Ville du Creusot (Saône-et-Loire).

Le Creusot est une commune française située dans le département de Saône-et-Loire en région Bourgogne-Franche-Comté.

Elle est le siège de la communauté urbaine Creusot-Montceau. Chef-lieu de deux cantons (Le Creusot-1 et Le Creusot-2), la commune est la septième ville de Bourgogne-Franche-Comté par la population, avec 21 630 habitants, une agglomération de 34 272 habitants et une aire urbaine de 42 846 habitants. Elle est aussi la troisième ville du département derrière Chalon-sur-Saône et Mâcon, la préfecture départementale.

L’économie du Creusot est dominée par les techniques de pointe dans le domaine des aciers spéciaux (ArcelorMittal Industeel), de l’énergie (Framatome, General Electric Oil & Gas, Siag), des transports (Alstom, Safran-Snecma), etc. La ville abrite un écomusée permettant de découvrir son patrimoine industriel ainsi que l’Académie François Bourdon, centre d’archives industrielles qui retracent l’épopée de la dynastie Schneider.

Le Creusot, carte maximum, 20/09/2019.

Le Creusot est en outre le deuxième centre universitaire de Bourgogne (derrière Dijon), avec son Institut universitaire de technologie (4 départements : Techniques de commercialisation, Génie électrique et informatique, Mesures Physique et Génie mécanique et productique, 6 licences professionnelles) et le centre universitaire Condorcet (4 filières DEUG, DESS), antenne de l’université de Bourgogne.

Depuis les années 1990, la ville développe aussi ses atouts touristiques avec comme principale vitrine le Parc des Combes, où les friands d’attractions et de balades en train touristique côtoient sportifs et amateurs de détente en pleine nature.


L’histoire du Creusot, souvent qualifiée de « ville-usine », est étroitement liée à son développement industriel.

La plus ancienne référence connue remonte à 1253, avec un acte sur parchemin, par lequel Henry de Monestoy cède au duc Hugues IV de Bourgogne, ses terres de la Villa Dei et du Crozot pour le prix de 40 livres dijonnaises. Dans le vallon du Peu, voisinent les hameaux de la Charbonnières, du Crosot et des Nouillots, relevant de la paroisse du Breuil. C’est un pays de collines, de ruisseaux et d’étangs connu de tout temps pour ses affleurements de « pierre noire » (charbon de terre ou houille) que quelques familles de métayers « jardinaient » pour leurs besoins personnels.

D’abord la mine. Vers 1502, Symon Jobé et Pierre Pelletier s’étaient associés et accompagnés par moitié et par indivis en toutes leurs terres à tirer du charbon, communément appelé « oylle », assises et situées au lieu-dit « en Crosot » . Mais l’exploitation rationnelle ne commence véritablement qu’à partir de mars 1769, date à laquelle François de la Chaise obtient, pour lui et ses héritiers, le droit d’exploiter les mines de charbon de terre se trouvant sur la baronnie de Montcenis, pour une durée de cinquante années. François de la Chaise était conforté dans son projet par les conclusions positives du rapport de Gabriel Jars : le charbon de terre est ici abondant et propre à fondre du minerai de fer à l’aide du coke selon la nouvelle technique anglaise. Au milieu du XVIIIe siècle, grâce à ce charbon il y avait deux modestes forges et l’on y coulait le verre. Le hameau du Crozot comprenait alors une vingtaine de “feux” ou “meix”, soit une centaine d’habitants.

Puis la fonderie royale. En 1781, François Ignace de Wendel, recherche un site pour construire une fonderie susceptible d’alimenter en fonte les Forges de l’Indre (Loire-Atlantique) dont il est propriétaire. Accompagné de William Wilkinson il préfère ce site à celui de Saint-Étienne. Rejoints par l’architecte Pierre Toufaire, ils dressent les plans et réalisent à proximité de la Charbonnière, la plus grande usine métallurgique d’Europe continentale, dotée de hauts-fourneaux. La première gueuse sera coulée le 11 décembre 1785 à deux heures de l’après-midi.

Et aussi la manufacture des cristaux de la Reine. En 1786 la décision est prise de transférer dans la baronnie de Montcenis la manufacture des cristaux et émaux de la Reine, jusqu’alors située dans le domaine royal du parc de St Cloud à Sèvres.

Un acte royal du 10 novembre 1786 réunit dans un même ensemble industriel : les mines, les fonderies d’Indre et du Creusot, la cristallerie ainsi que les forges de Bouvier et de Mesvrin. François Ignace de Wendel en prend la direction.

En 1790, Le Creuzot (officiellement orthographié Le Creusot en 1853) est érigé en commune de 485 hectares, largement rurale et constituée de quelques hameaux (le Nom, la Couronne, la Chaise) accolés au domaine royal et industriel et tous soustraits aux paroisses du Reuil et de Torcy.

En janvier 1793, fuyant la terreur, Ignace de Wendel est contraint d’émigrer en Thuringe (Allemagne). Michel Ramus le remplace. En février 1794, le Comité de Salut Public réquisitionne les usines, mais la fonderie surdimensionnée éprouve des difficultés récurrentes à produire une fonte au coke de qualité ; pourtant la jeune République est demandeuse de canons pour les soldats de l’an II. On notera qu’une batterie de canons, fondus au Creusot, a permis au jeune officier Bonaparte (futur Napoléon Ier) de chasser les Anglais au Siège de Toulon en décembre 1793.

En 1794 les Établissements sont réquisitionnés par le Comité de salut public et l’année suivante un commissaire spécial, le conventionnel Noël Pointe, est dépêché sur place et chargé d’une nécessaire remise en ordre. En 1796 les Établissements sont restitués à leurs propriétaires. La société « Coste, Caylus et Gévaudan » et divers investisseurs en deviennent les maîtres. Parmi eux Jean-Baptiste Bureau, Thomas Chardon et Jean-Baptiste Mollerat tentent sans grand succès de réorganiser et d’équilibrer les comptes, mais, à la suite de mauvais choix techniques, les difficultés subsistent et l’exploitation minière est sinistrée. En 1802 la décision est prise d’affermer séparément les établissements mais seule la cristallerie fut finalement amodiée à Xavier Veytard, avec la caution de Benjamin Ladouèpe-Dufougerais qui, du fait de son entregent, en devint très vite le gérant. La manufacture maintenant impériale, fut alors le « lustrier de l’empereur ». Quant aux mines et à la fonderie, dès 1804 et plus encore à partir de 1808, Jean-François Chagot, par des achats successifs d’actions puis par de substantielles avances financières, se positionne pour être l’unique repreneur de fait lors de la mise en adjudication devenue inéluctable en 1814. Napoléon « évitant » Le Creusot durant les Cent Jours, ajoute de l’incertitude à l’économie de ce site et ce n’est que le 8 août 1818 que seront adjugés les établissements à un groupe d’actionnaires : Chagot père (Jean-François) et fils (Henry, Louis-Hippolyte et Jules) majoritaires, Thomas Chardon, etc. Mais Jean-François Chagot et ses fils sont néophytes en métallurgie et le devenir de la fonderie, directement lié à la solidité du pacte familial, ne résistera pas au décès de Jean-François en 1824.

La technique de la fonte au coke enfin maitrisée[modifier | modifier le code] En 1826 les fils Chagot ne conservent que la cristallerie et cèdent le reste à la société Manby et Wilson, avec Aaron Manby et Daniel Wilson, deux industriels anglais déjà propriétaires des Forges de Charenton (région parisienne), et Jean-Baptiste Chaptal comme gérant. Ces industriels vont entreprendre un important agrandissement de la fonderie, la construction d’une forge à l’anglaise, la reconstruction de quatre hauts-fourneaux et la construction de la cité ouvrière de la Combe des mineurs. L’on parviendra enfin en 1826 à produire une fonte de qualité. Cependant, dès 1828, la gestion hasardeuse de Wilson, faisant jouer une clause particulière (dite scélérate) du contrat qui stipule que toute nouvelle société est chargée de liquider la précédente, conduit très vite celle-ci à la faillite en juin 1833. Quant à la cristallerie sa gestion calamiteuse par les frères Chagot va en faire une proie facile pour les cristalleries de Baccarat et de Saint-Louis. Elle sera reprise et définitivement fermée au 1er novembre 1832.

En décembre 1836, sur la base d’un montage financier dans lequel la banque Seillière réinvestit une partie des immenses bénéfices accumulés lors de l’expédition d’Alger dont elle assurait la logistique, François-Alexandre Seillière, Louis Boigues, propriétaire des Forges de Fourchambault et les frères Adolphe et Eugène Schneider, se portent acquéreurs de tous les établissements du Creusot. Adolphe et Eugène Schneider deviennent les dirigeants de la nouvelle société : Schneider frères et Cie.

Commence alors plus d’un siècle de domination de la famille Schneider sur la ville. En 1837, Eugène et Adolphe Schneider achètent les bâtiments et le parc de l’ancienne cristallerie royale et les aménagent en résidence familiale (appelée aujourd’hui château de la Verrerie).

Sur le plan industriel, les deux frères se tournent vers des productions résolument modernes, destinées notamment au chemin de fer (locomotives, rails en acier) et à la construction navale, puis aux ponts et charpentes (Chantiers de Chalon sur Saône fondés en 1839) . Le Creusot n’est plus une bourgade mais une ville nouvelle4, fief des Schneider. Adolphe et Eugène se servent de la ville pour appuyer leurs ambitions politiques. La mairie est à plusieurs reprises dirigée par des membres de la famille.

La sidérurgie au Creusot, carte maximum, 2000.

Vers les années 1855-1860, le développement industriel et urbain rend nécessaire une extension territoriale. Par décret impérial du 14 février 1862 la ville voit sa superficie augmenter de plus de 1 300 hectares au détriment de : Torcy, Le Breuil, Saint-Sernin-du-Bois , Saint-Firmin, Montcenis et Marmagne.

Autour de 1870, les usines et la ville, qui comptent maintenant plus de 20 000 habitants dont environ 10 000 ouvriers, sont le foyer de mouvements sociaux sévèrement réprimés. Des figures du militantisme ouvrier telles qu’Eugène Varlin, Benoît Malon, Adolphe Assi ou Jean-Baptiste Dumay y sont impliquées. En janvier 1870, la question du contrôle de la caisse de secours mutuel donne lieu à des arrêts de travail qui débouchent sur deux grèves : en janvier (10 jours) puis en mars (23 jours). L’intervention de l’armée (4 000 hommes en janvier) fait 6 morts parmi les ouvriers. Avec la chute du Second Empire le 4 septembre 1870, Eugène Schneider, alors président du corps législatif, doit se réfugier en Angleterre et cède temporairement la direction à son fils Henri. Jean-Baptiste Dumay est nommé maire de la ville. Le 26 mars 1871, en écho à la Commune de Paris, Dumay et la garde nationale proclament la Commune du Creusot. Mais l’armée prend le contrôle de la ville dès le 28 mars et le mouvement est étouffé. Dumay s’exile peu après en Suisse.

Après la défaite de 1870, Thiers incite Eugène à s’orienter vers la fabrication d’armement en acier. C’est Henri, son fils, qui mettra en ouvre cette nouvelle orientation, par la création des ateliers d’artillerie. Ces fabrications (canons, blindages) dont la qualité sera mondialement reconnue, assurent au Creusot une activité importante. La société se distingue par la production d’aciers spéciaux ainsi que par l’utilisation d’outils modernes comme son marteau-pilon de 100 tonnes qui permet de forger avec une grande précision des pièces de grandes dimensions. Ainsi les aciers du Creusot se montrent souvent à leur avantage lors des concours (Expositions universelles) par rapport à leurs concurrents (Vickers, Krupp AG, Skoda)

De 1871 à 1896, Henri Schneider est le maire du Creusot. Sous son impulsion et comme directeur, Schneider et Cie diversifie son implantation industrielle avec la construction de nouvelles usines à Chalon-sur-Saône, à Montchanin ou plus tard au Breuil. Cependant, Le Creusot reste le cœur de l’entreprise. C’est durant cette même période qu’avec sa vision paternaliste, la ville se développe le plus fortement suivant trois axes: l’incitation à la propriété, l’aménagement des espaces publics et l’hygiène.

La fin du XIXe siècle connaît un regain de tensions sociales qui culminent avec la grève générale de 1899, très dure. Eugène II Schneider fait appel à l’armée et à l’arbitrage de Waldeck-Rousseau, président du conseil. La répression anti-syndicale se traduit en 1900 par le départ de 1200 ouvriers et marque durablement les esprits.

Lors de la Première Guerre mondiale, la société emploie son plus grand nombre de salariés avec près de 20 000 ouvriers. En 1939 l’usine possède deux fois plus d’habitations que la ville : 3548 pour l’usine contre 1742 pour la ville.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville, grand centre industriel doté de capacités de production d’armes, est occupée le 17 juin 1940 par la division Grossdeutschland. Pour arrêter toute production, les aviations anglaise et américaine bombardent la ville à plusieurs reprises. Le bombardement du 17 octobre 1942, par la RAF, fait 63 morts et plus de 250 blessés. Le bilan est encore plus lourd dans la nuit du 20 au 21 juin 1943 : plus de 300 morts, 1 000 blessés. De nouveaux bombardements et de nombreux sabotages ont lieu le 6 septembre 1944, quand les troupes allemandes quittent la ville. Finalement il y aura : 10 000 sans-abris, 4 000 des 5 300 habitations atteintes, la destruction au moins partielle de l’hôtel-Dieu, de l’hôtel de ville, du château de la Verrerie, du pont de Chanliau, de trois églises, des stations électriques. Ces bombardements ont laissé un souvenir très fort dans la mémoire des Creusotins car c’est essentiellement la population, plus que les usines, qui a été touchée. Le directeur de l’usine, Henri Charles Stroh est arrêté par les Allemands en mars 1944 et déporté à Buchenwald. Il avait fait enterrer deux citernes de benzol pour ralentir la production de l’usine.

Corrélativement au Plan Monnet, Le Creusot a la chance d’être choisi comme “cité pilote”, avec Orléans, et une étroite coopération du ministère de la Reconstruction vont permettre sa rapide reconstruction de 1945 à 1950. Charles Schneider, arrivé dans la société en 1942 à la mort de son père Eugène II, reconstruit aussitôt la ville et les usines bombardées. Tout en poursuivant avec succès la stratégie de ses prédécesseurs, c’est-à-dire l’alliance du métal et de la machine, il fait accéder son entreprise aux technologies nouvelles, notamment avec l’entrée dans le secteur nucléaire. En 1949 Schneider & Cie devient une holding avec pour filiale locale la Société des Forges et Ateliers du Creusot (SFAC). La clientèle étrangère est prospectée et s’ouvrent alors les marchés de l’Est, de l’Amérique latine et du Moyen-Orient. Charles se voit reconnaître par Charles de Gaulle comme « Pilote de l’activité nationale ». L’entreprise familiale devient au fil des ans un immense conglomérat où se côtoient les activités sidérurgiques et électriques. Mais cette belle mécanique se grippe en 1960 avec la mort accidentelle de Charles Schneider.

Orpheline, l’entreprise des Schneider n’est plus la même et s’ouvre alors une crise de succession et l’éclatement du groupe. En 1970, l’usine creusotine devient l’un des sites du groupe Creusot-Loire, constitué après la fusion de la SFAC avec la Compagnie des ateliers et forges de la Loire, sous l’égide du Groupe Empain-Schneider qui a pris le contrôle du groupe Schneider en 1966. L’âge d’or est loin lorsque éclate le choc pétrolier de 1973 et le groupe Creusot-Loire entre dans une terrible période de difficultés financières. Les mouvements sociaux se multiplient en 1983-1984, mais sans succès, plusieurs ateliers de l’usine cessent leur activité et le dépôt de bilan est inévitable le 12 décembre 1984. Les activités sidérurgiques subsistantes sont intégrées au groupe Usinor (depuis Arcelor et maintenant ArcelorMittal), les activités mécaniques étant reprises par Framatome. Le reste du groupe Empain-Schneider se recentre sur ses activités électriques pour s’intégrer dans le groupe Schneider Electric en 1999.

La ville s’est, depuis 1984, beaucoup transformée. Les vastes étendues d’ateliers ont disparu pour laisser place à d’autres activités. La ville a ainsi développé une politique de loisirs en créant un parc d’attractions mettant en avant le thème, historique pour la cité, de la locomotive. L’ancienne cristallerie royale qui avait été transformée en château par la famille Schneider s’est muée en Écomusée. Les anciennes halles de construction de locomotives ont été transformées en bibliothèque universitaire. D’importants travaux sont toujours effectués pour redonner vie aux rues marchandes de la ville. L’académie François Bourdon [archive], s’est créée en association afin d’organiser les archives des usines qui sont mises à la disposition des chercheurs. Elle crée également des expositions.

Des nombreuses cheminées qui, naguère, s’élevaient au-dessus du Creusot, il n’en reste désormais plus qu’une : le cheminée de la Grosse Forge, éclairée depuis l’an 2000 à l’initiative de la ville, en collaboration avec l’Écomusée et la DRAC de Bourgogne. Cette cheminée élevée en 1869 avait initialement une hauteur de 80 mètres et était constituée de 68 viroles ; elle était surmontée d’un chapiteau de fonte. Elle fut abaissée à 50 mètres en 1950 et a été désaffectée en 1973.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.