Ville de Vézelay (Yonne).

Vézelay est une commune française située dans le département de l’Yonne, en région Bourgogne-Franche-Comté.

Renommée en raison de la basilique Sainte-Marie-Madeleine et de la colline classées au patrimoine mondial de l’humanité, elle est le point de départ de l’une des principales voies de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, la Via Lemovicensis. De grands écrivains du xxe siècle, comme Romain Rolland, Georges Bataille ou Jules Roy, ont habité sur la « colline inspirée ».


Les premiers vestiges d’implantation humaine dans les environs de Vézelay datent de 2300-2200 av. J.-C. près des sources des Fontaines Salées. Aux ier et iie siècles, près de deux mille puits de mine sont exploités au sud-ouest de Vézelay par environ cinq cents à huit cents esclaves. Ces exploitations minières ont permis la création d’un centre d’activité économique (marché), d’un refuge et probablement d’un lieu de pèlerinage.

Dès le ier siècle, les Romains mettent en place la culture viticole sur la colline de Vézelay. Un temple en l’honneur de Bacchus a été découvert par le curé Guenot en 1689 dans les fondations de l’ancienne église Saint-Étienne lors de la construction d’un nouveau clocher, ce qui montre l’importance de cette culture dans la région.

Vézelay, carte maximum, 22/07/1949.

L’établissement humain sur la colline de Vézelay est très antérieur à l’abbaye bénédictine. Des sarcophages mérovingiens ont été retrouvés dans le sous-sol de l’église Saint-Pierre, et sous l’un d’eux un sarcophage plus ancien18. On a découvert en 2012 un mur carolingien sous le cloître de Vézelay.

Girart de Roussillon reçoit la région par une faveur de Louis le Pieux et choisit vers 858 d’assurer la pérennité de ses possessions en les transformant en deux communautés bénédictines, respectivement masculine et féminine : Pothières et Vézelay. Il fonde ainsi un monastère de femmes à l’emplacement actuel de Saint-Père. Il possède une villa, entourée de grands domaines. Le finage dans lequel les habitations se trouvent porte le nom de Vezeliacus qui devient Vizeliac puis Vézelay.

L‘existence et l‘organisation de ce Vézelay primitif n’a toutefois qu’une faible postérité puisqu’elle s’interrompt brutalement environ dix ans plus tard, entre 871 et 877, lorsque les Normands poussent les moniales à la fuite. Girart demande leur remplacement par une communauté d’hommes. L’abbaye est alors transférée sur la colline et des moines bénédictins remplacent les moniales. La position du monastère attire nombre de familles afin de profiter de la protection des murs du nouvel établissement. Celui-ci est dédié à la Vierge et aux saints-apôtres Pierre et Paul.

Son statut est assez particulier car elle est affiliée à Cluny qui bénéficie d’une exemption jusqu’en 1744 : « moyennant la redevance annuelle d’une livre d’argent, qu’elle payait au Saint-Siège, elle fut autorisée à ne reconnaître ni chef d’ordre, ni évêque diocésain, ni prince, ni seigneur quelconque. Elle forme une espèce de république théocratique, détachée d’abord de la monarchie carolingienne, ensuite de la féodalité française, et ne conservant, ni avec l’une ni avec l’autre, aucun lien, aucun rapport de subordination. »

Certains auteurs affirment qu’en 882 le moine Badilon aurait apporté de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume à Vézelay, des reliques de Marie-Madeleine. Mais Eudes est mentionné comme premier abbé en 897.[réf. nécessaire]

Élu en 1037, l’abbé Geoffroy réforme l’abbaye et convainc ses contemporains que l’abbaye possède les restes de Marie-Madeleine : d’où pèlerinages, donc offrandes et donations.

Entre les années 1050 et 1250, Vézelay fut le plus grand sanctuaire magdalénien d‘Europe occidentale. Ceci profita naturellement aux habitants et le village devint une petite ville. « De là, chez eux, un esprit d’indépendance que le despotisme monastique irrita, et qui bientôt se manifesta par des révoltes sanglantes, des luttes opiniâtres ». Il faut attendre une bulle pontificale pour que Madeleine devienne officiellement la patronne de l’abbaye (1050). Une telle prospérité attire Cluny : celle-ci soumet Vézelay et lui impose l’abbé clunisien Artaud.

En 1060, Vézelay obtient le droit de commune.

En 1095, Urbain II prêche la première croisade ; la construction de l’abbatiale est décidée. Elle est consacrée en 1104. L’impôt établi pour réaliser cette entreprise exaspère les habitants qui se révoltent en 110622 et assassinent l’abbé Artaud. Après bien des vicissitudes (révoltes, conflits seigneuriaux, incendie de 1120 provoqué par la foudre), le narthex ou église des Pèlerins pénitents est construit ; il n’est dédicacé qu’en 1132. En 1137 l’abbé Albéric signe avec les habitants une charte qui définit les droits de l’abbaye et des bourgeois : acte de sagesse qui est loué en termes élogieux par saint Bernard de Clairvaux.

Au xiie siècle, Vézelay se développe. En 1146, sa réputation est telle que Bernard de Clairvaux y prêche la deuxième croisade au lieu-dit la croix Saint Bernard, Le lieu du prêche est transformé en église commémorative : il en reste quelques débris connus sous le nom de la Cordelle. L’abbé Ponce de Montbossier rétablit temporairement l’abbaye dans ses privilèges anciens d’indépendance (« pote, potestas Vezeliacensis »). Les abbés reçoivent du Vatican d’énormes prérogatives : le droit de porter la mitre, la crosse, l’anneau et les sandales (privilèges des évêques).

Dans le même temps, la ville continue son développement et se fortifie en 1150 avec 2 000 mètres de courtines et la construction de la porte Sainte-Croix. Après une nouvelle révolte en 1152, la ville obtient des institutions communales, qui lui sont retirées dès 1155 par Louis VII le Jeune. Après la révolte de 1167, les habitants obtiennent des moines une charte écrite qui leur garantit des libertés enviables dans la région (« libertas Vezeliacensis »). Vézelay a une léproserie (maladrerie) au plus tard au xiiie siècle.

En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion s’y donnent rendez-vous pour la troisième croisade. Le chœur de l’église romane est reconstruit en plus vaste. L’abbé Hugues, homme corrompu, dilapide les richesse de l’abbaye et est destitué en 1207. Le déclin de l’abbaye commence, coïncidant en cela avec le déclin des ordres monastiques et celui des bénédictins en particulier.

Si vers 1215 l’abbatiale est achevée, les conflits avec les comtes de Nevers reprennent. Les différents papes et les rois de France ne peuvent pas protéger la communauté religieuse. La protection des reliques de la Madeleine semble peu efficace, et les pèlerins se détournent de cette ville agitée par tant de conflits (soulèvement de 1250). Le pape Clément IV lance une enquête pour comprendre les raisons d’une telle déchéance et ordonne une vérification solennelle des reliques de la Madeleine. Le roi saint Louis s’associe à la cérémonie (24 avril 1267). Mais en 1279, le pape proclame que le corps retrouvé à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est bien le corps de Marie Madeleine. Les pèlerins se détournent de Vézelay et la prospérité aussi : d’ailleurs l’apport, fête de Vézelay, change de date et se célèbre le jour de la Quasimodo.

En 1280 une ordonnance signée de Philippe le Hardi proclame le rattachement plus ou moins complet de Vézelay au domaine royal. Le pape Martin IV approuve le décret. L’ordonnance de 1312 de Philippe le Bel confirme que ville et abbaye sont une dépendance ordinaire du domaine royal. Les habitants acceptent cette autorité qui leur permet de contenir l’omnipotence abbatiale et d’échapper aux brutalités de seigneurs féodaux. Vézelay entre dans le cercle restreint des bonnes villes du royaume (il n’y en avait alors que 16).

En 1360, la muraille est reconstruite et renforcée avec des tours rondes possédant des mâchicoulis.

Vézelay, carte maximum, 29/03/2008.

Le 27 juillet 1421, les troupes du duc de Bourgogne, Philippe Le Bon, attendent l’armée de secours à Vézelay. Elles font leur jonction avec les contingents anglais du roi Henri V, commandées par son frère, le duc de Bedford, Jean de Lancastre. Les deux armées, qui comptent 12 000 hommes, se réunissent pour contrer les forces du dauphin Charles à La Charité-sur-Loire.

L’abbé Hugues de Maison-Comte, conseiller de Charles V, est reconnu pour son équité dans ses rapports avec les habitants de Vézelay, (1353-1383). L’abbé Alexandre, conseiller de Philippe Le Bon, joue un rôle diplomatique : il exhorte les Vézeliens à quitter la ligue anglo-bourguignonne et contribue au rapprochement entre Philippe le Bon et Charles VII et provoque la réunion du concile de Bâle en 1431. Il participe enfin à l’élaboration de la Pragmatique Sanction de Bourges en 1438.

Louis XI ne tolère pas que les abbés soient liés au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Afin de s’assurer d’une place forte, il impose d’autorité un de ses courtisans, Pierre de Balzac.

Vézelay, épreuve d’artiste.

À la fin du xve siècle, une nouvelle porte est construite dans l’enceinte : la porte Neuve, défendue par deux tours rondes d’environ douze mètres de diamètre avec des murs de trois mètres d’épaisseur, et deux herses sont ajoutées à la porte afin de pouvoir en interdire l’accès.

En 1538, une bulle accorde ce que les moines demandent depuis longtemps : à savoir la sécularisation. L’abbaye devient une simple collégiale, un chapitre de chanoines remplace les moines bénédictins et surtout le domaine est mis entre les mains d’abbés commendataires. François Ier essaie en vain d’obtenir que Vézelay devienne un évêché.

La bulle de 1541 n’est enregistrée par le Parlement de Paris qu’en 1653. Elle ne laisse au chapitre que des revenus insuffisants et favorise les abbés commendataires.

Lors des guerres de religion, elle passe au gré de ses abbés, de place forte des Réformés à citadelle de la Ligue. L’influence de Théodore de Bèze, l’abbaye en pleine décadence, font de Vézelay une des premières villes de la région acquise au protestantisme. En mars 1569, la ville est prise par les troupes protestantes des capitaines Sarrasin et Blosset, soucieuses de gagner une belle position militaire.

La ville est bientôt assiégée par les armées de Charles IX commandées par Louis Prévost de Sansac. La cavalerie est lancée sur Vézelay le 6 octobre, mais les capitaines retranchés dans la ville se défendent très bien en attaquant à leur tour. Les bombardements depuis Asquins et Saint-Père ne donnent rien. Le siège se transforme en blocus pour affamer la ville.

La ville ne se rend pas malgré huit mois de siège et de combats intenses, grâce à un ravitaillement de secours de troupes protestantes. Sansac lève le camp, laissant la ville invaincue, le 25 février 1570.

Au traité de Saint-Germain (1570), Vézelay est l’une des deux villes du gouvernement de Champagne à autoriser les protestants à exercer librement leur culte.

En 1594, Edme de Rochefort, sieur de Pluvault, qui gouverne la ville au nom de la Ligue, livre la place à Henri IV et prend la tête des troupes royalistes pour prendre Avallon.

Son successeur Érard de Rochefort s’ingénie à réparer l’église de la Madeleine et ses dépendances, en particulier la chapelle basse : il fait des concessions équitables à la population. Mais les calamités s’abattent de nouveau sur la région avec la nomination de Louis Fouquet frère du surintendant : ce sont des procès interminables, l’abandon du privilège d’échapper à la juridiction de l’ordinaire et enfin les persécutions des protestants et ce bien avant la révocation de l’édit de Nantes.

Vézelay, prêt-à-poster.

En 1696-1697, Vauban rédige la Description géographique de l’élection de Vézelay, document statistique précis qui nous décrit minutieusement l’état de misère et de ruine du pays. La paroisse de Vézelay y est décrite comme un « Pays rude, sec et pierreux, qui ne rapporte que du vin très médiocre et peu de blé. ».

C’est sous l’abbé Jacques Berthier, prédicateur du roi, que le château gaillard est détruit : l’abbé de Cours le trouve trop triste et lui préfère une construction plus au goût de l’époque (1752-1769). À la veille de la Révolution, Vézelay a perdu ses privilèges municipaux, voit sa population diminuer et n’est plus qu’un petit bourg.

Le 6 septembre 1790, les membres du Directoire d’Avallon, agissant en vertu des lois votées par l’Assemblée Constituante, et en exécution des arrêtés spéciaux du Directoire du département, signifièrent aux chanoines que désormais l’abbaye de la Madeleine avait cessé d’exister.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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