Le château de Valençay (Indre).

Le château de Valençay se trouve à Valençay, dans l’Indre (France). Il fut la propriété de la Maison d’Estampes de 1451 à 1747, puis du prince de Talleyrand.

Bien que situé dans le Berry, sa construction l’apparente aux châteaux de la Loire, en particulier au château de Chambord.

Le parc est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 25 mars 1992. Le château ainsi que divers éléments du domaine sont classés au titre des monuments historiques depuis le 8 mars 20112. La totalité du pavillon dit de la Garenne et de ses dépendances sont inscrits par arrêté du 8 août 2013.

La villa gallo-romaine de Valenciacus (domaine de Valans) précéda un premier “lourd et massif donjon de pierre” édifié à la fin du Xe siècle ou au début du XIe siècle;

– Seigneurie locale : le premier seigneur connu par une charte de donation datable entre 1026 et 1047 est Bertrand.

En 1220, Gauthier, dit seigneur de Valençay, passe pour avoir été le constructeur du premier château féodal.

– Seigneurie principale : comme Saint-Aignan et Selles en partie, Valençay relève des Donzy, Geoffroy Ier et son fils Hervé Ier de Donzy ayant reçu ces fiefs des comtes de Blois, vers l’an mil. Leur postérité (Hervé IV) accède plus tard aux comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre. La descendante Alice de Bourgogne transmet cette très importante seigneurie en 1268 aux Chalon-Bourgogne, par son mariage avec Jean de Chalon-Rochefort (1243-1309), fils du comte-régent de Bourgogne Jean l’Antique. Leurs successeurs, ayant hérité de Tonnerre (et perdu Auxerre vers 1370/1371), forment la maison de Chalon-Tonnerre.

Château de Valençay, carte maximum, 19/10/1957.

– La seigneurie éminente ou suzeraineté appartient toujours au comte de Blois : Valençay devient donc un fief du duc d’Orléans Louis quand il acquiert le comté de Blois en 1397. En 1410, Charles d’Orléans, le futur poète, fils de Louis d’Orléans, accorde une diminution d’impôts « aux manans et habitants de Valençay » réduits à la misère par les épidémies, le passage et le logement des troupes.

– Jeanne II de Chalon, comtesse de Tonnerre en 1424-1440, dame de Saint-Aignan et de Valençay en Berry, donne le 14 décembre 1434 ce dernier fief à son neveu Jean bâtard de Chalon ou de Tonnerre (1397-1453), fils naturel de son frère le comte Louis II (elle lui donne aussi Ligny-le-Châtel en 1439). Le bâtard de Tonnerre, le 28 avril 1451, cède Valençay à Robert II alias Robinet d’Estampes, sire de Salbris, mari en 1438 de Marguerite de Beauvilliers dame d’Autry-lès-Vierzon.

En 1451, la seigneurie de Valencay entre donc par achat dans la Maison d’Estampes en passant à Robert II/Robinet d’Estampes (+ 1453 ou 1456), seigneur, en Sologne, de Salbris par héritage de son père Robert Ier d’Estampes, et de la Ferté-Imbault par acquisition en 1424 (où se trouve le château de la Ferté-Imbault, autre propriété de la Maison d’Estampes), chambellan de Charles VII, maréchal et sénéchal de Bourbonnais.

Louis d’Estampes (vers 1470 + 1530), fils de Robert III et petit-fils de Robert II, gouverneur et bailli de Blois (1519), chevalier de l’ordre du Roi, marié (1512) avec Marie Hurault, une fille du seigneur de Cheverny, Jacques Hurault, débute en 1520 la transformation du manoir féodal de Valençay datant du XIIe siècle en château moderne. Ces travaux d’embellissement et d’agrandissement se poursuivront, de génération en génération, jusqu’en 1650.

Vers 1540, son fils Jacques Ier d’Estampes (1518 + 1574), époux de Jeanne Bernard, dame d’Estiau en Anjou (Etiau à Longué-Jumelles et St-Philbert), riche héritière angevine, engage des travaux plus ambitieux que ceux de son père, faisant raser le vieux manoir pour le remplacer par une nouvelle résidence, dont les plans sont attribuables à l’architecte Jean de l’Espine. À la mort de ce seigneur de Valençay, seuls sont achevés la façade Nord, le pavillon d’entrée et les tours d’angle.

Valençay, épreuve d’artiste.

Les travaux ne sont repris à grande échelle que dans la première moitié du XVIIe siècle, de 1640 à 1650, par Dominique d’Estampes (1600 + 1691), fils du 1er marquis de Valençay Jacques II (1579-1639 ; lui-même petit-fils de Jacques Ier), 2e marquis de Valençay, marquis d’Applaincourt et de Fiennes (1643), député de la noblesse du Berry (1649). Marié en 1641 à une Montmorency, Marie-Louise/Marguerite de Bouteville, sœur du Maréchal duc de Luxembourg, il est neveu de Léonor d’Estampes, archevêque duc de Reims et d’Achille, cardinal de Valençay, général des galères de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

L’aile Ouest a été détruite, il n’en reste que l’aile Est. La décoration aurait été confiée à Pierre de Cortone et au peintre Jean Mosnier.

La demeure avait un beau vestibule et un escalier en marbre qui conduisait à une grande salle ornée de chefs-d’œuvre de la Renaissance, en particulier une “magnifique tapisserie à fond de paysage” offerte à Henri-Dominique d’Estampes (vers 1645 + 1680 prédécédé, marquis de Fiennes, fils aîné de Dominique et père du 3e marquis Jacques-Dominique), et une Vierge italienne donnée par le Pape Innocent X à Henri d’Estampes (1603 + 1678), frère cadet de Dominique, ambassadeur de France à Rome puis Grand Prieur de France de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Le 22 juillet 1747, Valençay est cédé par les d’Estampes (Philiberte Amelot du Chaillou, veuve d’Henri-Hubert), avec 20 000 hectares, à Jacques-Louis Chaumont de La Millière, frère d’Antoine et père d’Antoine-Louis, pour 400 000 Livres, somme très modeste pour une telle propriété (il acquit aussi le domaine de Luçay). Vingt ans plus tard, le 3 juillet 1766, la propriété est revendue avec une forte plus-value à Philippe-Charles Legendre de Villemorien, fermier général, également acquéreur de Luçay, qui y fait réaliser d’importants travaux : réparation, construction de la “Tour Neuve” au Sud, démolition des communs fermant la cour d’honneur à l’Est, suppression des fenêtres à la Française et du toit “à la Mansard”.

Il y crée une filature, plusieurs forges, fait rétablir les ponts sur le Nahon, et refaire la route de Selles-sur-Cher.

Ces forges se trouvaient à Luçay-le-Mâle, « annexe à la seigneurie de Valençay (…) le château de Luçay parait être de la même époque que celui de Valençay : sa position est très belle, il domine la forge, l’étang qui l’alimente, le bourg de Luçay et des ravins pittoresques ».

Sous la Terreur, son fils, le comte Jean-Baptiste Legendre de Luçay, échappe de peu à la guillotine en se cachant trois jours et trois nuits dans la forêt de Garsenland. Arrêté, il fut acquitté grâce à son épouse en qualité « d’entrepreneur de travaux utiles à la République ».

Le 7 mai 1803, le comte de Luçay, préfet des Palais Consulaires mais à court d’argent, vend pour 1,6 million de francs l’énorme domaine de 12 000 hectares répartis sur 23 communes à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ex-évêque d’Autun, ministre des Relations Extérieures du Consulat, obéissant ainsi à Bonaparte – qui contribua à l’achat – suivant cet ordre :

« Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants… »

Après y être venu avec son épouse Catherine Worlée, Talleyrand chargea Jean-Augustin Renard de restaurer et d’embellir sa nouvelle propriété; un pavillon de chasse fut alors aménagé et le parc transformé en parc à l’anglaise; le château est remeublé dans le style antiquisant alors en vogue ; le cabinet de travail abrite aujourd’hui des meubles et objets lui ayant appartenu dont un curieux fauteuil dit “à soufflets” (poches latérales). Le mobilier de sa chambre provient de son hôtel parisien de la rue Saint-Florentin. Le lit de style Directoire acquis par Talleyrand en souvenir de Mme de Staël a donné son nom à une autre chambre.

En 1902 le dernier duc de Talleyrand-Valençay fit fermer par des portes-fenêtres la galerie à arcades de la cour d’honneur, où se trouvent les portraits en pied de plusieurs ancêtres de Talleyrand, peints en 1810 par le peintre Joseph Chabord (1786-1848), élève de Regnault, auteur de deux portraits équestres de Napoléon.

De 1808 à décembre 1813, Ferdinand VII d’Espagne, son frère don Carlos, son oncle don Antonio et une suite nombreuse y furent assignés à résidence sous la surveillance du chevalier Berthemy.

Le traité de Valençay, qui y fut signé dans la nuit du 10 au 11 décembre 1813, lui rendit alors la couronne d’Espagne et les trois princes retournèrent dans leur pays le 12 mars 1814.

Leur souvenir est évoqué par « la chambre du Roi d’Espagne », une allée couverte près du château, et un acte de baptême daté du 23 juin 1810 gardé dans les archives paroissiales qui porte leurs signatures et, jusqu’à une date imprécise du XIXe siècle, dans l’église paroissiale par un Saint-Ferdinand de l’école espagnole dans un cadre aux armes de Castille et de Leon, donné par le roi au curé lors de son départ mais qui, brûlé par un cierge placé trop près, fut ensuite remplacé par une copie du peintre Jobbé-Duval.

Talleyrand, qui revint y vivre à partir de 1816, fut conseiller municipal puis maire de Valençay. Il reconstitua la filature – qui fournissait les usines de Châteauroux, d’Issoudun et la maison Seillière à Paris, et obtint une médaille à l’Exposition de Paris de 1819 – fit ériger le clocher de l’église en 1836, créa un nouveau cimetière et donna un terrain pour édifier la mairie.

“Il n’y a ni mendiants ni individus absolument nécessiteux à Valencay, écrivait le 14 décembre 1825 le préfet de l’Indre au ministre de l’Intérieur, parce que M. de Talleyrand a établi des ateliers où il y a du travail pour tous les âges. Ceux que la maladie atteint sont visités, secourus, consolés par les Sœurs de charité qu’il a dotées et fixées dans cette petite ville”.

En 1818, ayant morcelé une propriété dont une partie revint à la commune, il consacra l’autre à la fondation d’une école pour enfants pauvres et offrit à sainte Elisabeth Bichier des Ages, dont il connaissait l’œuvre par son oncle Talleyrand, cardinal-archevêque de Paris, d’y fonder une maison, achevée avec une chapelle en 1820. Celle-ci était ornée de lambris, d’un mobilier de chêne sculpté, de vitraux, d’une Fuite en Égypte attribuée à Le Sueur – détruite par l’incendie du 18 août 1944 – et d’un calice en vermeil ciselé et incrusté de lapis, don du pape Pie VI à un prince Poniatowski archevêque de Cracovie, offert avant 1834 par une de ses nièces qui vécut à Valençay et y fut inhumée, qui fut rendu en 1905 au duc de Valençay, et finalement transmis au musée du Louvre.

En 1826 Prosper de Barante s’émerveille de Valençay, “grand château où tout est magnifiquement hospitalier, où règne une richesse aristocratiquement dépensée, dont il n’y a pas encore un autre exemple en France”.

Château de Valençay (surchargé 9F CFA, pour la Réunion).

Talleyrand, qui s’intéressait au travail des religieuses, visitait souvent ce qu’on appelait “la Maison de Charité”, et y menait ses hôtes, dont Mgr de Villèle, archevêque de Bourges, et, le 26 octobre 1834, le duc d’Orléans et une nombreuse suite.

Par un codicille à son testament du 9 mars 1837, Talleyrand, qui mourut un an après, assura la perpétuité de l’établissement, et exprima la volonté d’y être inhumé et à cet effet fit creuser une grande crypte sous le chœur de la chapelle de l’école libre.

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Sources : Wikipédia, Youtube.

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