Clara Zetkin, enseignante, journaliste et femme politique.

Clara Zetkin née le 5 juillet 1857 à Wiederau, en royaume de Saxe, et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le 20 juin 1933, est une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme, plus précisément du féminisme socialiste.

Après avoir été membre jusqu’en 1917 de l’aile gauche du SPD, elle rejoint l’USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d’Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la république de Weimar, de 1920 à 1933.


Clara Zetkin, carte maximum, Russie.

Clara Eißner naît fille d’un instituteur, Gottfried Eißner, et de la féministe Joséphine Vitale. Sa famille s’installe à Leipzig en 1872, à la retraite de Gottfried, et Clara rentre à l’institut Von Streyber pour l’éducation des femmes, ce qui lui donne accès à l’une des plus hautes éducations qu’une jeune femme pouvait obtenir à l’époque, l’accès aux universités étant encore impossible aux femmes à l’époque. Elle eut notamment comme enseignante l’éducatrice et féministe Auguste Schmidt. Elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions de l’Allgemeiner Deutscher Frauenverein (Association générale des femmes allemandes). Une camarade de classe, une jeune Russe nommée Varvara, l’introduit auprès de la communauté narodnik de Leipzig, où elle rencontrera son compagnon Ossip Zetkin, révolutionnaire russe en exil. Elle découvre les idées du socialisme révolutionnaire et, par son frère Arthur, les publications de la social-démocratie allemande.

Son père décède en 1875, mais grâce à l’influence de sa mère dans les milieux féministes, en 1878, l’institut la dispense de payer les droits d’inscription en dernière année qu’elle ne peut plus s’offrir. Elle obtient ainsi son diplôme de professeur en langues étrangères. Elle s’éloigne de sa famille et du féminisme « bourgeois » et adhère la même année au SAP, ancêtre du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), interdit la même année par les premières lois antisocialistes du chancelier impérial Otto von Bismarck.

Malgré les lois antisocialistes, Clara Zetkin (qui a pris le nom de son compagnon sans mariage), participe clandestinement à la diffusion du journal du SPD, Der Sozialdemokrat (de). Ossip Zetkin est arrêté et expulsé d’Allemagne à l’été 1880, elle-même est bientôt expulsée de Saxe. Elle se réfugie à Zurich puis rejoint Ossip Zetkin en 1882 à Paris, où ils s’installent dans le 13e.

Alors qu’Ossip devient le secrétaire du premier mouvement d’ouvriers immigrés à Paris, majoritairement composé de Russes et de Roumains, elle devient correspondante de Der Sozialdemokrat. Ils rencontrent Louise Michel, Jules Guesde, Laura Marx et son mari Paul Lafargue. En Suisse, elle influence l’Union suisse des ouvrières par son opposition au féminisme bourgeois, qui n’adhère pas à Alliance des sociétés féminines suisses.

Elle contracte la tuberculose et retournera quatre mois à Leipzig en 1886 pour s’y soigner. Clara Zetkin a deux enfants avec son compagnon, Maxime et Constantin.

En 1889, l’année du décès d’Ossip Zetkin, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième internationale, à la préparation de laquelle elle participe. Alors qu’il est attendu d’elle un rapport sur la situation des travailleuses en Allemagne, elle déclare devant ses camarades qu’elle ne l’effectuera pas, la situation des travailleuses étant « identique à celle des travailleurs », mais qu’elle parlera plutôt du principe même du travail des femmes, et de la place qu’elles doivent prendre dans la lutte des classes.

En effet, les socialistes sont encore divisés sur la question du travail des femmes : sa massification est accusée de faire baisser les salaires, et certains socialistes ont encore une vision conservatrice de la place « naturelle » de la femme au foyer, comme le défendaient les partisans de Proudhon lors de la Première Internationale. Son discours à Paris plaide pour une émancipation de la femme en deux temps, le premier étant l’accès au travail.

Elle contrecarre les arguments contre le travail des femmes, dont elle attribue les conséquences néfastes au système capitaliste. Enfin, elle fustige le féminisme bourgeois (comme de tradition chez les marxistes de l’époque) dont elle considère que les priorités (accès aux études supérieures, droit de vote des femmes…) ne sont pas celles des travailleuses.

Elle plaide enfin pour l’union des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement socialiste.

Il s’agit de l’un de ses premiers discours publics, mais celui-ci aura un fort impact : ralliant à ses arguments les représentants présents, elle fait inscrire dans la nouvelle ligne politique de l’Internationale la revendication de l’égalité économique, juridique et politique des femmes, le droit d’accéder librement au travail, et la recommandation pour les socialistes de tous les pays à inviter les femmes dans la lutte des classes.

La même année 1889, de violentes grèves dans toute l’Allemagne aboutissent, en 1890, à l’abolition des lois antisocialistes. En 1891, Clara Zetkin rentre en Allemagne et crée en 1892 le journal Die Gleichheit (l’Égalité), dont elle devient rédactrice-en-chef et qu’elle publiera jusqu’en 1917. Le journal se veut un outil d’éducation populaire des femmes ouvrières et d’information sur leurs conditions de travail. Son travail d’agitation participe à la structuration d’un important mouvement social-démocrate féminin.

L’adhésion à un parti politique étant interdite aux femmes par la loi prussienne, elle crée une structure parallèle au SPD, qui existe à moitié dans la clandestinité, à moitié en contournant la législation. Cette structure se dote d’une ligne politique claire, d’une responsable centrale (Ottilie Baader) salariée par le SPD, et sera rejointe par Rosa Luxemburg, Helene Stöcker, Luise Zietz (en), Anita Augspurg, Minna Cauer, Lily Braun, et bien d’autres. À chaque congrès du SPD, les femmes socialistes envoient des déléguées élues en assemblées non-mixtes. En 1893, une première tentative d’organiser une conférence socialiste des femmes est empêchée par la police. À partir de 1900, la Conférence des femmes réussit à se réunir avant chaque congrès du parti, et ses comptes-rendus sont joints aux procès-verbaux de celui-ci.

Malgré les succès, Clara Zetkin est critiquée en interne pour son autoritarisme, son zèle à régenter et sa rigidité doctrinaire, qui l’oppose à l’aile réformiste du parti qui plaide pour plus de modération (et à laquelle appartient sa rivale Lily Braun). Elle s’oppose également, revendiquant l’égalité de traitement entre hommes et femmes, à la revendication de mesures légales spécifiques pour les travailleuses, exceptées les femmes enceintes. De plus, son journal, Die Gleichheit est également critiqué, non pas pour sa qualité mais pour le niveau de langue trop soutenu et le niveau de conceptualisation théorique, mettant la plupart des ouvrières, pour Lily Braun, « hors d’état de le comprendre ».

L’historienne Nicole Gabriel situe la fin de l’« ère Zetkin » vers 19065, alors que s’assouplissent peu à peu les lois interdisant la politique aux femmes, permettant aux femmes d’adhérer officiellement au SPD. Il est alors question de rattacher la section féminine, jusque-là autonome, au parti, voire de la supprimer pour intégrer les femmes comme des travailleurs comme les autres, ce auquel les femmes socialistes s’opposaient fermement.

Mais des questions de rapport de force entre réformistes et marxistes orthodoxes entrent en jeu : le mouvement des femmes de Clara Zetkin se situe de manière très majoritaire dans la ligne orthodoxe, et cette section autonome, au-delà des droits des femmes, est un atout de l’aile gauche du parti.

C’est dans ce climat qu’en 1907, Clara Zetkin organise à Stuttgart, sa ville de résidence, la Première conférence internationale des femmes socialistes, évènement fondateur de l’Internationale socialiste des femmes, pendant féminin de la Deuxième Internationale Socialiste. Pour l’historienne Nicole Gabriel, « on ne peut douter de la sincère volonté internationaliste de Clara Zetkin », même si elle compte, du même coup, « renforcer sa place dans le parti, en tant que femme et représentante de l’aile gauche à qui elle offre une tribune ».

La Première conférence internationale des femmes socialistes, accolée à un congrès de la Deuxième Internationale, est un succès en termes de fréquentation. Elle consacre également Clara Zetkin présidente de l’Internationale socialiste des femmes, élue à l’unanimité sans même avoir eu à présenter officiellement sa candidature. Son journal, Die Gleichheit, devient l’organe officiel de l’internationale des femmes, et le siège de l’organisation est fixé dans ses locaux.

Elle sera réélue par acclamation à la conférence (en) de Copenhague en 1910. Lors de cette conférence d’août 1910, elle propose, avec le soutien de la Russe Alexandra Kollontaï, d’organiser une Journée internationale des femmes. La conférence, qui réunit des militantes venues de 17 pays différents, adopte la proposition, qui vient après les manifestations d’ouvrières des États-Unis en 1908 et en 1909. L’objectif principal de l’Internationale des femmes socialistes est l’obtention du droit de vote pour toutes les femmes. La « Journée internationale des femmes », se veut une journée de manifestation annuelle qui permet de militer pour le droit de vote, l’égalité entre les sexes, et le socialisme. La première d’entre elles, à laquelle participe Clara Zetkin, est fixée le 19 mars 1911. Cette initiative constitue l’origine de la Journée internationale des femmes, manifestation annuelle fixée de nos jours le 8 mars.

La révolution allemande de novembre 1918 permet au mouvement féministe d’obtenir le droit pour les femmes de voter et d’être élues. Clara Zetkin adhère au Parti communiste d’Allemagne (KPD), créé en décembre 1918 autour de la Ligue spartakiste. Elle est ensuite députée du KPD de 1920 à 1933.

En décembre 1920 elle participe au congrès de Tours, le 18e congrès de la SFIO, qui voit sa scission, la majorité décidant de se rallier à la IIIe Internationale en donnant naissance à la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, futur PCF). Son arrivée n’était pas prévue (les autorités françaises ayant refusé de lui octroyé un visa), au même titre que celle d’autres délégués étrangers ; sa présence est toutefois en partie décisive sur l’issue du congrès. Ce ne sont pas tant ses discours qui eurent de l’effet mais son action en sous-main, alors qu’elle organise des réunions secrètes. Elle est envoyée par l’Internationale avec Alexandre E. Abramovitch (dit Zalewski) et Ivan Stepanov (dit Stoïan Minev) et doit favoriser son implantation dans le parti (le premier est cependant arrêté peu après et elle conserve l’essentiel de l’influence de la délégation). Les réunions sont organisées le 27 décembre au soir et lendemain matin et on s’entretient sur le statut de la dissolution ou non de la IIIe Internationale, les noms des dirigeants du parti qui va naître et son exclusion des trop modérés Jean Longuet et Paul Faure. Son action porte ses fruits.

Proche d’Alexandra Kollontaï au sein de l’Internationale, Clara Zetkin se retrouve néanmoins au cours des années 1920 très isolée politiquement, en particulier après l’exclusion de Paul Levi. Elle reste néanmoins présente dans les instances du KPD, membre du bureau central jusqu’en 1924 puis membre du comité central de 1927 à 1929. Elle est également membre de la direction du Comintern de 1921 à 1933, et à la tête du secrétariat de l’Internationale communiste des femmes. En août 1932, présidant le Reichstag en tant que doyenne, elle appelle à combattre le nazisme.

Contrainte de fuir l’Allemagne après l’arrivée des nazis au pouvoir et l’interdiction du KPD, Clara Zetkin meurt quelques semaines plus tard en exil à Moscou à 75 ans. La tombe de Clara Zetkin se trouve le long des murs du Kremlin, sur la place Rouge.

Elle est récipiendaire de l’ordre de Lénine (1932) et de l’ordre du Drapeau rouge (1927).

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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