Hernán Cortés, conquistador.

Hernán Cortés (parfois écrit Cortès ou Cortez), dont le nom complet est Fernando Cortés de Monroy Pizarro Altamirano, premier marquis de la Vallée d’Oaxaca, né, probablement, en 1485, à Medellín (un village d’Estrémadure) et mort à Castilleja de la Cuesta (près de Séville) le 2 décembre 1547, est un conquistador espagnol qui s’est emparé de l’Empire aztèque pour le compte de Charles Quint, roi de Castille et empereur romain germanique. Cette conquête est l’acte fondateur de la Nouvelle-Espagne et marque une étape fondamentale de la colonisation espagnole des Amériques au XVIe siècle.


Hernán Cortés est fils unique. Il n’aime pas beaucoup sa mère, qu’il dépeint comme « dure et mesquine », même s’il lui témoigne du respect. Il est en revanche très complice avec son père. Celui-ci fait partie des « grands d’Espagne », capables de se montrer fiers et hautains, y compris devant le roi. Ce trait de caractère sera partagé par Hernán.

La légende veut que Cortés ait été un enfant chétif né dans une famille noble, mais pauvre. La pauvreté supposée de sa famille est une invention, sa faiblesse physique sans doute une autre.

À l’âge de 14 ans, ses parents l’envoient à Salamanque afin qu’il s’instruise auprès de son oncle Francisco Nuñez de Valera, grammairien. Il ne reste que deux ans à l’université de Salamanque, l’une des plus prestigieuses de l’époque. Parmi les hypothèses avancées sur la brièveté de ses études figurent la maladie, la discipline de fer, l’ennui, le manque d’argent voire l’appel d’une autre vie ou une jeunesse agitée. Quoi qu’il en soit, il semble que Cortés quitte l’université sans avoir obtenu de diplôme. En revanche, il y acquiert des bases intéressantes en latin, droit et rhétorique, autant d’armes dont il usera par la suite. En attendant, afin d’assurer son quotidien, il travaille comme apprenti notaire à Valladolid.

De retour à Medellín, au grand dam de ses parents, Cortés opte pour la carrière militaire. Il hésite entre les guerres d’Italie et le Nouveau Monde. Après quelques péripéties, notamment amoureuses, il embarque en 1504 ou 1506 pour Hispaniola (Saint-Domingue). Le départ a lieu à Sanlúcar de Barrameda sur un navire de Palos dirigé par Alonso Quintero. Les cinq navires du convoi font route vers La Gomera (îles Canaries) puis vers Hispaniola. La plupart des hommes ayant investi dans la cargaison marchande afin de la revendre au meilleur prix lors de leur arrivée, Alonso Quintero prend des risques afin de semer les autres bateaux. Mais ayant cassé le mât, il doit retourner à La Gomera pour réparer. Autre contretemps, le navire perd sa route quelque temps, ce qui, finalement, voit Cortés rejoindre Hispaniola avec quelques jours de retard sur le reste de la flotte.

À son arrivée sur l’île, Cortés reçoit des terres et des Indiens, afin de développer la colonisation. Sur ses domaines, il pratique l’élevage et acquiert une relative aisance matérielle18. Il rencontre Nicolás de Ovando, gouverneur d’Hispaniola, qui lui octroie la charge de notaire à Azua. En 1509, touché par la syphilis, il ne peut participer à une expédition de conquête.

En 1511, Cortés accompagne Diego Velázquez de Cuéllar à Cuba, où il participe à la conquête de l’île. En guise de récompense, il est nommé premier maire de Santiago de Cuba et reçoit une grande propriété ainsi qu’un lot d’esclaves. Ceci ne l’empêche pas de se faire emprisonner, quelque temps après, pour conspiration contre Velázquez. Libéré, il se marie avec la belle-sœur de ce dernier, Catalina Juárez Marcaida. À la même époque, les expéditions dans le Yucatan de Francisco Hernández de Córdoba (1517) et Juan de Grijalva (1518) reviennent à Cuba avec de petites quantités d’or et des histoires de terres lointaines où abonderait le métal précieux. Cortés vend tous ses biens pour acheter des navires et du matériel et passe un accord avec Velázquez, devenu gouverneur de Cuba, pour mener une expédition, officiellement pour explorer et commercer avec de nouvelles terres se trouvant à l’ouest. Mais Velázquez est toujours inquiet et méfiant.

Finalement, le 18 novembre 151819, craignant que Diego Velázquez de Cuéllar n’annule l’expédition, l’armada de Cortés quitte précipitamment le port de Santiago de Cuba. La fuite, mal préparée, oblige Cortés à s’arrêter à la Trinité et dans d’autres îles pour faire des stocks de provisions et acquérir de nouveaux bateaux. Le 10 février 1519 Cortés quitte Cuba avec onze navires, seize cavaliers, 518 fantassins, treize artilleurs, avec huit petits canons, 32 arbalétriers, treize arquebusiers, 110 marins et deux cents Indiens et esclaves noirs comme auxiliaires de troupes. En outre, ils emmènent 32 chevaux, dix canons de bronze et quatre fauconneaux (canons plus petits). Les capitaines de cette expédition sont Alonso Hernández Puertocarrero, Alonso de Ávila, Diego de Ordás, Francisco de Montejo, Francisco de Morla (es), Francisco de Saucedo, Juan de Escalante, Juan Velázquez de León (de la famille du gouverneur de Cuba), Cristóbal de Olid et Pedro de Alvarado, dont beaucoup sont des vétérans des guerres d’Italie. Antón de Alaminos est le pilote de l’expédition. Ils arrivent sur l’île de Cozumel. Là, les Espagnols font une recrue étrange, mais bienvenue, qui arrive du nord du Yucatan. C’était un diacre espagnol, nommé Gerónimo de Aguilar, qui, huit ans plus tôt, faisant route vers Saint Domingue, avait survécu à un naufrage. « On allait le sacrifier lorsqu’une nuit il put s’enfuir et se réfugier » chez un chef maya dont il devint l’esclave. Grâce à une rançon de verroterie envoyée quelque temps plus tôt par Cortés qui avait eu connaissance de sa captivité, il put rejoindre la flotte espagnole, et, comme il parlait le maya yucatèque, il put servir d’interprète à Cortés, d’abord pour traduire les échanges en maya, puis ceux en nahuatl par l’intermédiaire de La Malinche qui lui traduisait dans un premier temps le nahuatl en maya.

Cortés débarque près de l’actuelle Veracruz le 23 avril 1519. Le premier contact avec les autochtones avait eu lieu à Cozumel où les Mayas, qui s’étaient d’abord enfuis, sont invités à regagner leurs demeures. Mais déterminés à remplacer par la religion catholique les cultes païens auxquels étaient fidèles les indigènes (en particulier les sacrifices humains, qui horrifient Cortés), Cortès et ses soldats procèdent à la destruction des statues représentant les divinités locales, démontrant ainsi l’impuissance de ces dernières. Sont alors érigées au même emplacement une croix en bois et une statue de la vierge Marie.

Cortès, carte maximum, Espagne, 2019.

À la suite de cela, Antón de Alaminos conduit la flotte jusqu’à l’embouchure du fleuve (qui sera baptisé quelques années plus tard Río Grijalva, en hommage à Juan de Grijalva), où les Espagnols rencontrent des Mayas hostiles, qu’ils réussissent cependant à vaincre, grâce à la peur  qu’engendrent les armes à feu et les chevaux.

Leurs chefs offrent alors des vivres, des bijoux, des tissus et un groupe de vingt esclaves, qui seront baptisées plus tard. Parmi ces esclaves se trouve une dénommée Malintzin, connue également sous les noms de Marina ou La Malinche. Sa capacité à parler les langues maya et náhuatl, sa connaissance de la psychologie et des coutumes mexica, ajoutées à sa fidélité indéfectible envers les Espagnols, feront d’elle un atout majeur dans la conquête. Elle devient rapidement l’interprète, la conseillère et l’amante d’Hernán Cortés, à qui elle donne un fils baptisé Martín, comme le père de Cortés. Avec Gerónimo de Aguilar, elle remplace l’ancien interprète Melchorejo, repassé du côté des Aztèques, et qui les incite à lutter contre les Espagnols.

À Tabasco, les Espagnols apprennent l’existence d’un pays à l’ouest que les Mayas appellent Mexico. Suivant la côte en direction du nord-ouest, l’expédition croise bientôt quelques canoës transportant des ambassadeurs de l’empereur aztèque Moctezuma II. Cortés leur montre ses chevaux et ses armes à feu, pour les impressionner, mais tâche de les rassurer, en leur parlant de paix. Les émissaires, venus accompagnés de peintres et de dessinateurs, ont pour mission d’aller rendre compte de la présence des Espagnols à leur maître.

Peu de temps après, les émissaires aztèques reviennent avec de nouveaux présents et Cortés insiste pour rencontrer leur empereur. Il entend alors parler de ce qu’ils pensent être Quetzalcoatl, ou un émissaire de Quetzalcoatl (un homme d’or qui devait un jour revenir) et décide sur les conseils de son traducteur, la Malinche, de tirer profit de ce mythe indien. D’autant plus que les ambassadeurs indiens continuent de lui refuser de rencontrer Moctezuma II.

C’est alors qu’arrivent d’autres Amérindiens, originaires de Cempoala, qui se présentent à Cortés comme des ennemis des Aztèques. Ils souhaitent que les Espagnols les aident à se libérer du joug des Aztèques. Cortés comprend alors que l’empereur a des ennemis, et, s’inspirant de la stratégie utilisée par César lors de la conquête de la Gaule, va s’efforcer d’utiliser les rancœurs et la haine qui existent entre les différents peuples locaux. Il prend appui sur la légende amérindienne de Quetzalcóatl pour s’attribuer le rôle d’un messie destiné à régner sur les Mexicains. Dès lors, son objectif est simple : essayer de s’emparer des terres et richesses dont semble regorger ce territoire, étant donnés les différents présents apportés par les ambassadeurs de Moctezuma II. Pour cela, il doit imposer sa volonté et son autorité sur la partie de la troupe fidèle au gouverneur Velázquez, lesquels soutiennent que Cortés n’a pas l’autorisation de peupler ce territoire, et qu’ils doivent rentrer à Cuba une fois l’expédition terminée. La majorité des capitaines et de la troupe s’opposent à lui, même s’ils sont conscients des richesses que semble receler Tenochtitlan.

Le 9 juillet 1519, il commence par transformer le campement où les Espagnols se trouvent en ville, à laquelle il donne le nom de Villa Rica de la Vera Cruz (« La riche ville de la véritable croix »), devenue Veracruz, les Espagnols y ayant débarqué un Vendredi saint. Les nouveaux habitants demandent à Cortés qu’il se proclame capitaine général, dépendant directement du roi et non plus de Velázquez, qui n’a pas de pouvoir sur ces côtes. Se faisant supplier, il accepte la charge. Il nomme un maire, des régisseurs, des gendarmes, et un trésorier. En se libérant de l’autorité du gouverneur de Cuba, il constitue ainsi la deuxième ville européenne de la « terre ferme » (la première étant Santa María la Antigua del Darién en 1509), mais se met aussi dans une certaine illégalité.

Entre-temps, la nouvelle de la nomination par les Cortes de Diego Velázquez, comme gouverneur du Yucatan, arrive. Pour contrer cela, il envoie ses fidèles Montejo et Alonso Hernández Puertocarrero, avec les plus belles pièces du butin amassé jusque-là, dans l’espoir d’obtenir sa nomination à la place de Velázquez.

À Veracruz, les partisans de Velàzquez et les mécontents s’agitent. Certains souhaitent rentrer à Cuba pour dénoncer les agissements de Cortés, d’autres aimeraient revoir leurs familles ou sont mécontents de ne pas avoir amassé suffisamment d’or. C’est ainsi qu’ils décident de voler un bateau pour rentrer à Cuba. Dénoncés par l’un des conspirateurs repenti, ils sont châtiés par Cortés : Pedro Escudero et Juan Cermeño sont condamnés à mort par pendaison, Gonzalo de Umbria, le pilote, a les pieds mutilés, et les matelots reçoivent 200 coups de fouet.

Cet incident pose un problème à Cortés. En effet, il souhaite découvrir les terres et aller à la rencontre de Moctezuma mais il ne peut pas se permettre de laisser les marins et les navires à Veracruz, au risque d’avoir des désertions vers Cuba dès qu’il aura le dos tourné. Il se trouve à ce moment-là dans la ville de Cempoala avec ses capitaines. Il leur expose la situation et, très vite, les capitaines lui suggèrent l’idée de détruire tous les navires. Cela empêcherait les départs vers Cuba, mais aussi et surtout, cela permettrait de renforcer l’expédition terrestre avec une centaine d’hommes (maîtres, pilotes, matelots…). Juan de Escalante reçoit alors l’ordre de partir pour Veracruz. Sa mission consiste à récupérer sur les navires tout ce qui peut être utile (ancres, câbles, voiles…), puis à les faire échouer (en ne conservant que les bateaux). Les marins les plus vieux sont assignés à Veracruz, notamment pour aller pêcher et permettre de nourrir la ville. Tous les autres sont regroupés par Juan de Escalante qui forme une compagnie d’une centaine d’hommes et rejoint Cortés à Cempoala.

Sur la forme physique que prend la destruction des bateaux, les sources utilisent l’expression barrenar (littéralement, forer) et dar de través (retourner le bateau, le mettre sur le flanc). Les deux procédés furent probablement utilisés.

Depuis le début, certains biographes de Cortés ont glorifié excessivement cet acte en faisant croire que les bateaux avaient été brûlés. L’expression « brûler les navires » (« quemar las naves » en espagnol) est toujours utilisée pour dire qu’il n’est plus possible de rebrousser chemin, c’est l’expression française « brûler ses vaisseaux ».

On peut souligner que Cervantès, dans le chapitre VIII de la deuxième partie de son Don Quichotte, compare ce fait à d’autres actes héroïques tel César franchissant le Rubicon : « …¿quién barrenó los navíos y dejó en seco y aislados los valerosos Españoles guiados por el cortesísimo Cortés en el Nuevo Mundo?… » (« qui fora les navires et laissa isolés et à sec les valeureux Espagnols guidés par le très courtois Cortés dans le Nouveau Monde ? »). Ce qui prouve qu’en 1615, on pensait toujours qu’il avait fait forer et non brûlé ses navires. La mise à feu fut une mystification postérieure destinée à donner un aspect plus pompeux au succès.

Quoi qu’il en soit, l’expédition terrestre est prête, et la marche vers l’intérieur commence le 16 août 1519, tout en laissant Gonzalo de Sandoval, avec une centaine d’hommes, protéger Vera Cruz. La première surprise est le changement de climat dans les plateaux, beaucoup plus froid que le climat de la côte et des îles, la deuxième est de découvrir l’existence de vallées fertiles à l’intérieur des terres. Cortés arrive dans l’État de Tlaxcala, république indépendante, ennemie héréditaire de l’Empire aztèque, mais dont les forces attaquent ses troupes le 2 septembre 1519. Il remporte malgré tout la bataille, notamment grâce à une supériorité technologique indéniable (arbalètes, épées d’acier, armes à feu) ainsi qu’à un élément de guerre psychologique inattendu : le cheval, inconnu des Indiens et qui leur fait très peur. Les Espagnols sont également avantagés par leur façon de combattre. En effet, ils luttent pour tuer, alors que les Indiens tentent de neutraliser leurs adversaires, en vue de les offrir en sacrifice aux dieux. Après sa victoire, Cortés tente de rallier les Tlaxcaltèques à sa cause. Ainsi, s’ils acceptent de devenir ses alliés et serviteurs, il leur pardonnera leur manque de respect. Dans le cas contraire, il les anéantira. Les Tlaxcaltèques donnent leur accord et après quelques semaines de repos, Cortés peut poursuivre son chemin, avec le renfort de 2 000 combattants tlaxcaltèques et peut-être autant de porteurs.

À son arrivée à Cholula, une ville sainte de l’empire de Moctezuma II, les Espagnols reçoivent un accueil grandiose. C’est en fait une ruse, les Aztèques ayant prévu d’éliminer les Espagnols pendant leur sommeil. Mais une vieille dame, désireuse de sauver la Malinche, a l’indiscrétion de lui confier ce qui se trame. Cette dernière s’empresse d’aller avertir Cortés. Sans avoir vérifié l’information, il décide de mener une attaque préventive. Les Espagnols massacrent d’abord les nobles, incendient la ville et tuent entre 5 000 et 6 000 habitants. C’est un des plus grands massacres menés par Cortés, et aujourd’hui encore, son souvenir est vivace au Mexique. Cortés adresse alors un message à Moctezuma et justifie son action par un manque de respect de la part des autorités de Cholula à son encontre. Il lui annonce que s’il le traite avec respect et lui offre de l’or, il n’aura pas à craindre sa colère.

Dans sa marche vers Tenochtitlan, la troupe de Cortés passe devant les volcans de Popocatepetl et Ixtaccíhuatl. Diego de Ordás, un des capitaines de Cortés, et deux compagnons d’armes sont les premiers Européens à atteindre le sommet du Popocatepetl, ce qui impressionne beaucoup les Indiens accompagnant l’expédition. L’expédition dure huit mois.

L’entrée dans la capitale aztèque a lieu le 8 novembre 1519. Moctezuma croit que les Espagnols sont des Teules, envoyés des Dieux devant arriver de l’est selon la légende aztèque; de plus, il est ébloui par le pouvoir de séduction de Cortés. Cortés est accueilli à Tenochtitlan avec la pompe requise pour le retour d’un dieu. Moctezuma avait ainsi fait préparer le palais de son père, Axayacatl, pour les Espagnols et leurs alliés. Pour de nombreux espagnols, Tenochtitlan est la plus magnifique ville qu’ils aient jamais vue. Cortés demande davantage d’or et Moctezuma promet d’offrir d’égales quantités à Cortés et au roi d’Espagne chaque année à venir. Cortés demande aussi qu’une statue soit retirée de l’un des deux principaux temples de la cité pour qu’une chapelle dédiée à la Vierge soit érigée à la place. Toutes ses exigences sont acceptées.

Résidant dans le palais d’Axayacatl, les Espagnols veulent également y faire construire une chapelle. L’empereur donnant son accord, les capitaines se mettent à la recherche du lieu idéal pour l’ériger dans le palais. C’est alors qu’un soldat (qui était également charpentier) remarque l’existence d’une porte secrète, que les Aztèques avaient tenté de camoufler peu avant. Cortés, accompagné de quelques capitaines, entre dans la salle, et découvre un énorme trésor, que Axayacatl avait amassé durant son règne. C’est à ce moment que Cortés commence à craindre que les Aztèques ne cherchent à les assassiner. Quatre capitaines et douze soldats lui suggèrent de prendre l’empereur en otage, afin que ce dernier réponde sur sa vie de leur sécurité. Aucune décision immédiate n’est prise, mais les nouvelles de Veracruz vont précipiter les événements.

En effet, Cortés apprend que des chefs mexicains ont pris d’assaut Veracruz, et tué Juan de Escalante, le maire, six Espagnols ainsi que des alliés indiens. C’est un signal fort pour les Indiens, qui comprennent que les Espagnols ne sont pas des Teules invincibles, mais bien des êtres humains. Pour preuve, un soldat espagnol nommé Argüello est fait prisonnier, sacrifié, et sa tête envoyée à l’empereur.

Cortés décide donc de s’emparer de Moctezuma comme otage pour se prémunir d’une révolte aztèque. Il demande également que les auteurs de l’attaque de Veracruz soient punis. Amenés devant Moctezuma, ces derniers affirment qu’ils ont agi sur ordre de l’empereur. En guise de sanction, ils sont brûlés sur un bûcher. D’autre part, Cortés obtient de Moctezuma qu’il se déclare vassal de Charles Quint.

Quelques jours plus tard, une nouvelle annonce l’arrivée de 18 navires espagnols à Veracruz. Cortés pense d’abord qu’il s’agit de renforts envoyés par l’empereur. Mais en réalité, il s’agit d’une expédition dirigée par Pánfilo de Narváez et commanditée par Diego Velázquez de Cuéllar pour punir Cortés et ses compagnons. Ces derniers annoncent à Moctezuma II que Cortés est rebelle à son roi, et qu’il peut être exécuté par les Aztèques. Face à l’urgence de la situation, il décide de laisser une garnison d’une centaine d’hommes à Tenochtitlan, sous les ordres de Pedro de Alvarado, et il prend la tête du reste de la troupe (environ trois cents Espagnols et plusieurs centaines d’Indiens) rejoindre Gonzalo de Sandoval, avant d’affronter l’expédition de Pánfilo de Narváez. Il sort victorieux du combat (attaque par surprise qui fait très peu de victimes) et capture Narváez. Il parvient aussi à convaincre les soldats de Narváez de se joindre à lui en leur parlant des richesses en or de Tenochtitlan.

Pendant que Cortés est occupé à combattre ses compatriotes, Alvarado décide de passer à l’action à Tenochtitlan. Croyant déceler une menace (réelle ou feinte ?) contre ses troupes, il profite d’une fête aztèque pour massacrer les Indiens. La population se rebelle alors contre les Espagnols qui se retrouvent cette fois totalement assiégés dans le palais.

Le 24 juin 1520, l’armée de Cortés entre à nouveau dans la ville. Le frère de Moctezuma, Cuitláhuac est libéré en signe d’apaisement, mais ce dernier, loin de vouloir la paix, s’unit aux caciques, dirigés par Cuauhtémoc, afin d’écraser les Espagnols. Cuitláhuac est élu nouvel empereur à la suite de Moctezuma, toujours emprisonné. Encerclés, les Espagnols sont pris au piège. Cortès ordonne alors à Moctezuma de parler à son peuple depuis un balcon pour le convaincre de laisser les Espagnols retourner paisiblement vers la côte. Moctezuma lui obéit mais il est hué et reçoit des pierres qui le blessent grièvement. A moins qu’il n’ait été assassiné par un Espagnol. Les deux versions sont plausibles, et l’on n’a retrouvé aucune preuve matérielle faisant pencher la balance pour l’une ou pour l’autre, ce qui laisse la responsabilité de la mort de Moctezuma encore sujette à débat aujourd’hui. Il meurt quelques jours plus tard.

Toujours assiégés, les Espagnols voient leur moral baisser en même temps que l’eau et les vivres. Pour Cortés, l’unique chance de salut est la sortie les armes à la main. C’est ce qu’il décide de faire dans la nuit pluvieuse du 30 juin au 1er juillet 1520, surnommée la Noche Triste. La lutte est terrible. Les Espagnols sont lourdement chargés, souhaitant emporter le maximum d’or possible. Fonçant au milieu des Aztèques, beaucoup plus nombreux, ils tentent de sortir du piège que constitue Tenochtitlan. Environ quatre cents Espagnols (les estimations vont de 150 à 800 morts) et près de 2 000 alliés sont tués (la grande majorité des Espagnols qui ne se sont pas noyés seront sacrifiés aux dieux). L’arrière-garde a été décimée (l’athlétique Pedro de Alvarado, chef de cette arrière-garde, se serait sauvé de justesse grâce à un saut prodigieux à l’aide de sa pique). Presque tout est abandonné sur place : chevaux, pièces d’artillerie et une grande partie du trésor. Cortés parvient cependant à s’échapper de justesse (désarçonné, il allait être englouti par la masse des combattants aztèques mais deux conquistadors purent le sauver in extremis). Poursuivis par les Indiens, les Espagnols sont épuisés, abattus, moins nombreux et désormais très mal équipés. Mais ils doivent malgré tout combattre, le 7 juillet, lors de la bataille d’Otumba. Contre toute attente, les Aztèques (qui pensaient la bataille facile) se heurtent à la résistance désespérée des Espagnols (qui préfèrent la mort à l’affreux supplice infligé aux prisonniers). Devant cette résistance inattendue, et à la suite d’une charge désespérée des Espagnols qui tuent le général ennemi, les Aztèques se débandent, et les Espagnols peuvent poursuivre leur retraite. L’expédition de Cortés vient d’échapper au pire.

Cortès profite du soutien indéfectible des Tlaxcaltèques (un retournement de ceux-ci aurait mis fin à l’épopée de Cortès et de sa petite troupe). Ralliant tous les Indiens ennemis des Aztèques, il prépare sa revanche. Grâce à ces nombreux renforts, il peut aligner une armée digne de ce nom. En fin tacticien, il prépare une attaque à la fois terrestre et lacustre, la ville de Tenochtitlan se trouvant sur un lac. Après un long siège de trois mois et des combats qui détruisent une partie de la ville, faisant selon les estimations entre 120 000 et 240 000 morts chez les Aztèques (dont 40 000 dans la bataille28), le dernier empereur, Cuauhtémoc, se rend à Cortés le 13 août 1521. Amené devant Cortés, il lui aurait dit : « Seigneur Malinche, j’ai fait ce que j’ai pu pour défendre ma ville et mes vassaux ; je ne peux faire plus, aussi je viens par force comme prisonnier devant ta personne et ton pouvoir, prends le poignard qui est à ta ceinture et tue-moi dès maintenant. » (« Señor Malinche: ya he hecho lo que soy obligado en defensa de mi ciudad y vasallos, y no puedo más, y pues vengo por fuerza y preso ante tu persona y poder, toma ese puñal que tienes en la cinta y mátame luego con él. »)

Capturé par Cortés peu après la chute de la ville, il fut torturé en compagnie de Tlacotzin (son cihuacóatl) et de Tetlepanquetzal (tlatoani de Tlacopán), mais les Espagnols, qui voulaient savoir où les Aztèques avaient caché leurs trésors, ne purent leur extorquer aucun renseignement. Hernán Cortés a participé personnellement à la torture du dernier empereur mexicain.

Quelques années plus tard, Cortés est récompensé pour ses grandes conquêtes par le roi Charles, avec le titre de marquis de la Vallée de Oaxaca, mais on ne lui accorde pas le gouvernement de la nouvelle colonie.

De retour en Espagne, il se porte volontaire lors de l’expédition malheureuse de Charles Quint à Alger, en 1541. La tempête qui détruisit alors la flotte réunie par l’empereur d’Espagne n’épargna pas l’embarcation de Cortés qui dut regagner la côte à la nage. La défense de la ville est assurée par huit cents janissaires, cinq mille hommes levés à la hâte et composé d’Algériens, mais surtout de Maures.

Hernán Cortés meurt de la dysenterie le vendredi 2 décembre 1547 à Castilleja de la Cuesta, en Espagne, à l’âge de 62 ans, alors qu’il entreprenait de retourner en Amérique. Malgré les énormes richesses et surtout les territoires qu’il apporta à son Roi, il mourut pratiquement en disgrâce, sa gloire passée étant occultée par les immenses trésors ramenés à ce moment du Pérou par Francisco Pizarro.

Tous les témoignages de la conquête de l’empire aztèque évoquent les actions, les décisions et les motivations d’Hernán Cortés. Cependant, ces sources sont contradictoires, leurs auteurs ayant eu des intérêts personnels à faire valoir auprès de la couronne espagnole dans le cadre des démêlés judiciaires qui ont opposé Cortés à Diego Velázquez de Cuéllar. Une des sources considérées comme les plus précises et les plus fiables par les historiens est l’Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne de Bernal Díaz del Castillo.

Plusieurs philosophes des Lumières ont jugé sévèrement ce qu’ils ont appelé les « crimes » de Cortès. Montesquieu critique Cortès nommément dans ses Pensées. Francine Markovits[Qui ?] écrit à ce propos : « Lorsque Montesquieu parle de la conquête du Mexique par Cortez, il souligne à la fois la barbarie et l’extravagance, comme lorsqu’il parle de l’Inquisition, il en parle comme d’un droit contraire à l’esprit du droit ». Diderot condamne également Cortès avec la plus grande fermeté. Selon Jonathan Israel, Diderot le présente comme « despotique et cruel, un meurtrier de masse qui baigne dans le sang innocent, et dont les actes sont impitoyables, barbares et injustifiés ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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