Abbaye de Saint-Wandrille de Fontenelle

L’abbaye Saint-Wandrille, anciennement abbaye de Fontenelle, est une abbaye bénédictine de la congrégation de Solesmes située sur la commune de Rives-en-Seine, ancienne commune de Saint-Wandrille-Rançon, dans le département de la Seine-Maritime, en Normandie (France). Fondée en 649, l’abbaye a connu une longue histoire marquée par trois grandes périodes de saccages et de destructions : celles liées aux incursions des Vikings, puis celles engendrées par les guerres de religion, et enfin celles consécutives à la Révolution française. C’est encore aujourd’hui une abbaye de moines bénédictins.

L’abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et par arrêtés des 18 avril 1914 et 10 juillet 1995.

 

Saint Wandrille fonde en 649 une abbaye qu’il baptise peut-être lui-même Fontenelle (attesté sous la forme latinisée Fontanella) en référence au ruisseau qui la traverse, le nom s’appliquera peut-être au ruisseau par la suite. La terre est concédée par Erchinoald, maire du palais de Neustrie. De 650 à 668, saint Wandrille et les moines construisent les bâtiments et églises Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Laurent, Saint-Amand, Saint-Saturnin et, dit-on, de Saint-Pancrace et Notre-Dame de Caillouville, mais aussi une bibliothèque, contenant les œuvres de saint Grégoire Ier (rapportées de Rome par saint Gond), ainsi que la règle de saint Colomban. Du temps de Saint Wandrille l’abbaye se démarque en n’acceptant pas de donations hormis la dot dont les moines disposent à leur entrée dans l’établissement.

Abbaye de Saint-Wandrille, carte maximum.

De 678 à 690, saint Ansbert est le nouvel abbé de l’abbaye et il construit un hôpital pour douze pauvres et seize malades. En 704, le roi Childebert III fait don à l’Abbaye du domaine d’Aupec et de ses dépendances. En 787, sur ordre de Charlemagne, un polyptyque, aujourd’hui perdu, est établi par Landry, abbé de Jumièges et Richard, comte de Rouen. Saint Gervold qui devient abbé en 787, gouverna l’abbaye pendant 18 ans jusqu’en 806 et fut chargé par Charlemagne de fonctions importantes. Il fit reconstruire le chauffoir, les cuisines, l’infirmerie, ainsi que plusieurs autres parties de l’abbaye. Elle est la troisième abbaye de la province de Rouen après Saint-Ouen et Saint-Evrault.

Anségise de Fontenelle, qui devint abbé en 823, entreprit des travaux considérables. Il fait bâtir : “un dortoir de 208 pieds de longueur sur 27 pieds de largeur et 64 pieds de hauteur” ; on y voyait, au milieu, une pièce en saillie ayant un pavé composé de pierres artistiquement disposées et dont le plafond était peint. Il fait décorer également le réfectoire de peintures. Pour la décoration du réfectoire, il fait venir de Cambrai un peintre de grand renom : Madalulfe. Les fenêtres étaient vitrées, et toutes les boiseries étaient en chêne. Ce réfectoire était une partie d’un bâtiment qu’il avait fait construire et divisé en deux, l’autre partie servant de cellier.

Il fit réaliser un autre corps de bâtiment appelé La Grande Maison, qui renfermait un appartement avec une cheminée et touchait d’un côté au réfectoire et de l’autre au dortoir ; comme ces deux derniers bâtiments devaient être, d’après la chronique, en contact avec l’église du côté nord, il paraît facile de tracer le plan du couvent à cette époque. Il devait se composer d’une cour carrée enclose au midi par l’église, à l’est par le dortoir, à l’ouest par le réfectoire et au nord par le grand bâtiment dont on ignore la destination.

Il semble probable qu’il y avait à l’ouest une seconde cour renfermant les magasins et autres dépendances du couvent. Le long des constructions dont la Chronique de Fontenelle nous donne une description si intéressante, et à l’intérieur de la cour, se trouvaient des portiques construits par ordre d’Anségise, dont le toit et la charpente reposaient sur des pilastres. L’église bordait d’un côté la cour du cloître. À Fontenelle, le cloître était placé au nord de l’église. Dans ses constructions Anségise n’avait pas oublié la bibliothèque, qui était près du réfectoire. Les rayons ou planches supportant les livres étaient fixés avec des clous de fer, le chartrier se trouvait près du dortoir. On voyait à Fontenelle, près de l’abside de l’église une salle pour les délibérations que l’on désigne plus tard sous le nom de salle capitulaire.

Abbaye de Saint-Wandrille, épreuve d’artiste.

Une charte de Charles le Chauve datée du 21 mars 854 indique que les religieux de Fontenelle possèdent des biens au Pecq (Yvelines), à Chaussy-en-Vexin (Val-d’Oise), à Pierrepont dans la commune de Grandcourt (Seine-Maritime), Bution et Marcoussis dans l’Essonne.

En 842 une première invasion de pirates nordiques, conduits par Oskar (Ásgeir), brûle Jumièges et ses environs, mais ne touche pas à l’abbaye pour laquelle saint Foulques († 845)), l’abbé en fonction, parvient à payer une rançon. Louis du Maine, un de ses successeurs, se voit obligé de réitérer deux fois la même opération de paiement de rançon. Au printemps 862 les Vikings reviennent pour la quatrième fois ; les moines s’enfuient avec toutes les reliques, et l’abbaye est pillée et détruite par les Nortmanni. Les moines se réfugient à Boulogne, puis à Chartres (885). Ils retournent ensuite à Boulogne et déposent les corps de saint Wandrille et de saint Ansbert au Mont-Blandin à Gand, où ils s’établissent un temps en 944.

Ils évacuent aussi leur librairie, qui contient des éléments de la production hagiographique pré-normande dont certains nous sont parvenus, d’autant plus importants pour leur rareté. Le moine Harduin de Fontenelle a laissé de nombreux écrits.

Vers 960, Richard Ier, duc de Normandie, soutient le rétablissement des moines menés par Gérard de Brogne. Robert le Magnifique émet des chartes de restitution de biens usurpés. De 960 à 966, Maynard Ier dirige l’abbaye avant de partir pour fonder la très célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel, et d’en devenir le premier abbé. En 1008 saint Gérard obtient de Richard II de Normandie l’abbatiat de Fontenelle. La foudre détruit en partie la basilique de Saint-Pierre, qu’il réédifie de manière plus élégante. C’est au cours de ces travaux qu’en 1027, neuf tombeaux sont découverts, deux vides, ceux de saint Wandrille et de saint Ansbert, et les restes de saint Vulfran. Son successeur saint Gradulphe envoie des moines de l’abbaye afin de peupler l’abbaye de Préaux, vers 1040. De même l’abbaye contribue à la fondation de l’abbaye de Grestain vers 1050. En 1145 le pape Innocent II et en 1164 le pape Eugène III confirment les biens et privilèges de l’abbaye. Sous l’abbatiat de Pierre Mauviel (1244-1255), un incendie détruit une partie de l’abbaye. Le pape Innocent IV et l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud14 publient alors des indulgences afin de permettre la reconstruction de l’abbaye.

Pierre Mauviel commence la reconstruction dont le chœur gothique et le transept, achevé sous Geoffroy de Noytot. Guillaume Le Douillé construit la nef et le clocher, trois travées sont construites, ainsi que le cloître. À sa mort en 1342, les travaux ralentissent. Ce n’est qu’avec l’abbatiat de Jean de Rochois (1362-1389) que l’église Saint-Paul est finie. Le pape Boniface IX accorde alors le privilège de la mitre et des insignes pontificaux à l’abbaye de Saint-Wandrille. L’abbaye est à nouveau abandonnée durant la guerre de Cent Ans. Les moines s’établissent à « l’Hostel Saint-Wandrille » à Rouen. En 1483, André d’Espinay, archevêque de Lyon et de Bordeaux, se fait adjuger l’abbaye. Les abbés sont alors élus. En 1523, Claude de Poitiers prend possession de l’abbaye, le père abbé est alors nommé et non élu.

Pendant les guerres de religion, l’abbaye est pillée en mai 1562 par les protestants et leurs partisans. Des ornements de la sacristie sont brûlés sur le tombeau de cuivre de l’abbé Jean de Rochois15. En 1566, les reliques de saint Wandrille et saint Vulfran sont en partie détruites ainsi que des parties de l’abbaye.

À la suite de la destruction des huguenots, les ruines sont importantes. L’abbaye est considérée alors comme une propriété de la famille de Neuville. En 1631, le clocher bâti en 1331 s’effondre, faute de réparation et entraîne avec lui une partie des voûtes de l’abbaye. C’est donc l’abbé Ferdinand de Neufville de Villeroy, évêque de Saint-Malo puis de Chartres, qui entreprend la restauration de l’abbaye affirmant qu’il « n’y avoit rien à profiter pour lui des mines de pierres cassées, des voutes tombées par la chute du clocher, voûtes qu’il falloit absolument réparer ». C’est lui qui favorise l’introduction de la “Réforme de saint Maur”.

En 1636, dom Guillaume Gérard aidé de dix-huit moines de Jumièges introduisent la réforme de Saint-Maur, réforme de l’ordre bénédictin en France. Dom Phillibert Cotelle, nommé en 1635 fait rénover le chœur, en 1647 le cloître est à son tour restauré, ainsi que les « piliers et arcs-boutants » de la nef, le plan de la coupole, qui devait remplacer la tour à la croisée du transept. Entre 1678 et 1684, Dom Hunault et Marc Rivard construisent la salle capitulaire et le dortoir, qui existe encore maintenant.

En 1757, deux pavillons sont construits : le « pavillon de la Nature » et le « pavillon de la Grâce », ainsi que la grande porte nommée « porte de Jarente » (1760).

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En 1789, l’abbaye devient bien national à la suite du décret du 2 novembre 1789 de l’Assemblée constituante qui met les biens de l’Église à la disposition de la Nation.

Le décret du 13 février 1790 interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers, hors ceux chargés de l’éducation publique et les maisons de charité. À la fin de 1790, les moines de Saint-Wandrille doivent quitter l’abbaye. Un des moines, dom Louis-François Lebrun meurt martyr sur un ponton à Rochefort pour avoir refusé un poste dans l’Église constitutionnelle. Il a été béatifié le 1er octobre 1995, par le pape Jean-Paul II, sur la place Saint-Pierre à Rome.

L’une des plaques commémorant la famille de Stacpoole, dans l’église paroissiale Saint-Michel.
Le 17 janvier 1792, l’abbaye, bien national, est vendue cent mille francs payés en assignats, au citoyen Cyprien Lenoir ; l’église abbatiale, considérée comme carrière de pierres, est démontée.

En 1826, sous la Restauration, toujours propriété de Cyprien Lenoir, l’abbaye reçoit la visite de l’archéologue Eustache-Hyacinthe Langlois. L’intérêt pour le style gothique renaît entraînant la visite à l’abbaye Saint-Wandrille de la duchesse de Berry, mère de l’héritier du trône, puis de Victor Hugo.

L’abbaye étant à nouveau mise en vente en mai 1893, le cardinal Léon Thomas, archevêque de Rouen, ayant le projet de faire revivre « Fontenelle la Sainte », elle fut vendue – par l’entremise de M. Acher de Montgascon, châtelain de Villequier – le 30/12/1893 pour 270 00 francs à une société civile et louée aux moines de Ligugé, issus de l’Abbaye de Solesmes, leur abbé étant Dom Joseph Bourigaud. Partie prenante à la vente, Mgr de Stacpoole renonça à ses droits mais obtint la jouissance viagère d’une grande partie de l’aile Ouest, contre versement d’un loyer à la SCI.

Le 13 février 1894, les bénédictins entrent à Saint-Wandrille; la communauté est relevée au rang d’abbaye et son supérieur, dom Joseph Pothier, restaurateur du chant grégorien, en devient le nouvel abbé en 1898.

La Troisième République, par la loi du 1er juillet 1901 sur les associations soumet les congrégations à un régime d’exception qui leur impose d’obtenir une autorisation par une loi. Considérant leurs demandes vouées à l’échec, de nombreuses congrégations partent en exil. Les moines de Saint-Wandrille quittent leur abbaye le 29 septembre 1901 et trouvent refuge au prieuré de Conques, près d’Herbeumont, en Belgique.

Durant cette période l’abbaye redevient une propriété privée, celle de l’écrivain belge, prix Nobel de littérature, Maurice Maeterlinck. Le grand réfectoire sert de lieu de scène. Georgette Leblanc, compagne de l’écrivain et sœur cadette de Maurice Leblanc y joua. C’est d’ailleurs grâce à elle, dont la famille est originaire de Normandie, que Maeterlinck jeta son dévolu sur l’abbaye.

Marion Tournon-Branly, Coupe de l’ancienne grange dîmière de Canteloup, transformée en église abbatiale pour l’abbaye de Saint-Wandrille, 1967, Archives nationales (Fontainebleau).
Les moines reviennent d’exil le 26 janvier 1931 ; depuis lors l’abbaye a repris son rythme monastique, et l’office divin y a été célébré sans discontinuer par les moines.

À partir de 1931, l’abbaye développa sous l’impulsion du père abbé Dom Jean-Louis Pierdait un atelier liturgique très actif, animé par dom Paul Sironval et dom Gaston Coubert.

Le 17 juin 1940, le monastère est pillé par l’armée allemande, qui, cependant, ne touche ni à l’oratoire, ni à la sacristie, ni à la bibliothèque. Dans la nuit du 9 au 10 août 1944, l’aile ouest du monastère datant du XVIIe siècle est endommagée par les Alliés, détruisant le deuxième étage de l’aile et l’escalier Saint-Jacques, et provoquant des dégâts aux toits des autres bâtiments.

Le 21 juillet 1954, veille de la Saint-Wandrille, une partie des communs subit un incendie, là où se situaient les ateliers de l’abbaye.

À partir de 1955, l’abbaye accueillit les premiers chapitres généraux de l’ordre des chevaliers de Notre-Dame.

En 1969, une grange dîmière des XIIIe et XVe siècles, provenant du hameau de Canteloup à La Neuville-du-Bosc dans l’Eure, transférée dans l’enceinte du monastère et reconstruite sur les plans de Marion Tournon-Branly, devient la nouvelle église abbatiale.

L’abbé Pierre séjourna à l’abbaye durant la fin de sa vie, de 1983 à 1991, il est d’ailleurs enterré non loin de là, à Esteville.

Le peintre Claude Lagoutte (1935-1990) y séjourna en 1988.

Source : Wikipédia.

 

 

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