L’Escurial.

Le site royal de Saint-Laurent-de-l’Escurial (en castillan : Real Sitio de San Lorenzo de El Escorial) est un grand complexe (monastère, musée, collège, bibliothèque, et palais) qui se trouve sur le territoire de la commune de San Lorenzo de El Escorial, située à 45 kilomètres au nord-ouest de Madrid, dans la Communauté autonome de Madrid en Espagne. Ancienne résidence du roi d’Espagne, coeur de l’Empire espagnol sous Philippe II, le site a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1984.


Le nom de l’Escurial vient d’un ancien village situé près du lieu où a été construit ce monastère-palais, aujourd’hui la commune de L’Escurial (12 669 habitants en 2003). On ne doit pas le confondre avec San Lorenzo de El Escorial (14 358 habitants en 2003), apparu postérieurement au bâtiment.

Ce complexe monumental est situé à côté de la montagne Abantos dans la sierra de Guadarrama.

Il a été commandé par le roi Philippe II, à la fois en commémoration de sa victoire de Saint-Quentin sur les troupes du roi de France Henri II, le 10 août 1557, jour de la Saint-Laurent, pour l’expiation du massacre des civils réfugiés commis alors par ses troupes dans l’église Saint-Laurent et, enfin, pour élever un lieu de sépulture à ses parents, l’empereur Charles Quint et Isabelle de Portugal, ainsi qu’à lui-même et à ses successeurs.

C’est aussi un sanctuaire érigé à la gloire de la Contre-Réforme, qui contient l’une des plus grandes collections de reliques du monde catholique : on y trouve quelque 7 500 reliques abritées dans 570 reliquaires répartis dans tout le monastère, mais spécialement dans la basilique Saint-Laurent. On y trouve également en bonne place les patrons de la maison d’Espagne, saint Jacques le Majeur et saint Jérôme, ainsi que celui de la maison de Bourgogne, saint André.

Le plan du bâtiment, avec ses cours carrées disposées en échiquier, rappelle la forme d’un gril. Cette hypothèse, souvent citée, vient de ce que la basilique est dédiée à saint Laurent, martyrisé à Rome sur un gril. Cette dédicace est assez inhabituelle, dans la mesure où saint Laurent n’est pas un saint particulièrement honoré par la maison d’Espagne. On l’associe en général à la bataille de Saint-Quentin qui eut lieu le 10 août 1557, jour de la fête de saint Laurent. Durant cette même bataille, une église dédiée à ce dernier aurait d’ailleurs été détruite par l’artillerie espagnole. La commune, fondée autour du monastère, a d’ailleurs pris le nom de San Lorenzo de El Escorial (et cette commune est jumelée avec Saint-Quentin).

En réalité, l’origine architecturale de ce plan est très controversée. En écartant l’idée de la grille, qui n’est apparue que lorsque Herrera a supprimé les six tours intérieures de l’époque, le plan paraît être bien plus basé sur les descriptions du Temple de Salomon par l’historien judéo-romain Flavius Josèphe. Il aurait ensuite été aménagé afin d’adapter cette idée aux nécessités du programme monastique et aux multiples fonctions que Philippe II a voulu loger dans le bâtiment : panthéon, basilique, couvent, collège, bibliothèque, palais. Tout cela a doublé les dimensions initiales du complexe, ce qui a notamment imposé d’ajouter deux étages de bâtiments. La basilique, qui devait initialement dominer l’ensemble et manifester la puissance de Dieu, s’est donc retrouvée noyée dans l’ensemble. Le caractère très massif de l’ensemble vient également de ce doublement qui n’était initialement pas prévu.

Les statues de David et Salomon flanquent l’entrée de l’église en montrant un parallélisme entre le guerrier Charles Quint et le prudent Philippe II. De la même manière, la fresque de Salomon qui se trouve au centre de la bibliothèque, montrant son image d’une plus grande sagesse : l’épisode célèbre avec la reine de Saba. La construction a commencé, avec la pose de la première pierre le 23 avril 1563. Sous la responsabilité de l’architecte Jean de Bautista de Tolède, qui n’a pas pu la finir, mourant en 1567, passant la direction à son disciple, Juan de Herrera, qui l’a mené à terme en 1584, avec une telle réussite que son œuvre a donné naissance, en architecture, à l’école de Herrera.

De façon assez intéressante, l’Escurial est un bâtiment fort peu « espagnol ». Les toits d’ardoises et les tours pointues ont été expressément imposées par Philippe II qui avait trouvé cette particularité de l’architecture flamande tout à fait à son goût. De la même manière, le caractère particulièrement austère, presque serlien de l’ensemble tranche avec les productions immédiatement antérieures et postérieures, marquées par l’abondance du décor, que ce soit dans le style plateresque que dans le baroque espagnol. N’oublions pas que Juan de Herrera a longuement servi sur le chantier de Saint-Pierre de Rome avant de reprendre le chantier de l’Escurial. La forte influence italienne peut ainsi s’expliquer. En revanche, deux traits du plan ont des antécédents majeurs en Espagne. La basilique possède un chevet plat, caractéristique qui ne se trouve que dans la péninsule. Le plan à cours intérieures, de même, s’il se retrouve ailleurs, possède une similarité frappante avec ceux de l’alhambra de Grenade ou de l’alcazar de Séville.

La bibliothèque, dotée d’une collection de plus de 45 000 volumes, est située dans une grande nef de 54 mètres de long, 9 mètres de large et 10 mètres de haut. Le sol est de marbre et les meubles de bibliothèque de bois nobles, riches et sculptés. Dans la grande salle, la voûte du plafond est décorée de fresques de Pellegrino Tibaldi représentant les sept arts libéraux : la rhétorique, la dialectique, la musique, la grammaire, l’arithmétique, la géométrie et l’astrologie. Une grande sphère armillaire témoigne aussi de l’intérêt de l’époque pour les découvertes astronomiques.

Elle répond au projet humaniste de Philippe II, prince lettré formé par les plus grands esprits de l’Espagne de son temps, qui lisait parfaitement le latin, savait l’italien et le français (quoiqu’il répugnât à le parler à cause de son fort accent). On y retrouve sa passion pour les beaux livres, les manuscrits anciens, l’intérêt pour les sciences et la philologie. Il s’agissait aussi d’abriter les livres pieux et savants du monastère et du collège. Pour cette raison on trouve des livres interdits ou rares ailleurs : il ne faut pas perdre de vue que l’enseignement à l’Escurial était d’une rare liberté, n’hésitant pas à braver les critiques de l’Église à propos des leçons d’André Vésale ou d’Arias Montano. Le roi fit acheter de nombreux ouvrages en Espagne et en Europe, acquérant notamment les bibliothèques des savants Gonzalo Perez et Juan Paez de Castro, ou celle de son cousin, le duc de Calabre. La question de la conservation des ouvrages fut sérieusement étudiée : contrairement aux autres bibliothèques, les livres, reliées en maroquin, dorés et marqués sur les trois tranches, furent placés sur les rayonnages avec le dos vers le mur, afin d’offrir à l’air la partie du papier protégée par la dorure.

Les fonds comportent une majorité d’ouvrages en langues classiques (latin, grec et hébreu, dans l’ordre), de nombreux volumes en langue arabe et espagnole, ainsi qu’une centaine en français, une autre en italien, des livres en allemand, en arménien, même en turc et en persan. Une partie importante des immenses collections a néanmoins été perdue lors d’un incendie en 1671.

La bibliothèque sera la source de tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc[citation nécessaire], après que la précieuse collection du sultan du Maroc Zaidan El-Nasir eut été capturée par des vaisseaux espagnols au large du Maroc ; elle sera offerte au roi Philippe II qui, sans doute, connaissait l’importance d’un tel trésor et qui l’incorporera dans la bibliothèque de l’Escurial, mais une grande partie de la collection fut perdue après l’incendie de 1671.

Le palais de Philippe II est formé d’une série de pièces décorées avec austérité ; il a été le lieu de résidence occasionnel de ce roi. Il figure d’ailleurs en bonne place sur l’itinéraire satirique qu’on attribuait au roi Philippe : « de Madrid au Pardo, du Pardo à l’Escurial, de l’Escurial à Aranjuez… ». Il aimait y échapper au poids du cérémonial de la cour et profiter de la tranquillité de la campagne avec ses filles. Loin d’avoir été le « reclus de l’Escurial » que sa légende noire s’est complue à décrire, le « roi prudent » ne s’y enferma pour de longues périodes que dans les dernières années de sa vie, alors qu’il commençait à être mal-aimé du peuple et de la cour.

Le palais historique se situe en saillie du quadrilatère sur l’arrière de la basilique. Il comprend plusieurs appartements autour d’une cour à peu près carrée. Il est entouré sur trois côtés par un jardin de style Renaissance composé de plusieurs parterres de buis et de gazon. Sur le jardin on trouve une galerie reliant les deux appartements principaux. Côté nord, on trouve les appartements des filles du roi, principalement occupés par l’infante Isabelle-Claire-Eugénie. L’appartement de Philippe II se trouve au premier étage, à la jonction sud du palais et du monastère. Il donne sur le chœur de la basilique par un oratoire. Lorsque les portes sont ouvertes, on peut voir l’intérieur de la basilique depuis la chambre, à la manière de ce que Charles Quint avait fait aménager dans sa maison du monastère de Yuste. Une galerie fait la jonction entre l’appartement de l’infante au nord et la partie du monastère appelée « palais des Bourbons » : c’est la salle des batailles, dont le plafond et les murs sont couverts de fresques représentant les principales batailles gagnées par les armées espagnoles.

Le quart nord-est du monastère, en symétrique au cloitre des évangélistes, a été transformé au xviiie siècle en palais à la française, infiniment plus luxueux que la « cabane » qu’avait voulue Philippe II pour sa résidence. Cela a principalement eu pour conséquence la construction de nouvelles ailes dans la cour nord-est et donc la perversion du plan de Juan de Herrera.

Le Panthéon des Rois est une salle de forme octogonale creusée sous la basilique. Il renferme 26 tombes de marbre où reposent les restes des rois des maisons Habsbourg et de Bourbon, sauf Philippe V, Ferdinand VI, Joseph Ier et Amédée Ier, inhumés respectivement au palais royal de la Granja de San Ildefonso, au couvent des Salésiennes royales à Madrid, aux Invalides à Paris et à la basilique de Superga à Turin. Les murs de marbre de Tolède poli sont décorés d’ornementations de bronze doré.

Les derniers restes déposés dans le panthéon ont été ceux du roi Alphonse XIII en 1980 et de son épouse la reine Victoire Eugénie de Battenberg en 2011. Exceptionnellement, les deux derniers sarcophages disponibles sont attribués aux parents du roi Juan Carlos, « Jean III », comte de Barcelone, bien qu’il n’ait jamais régné, et son épouse María de las Mercedes de Borbón y Orleans. Leurs restes reposent encore au pudridero (« pourissoir ») en attendant leur transfert définitif dans le panthéon.

Les salles capitulaires, destinées actuellement à des peintures, étaient les salles où les moines tenaient leurs chapitres, réunions communautaires où s’organisait la vie du monastère.

La pinacothèque regroupe les œuvres des écoles allemande, flamande, vénitienne, italienne et espagnole, du XVe au XVIIe siècle, dont des œuvres majeures du Greco, comme Saint Pierre (1608).

Le musée d’architecture, constitué de onze salles, présente les outils, grues et autres matériels employés dans la construction du monument, ainsi que des reproductions de plans et documents relatifs aux œuvres. Des maquettes permettent d’apprécier l’architecture générale du bâtiment.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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