Adolf Hitler, idéologue et homme d’état.

Adolf Hitler est un idéologue et homme d’État allemand, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn en Autriche-Hongrie (aujourd’hui en Autriche et toujours ville-frontière avec l’Allemagne) et mort par suicide le 30 avril 1945 à Berlin. Fondateur et figure centrale du nazisme, il prend le pouvoir en Allemagne en 1933 et instaure une dictature totalitaire, impérialiste, antisémite, raciste et xénophobe désignée sous le nom de Troisième Reich.

Membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP, le parti nazi), créé en 1920, il s’impose à la tête du mouvement en 1921 et tente en 1923 un coup d’État qui échoue. Il met à profit sa courte peine de prison pour rédiger le livre Mein Kampf dans lequel il expose ses conceptions racistes et ultranationalistes.

Dans les années 1920, dans un climat de violence politique, il occupe une place croissante dans la vie publique allemande jusqu’à devenir chancelier le 30 janvier 1933, pendant la Grande Dépression. Son régime met très rapidement en place les premiers camps de concentration destinés à la répression des opposants politiques (notamment socialistes, communistes et syndicalistes). En août 1934, après une violente opération d’élimination physique d’opposants et rivaux — connue sous le nom de nuit des Longs Couteaux — et la mort du vieux maréchal Hindenburg, président du Reich, il se fait plébisciter chef de l’État. Il porte dès lors le double titre de « Führer » (en français : « guide ») et « chancelier du Reich », sabordant ainsi la république de Weimar et mettant fin à la première démocratie parlementaire en Allemagne. La politique qu’il conduit est pangermaniste, antisémite, revanchiste et belliqueuse. Son régime adopte en 1935 une législation anti-juive et les nazis prennent le contrôle de la société allemande (travailleurs, jeunesse, médias et cinéma, industrie, sciences, etc.).

L’expansionnisme du régime est l’élément déclencheur du volet européen de la Seconde Guerre mondiale. L’Allemagne connaît d’abord une période de victoires militaires et occupe la majeure partie de l’Europe, mais elle est ensuite repoussée sur tous les fronts, puis envahie par les Alliés : à l’Est par les Soviétiques, à l’Ouest par les Anglo-Américains et leurs alliés, dont des forces issues des pays occupés par l’Allemagne. Au terme d’une guerre totale ayant atteint des sommets de destruction et de barbarie, Hitler, terré dans son bunker, se suicide alors que Berlin en ruines est investie par les troupes soviétiques.

Le Troisième Reich, qui, selon Hitler, devait durer « mille ans », n’en dura que douze mais a provoqué la mort de dizaines de millions de personnes et la destruction d’une grande partie des villes et des infrastructures en Europe. L’ampleur sans précédent de massacres comme le génocide des Juifs européens et des Tziganes — commis par les Einsatzgruppen puis dans les centres de mise à mort massive — , la mort par la faim de millions de civils soviétiques ou l’assassinat des personnes handicapées, auxquels s’ajoutent les innombrables exactions contre les populations civiles, le traitement inhumain des prisonniers de guerre soviétiques ou encore les destructions et les pillages dont il est responsable, ainsi que le racisme radical singularisant sa doctrine et la barbarie des sévices infligés à ses victimes, valent à Hitler d’être jugé de manière particulièrement négative par l’historiographie et la mémoire collective. Sa personne et son nom sont considérés comme des symboles du mal absolu.


Le 2 août 1914, au lendemain de la déclaration de guerre du Kaiser, des milliers de Munichois se pressent sur l’Odeonsplatz pour applaudir le roi de Bavière. Une photographie immortalise l’événement et Hitler y figure. Dans Mein Kampf, il se déclare heureux de partir en guerre. C’est pourtant oublier qu’il a tenté de se dérober à l’armée autrichienne quelques années plus tôt. D’après son livret militaire, il ne se serait présenté que le 5 août au bureau de recrutement. Il est définitivement incorporé le 16 août comme « volontaire » dans le 1er bataillon du 2e régiment d’infanterie de l’armée bavaroise. Le départ du 16e régiment d’infanterie de réserve bavarois (régiment List, du nom de son colonel, Julius von List), dans lequel il vient d’être incorporé pour le front est fixé au 8 octobre. Le train atteint la frontière belge le 22 octobre puis arrive à Lille le 23.

Le soldat Hitler connaît son baptême du feu le 28 octobre 1914 près d’Ypres. Au 1er novembre, son bataillon est décimé : sur 3 600 hommes, 611 seulement restent opérationnels. Après seulement quelques jours en première ligne, il est affecté comme estafette le 9 novembre. Le 3 novembre précédent, il était nommé gefreiter, ce qui ne correspond pas, comme le proposent divers historiens, au grade de caporal mais à celui de première classe, sans prérogative de commandement sur d’autres soldats. Pour récompenser son courage (pour avoir ramené à l’abri, en compagnie de son coéquipier Anton Bachmann, le commandant du régiment, Philipp Engelhardt), Hitler est proposé par l’adjudant Gutmann à la décoration de la croix de fer de deuxième classe (et recevra la première classe en 1918). Il a la position d’estafette auprès de l’état-major de son régiment : il va chercher les ordres des officiers pour les transmettre aux bataillons. En période de calme relatif, l’estafette Hitler sillonne la campagne des environs de Fournes pour peindre des aquarelles. Réputé pour son caractère difficile, il est néanmoins apprécié de ses camarades. Lui proposer de « coucher avec des Françaises » le met hors de lui, puisque « contraire à l’honneur allemand ». Il ne fume pas, il ne boit pas, il ne fréquente pas le bordel. Le soldat Hitler s’isole pour réfléchir ou lire. Les quelques photographies connues de cette période présentent un homme pâle, moustachu, maigre souvent à l’écart du groupe. Son véritable compagnon est son chien Foxl et un jour il s’angoisse à l’idée de ne pas le retrouver : « Le salaud qui me l’a enlevé ne sait pas ce qu’il m’a fait. » Hitler est un véritable guerrier fanatique, aucune fraternité, aucun défaitisme ne doit être toléré.

À sa sortie d’hôpital en novembre 1918, Hitler retourne dans son régiment de Munich. Plus tard, il écrira que la guerre avait été « le temps le plus inoubliable et le plus sublime ».

Bien que Hitler ait écrit dans Mein Kampf avoir décidé de s’engager en politique dès l’annonce de l’armistice du 11 novembre 1918, il s’agit là surtout d’une reconstruction rétrospective. Comme le note Ian Kershaw, Hitler s’abstient encore de s’engager dans les premiers mois de 1919, ne songeant nullement par exemple à rejoindre les nombreux corps francs — des unités paramilitaires formées par les anciens combattants d’extrême droite pour écraser les insurrections communistes en Allemagne puis la jeune république de Weimar elle-même. Sous l’éphémère république des conseils de Munich, il est resté discret et passif, et a probablement fait extérieurement allégeance au régime.

Depuis le 9 novembre 1918, la Bavière est en effet entre les mains de la Räterepublik ou « république des conseils », un gouvernement révolutionnaire proclamé par le socialiste Kurt Eisner et virant de plus en plus à gauche après l’assassinat de ce dernier début 1919. La propre caserne de Hitler est dirigée par un conseil. Dégoûté, Hitler quitte Munich pour Traunstein. Cependant, en 1919, alors que le pouvoir est hésitant entre communistes du KPD et sociaux-démocrates du SPD, il se fait élire délégué de sa caserne, une première fois lorsque le pouvoir en Bavière est aux mains du SPD, puis une seconde fois en tant que délégué adjoint sous l’éphémère régime communiste (avril-mai 1919), juste avant la prise de Munich par les troupes fédérales et les corps francs. Il n’a pas cherché à combattre ces régimes, sans pour autant avoir adhéré à aucun de ces partis, et il est probable que les soldats connaissaient ses opinions politiques nationalistes.

Hitler reste théoriquement dans l’armée jusqu’au 31 mars 1920. En juin 1919, alors que la répression de la révolution fait rage en Bavière, son supérieur, le capitaine Karl Mayrd, le charge de faire de la propagande anticommuniste auprès de ses camarades. C’est au cours de ses conférences parmi les soldats que Hitler découvre ses talents d’orateur et de propagandiste et que pour la première fois un public se montre spontanément séduit par son charisme.

C’est aussi de cette époque que date le premier écrit antisémite de Hitler, une lettre qu’il adressa, le 16 septembre 1919, à un certain Adolf Gemlich, sur l’initiative de son supérieur, le capitaine Karl Mayr. Après une virulente attaque antisémite, dans laquelle il qualifie l’action des Juifs de « tuberculose raciale des peuples », il y oppose « antisémitisme instinctif » et « antisémitisme raisonné » : « L’antisémitisme instinctif s’exprimera en dernier ressort par des pogroms. L’antisémitisme raisonné, en revanche, doit conduire à une lutte méthodique sur le plan légal et à l’élimination des privilèges du Juif. Son objectif final doit être cependant, en tout état de cause, leur bannissement ». Pour Ernst Nolte, cette lettre est aussi un témoignage de l’antibolchévisme naissant de Hitler et de l’association qu’il fait entre Juifs et révolution : Hitler termine en effet sa lettre avec une remarque selon laquelle les Juifs « sont en effet les forces motrices de la révolution ».

Hitler, entier postal, Allemagne.

30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommé chancelier de la république de Weimar après un mois d’intrigues au sommet organisées par l’ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l’implication du Parti populaire national allemand (DNVP). Le soir même, des milliers de SA effectuent un défilé nocturne triomphal sur l’avenue Unter den Linden, sous le regard du nouveau chancelier, marquant ainsi la prise de contrôle de Berlin et le lancement de la chasse aux opposants. Le quotidien Deutsche Allgemeine Zeitung (DAZ), proche de la droite conservatrice, écrivit le 31 janvier 1933 : « En tout cas, c’est une décision hardie et audacieuse, et aucun homme politique conscient de ses responsabilités ne sera enclin à applaudir ». Le quotidien catholique Regensburger Anzeiger mit en garde contre « un saut dans l’obscurité ».

Pour la journée de Potsdam, le 21 mars 1933, inauguration de la session du nouveau Parlement au Reichstag, Adolf Hitler s’incline devant le président du Reich Hindenburg qui l’a nommé quelques semaines plus tôt au poste de chancelier ; deux jours plus tard, le 23 mars, est votée la loi des pleins pouvoirs, deuxième étape de l’instauration de la dictature, après le décret sur l’incendie du Reichstag.

Contrairement à une idée reçue fréquente, Hitler n’a jamais été « élu » chancelier par les Allemands, du moins pas directement. Il a néanmoins été nommé chancelier par le président conformément à la constitution de Weimar, et choisi en qualité de chef du parti remportant les élections législatives de novembre 1932, même si Ian Kershaw rappelle que « la nomination de Hitler à la chancellerie aurait sans doute pu être évitée » et ce jusqu’au dernier moment. Les tractations avec le président qui se sont en fait révélées indispensables à sa nomination amènent certains à considérer qu’il a été « hissé au pouvoir » par une poignée d’industriels et d’hommes de droite. Et en dépit de son énorme poids électoral, jamais une majorité absolue des électeurs ne s’est portée sur lui, puisque même en mars 1933, après deux mois de terreur et de propagande, son parti n’obtient que 43,9 % des suffrages. Toutefois, il a atteint son objectif poursuivi depuis fin 1923 : arriver au pouvoir légalement. Et il est hors de doute que le ralliement de la masse des Allemands au nouveau chancelier s’est fait très vite, et moins par la force que par adhésion à sa personne.

Lors de la formation du premier gouvernement de Hitler, le DNVP d’Alfred Hugenberg espère être, avec le Zentrum de von Papen, en mesure de contrôler le nouveau chancelier — bien que le DNVP ne représente que 8 % des voix alors que les nazis en ont 33,1 %. De fait, le premier gouvernement de Hitler ne compte, outre le chancelier lui-même, que deux nazis : Göring, responsable en particulier de la Prusse, et Wilhelm Frick, au ministère de l’Intérieur.

Mais Hitler déborde rapidement ses partenaires et met immédiatement en route la mise au pas de l’Allemagne. Dès le 1er février, il obtient de Hindenburg la dissolution du Reichstag. Le 3 février, il s’assure le soutien de l’armée. Pendant la campagne électorale, Von Papen, Thyssen et Schacht obtiennent des milieux industriels et financiers, jusque-là plutôt réservés envers Hitler, qu’ils renflouent les caisses du NSDAP et financent sa campagne130. La SA et la SS, milices du parti nazi, se voient conférer des pouvoirs d’auxiliaires de police. De nombreux morts marquent les rencontres des partis d’opposition, notamment du Parti social-démocrate (SPD) et du parti communiste (KPD). Des opposants sont déjà brutalisés, arrêtés, torturés, voire assassinés.

L’énigmatique incendie du Reichstag, le 27 février, sert de prétexte à Hitler pour suspendre toutes les libertés civiles garanties par la Constitution de Weimar et radicaliser l’élimination de ses opposants politiques, notamment des députés communistes du KPD, illégalement arrêtés. Le NSDAP remporte les élections du 5 mars 1933 avec 17 millions de voix, soit 43,9 % des suffrages. Dans les jours qui suivent, dans tous les Länder d’Allemagne, les nazis s’emparent par la force des leviers locaux du pouvoir. Le 20 mars, au cours d’une grandiose cérémonie de propagande sur le tombeau de Frédéric II de Prusse à Potsdam, où il s’affiche en grand costume aux côtés de Hindenburg, Hitler proclame l’avènement du Troisième Reich, auquel il promettra ultérieurement une durée de « mille ans ». Le 23 mars, grâce aux voix du Zentrum, auquel le chancelier a promis en échange la signature d’un concordat avec le Vatican, et malgré l’opposition du seul SPD (les députés du KPD étant arrêtés), le Reichstag vote la loi des pleins pouvoirs qui accorde à Hitler les pouvoirs spéciaux pour quatre ans. Il peut désormais rédiger seul les lois, et celles-ci peuvent s’écarter de la Constitution de Weimar que Hitler ne se donna même pas la peine d’abolir formellement.

C’est une étape décisive du durcissement du régime. Sans même attendre le vote de la loi, les nazis ont ouvert le premier camp de concentration permanent le 20 mars à Dachau, sous la houlette de Himmler. Ce dernier jette en Allemagne du Sud, tout comme Göring en Prusse, les bases de la redoutable police politique nazie, la Gestapo. Le 2 mai, vingt-quatre heures après avoir accepté de défiler devant le chancelier, les syndicats sont dissous et leurs biens saisis. Le 10 mai, le ministre de la Propagande Joseph Goebbels préside à Berlin une nuit d’autodafé où des étudiants nazis brûlent pêle-mêle en public des milliers de « mauvais livres » d’auteurs juifs, pacifistes, marxistes ou psychanalystes comme Marx, Freud ou Kant. Des milliers d’opposants, de savants et d’intellectuels fuient l’Allemagne comme Albert Einstein. Le 14 juillet, le NSDAP devient le parti unique. Hitler met fin aussi rapidement aux libertés locales. L’autonomie des Länder est définitivement supprimée le 30 janvier 1934 : un an après son accession à la chancellerie, Hitler devient le chef du premier État centralisé qu’ait connu l’Allemagne.

En tout, entre 1933 et 1939, de 150 000 à 200 000 personnes sont internées, et entre 7 000 et 9 000 sont tuées par la violence d’État. Des centaines de milliers d’autres doivent fuir l’Allemagne.

Les nazis condamnent l’« art dégénéré » et les « sciences juives », et détruisent ou dispersent de nombreuses œuvres des avant-gardes artistiques. Le programme pour « purifier » la race allemande est également très tôt mis en œuvre. Une loi du 7 avril 1933 permet à Hitler de destituer aussitôt des centaines de fonctionnaires et d’universitaires juifs, tandis que les SA déclenchent au même moment une campagne brutale de boycott des magasins juifs. Hitler impose aussi personnellement à l’été 1933 une loi prévoyant la stérilisation forcée des malades et des handicapés : elle est appliquée à plus de 350 000 personnes. Détestant particulièrement le mélange des populations (qualifié de « honte raciale »), le chef allemand ordonne de stériliser en particulier, en 1937, les 400 enfants nés dans les années 1920 d’Allemandes et de soldats noirs des troupes françaises d’occupation. Les persécutions envers les homosexuels commencent aussi, les bars et les lieux de rassemblement des homosexuels sont fermés. Les homosexuels subissent brutalités et tortures, et certains sont envoyés à Dachau. Certains se voient proposer l’« émasculation volontaire ».

En novembre 1933, le nouveau dictateur fait plébisciter sa politique quand 95 % des votants approuvent le retrait de la Société des Nations et que la liste unique du NSDAP au Reichstag fait 92 % des voix.

Les SA de Röhm exigent que la « révolution » nationale-socialiste prenne un tour plus anticapitaliste, et rêvent notamment de prendre le contrôle de l’armée, ce qui compromettrait dangereusement l’alliance nouée entre le chancelier et les élites conservatrices traditionnelles (présidence, militaires, milieux d’affaires). Des faux documents forgés par Heydrich achèvent aussi de persuader Hitler que Röhm complote contre lui. Le soir du 29 juin 1934 et les trois jours qui suivent, durant la nuit des Longs Couteaux, fort du soutien bienveillant de l’armée et du président Hindenburg, Hitler fait assassiner environ deux cents de ses partisans et de ses anciens ennemis politiques. Parmi eux, Gregor Strasser et Ernst Röhm, chef de la SA, mais aussi le docteur Erich Klausener, chef de l’Action catholique, ou encore son prédécesseur à la chancellerie, Schleicher, ainsi que Kahr, qui lui avait barré la route lors du putsch de 1923. Ne pouvant croire à son élimination par Hitler, Röhm refuse de se suicider et crie Heil Hitler ! avant d’être abattu dans sa cellule par Theodor Eicke et Michel Lippert.

Le 2 juillet, le vieil Hindenburg félicite Hitler, qu’il apprécie de plus en plus, pour sa fermeté en cette affaire. Sa mort le 2 août tranche le dernier lien vivant avec la république de Weimar. En vertu de la Constitution de Weimar, le chancelier exerce temporairement les pouvoirs du président défunt. Le même jour, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule : Hitler devient « Führer und Reichskanzler ». Le plébiscite du 19 août (89,93 % de oui) achève de donner au Führer le pouvoir absolu.

30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommé chancelier de la république de Weimar après un mois d’intrigues au sommet organisées par l’ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l’implication du Parti populaire national allemand (DNVP). Le soir même, des milliers de SA effectuent un défilé nocturne triomphal sur l’avenue Unter den Linden, sous le regard du nouveau chancelier, marquant ainsi la prise de contrôle de Berlin et le lancement de la chasse aux opposants. Le quotidien Deutsche Allgemeine Zeitung (DAZ), proche de la droite conservatrice, écrivit le 31 janvier 1933 : « En tout cas, c’est une décision hardie et audacieuse, et aucun homme politique conscient de ses responsabilités ne sera enclin à applaudir ». Le quotidien catholique Regensburger Anzeiger mit en garde contre « un saut dans l’obscurité ».

Pour la journée de Potsdam, le 21 mars 1933, inauguration de la session du nouveau Parlement au Reichstag, Adolf Hitler s’incline devant le président du Reich Hindenburg qui l’a nommé quelques semaines plus tôt au poste de chancelier ; deux jours plus tard, le 23 mars, est votée la loi des pleins pouvoirs, deuxième étape de l’instauration de la dictature, après le décret sur l’incendie du Reichstag.

Entouré d’un culte de la personnalité intense, qui le célèbre comme le sauveur messianique de l’Allemagne, Hitler exige un serment de fidélité à sa propre personne. Celui-ci est prêté notamment par les militaires, ce qui rendra très difficiles les futures conspirations au sein de l’armée, beaucoup d’officiers rechignant profondément, en conscience, à violer leur serment. Ce culte se met en place progressivement dès avant le putsch de la Brasserie137, lorsque Hitler, à la fois orateur et théoricien du national-socialisme, par opposition avec le cercle des premiers nazis, composé de reîtres (Röhm), de théoriciens (Rosenberg), d’organisateurs (Strasser) et de démagogues (Streicher)138, commence à disposer d’auditoires de plus en plus importants : son sens des formules, sa mémoire des détails impressionnent tant ses proches, que ses auditoires. Ainsi se met en place ce que Kershaw appelle une communauté charismatique centrée sur un homme, Hitler, dont la présence neutralise les rivalités entre disciples139. Ses fidèles se disputent la place d’intime auprès du grand homme : Göring, « paladin du Führer » ; Frank, « littéralement fasciné » ; Goebbels le voit comme « un génie » ; Schirach est « enchanté par ses premiers contacts »140…

L’ambition totalitaire du régime et la primauté du Führer sont symbolisées par la nouvelle devise du régime : Ein Volk, ein Reich, ein Führer – « un peuple, un empire, un chef », dans laquelle le titre de Hitler prend de façon idolâtre la place de Dieu dans l’ancienne devise du Deuxième Reich : Ein Volk, ein Reich, ein Gott (« Un peuple, un empire, un dieu »). Le Führerprinzip devient le nouveau principe de l’autorité non seulement au sommet de l’État, mais aussi, par délégation, à chaque échelon. La loi proclame par exemple officiellement le patron comme Führer de son entreprise, comme le mari est Führer de sa famille, ou le gauleiter Führer du parti dans sa région.


Le 11 septembre 1935 à Nuremberg : grand rassemblement (« grand appel ») de troupes paramilitaires allemandes faisant partie de la SA, de la SS ou de la NSKK.
Hitler entretient son propre culte par ses interventions à la radio : à chaque fois, le pays tout entier doit suspendre son activité et les habitants écouter religieusement dans les rues ou au travail son discours retransmis par les ondes et par les haut-parleurs. À chaque congrès tenu à Nuremberg lors des « grand’messes » du NSDAP, il bénéficie d’une savante mise en scène orchestrée par son confident, l’architecte et technocrate Albert Speer : son talent oratoire électrise l’assistance, avant que les masses rassemblées n’éclatent en applaudissements et en cris frénétiques pour acclamer le génie de leur chef. Inversement, la moindre critique, la moindre réserve sur le Führer mettent leur auteur en péril. Lors de la traversée du désert, les années 1924-1930, les Frères Strasser sont marginalisés puis éliminés en raison de leur insensibilité à la personne de Hitler139. Sur les milliers de condamnations à mort prononcées par le Tribunal du peuple du juge Roland Freisler, un bon nombre des personnes envoyées à la guillotine après des parodies de justice l’ont été pour des paroles méprisantes ou sceptiques à l’encontre du dictateur.

Le salut nazi devient obligatoire pour tous les Allemands. Quiconque essaie, par résistance passive, de ne pas faire le Heil Hitler ! de rigueur est immédiatement singularisé et repéré.

Au printemps 1938, le Führer accentue encore sa prédominance et celle de ses proches dans le régime. Il élimine les généraux Von Fritsch et Von Blomberg, et soumet la Wehrmacht en plaçant à sa tête les serviles Alfred Jodl et Wilhelm Keitel, connus pour lui être aveuglément dévoués. Aux Affaires étrangères, il remplace le conservateur Konstantin von Neurath par le nazi Joachim von Ribbentrop, tandis que Göring, qui s’affirme plus que jamais comme le no 2 officieux du régime, prend en charge l’économie autarcique en évinçant le Dr Hjalmar Schacht. La population allemande est encadrée de la naissance à la mort, soumise à l’intense propagande orchestrée par son fidèle Joseph Goebbels, pour lequel il crée le premier ministère de la Propagande de l’histoire. Les loisirs des travailleurs sont organisés — et surveillés — par la Kraft durch Freude du Dr Robert Ley, également chef du syndicat unique, le DAF. La jeunesse subit obligatoirement un endoctrinement intense au sein de la Hitlerjugend qui porte le nom du Führer, et qui devient le 1er décembre 1936 la seule organisation de jeunesse autorisée.

Entouré d’un culte de la personnalité intense, qui le célèbre comme le sauveur messianique de l’Allemagne, Hitler exige un serment de fidélité à sa propre personne. Celui-ci est prêté notamment par les militaires, ce qui rendra très difficiles les futures conspirations au sein de l’armée, beaucoup d’officiers rechignant profondément, en conscience, à violer leur serment. Ce culte se met en place progressivement dès avant le putsch de la Brasserie137, lorsque Hitler, à la fois orateur et théoricien du national-socialisme, par opposition avec le cercle des premiers nazis, composé de reîtres (Röhm), de théoriciens (Rosenberg), d’organisateurs (Strasser) et de démagogues (Streicher), commence à disposer d’auditoires de plus en plus importants : son sens des formules, sa mémoire des détails impressionnent tant ses proches, que ses auditoires. Ainsi se met en place ce que Kershaw appelle une communauté charismatique centrée sur un homme, Hitler, dont la présence neutralise les rivalités entre disciples. Ses fidèles se disputent la place d’intime auprès du grand homme : Göring, « paladin du Führer » ; Frank, « littéralement fasciné » ; Goebbels le voit comme « un génie » ; Schirach est « enchanté par ses premiers contacts »…

L’ambition totalitaire du régime et la primauté du Führer sont symbolisées par la nouvelle devise du régime : Ein Volk, ein Reich, ein Führer – « un peuple, un empire, un chef », dans laquelle le titre de Hitler prend de façon idolâtre la place de Dieu dans l’ancienne devise du Deuxième Reich : Ein Volk, ein Reich, ein Gott (« Un peuple, un empire, un dieu »). Le Führerprinzip devient le nouveau principe de l’autorité non seulement au sommet de l’État, mais aussi, par délégation, à chaque échelon. La loi proclame par exemple officiellement le patron comme Führer de son entreprise, comme le mari est Führer de sa famille, ou le gauleiter Führer du parti dans sa région.

Le 11 septembre 1935 à Nuremberg : grand rassemblement (« grand appel ») de troupes paramilitaires allemandes faisant partie de la SA, de la SS ou de la NSKK. Hitler entretient son propre culte par ses interventions à la radio : à chaque fois, le pays tout entier doit suspendre son activité et les habitants écouter religieusement dans les rues ou au travail son discours retransmis par les ondes et par les haut-parleurs. À chaque congrès tenu à Nuremberg lors des « grand’messes » du NSDAP, il bénéficie d’une savante mise en scène orchestrée par son confident, l’architecte et technocrate Albert Speer : son talent oratoire électrise l’assistance, avant que les masses rassemblées n’éclatent en applaudissements et en cris frénétiques pour acclamer le génie de leur chef. Inversement, la moindre critique, la moindre réserve sur le Führer mettent leur auteur en péril. Lors de la traversée du désert, les années 1924-1930, les Frères Strasser sont marginalisés puis éliminés en raison de leur insensibilité à la personne de Hitler139. Sur les milliers de condamnations à mort prononcées par le Tribunal du peuple du juge Roland Freisler, un bon nombre des personnes envoyées à la guillotine après des parodies de justice l’ont été pour des paroles méprisantes ou sceptiques à l’encontre du dictateur.

Le salut nazi devient obligatoire pour tous les Allemands. Quiconque essaie, par résistance passive, de ne pas faire le Heil Hitler ! de rigueur est immédiatement singularisé et repéré.

Au printemps 1938, le Führer accentue encore sa prédominance et celle de ses proches dans le régime. Il élimine les généraux Von Fritsch et Von Blomberg, et soumet la Wehrmacht en plaçant à sa tête les serviles Alfred Jodl et Wilhelm Keitel, connus pour lui être aveuglément dévoués. Aux Affaires étrangères, il remplace le conservateur Konstantin von Neurath par le nazi Joachim von Ribbentrop, tandis que Göring, qui s’affirme plus que jamais comme le no 2 officieux du régime, prend en charge l’économie autarcique en évinçant le Dr Hjalmar Schacht. La population allemande est encadrée de la naissance à la mort, soumise à l’intense propagande orchestrée par son fidèle Joseph Goebbels, pour lequel il crée le premier ministère de la Propagande de l’histoire. Les loisirs des travailleurs sont organisés — et surveillés — par la Kraft durch Freude du Dr Robert Ley, également chef du syndicat unique, le DAF. La jeunesse subit obligatoirement un endoctrinement intense au sein de la Hitlerjugend qui porte le nom du Führer, et qui devient le 1er décembre 1936 la seule organisation de jeunesse autorisée.

Une fois la France vaincue en 1940, Hitler satellise les pays d’Europe centrale : Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. Hitler obtient l’adhésion de la Hongrie et de la Bulgarie, anciens vaincus de la Première Guerre mondiale, en leur offrant respectivement la moitié de la Transylvanie et la Dobroudja, cédées par la Roumanie, où le général pro-hitlérien Ion Antonescu prend le pouvoir en septembre 1940. À partir de juin 1941, Hitler entraîne la Slovaquie, la Hongrie, et la Roumanie dans la guerre contre l’URSS, ainsi que la Finlande, qui y voit une occasion de réparer les torts de la guerre russo-finlandaise.

Cependant, Hitler échoue à faire entrer en guerre l’Espagne franquiste. Comptant sur la reconnaissance du Caudillo qui a gagné la guerre civile espagnole, il le rencontre à Hendaye le 23 octobre 1940. Hitler espère l’autorisation de Franco pour conquérir Gibraltar et couper les voies de communications anglaises en Méditerranée. Prudent, le dictateur espagnol sait que l’Angleterre ne peut plus déjà être envahie ni vaincue avant 1941, et que le jeu reste ouvert. Les contreparties exigées par Franco (notamment des compensations territoriales en Afrique du Nord française), dont le pays est par ailleurs ruiné et dépendant des livraisons américaines, sont irréalisables pour Hitler, qui souhaite ménager quelque peu le régime de Vichy pour l’amener sur la voie de la collaboration. Sorti furieux de l’entrevue au point de qualifier Franco de « porc jésuite », Hitler a cependant bénéficié plus tard de l’envoi en URSS des « volontaires » espagnols de la division Azul, qui participe jusqu’en 1943 à tous les combats (et à toutes les exactions) de la Wehrmacht, et le Caudillo l’a toujours ravitaillé en minerais stratégiques de première importance.

Au lendemain de l’entrevue de Hendaye, le 24 octobre, Hitler s’arrête à Montoire où la collaboration d’État française est officialisée au cours d’une entrevue avec Pétain. La poignée de main symbolique entre le vieux maréchal et le chancelier du Reich frappe de stupeur l’opinion française.

En novembre 1941, le Grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, rencontre Adolf Hitler et Heinrich Himmler, souhaitant les amener à soutenir la cause nationaliste arabe. Il obtient de Hitler la promesse « qu’une fois que la guerre contre la Russie et l’Angleterre sera gagnée, l’Allemagne pourra se concentrer sur l’objectif de détruire l’élément juif demeurant dans la sphère arabe sous la protection britannique ». Amin al-Husseini relaie la propagande nazie en Palestine et dans le monde arabe et participe au recrutement de combattants musulmans, concrétisé par la création des divisions de Waffen-SS Handschar, Kama et Skanderberg, majoritairement formées de musulmans des Balkans.

Ce soutien des nazis au Grand Mufti de Jérusalem est contradictoire avec la politique antisémite dans les années 1930, qui a pour conséquence l’émigration d’une grande partie des Juifs allemands vers la Palestine. Quant au Grand Mufti, sa stratégie est guidée par le principe selon lequel l’ennemi de ses ennemis (en l’occurrence les Anglais et les Juifs) doit être son allié. Du point de vue hitlérien, il s’agit essentiellement d’ébranler les positions de l’empire britannique au Moyen-Orient devant l’avancée de l’Afrikakorps et de permettre le recrutement d’auxiliaires, notamment pour lutter contre les partisans, alors que l’hémorragie de l’armée allemande devient problématique.

Hitler s’avère aussi et surtout être un commandant en chef brouillon et imprévisible, dédaigneux de l’opinion de son état-major. Il peut compter sur la très grande servilité de celui-ci, et en premier lieu du chef de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW, haut commandement des forces armées), Wilhelm Keitel. Chez Hitler, un manque fréquent de réalisme se double souvent d’impairs stratégiques. En outre, le Führer est inconscient de bien des problèmes du front. Comme Adolf Hitler accueille très mal les mauvaises nouvelles et tout ce qui ne correspond pas à ses plans, ses subordonnés hésitent à lui transmettre certaines informations.

Dès les premiers mois de l’offensive à l’Est, passé l’euphorie des premiers succès, Hitler se montre réservé, en privé, sur les chances de succès rapide dans la guerre contre l’Union soviétique : ainsi, en août 1941, devant Guderian et d’autres généraux, il évoque l’échec de la première phase de la campagne, puis, lors d’une visite de Mussolini à Rastenburg, à la fin du mois, il assume la responsabilité de la situation188. Au cours des conférences qui suivent, il se montre partisan, contre Guderian, Halder et Brauchitsch, qui mettent aussi en avant le caractère stratégique que constituerait la prise de Moscou, un nœud ferroviaire entre les deux parties du front, de la conquête de l’Ukraine et de ses ressources188. Si la conquête de l’Ukraine constitue un grand succès militaire, ce n’en reste pas moins une défaite contre le temps, qui est appelé à faire défaut lorsque la prise de Moscou devient la priorité189.

Sa première grave erreur a été d’ouvrir un deuxième front, en envahissant l’immense Union soviétique sans avoir terminé la guerre contre le Royaume-Uni. Toujours persuadé d’avoir une tâche monumentale qu’il aura du mal à réaliser en une seule vie, il souhaite attaquer l’URSS, principal réservoir d’« espace vital » et ennemi principal doctrinal, dans des délais rapides. À partir de décembre 1940, il planifie une guerre d’extermination terroriste à l’Est : il ne s’agit pas seulement de détruire le bolchevisme, mais au-delà, comme déjà en Pologne asservie, de détruire l’État, de réduire les populations civiles à l’état d’esclaves et de sous-hommes, de vider par les massacres et les déportations les territoires conquis de leurs Juifs et de leurs Tsiganes, afin de laisser la place à des colons allemands. Selon Peter Padfield, le 10 mai 1941, Hitler a envoyé Rudolf Hess, le « successeur désigné » du Führer, en Grande-Bretagne avec un traité de paix détaillé, en vertu duquel les Allemands se retireraient de l’Europe de l’Ouest, en échange de la neutralité britannique sur l’attaque imminente sur l’URSS190,191.

Au lancement de l’opération Barbarossa contre l’Union soviétique en juin 1941, Hitler, considérant que l’Armée rouge s’écroulera rapidement, envisage d’atteindre avant la fin de l’année une ligne Arkhangelsk-Astrakhan. Il interdit à ses troupes d’emporter du matériel d’hiver.

Il divise son armée en trois groupes : le groupe d’armées Nord (GAN) ayant pour objectif Leningrad, le groupe d’armées Centre (GAC) ayant pour objectif Moscou, et le Groupe d’armées Sud (GAS) ayant pour objectif l’Ukraine. À ce dispositif s’ajoutent les alliés finlandais au Nord, hongrois, roumains et italiens au Sud, ces derniers étant considérés comme peu fiables par Hitler et son état-major. En août 1941, Hitler donne la priorité à la conquête de l’Ukraine, objectif économique primordial avec ses terres céréalières et ses mines, par le GAS, mais aussi objectif stratégique, car une très grosse part de l’Armée rouge est concentrée autour de Kiev : marcher directement sur Moscou avant d’avoir détruit ces réserves, comme le voudraient de nombreux généraux allemands, exposerait dangereusement le flanc de la Wehrmacht aux yeux de Hitler. Ce faisant, le Führer oblige le GAC à stopper, alors qu’il était parvenu à 300 kilomètres de Moscou. L’offensive sur ce secteur reprend en octobre, mais ce contretemps fait intervenir un adversaire redoutable : l’hiver russe.

Fosse commune de quelques-uns des 3,5 millions de prisonniers de guerre soviétiques exterminés par les nazis.
Hitler a négligé ce facteur autant qu’il a sous-estimé, par haine des Slaves et du communisme, la qualité et la combativité des « sous-hommes » soviétiques. Son racisme lui fait aussi interdire formellement à l’armée d’invasion de se chercher des alliés parmi les nationalistes locaux et les ennemis du régime stalinien.

Au contraire, les déchaînements de cruautés contre les civils et la mise en œuvre des crimes de masse prémédités aliènent très vite à Hitler les populations soviétiques, rejetées dans les bras d’un Staline qui sait proclamer l’union sacrée. L’arrivée de troupes fraîches de Sibérie permet de dégager Moscou et de faire reculer des Allemands mal préparés aux dures conditions climatiques. La Wehrmacht a alors perdu 700 000 hommes (tués, blessés, prisonniers), soit un quart de son effectif sur ce front.

Le 19 décembre 1941, alors que la retraite menace de se transformer en débâcle incontrôlable comme celle qui avait fait disparaître la Grande Armée napoléonienne en 1812, Hitler prend directement le commandement de la Wehrmacht sur le front russe, évinçant le général von Brauchitsch ainsi que Guderian, von Bock et von Rundstedt. Il interdit catégoriquement toute retraite, tout repli même stratégique, allant jusqu’à faire condamner à mort des officiers et des généraux qui en effectuent en lui désobéissant. Les ordres draconiens du Führer parviennent de fait à stabiliser le front à quelque 150 km de Moscou, au prix de terribles souffrances des soldats.

Désormais, la guerre-éclair a fait son temps et Hitler a perdu tout espoir d’une guerre courte. De surcroît, c’est au même moment qu’il déclare la guerre aux États-Unis, le 11 décembre 1941, peu après l’attaque de Pearl Harbor le 7, dont ses alliés japonais ne l’avaient même pas prévenu, et sans bénéfice aucun pour le Reich, puisque l’empire japonais ne déclare nullement la guerre à l’URSS. Le Führer a fait donc inconsidérément entrer en lice le plus grand potentiel économique du monde, hors d’atteinte de ses Panzer et de ses bombardiers.

Hitler est désormais le maître absolu de l’armée et des opérations (même Staline laisse après 1942 la bride sur le cou à ses généraux, tandis que Churchill, Roosevelt et de Gaulle ne prennent guère que des décisions politiques). Si l’échec frustrant devant Moscou radicalise encore ses projets meurtriers (sa décision d’exterminer tous les Juifs d’Europe est prise au moment du ralentissement de l’avancée en Russie192), Hitler dispose encore de forces armées redoutables et reste pour l’heure le maître tout-puissant de l’Europe conquise, des portes de Moscou à l’Atlantique.

Ordre d’Adolf Hitler de piller les archives et les bibliothèques des Juifs (traduction française conservée aux Archives nationales françaises).
L’« Ordre Nouveau » promis par la propagande nazie n’a jamais signifié pour Hitler que la domination absolue et l’exploitation systématique de son « espace vital » par la « race des Seigneurs ».

Partout les économies locales sont donc placées sous tutelle, au profit exclusif du Troisième Reich et de son effort de guerre. Des tributs financiers exorbitants sont exigés des vaincus, les matières premières drainées en Allemagne ainsi que les produits agricoles et industriels (sans oublier les œuvres d’art, dont des trains entiers sont raflées par Göring et Rosenberg). Le pillage de l’Europe occupée est d’autant plus radical que Hitler tient absolument à maintenir un haut niveau de vie à la population allemande même en pleine guerre, pour éviter que ne se reproduise la révolte de novembre 1918.

Le 21 mars 1942, pour pallier la pénurie de main-d’œuvre causée par la mobilisation massive des Allemands sur le front de l’Est, Hitler nomme le gauleiter Fritz Sauckel plénipotentiaire au recrutement des travailleurs. Placé sous l’autorité directe du seul Führer, Sauckel parvient, à force de chasses à l’homme et de rafles massives à l’Est, et en usant à l’Ouest davantage d’intimidations et de mesures coercitives (conscription du travail et STO), à amener en deux ans plus de 8 millions de travailleurs forcés sur le territoire du Grand Reich. Parmi eux, les travailleurs polonais et soviétiques (Ostarbeiter) ont été soumis à un traitement brutal et extrêmement discriminatoire, leur laissant à peine le minimum vital pour subsister.

Parallèlement, le 8 février 1942, Hitler a chargé son confident et architecte préféré, le jeune technocrate Albert Speer, de réorganiser l’économie de guerre du Reich. En ce début d’année 1942, l’économie allemande n’est pas entièrement consacrée à la production de guerre. En centralisant la gestion de la production de guerre dans son ministère, le tout nouveau ministre de l’armement obtient rapidement des résultats permettant à l’économie allemande de soutenir l’effort de guerre. Mais il met longtemps à vaincre les réticences de Hitler à proclamer la guerre totale voulue par Goebbels, le Führer ne voulant pas imposer aux Allemands des sacrifices susceptibles de nuire à son image et de les pousser à la révolte.

Himmler de son côté exploite jusqu’à la mort la main-d’œuvre forcée des camps de concentration, dont le taux de mortalité explose littéralement à partir de début 1942. Le 9 décembre 1941, Hitler a pris personnellement le décret Nacht und Nebel, cosigné par Keitel, qui prévoit de faire littéralement disparaître les résistants déportés « dans la nuit et le brouillard » (expression empruntée par le Führer à un opéra de Wagner). Au sein du système concentrationnaire nazi, ce sont donc les détenus de toute l’Europe classés « NN » qui connaîtront les pires traitements et le taux de mortalité le plus important.

La domination nazie réintroduit largement en Europe des pratiques disparues depuis le XVIIIe siècle : torture, prise d’otages, réduction des populations en esclavage, destruction de villages entiers deviennent des pratiques banales qui signent la brève hégémonie de Hitler.

On peut y ajouter l’enrôlement forcé dans les troupes allemandes des Malgré-Nous alsacien-mosellans ou polonais, dont les territoires annexés sont soumis à une intense germanisation forcée, ou l’enlèvement aux mêmes fins de germanisation de centaines de milliers d’enfants européens aux traits « aryens », confiés aux Lebensborn que supervise Martin Bormann, secrétaire du Führer. Hitler a ainsi personnellement fixé le taux de 100 otages à fusiller par soldat allemand tué196. Strictement appliquées à l’Est, faisant des victimes par dizaines de milliers, ces représailles massives sur les civils sont plus modérées à l’Ouest, où le racisme hitlérien ne méprise pas autant les populations, et où il faut tenir compte du plus haut niveau de développement et d’organisation des sociétés. Elles n’en sont pas moins appliquées.

Aussi, après une série d’attentats inaugurée par le coup de feu du colonel Fabien contre un officier allemand en plein Paris, Hitler ordonne personnellement l’exécution d’un certain nombre d’otages, qui seront fusillés notamment au camp de Châteaubriant. En mars 1944, lorsque la Résistance italienne tue 35 soldats allemands dans Rome occupée, Hitler exige que cent otages soient fusillés pour chaque tué : le maréchal Kesselring réduit le taux au demeurant irréaliste à dix pour un, et ce sont tout de même 355 Italiens qui périssent aux Fosses Ardéatines. Le 10 juin 1942, à la suite de l’exécution de son fidèle Heydrich par la résistance tchèque, Hitler ordonne la destruction totale du village de Lidice.

Au fil de l’évolution du conflit, la place grandissante dans la gestion au quotidien de la guerre affecte Hitler de diverses manières, physiquement et psychologiquement. De plus, il intervient aussi bien dans le domaine militaire que technique et industriel, marquant de sa patte des choix dont certains se révèlent désastreux. Dans le même temps, le processus de décapitalisation de Berlin, initié dès le déclenchement du conflit, s’accentue au fil des déménagements des QG de campagne du Führer et chancelier.

Ainsi, l’état physique du commandant en chef, atteint d’une maladie mal diagnostiquée, décline rapidement. Guderian, en février 1943, et Hossbach, convoqué le 19 juillet 1944 à Rastenburg pour se voir confier le commandement de la 4e armée, découvrent un homme prématurément vieilli, fatigué par ses insomnies à répétition, atteint d’un tremblement au bras gauche, au teint blême et au regard vague. Outre son état de fatigue générale, il est mal soigné par son médecin, le Dr Theodor Morell. Du fait de ses insomnies, il adopte au fil du conflit un rythme de vie totalement décalé : le petit déjeuner est pris en fin de matinée, et le déjeuner en début de soirée, et le thé est servi à ses invités et à ses proches collaborateurs tard dans la soirée.

La résistance soviétique transformant le conflit en guerre d’usure, Hitler assigne désormais à chacune des opérations sur le front de l’Est une dimension stratégique de conquête de lieux de production stratégiques : le bassin industriel du Donetz, les pétroles du Caucase.

À partir du lancement de l’opération Fall Blau, Hitler se querelle sans cesse avec son chef d’état-major, Halder, soutenu par Alfred Jodl. À la base de ces querelles, Halder et Hitler ont deux approches de la campagne de 1942 : Halder, en militaire, développe une approche qui trahit la préférence obsessionnelle des officiers allemands pour les questions tactiques201 ; Hitler se place dans un projet stratégique général : il souhaite donner au Reich les moyens d’une guerre longue face aux Anglo-Saxons. Cependant, Hitler, obnubilé par la conquête de l’espace vital, ne tire pas forcément de ses conceptions stratégiques les conclusions qui découlent de ses analyses stratégiques.

Rapidement, il prend conscience de l’impasse militaire générée par ses choix et commence à se désintéresser de la situation militaire sur le terrain. Hitler devient ainsi de plus en plus méfiant à l’encontre de ses généraux, limoge List et Halder durant le mois de septembre, remplace Halder par Zeitzler, peu expérimenté, tout en donnant dans les directives édictées, non seulement des consignes impossibles à tenir, mais aussi un luxe de détails203. Il balaie ainsi les objections de Zeitzler sur les difficultés d’approvisionnement d’armées engagées à plus de 2 000 km de leurs bases204, insiste sur le caractère symbolique de la prise de Stalingrad qu’il conçoit comme la base de départ de l’offensive de l’été suivant (il ne peut alors y renoncer, sous peine de perdre son prestige et d’écorcher durablement le mythe d’invincibilité du Führer).

Mais la défaite l’oblige à mettre en place une stratégie défensive, fortement inspirée de son expérience du front durant la Grande Guerre, causant des pertes probablement supérieures à ce qu’elles auraient dû être si un autre système de défense avait été adopté.

De plus, Hitler perd fréquemment le contrôle de ses nerfs en présence de ses principaux officiers, même s’il ne s’est jamais roulé par terre, comme l’affirme la légende : Halder, Zeitzler, Guderian, par exemple : ce dernier, après son retour en grâce, s’oppose régulièrement à Hitler lors de scènes très violentes ; de plus, il s’isole au sein même des équipes qui l’entourent à l’état-major, ne prend plus ses repas avec ses principaux collaborateurs et n’assiste plus régulièrement aux briefings.

Malgré ses déconvenues, Hitler continue d’exercer une forte influence sur ses généraux, entre autres par sa capacité à analyser en termes politiques un certain nombre d’événements ayant des implications militaires, analyses que les militaires ne sont pas en mesure de formuler. C’est cette analyse politique qui constitue le socle de l’admiration de nombreux militaires, même dans les moments les plus critiques, et malgré le fait, que, jusqu’à une date avancée d’avril 1945, Hitler continue d’ordonner perpétuellement à ses troupes, sur quelque front que ce soit, de ne pas reculer, en dépit des rapports de force largement en faveur de ses adversaires, ou des conditions de combat sur le terrain209. En 1944, il est devenu impossible aux officiers allemands de remettre en cause les analyses de Hitler, y compris en avançant des arguments raisonnés; cette impossibilité crée les conditions d’un divorce entre Hitler, arcbouté sur ses ordres de ne pas céder un pouce de terrain, et les états-majors, dont les recommandations sont en général ignorées par ce dernier : se développe ainsi dans les organes de commandement militaire du Reich le sentiment de l’incapacité de Hitler non seulement à mener le Reich, sinon vers la victoire, du moins vers la sortie du conflit211, mais aussi à définir des objectifs stratégiques dans la conduite de la guerre. Cette défiance d’une partie du commandement à l’encontre de Hitler, secret de polichinelle selon un conjuré du complot du 20 juillet 1944, Günther Smend, lors de ses aveux, crée les conditions de la préparation et de l’exécution d’un putsch militaire contre Hitler et la direction nazie.

En outre, plus le conflit avance vers sa fin, plus les ordres donnés sont irréalisables sur le terrain, ce qu’il ne constate jamais sur place : les dernières consignes militaires de dégagement de Berlin par quatre armées squelettiques ou dotées de moyens sans commune mesure avec l’objectif affiché constituent le dernier exemple chronologique de cette tendance.

Les premières défaites l’obsèdent, Stalingrad en premier. Dans Stalingrad investie par les troupes de l’Axe, les opérations deviennent pendant des mois un enjeu symbolique, théâtre d’un duel direct entre lui et Joseph Staline. Depuis Vinnytsia, d’où il supervise personnellement les opérations, il s’oppose durant tout l’automne à tout retrait de la ville, déjà partiellement investie, contre l’avis de ses généraux. Il interdit formellement de faire autre chose que de résister sur place. Après une bataille urbaine acharnée, la VIe Armée, encerclée dans la ville, se rend. La veille, Friedrich Paulus, son général, était élevé au grade ultime de Generalfeldmarschall : aucun maréchal allemand n’ayant jamais capitulé, cette promotion est en réalité une invitation à un suicide héroïque pour servir la propagande. L’échec de Stalingrad, au-delà des erreurs tactiques et stratégiques est une conséquence de la centralisation des pouvoirs militaires, autour de Halder d’abord, autour de Hitler ensuite, Hitler que ses généraux ne contredisent plus, malgré ses mauvaises estimations des rapports de force, ses ordres inadaptés et son désarroi face à une situation qui lui échappe de plus en plus214. De même, le refus obstiné d’évacuer la Tunisie entraîne la captivité de 250 000 soldats de l’Axe en mai 1943.

Très réservé sur l’offensive de Koursk — sa dernière sur le front de l’Est, et la plus grande bataille de blindés de l’Histoire — Hitler ne fait aucune difficulté pour l’arrêter, le 13 juillet 1943, quand, à son échec flagrant, vient s’ajouter le débarquement allié en Italie : il se voit contraint de retirer du front de l’Est des unités envoyées aussitôt sur d’autres théâtres d’opérations européens ; ainsi, le débarquement de Sicile l’oblige à dégarnir le front russe et précipite le renversement de Benito Mussolini. L’Italie est à partir de cette période, le parent pauvre des fronts européens, sur la foi d’une analyse de la guerre en termes de capital-espace216 ; dans cette perspective, la fin de l’année 1943 voit un renforcement de l’Europe occidentale, au détriment du front de l’Est, ce qui entraîne des tensions avec les généraux commandant sur ce théâtre d’opérations : il décide de la stratégie et se préoccupe de la moindre des répercussions tactiques de ces décisions sur le terrain, malgré les demandes de Kluge et Manstein. Il passe ainsi la majeure partie du deuxième semestre 1943 à Rastenburg, de plus en plus isolé.

Pendant l’offensive d’été en Russie du Sud en 1942, Hitler répète l’erreur de l’année précédente en divisant un groupe d’armée en deux, le rendant ainsi plus vulnérable. Le groupe A se dirige vers le Caucase et ses champs de pétrole, le groupe B se dirige vers Stalingrad.

Sceptique sur les échanges alliés décryptés par les services allemands (opération Fortitude) dans la période précédant le débarquement de Normandie, Hitler retarde cependant l’envoi de Panzerdivisionen pour rejeter les forces débarquées, pensant que l’opération Overlord est une diversion et que le vrai débarquement doit avoir lieu au Nord de la Seine (la rumeur qui attribue la perte de la bataille au refus de Jodl de réveiller Hitler doit être considérée comme une légende). Il ne change pas d’avis avant la fin de la bataille de Normandie. En août 1944, il ordonne au maréchal von Kluge d’effectuer une contre-attaque à Mortain pour sectionner la percée des troupes américaines à Avranches, dans des conditions telles que l’offensive est vouée à l’échec dès sa préparation. De plus, le lancement de l’offensive soviétique, le 22 juin 1944, génère une nouvelle crise entre Hitler et ses généraux : en effet, partisan de la défense statique, il ordonne la création de 29 places fortes et la création d’un pôle de résistance en Courlande, points d’appui pour la reconquête ; dans ce contexte, il procède à de nombreux changements au sein des états-majors, changements démultipliés par la répression de l’attentat du 20 juillet.

De même, dans le domaine industriel, si Hitler assiste à de nombreuses présentations de matériel militaire, il n’en est pas moins responsable de choix désastreux pour la conduite de la guerre. S’il donne carte blanche (ou presque) à Albert Speer, celui-ci doit compter avec Sauckel, compétent pour tout ce qui touche à la main-d’œuvre, et avec l’administration dont il a la responsabilité, mais qui est dirigée au quotidien par Karl Otto Saur. En outre, la compétence certaine de Hitler en matière d’armements est limitée par son manque de vision d’ensemble. Ainsi, il multiplie les erreurs de choix, par exemple en privilégiant les chars lourds peu maniables, comme le Tigre, à la différence des Soviétiques qui font le choix du T-34, plus maniable ; de même, ses hésitations sur la production d’avions à réaction se révèlent dommageables : le Me 262, d’abord armé comme avion de chasse, est équipé pour le bombardement à l’été 1944, à la demande de Hitler, puis, toujours à sa demande, est transformé en avion de chasse en mars 1945.

S’il est devenu évident pour tous, jusqu’au sein même de ses serviteurs, que la défaite est inéluctable et que Hitler mène l’Allemagne à la catastrophe, aucune cessation des combats n’est possible tant qu’il reste en vie. Or, en Allemagne même, Hitler exerce une lourde répression après avoir survécu à l’attentat du 20 juillet 1944.

Le 20 avril 1945, les hauts dirigeants nazis viennent une dernière fois saluer hâtivement leur maître pour son anniversaire, avant de tous s’enfuir précipitamment loin de Berlin, attaquée par l’Armée rouge. Le même jour, Hitler visite l’exposition présentant les derniers modèles d’armes, organisée dans la cour de la chancellerie du Reich et ordonne que du matériel, stocké dans des wagons de chemins de fer, soit déchargé et donné aux unités combattantes.

Terré au fond de son Führerbunker, Hitler refuse de partir pour la Bavière et choisit de rester à Berlin pour mieux mettre en scène sa mort. Au cours de séances quotidiennes de plus en plus orageuses, tandis qu’au-dehors la plus grande bataille de la guerre fait rage, il continue à ordonner d’impossibles manœuvres pour délivrer la capitale vite encerclée, notamment à Felix Steiner, commandant d’un corps de Panzer et à Walther Wenck, commandant de la 12e armée. Le 22 avril, comprenant la vanité de ces tentatives, il entre dans l’une de ses plus terribles colères, avant de s’effondrer en reconnaissant enfin pour la première fois que « la guerre est perdue » (Der Krieg ist verloren). La décision de rester définitivement à Berlin et de se suicider est prise dans les jours suivants.

Faux timbre Hitler.

Le 23, Albert Speer revient en avion dans Berlin assaillie pour refaire ses adieux à Hitler. Il lui avoue avoir saboté la politique de la terre brûlée, sans que le dictateur réagisse, et s’en va en n’ayant obtenu qu’une molle poignée de main de son idole.

Les dernières crises internes du régime ont lieu quand au soir du 25, Hermann Göring, toujours nominalement héritier de Hitler, lui envoie, sur la foi de ce qui lui avait été rapporté de la crise de désespoir du 22 avril, un télégramme de Bavière (où il se trouve) lui demandant s’il peut prendre la direction du Reich conformément aux dispositions de 1941. Persuadé par Bormann d’y voir à tort un ultimatum et un coup de force du Reichsmarschall, Hitler, furieux, destitue Göring et le fait placer sous la surveillance des SS au Berghof.

Sa fureur redouble le 27 quand la radio alliée lui apprend que son fidèle Himmler a tenté à son insu de négocier avec les Occidentaux. Cependant, certaines recherches récentes émettent l’hypothèse que Himmler aurait négocié avec les Alliés sur ordre de Hitler lui-même. Il fait fusiller dans les jardins de la chancellerie le beau-frère d’Eva Braun, le général SS Hermann Fegelein, agent de liaison de Himmler. Selon Kershaw, la mort de Fegelein serait en réalité un substitut au sort destiné à Himmler si ce dernier était tombé en son pouvoir. En réalité, comme Göring, Himmler a été informé de l’accès de désespoir du 22 avril, et comme ce dernier, il en a déduit qu’il disposait des mains libres pour ses négociations avec les alliés occidentaux. Ce calcul entraîne son exclusion immédiate du NSDAP et son arrestation, son rapatriement à Berlin, prélude à sa condamnation à mort.

Le 28 avril, dans un accès de rage, il limoge le général Heinrici, qui venait de refuser d’exécuter une consigne impossible à accomplir, donnée par Keitel et Jodl.

Dans la nuit du 29 avril, après avoir été marié à Eva Braun par Walter Wagner, Hitler dicte à sa secrétaire Traudl Junge un testament privé puis un testament politique, exercice d’autojustification où il nie sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre. Curieusement, le texte ne dit mot du bolchévisme, au moment même où les Soviétiques s’emparent de Berlin. En revanche, l’obsession antisémite de Hitler y apparaît toujours intacte. Il rappelle l’exclusion de Himmler et de Göring du NSDAP, écarte Speer, Ribbentrop et Keitel, récompense les partisans de la lutte acharnée que sont Goebbels, Bormann, Giesler, Hanke, Saur et Schörner, nommant le premier à la Chancellerie, les autres à des postes ministériels et Schörner commandant en chef de la Wehrmacht, puis confie la présidence du Reich au grand-amiral Karl Dönitz.

Le 30 avril, vers 15 h 30, alors que l’Armée rouge n’est plus qu’à quelques centaines de mètres du bunker, Adolf Hitler se suicide en compagnie d’Eva Braun : il se donne la mort d’une balle dans la bouche ; on retrouve ensuite son pistolet à ses pieds.

Une affirmation fréquente précise qu’il aurait mordu une capsule de cyanure juste avant ou presque en même temps qu’il se serait tiré une balle dans la tempe, mais Ian Kershaw affirme qu’il est impossible de tirer juste après avoir mordu un tel poison et que le corps de Hitler n’a pas dégagé l’odeur d’amande amère caractéristique de l’acide prussique et constatée sur celui d’Eva Braun. De nombreuses autres thèses circulent, impliquant parfois un tiers qui aurait tiré la balle, mais elles sont considérées comme fantaisistes.

Pour ne pas voir son cadavre emporté en trophée par l’ennemi (Mussolini a été fusillé le 28 avril 1945 par les partisans italiens et son corps pendu par les pieds devant la foule à Milan), Hitler a donné l’ordre de l’incinérer. C’est aussitôt chose faite par son chauffeur Erich Kempka et son aide de camp Otto Günsche, qui brûlent le corps de Hitler et celui d’Eva Braun dans un cratère de bombe près du bunker. La pluie d’obus soviétiques labourant Berlin a presque certainement détruit l’essentiel des deux corps.

Refusant de survivre à son maître malgré ses ordres, et considérant qu’il n’y a plus de vie imaginable dans un monde sans national-socialisme, Goebbels se suicide le lendemain avec sa femme Magda, après que cette dernière a empoisonné leurs six enfants.

Ce même 1er mai à 22 h 26, la radio, sur ordre de Karl Dönitz, diffuse le communiqué : « Le QG du Führer annonce que cet après-midi, notre Führer Adolf Hitler est tombé à son poste de commandement dans la chancellerie du Reich en combattant jusqu’à son dernier souffle contre le bolchevisme ». Le 2 mai, après avoir signé la capitulation de Berlin, le général Weidling rétablit la vérité au micro et accuse Adolf Hitler d’avoir abandonné « en plan » (im Stich) soldats et civils. Dans les villes ruinées ou sur les routes, la masse des Allemands d’abord soucieuse de survie restera plutôt indifférente à la fin de Hitler1.

Le 4 mai, la 2e DB du général Leclerc s’empare symboliquement du Berghof, la résidence du Führer à Berchtesgaden. Le 8 mai 1945, le Troisième Reich capitule sans condition. Au même moment, l’ouverture des camps de concentration révèle définitivement l’ampleur de l’œuvre de mort hitlérienne. « La guerre de Hitler était finie. Le traumatisme moral, qui était l’œuvre de Hitler, ne faisait que commencer » — Ian Kershaw.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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