement entraîna un vaste processus d’urbanisation et un notable changement dans la composition de la population des grandes villes, en particulier de Buenos Aires, consécutif à l’irruption d’un nouveau type de travailleurs non européens, appelés dédaigneusement cabecitas negras (têtes noires) par les classes moyennes et supérieure, pour avoir la chevelure, le teint et les yeux en moyenne plus sombres que la plupart des immigrés venant directement d’Europe. La grande migration intérieure se caractérisait aussi par la présence d’un grand nombre de femmes désireuses de faire leur entrée sur le marché du travail salarié qu’avait fait naître l’industrialisation.

Sur le plan politique, l’Argentine vivait une crise profonde touchant les partis politiques traditionnels, lesquels avaient validé un système corrompu ouvertement basé sur la fraude électorale et le clientélisme. Cette période de l’histoire argentine, connue sous l’appellation de Décennie infâme, qui va de 1930 à 1943, vit gouverner une alliance conservatrice nommée la Concordancia. La corruption du pouvoir conservateur en place entraîna le 4 juin 1943 le déclenchement d’un coup d’État militaire, lequel ouvrit une période confuse de réorganisation et de repositionnement des forces politiques. Le lieutenant-colonel Juan Domingo Perón, 47 ans, fera partie de la troisième configuration du nouveau gouvernement mis en place après le coup d’État militaire.

Eva Péron, entier postal, Argentine.

En 1943, peu après le début du gouvernement militaire, un groupe de syndicalistes majoritairement socialistes et syndicalistes-revolutionnaires, menés par le dirigeant syndical socialiste Ángel Borlenghi, prit l’initiative d’établir des contacts avec de jeunes officiers réceptifs aux revendications des travailleurs. Du côté militaire, les colonels Juan Perón et Domingo Mercante prirent la tête du groupe militaire qui décida de conclure une alliance avec les syndicats afin de mettre en œuvre le programme historique porté par le syndicalisme argentin depuis 1890.

Cette alliance militaro-syndicale dirigée par Perón et Borlenghi sut réaliser de grandes avancées sociales (conventions collectives, statut du travailleur agricole, pension de retraite, etc.), s’assurant ainsi un fort appui populaire qui lui permit de s’emparer de positions importantes au sein du  gouvernement. Ce fut précisément Perón qui occupa le premier une fonction gouvernementale, lorsqu’il fut désigné à la tête de l’insignifiant département du Travail. Il obtint peu après que ledit département fût élevé au haut rang de secrétariat d’État.

Parallèlement au progrès des droits sociaux et des droits du travail obtenus par le groupe syndicalo-militaire mené par Perón et Borlenghi, et au croissant appui populaire dont bénéficiait celui-ci, commença également à s’organiser une opposition dirigée par le patronat, des militaires et des groupements étudiants traditionnels, avec le soutien ouvert de l’ambassade des États-Unis, et qui jouissait d’un appui grandissant dans les classes moyennes et supérieure. Cet affrontement sera initialement connu sous le nom de les espadrilles contre les livres.

Eva, âgée de 24 ans, fit la connaissance de Juan Perón, veuf depuis 1938, le 22 janvier 1944, lors d’un événement organisé dans le stade Luna Park à Buenos Aires par le secrétariat au Travail et à la Prévoyance, lors duquel les actrices qui avaient collecté la plus grande quantité de fonds en faveur des victimes du tremblement de terre de San Juan de 1944 allaient se voir décerner une décoration. Les actrices en haut de ce classement se trouvaient être Niní Marshall, future opposante au péronisme, et Libertad Lamarque. Lorsque ces fonds eurent été recueillis, Juan Perón demanda à Eva de venir travailler au secrétariat au Travail. Il voulait y attirer quelqu’un capable d’élaborer une politique du travail à l’intention des femmes et souhaitait que ce fût une femme qui prît la direction de ce mouvement. Il estimait qu’Eva, par ses qualités de dévouement et d’initiative, présentait le profil idoine pour remplir cette tâche.

Peu après, en février 1944, Juan Perón et Eva s’étaient mis en ménage dans l’appartement d’Eva rue Posadas. Bientôt, Perón, alors encore colonel, satisfaisant la requête de sa compagne, demanda au secrétaire à la radiodiffusion, Miguel Federico Villegas, alors capitaine, de lui trouver un rôle dans quelque pièce radiophonique.

Entre-temps, Eva poursuivit sa carrière artistique. Au sein du nouveau gouvernement, le major Alberto Farías, patriote inflexible d’origine provinciale, fut chargé de la « communication », sa mission consistant à épurer les émissions et messages publicitaires d’éléments indésirables. Toute émission de radio devait être soumise pour approbation au ministère des Postes et Télécommunications dix jours à l’avance. Néanmoins, grâce à la protection du colonel Anibal Imbert, chargé de l’attribution des temps d’antenne, Eva Perón put mener à bien, en septembre 1943, son projet d’une série d’émissions intitulée Héroïnes de l’histoire (retraçant en réalité la vie de maîtresses célèbres), dont les textes étaient rédigés, une fois encore, par Muñoz Azpiri. Elle signa avec Radio Belgrano un nouveau contrat, à hauteur de 35000 pesos, qui était, selon ses propres dires, le contrat le plus important de toute l’histoire de la radiodiffusion.

Cette même année, elle fut élue présidente de son syndicat, l’Asociación Radial Argentina (ARA). Peu après, elle ajouta à sa programmation sur Radio Belgrano un ensemble de trois nouvelles émissions radio  quotidiennes : Hacia un futuro mejor, à 10h.30, où elle annonçait les conquêtes sociales et du travail obtenues par le secrétariat au Travail ; la dramatique Tempestad, à 18h.00 ; et Reina de reyes, à 20h.30. Elle participa également, plus tard dans la soirée, à des émissions plus politiques, où les idées de Perón étaient explicitement exposées, dans la perspective d’éventuelles élections, et en direction des couches de la population dont il escomptait qu’elles le soutiendraient, qui n’avaient jamais été ciblées par la propagande politique et qui ne lisaient pas la presse. Peu férue de politique, Eva ne discutait pas alors de sujets politiques, se contentant d’absorber ce que savait et pensait Juan Perón et se muant en sa plus grande et plus ardente partisane.

Elle joua aussi dans trois films, La cabalgata del circo, avec Hugo del Carril et Libertad Lamarque, Amanece sobre las ruinas (Aurore sur les ruines, fin 1944), film de nature propagandiste qui prenait pour décor le tremblement de terre de San Juan, et La pródiga, qui ne sortit pas en salle à l’époque de sa réalisation41. Ce dernier film, dont l’action se situe dans l’Espagne du xixe siècle et relate la liaison entre une femme mûre et belle encore et un jeune ingénieur occupé à construire un barrage. La femme était appelée la prodigue en raison de sa grande et insouciante libéralité, qui la portait à dépenser sa fortune pour venir en aide aux villageois pauvres. Le tournage se faisait lorsqu’Eva Perón pouvait se libérer de ses autres obligations et se prolongea par conséquent durant de longs mois. Elle affectionnait ce film, qui fut son dernier, à cause de l’esprit d’abnégation et de la souffrance morale, assez stéréotypée, qui y étaient dépeints, quoique sa personne s’accordât difficilement au rôle d’une femme plus âgée. De plus, son jeu manquait de puissance dramatique, sa voix était monotone, ses gestes figés, et son visage restait peu expressif. Du reste, elle confia un jour à son confesseur, le jésuite Hernán Benítez, que ses performances étaient « mauvaises au cinéma, médiocres au théâtre, et passables à la radio ».

Le 24 février 1946 eurent lieu les élections, qui virent le triomphe de l’alliance Perón-Quijano, avec 54 % des voix. Entre la date de son élection et celle de son investiture le 4 juin 1946, Juan Perón prit un certain nombre de décisions, parmi lesquelles la nomination du frère d’Eva, Juan Duarte, comme son secrétaire privé. Cette nomination de Juan Duarte, qui n’avait aucune expérience politique et de qui des rumeurs disaient qu’il s’était enrichi sur le marché noir en 1945, n’eût jamais eu lieu sans l’intervention d’Eva, et permit à celle-ci d’exercer une certaine influence en décidant, par le biais de son frère, qui devait rencontrer son mari. Quelques concertations politiques eurent lieu dans la résidence secondaire des Perón à San Vicente, où le couple du reste frappait ses interlocuteurs par la simplicité de sa vie privée et le sans-façon de ses contacts, Eva notamment se souciant peu de l’étiquette vestimentaire. Lors de la cérémonie d’investiture, Eva portait une robe de soie qui laissait dénudée une épaule du côté où se tenait le cardinal, ce qui provoqua un scandale dans les cercles de l’oligarchie.

Au début, le travail politique d’Eva consista (outre une fonction purement représentative) à visiter des entreprises en compagnie de son mari, puis seule, et bientôt elle eut à sa disposition un bureau particulier, d’abord au ministère des Télécommunications, et ensuite dans le bâtiment du ministère du Travail, édifice auquel sa personne restera indissociable par la suite aux yeux de l’opinion populaire. Elle y recevait des gens du peuple venus lui solliciter certaines faveurs, comme l’admission à l’hôpital d’un enfant malade, ou l’octroi d’un logement à une famille, ou une aide financière. Elle se faisait assister par des personnes qui avaient auparavant travaillé au ministère avec Perón, en particulier Isabel Ernst, qui avait d’excellents contacts avec le monde syndical et prenait part à toutes les réunions avec des syndicalistes. Elle aidait les ouvriers à fonder des syndicats dans les entreprises où il n’y en avait pas encore, ou à en créer de nouveaux, d’obédience péroniste, là où seuls existaient des syndicats non agréés par le pouvoir, communistes ou autres, ou encore, en cas d’élections syndicales, apportait son soutien aux péronistes face aux anti-péronistes.

Juan Perón, en accordant ces libertés à sa femme, poursuivait des buts politiques précis. Les grèves ouvrières continuaient, et Eva devait, par son ascendant sur le peuple et les syndicats, aider Juan Perón à accroître son emprise sur le mouvement ouvrier. En outre, en couvrant son mari d’éloges spontanés et sincères, elle prenait à sa charge tout un pan de la propagande péroniste, que validaient ses origines populaires.

En réaction aux critiques de l’opposition sur le rôle politique exact d’Eva Perón, le gouvernement publia en décembre 1946 une déclaration indiquant qu’elle n’avait pas de secrétaire, mais un collaborateur ; que, sans faire partie à proprement parler du gouvernement, elle livrait une contribution active à la politique sociale de celui-ci en assumant le rôle d’émissaire du gouvernement auprès des descamisados.

Pour l’oligarchie toutefois, son action s’expliquait par une volonté d’imiter ceux qui se trouvaient au-dessus d’elle dans la hiérarchie sociale, et par un désir de vengeance contre ceux qu’elle avait essayé d’égaler sans y parvenir. Son ressort résiderait tout entier dans la chaîne de causalité blessure d’amour propre suivi de vengeance, et d’envie suivie de rancœur.

Les historiens argentins sont unanimes à reconnaître le rôle décisif joué par Evita dans le processus d’acceptation de l’égalité entre hommes et femmes au regard des droits politiques et civils en Argentine. Lors de sa tournée européenne, elle usa, pour exprimer son point de vue sur cette question, de la formule suivante : « Le présent siècle ne passera pas dans l’histoire sous le nom de siècle de la désintégration atomique, mais avec un autre nom beaucoup plus significatif : siècle du féminisme victorieux. »

Elle prononça plusieurs discours en faveur du droit de vote des femmes et dans son journal, Democracia, parut une série d’articles exhortant les péronistes masculins à abandonner leurs préjugés contre les femmes. Pourtant elle ne s’intéressait que modérément aux aspects théoriques du féminisme et il était rare que dans ses allocutions elle abordât des questions concernant exclusivement les femmes, et même s’exprimait avec dédain sur le féminisme militant, dépeignant les féministes comme des femmes méprisables incapables de réaliser leur féminité. Néanmoins, beaucoup de femmes argentines, au départ indifférentes à ces questions, sont entrées en politique à cause d’Eva Perón.

Eva Perón entretint des rapports forts, étroits et complexes, et très  symptomatiques de sa personnalité, avec les travailleurs et avec les syndicats en particulier.

En 1947, Perón ordonna que fussent dissous les trois partis qui  l’appuyaient, le Partido Laborista (Parti travailliste), le Parti indépendant (réunissant des conservateurs) et l’Unión Cívica Radical Junta Renovadora (littér. Union civique radicale Comité rénovateur, fondée en 1945 par scission de l’UCR), pour créer le Parti justicialiste. De cette manière, si les syndicats perdaient ainsi de leur autonomie au sein du péronisme, celui-ci en contrepartie se construisit en s’appuyant désormais sur le syndicalisme comme « colonne vertébrale », ce qui en pratique se traduira par la transformation subséquente du Parti justicialiste en un parti quasi-travailliste.

Dans cet assemblage de pouvoirs et d’intérêts hétérogènes et souvent en conflit qui confluaient dans le péronisme, conçu comme un mouvement englobant une multiplicité de classes et de secteurs, Eva Perón joua un rôle de lien direct et privilégié entre Juan Perón et les syndicats, ce qui permit à ces derniers de consolider leur position de pouvoir, quoique partagée.

C’est pour cette raison que le mouvement syndical encouragea en 1951 la candidature d’Eva Perón à la vice-présidence, candidature à laquelle s’opposèrent fortement, y compris dans le Parti péroniste lui-même, les secteurs désireux d’éviter une influence accrue des organisations syndicales.

Evita avait une vision résolument combative des droits sociaux et du travail et pensait que l’oligarchie et l’impérialisme s’appliqueraient, y compris en usant de violence, à en obtenir l’annulation. En conséquence, Eva impulsa, aux côtés des dirigeants syndicaux, la formation de milices ouvrières et, peu avant de mourir, fit l’acquisition d’armes de guerre qu’elle mit aux mains de la CGT.

Ces rapports étroits entre Eva Perón et le syndicalisme trouvèrent, à la mort de celle-ci, leur expression ultime et ostensible en ce que son corps embaumé fut déposé à titre permanent au siège de la CGT à Buenos Aires.

Ce par quoi Eva Perón se singularisa plus particulièrement sous le  gouvernement péroniste étaient ses activités de bienfaisance, destinées à soulager la pauvreté ou toute autre forme de détresse sociale. En Argentine, cette activité était traditionnellement confiée à la Sociedad de Beneficencia, association semi-publique déjà fort ancienne créée par Bernardino  Rivadavia au début du XIXe siècle et dirigée par un groupe choisi de femmes de la haute société. Les fonds de la société ne provenaient plus de ces dames elles-mêmes ou des relations d’affaires de leurs maris, mais de l’État, soit indirectement, par voie d’impôt prélevé sur la loterie, soit directement, par l’octroi de subsides. Dès la décennie 1930, il apparut que la Sociedad de Beneficencia en tant qu’organisation et la bienfaisance en tant qu’activité étaient devenues obsolètes et inadaptées à la société industrielle urbaine. À partir de 1943, l’on commença à réorganiser la Sociedad de Beneficencia, laquelle fit l’objet à cet effet, le 6 septembre 1946, d’une intervention fédérale ; depuis lors, le pouvoir péroniste prit en mains le service d’assistance et d’aide sociales en lui donnant un fort contenu populaire. Une partie de cette mission fut accomplie à travers le plan de santé publique mis en œuvre avec succès par le ministre de la Santé Ramón Carrillo ; une autre partie le fut au moyen de nouvelles institutions de sécurité sociale, telles que le système général de pensions de retraite ; une autre partie enfin sera assumée par Eva Perón par la voie de la Fondation Eva Perón.

Lors de sa tournée européenne, elle avait visité nombre d’institutions d’aide sociale, mais il s’agissait principalement d’organisations religieuses, gérées par les classes possédantes. Cela lui permit, dira-t-elle plus tard, de savoir ce qu’elle devait surtout éviter de faire, ces institutions étant « réglées par des normes fixées par les riches. Et lorsque les riches pensent aux pauvres, ils ont des idées misérables ». Sitôt rentrée en Argentine, elle organisa une Croisade d’aide sociale María Eva Duarte de Perón visant à la prise en charge des personnes âgées et des femmes démunies au moyen de subsides et de foyers temporaires. Le 8 juillet 1948 fut créée la Fondation Eva Perón, présidée par Evita, légalement agréée par Juan Perón et le ministre des Finances, laquelle fondation accomplit une œuvre sociale considérable, dont bénéficieront quasiment tous les enfants, personnes âgées, mères célibataires, femmes comme unique soutien de famille, etc. appartenant aux couches les plus défavorisées de la population.

Aux élections générales de 1951, les femmes furent pour la première fois admises non seulement à voter, mais aussi à se présenter à titre de candidates. En raison de la grande popularité d’Evita, le syndicat CGT proposa sa candidature à la vice-présidence de la Nation, aux côtés de Juan Perón, proposition qui, outre qu’elle impliquait à porter une femme au pouvoir exécutif, tendait aussi à conforter la position du monde syndical dans le gouvernement péroniste. Ce coup d’audace déclencha une âpre lutte interne au sein du péronisme et donna lieu à d’importantes manœuvres des différents groupes de pouvoir, par lesquelles les secteurs les plus  conservateurs entendaient faire fortement pression pour empêcher cette candidature. En même temps que se déroulaient ces luttes d’influence se développait en Eva Perón un cancer de l’utérus, cancer qui allait mettre un terme à sa vie en moins d’un an.

Le cancer du col utérin qu’avait contracté Eva Perón se manifesta pour la première fois le 9 janvier 1950 par son évanouissement lors de la réunion fondatrice du Syndicat des taxis. Admise à l’hôpital, elle y subit une appendicectomie. À cette occasion, le chirurgien Oscar Ivanissevich (pour lors aussi ministre de l’Éducation) constata un cancer du col de l’utérus et proposa ensuite à Eva Perón, sans lui communiquer ouvertement le diagnostic, de pratiquer une hystérectomie, ce qu’elle refusa avec véhémence. Le 24 septembre, Juan Perón fut mis au fait de l’état de santé de sa femme et sut à quoi s’en tenir, attendu que sa première épouse Aurelia avait succombé à la même maladie au terme de longues souffrances.

Début 1951, elle eut un nouveau malaise dans le bâtiment de la Fondation Eva Perón, ce qui l’incita à transférer son office à la résidence présidentielle, sise alors rues Austria et Libertador, où se trouve aujourd’hui la Bibliothèque nationale d’Argentine. Les médias commençaient maintenant à évoquer son état de santé, et 92 messes furent célébrées dans toute l’Argentine pour demander son rétablissement. Les syndicats de leur côté imaginèrent des manifestations plus laïques, telle que ce cortège de plus de mille camions organisé par les chauffeurs de poids lourds à Palermo le 18 octobre.

Le 15 octobre, elle fit paraître son livre La razón de mi vida (trad. fr. La Raison de ma vie), rédigé avec l’aide du journaliste espagnol Manuel Penella de Silva entre autres, avec un premier tirage de 300 000 exemplaires, dont 150 000 furent vendus dès le premier jour de parution. L’ouvrage deviendra après sa mort, par décret du Congrès, livre de lecture obligatoire dans les écoles argentines.

La progression de son cancer l’affaiblissait de plus en plus, la contraignant au repos. Ce nonobstant, elle continua de participer aux rassemblements publics. L’un des plus importants de cette phase finale de sa vie eut lieu le 17 octobre de cette même année 1951. Le discours que prononça Evita ce jour-là a été considéré comme son testament politique ; elle y fera neuf fois allusion à sa propre mort.

Le 5 novembre 1951, elle fut opérée par le célèbre médecin oncologue américain George Pack, venu à Buenos Aires dans le plus grand secret, à l’hôpital d’Avellaneda (l’actuel Hospital Interzonal General de Agudos Presidente Perón), construit par la Fondation Eva Perón. C’est là aussi que, six jours plus tard, depuis son lit d’hôpital, avec l’accord de la commission électorale et l’assentiment des partis d’opposition, elle émit son vote pour les élections générales, qui assurèrent la réélection de Juan Perón. La salle d’hôpital a entre-temps été aménagée en musée.

Dans la période de convalescence qui suivit, il sembla qu’elle pût reprendre ses activités. Selon le père Benítez, « personne ne lui avait jamais dit de quoi elle était atteinte, mais elle se rendait compte qu’elle allait fort mal. Elle souffrait des mêmes douleurs lancinantes, de la même absence d’appétit, et avait les mêmes effroyables cauchemars et accès de désespoir ». Ses interventions publiques devinrent plus agressives envers l’oligarchie, s’émaillaient de menaces apocalyptiques et d’allusions messianiques à une vie après la mort103. Entre-temps, Juan Perón avait gagné l’élection présidentielle, avec une avance sur son adversaire largement plus importante que lors de l’édition précédente, grâce à l’apport des voix féminines mobilisées par Evita.

À cette même époque, Eva Perón commença de rédiger son dernier livre, connu sous le titre de Mi mensaje, qu’elle dicta au président du syndicat des enseignants, Juan Jiménez Domínguez, et réussit à achever peu de jours avant de mourir. Il s’agit du texte le plus ardent et le plus émouvant d’Evita, dont il fut donné lecture d’un extrait après sa mort, le 17 octobre 1952, lors du rassemblement sur la place de mai, et qui fut égaré par la suite, pour être retrouvé en 1987. Ses sœurs, affirmant alors qu’il s’agissait d’un texte apocryphe, saisirent le tribunal, lequel rendit son jugement en 2006 en déclarant le texte authentique.

Après sa mort, la CGT proclama une cessation de travail de trois jours, tandis que le gouvernement décréta un deuil national de 30 jours. L’on veilla son corps au secrétariat au Travail et à la Prévoyance jusqu’au 9 août, date à laquelle il fut transféré à l’édifice du Congrès de la Nation, pour y recevoir les honneurs officiels, et ensuite au siège de la CGT. Le cortège fut suivi, au cours d’une semaine pluvieuse, par plus de deux millions de personnes et, à son passage par les rues de Buenos Aires, fut reçu par une pluie d’œillets, d’orchidées, de chrysanthèmes, de giroflées et de roses, lancées des balcons proches. Les cérémonies funèbres se prolongèrent pendant seize jours. Vingt-huit personnes périrent par suite de l’affluence dans les rues et il y eut plus de trois cents blessés.

Le gouvernement chargea Edward Cronjager, opérateur de la 20th Century Fox, qui avait déjà filmé les obsèques du maréchal Foch, de produire aussi les images des funérailles d’Evita, images qui permirent ensuite de réaliser le documentaire Y la Argentina detuvo su corazón110. Le gouvernement disposa également que les radios rappellent quotidiennement l’heure de la mort d’Evita, en déplaçant l’heure de début du journal parlé de 20 heures 30 à 20 heures 25 et en répétant chaque fois la phrase « il est 20 heures 25, heure à laquelle Eva Perón passa à l’immortalité ».

Conformément à ses dernières volontés, rédigées d’une main incertaine, sa fondation devait devenir une partie intégrante de la CGT, et celle-ci serait chargée d’en gérer les possessions, au bénéfice des affiliés des syndicats. Cependant, avec la mort d’Evita, la Fondation se retrouvait soudain privée de son cœur battant et de son ressort, et les fonds baissaient. Sans Evita, le péronisme avait perdu de sa puissance rhétorique, et le lien émotionnel entre Perón, Evita et les sans-chemise s’était sensiblement affaibli.

Son corps fut embaumé par les soins du Dr Pedro Ara et resta ensuite exposé dans les locaux de la CGT. Entre-temps, le gouvernement ordonna le début des travaux en vue de la construction du monument au Descamisado, qui avait été projeté à partir d’une idée d’Eva Perón et qui, suivant un nouveau projet, deviendrait son tombeau définitif. Lorsque la dénommée Révolution libératrice renversa Juan Perón le 23 septembre 1955, le cadavre fut enlevé et disparut durant 14 ans.

Source : Wikipédia.

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