Ville de Pontarlier (Doubs).

Territoire des Séquanes, envahi par les Burgondes à la fin du Ve siècle après la chute de l’Empire romain, Pontarlier et tout son vaste territoire aura la particularité d’être libre et indépendant prenant le nom de « baroichage de Pontarlier ». Cette entité va se construire sur les terres laissées vacantes par la puissante Abbaye Saint-Maurice d’Agaune alors fortement implantée dans le comté de Warasch. Sous la protection d’un seigneur du voisinage cette association « d’hommes libres » va perdurer tout au long de son existence et ne sera pas remise en cause par les différents suzerains qui vont revêtir la charge de protecteur. En 1678 le « baroichage » est dissout par un traité du roi de France qui aliène les justices et seigneuries de faible importance.


Après la chute de l’Empire romain d’Occident, à la fin du Ve siècle, le pays est occupé par les Burgondes venus des confins de la Baltique. Ceux-ci sont utilisés comme troupes auxiliaires par l’armée romaine avec le statut de fédérés que régit le traité de fœdus utilisé entre Rome et un peuple étranger. Sous Aetius, sénateur et généralissime des légions romaines, ils se voient offrir un territoire autour de Genève qui deviendra le vaste et puissant Royaume de Bourgogne.

La route venant d’Italie par les Alpes pennines et passant par l’abbaye d’Agaune pour se diviser à Vevey en direction de Lousonna (Lausanne-Vidy) et Aventicum (Avenches) se réunissait pour traverser Pontarlier et partir en direction de Besançon. Elle permettra l’installation de villages et de hameaux dans cette région. Les Burgondes vont s’installer dans ces bourgs gouvernés par des chefs élus entre eux. Ils partagent la terre avec les Séquanes et investissent les terrains propres à la culture participant ainsi à la fondation du comté de Warasch. L’habitude de ce peuple de partager les terres entre les rois et leurs officiers et soldats crée un territoire nommé « militae », c’est-à-dire libre et indépendant, qui sera l’origine du franc-alleu et qui devient de ce fait une coutume longtemps observée dans les monts Jura : celle qui reconnaît le droit de propriété du premier occupant.

Le bailliage de Pontarlier, de par la nature de son sol, le caractère de son peuple, la division des bourgs, la qualité de barons prise par les anciens bourgeois, le franc-alleu du territoire, la justice du souverain alliée à la protection d’un seigneur, l’esprit des lois bourguignonnes, l’habitude du partage des paroisses par familles, l’absence de grandes seigneuries anciennes, tout cela est propice à l’installation du « baroichage » qui se veut une association d’hommes libres. Cette particularité, propre à cette région, prend naissance dans les liens qui se sont créés entre les habitants de ces villages isolés du Haut-Doubs dès l’époque de la Gaule romaine.

Pontarlier, carte maximum, 11/10/2003.

La région étant pauvre les premiers propriétaires, qui se font nommer barons ou barrois (qui pourrait signifier « libre », « indépendant » en vieil allemand « bar »), s’ils veulent tenir leur rang, sont obligés de mettre en fief leurs biens auprès de leurs créanciers créant ainsi des hypothèques que doivent soutenir leurs héritiers jusqu’au remboursement, d’où l’origine des fiefs dont il est fait mention dans le courant du XIVe siècle.

Dès le XIIIe siècle il existe à Pontarlier une bourgeoisie, celle-ci va s’organiser pour nommer quatre échevins et les villages, eux, vont nommer quatre jurés, qui deviennent les huit magistrats désignés sous le nom de « Boichorage ». Ils sont chargés de gérer les affaires communes et une charte de 1246 distingue les « chevaliers et barons de Pontarlier » ce qui place bien les hommes d’armes en préséance des titres de noblesse qui ici ne désignent que les propriétaires des fiefs de la région. En plus des bourgeois d’origine de la ville il y a ceux du « baroichage » qui leur sont associés mais aussi ceux, qui étrangers à la zone d’influence de Pontarlier, ont acquis un droit d’« habitantage » qu’ils peuvent perdre s’ils sont en retard du paiement de cet avantage.

La ville est divisée en deux bourgs portant pour l’un le nom de « Pontarlier » et pour l’autre celui de « Morieux » plus anciennement « Mareul » ou « Moreul » qui signifierait « marais ». Cette division, typique des villes possédées par deux seigneurs ou un seigneur et son vassal principal, ne correspond pas ici à ce schéma car Pontarlier est habité par des « hommes libres ». Il résulterait peut-être du partage du territoire entre Burgondes et Séquanes ou bien il est la conséquence de la donation de Gontran au VIe siècle à l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon1 de terres situées sur la route allant de Dijon à l’abbaye d’Agaune pour y établir un hospice connu sous le nom « d’hospice Saint-Bénigne » à destination des religieux qui empruntent cette route. Cette donation vient compléter la première faite par Sigismond un peu plus tôt à destination d’Agaune.

La ville se fortifie avec Amaury III de Joux qui va édifier la « forte place du Molar » après avoir reçu la « garde » de Pontarlier. En effet ce site se situe sur la route joignant les deux principaux fiefs de cette famille, à savoir : le château de Joux et Goux-les-Usiers. La « forte place du Molar » sera détruite quelques années après 1347.

Le choix des sires de Joux comme protecteur s’explique sans doute par le fait que lors de l’autorisation donnée par Charlemagne aux « hommes libres » de choisir leur chef ceux de Pontarlier désignèrent Albéric de Narbonne, seigneur de Salins et d’une partie de la Chaux d’Arlier (plaine proche de Pontarlier). Plus tard les seigneurs de Salins, sous la pression de Frédéric Barberousse, vont céder en fief à la famille de Joux ce qui deviendra le Fort de Joux proche de Pontarlier. Ils permettront ainsi à cette famille d’assurer sa richesse et sa puissance grâce à son “péage” situé sur la cluse de Pontarlier.

Ceux-ci s’empresseront d’édifier la « forte place du Molar » à Pontarlier afin d’assurer la « garde » de la ville, symbolisé par le cens versé à l’abbaye d’Agaune, que Frédéric Barberousse leur a confié. Ainsi en 1336 Jean III de Blonay, sire de Joux, reprend de Jean II de Chalon-Arlay « son châtel de Joux, le Moler devant Joux, que le cuens de Châlon fit bâtir, et la forte place du Molar dessus Pontarlier » (face au château de Joux sur une éminence de la forêt nommée « Fauconnière » aujourd’hui « Bois de Ban »). C’est là que se situe la « forte place du Molar » non loin du bourg de « Morieux » et de sa porte du même nom.

En 1265 un châtelain gouverne la ville. Il est placé à ce poste par le comte de Bourgogne, qui n’est autre qu’un membre de la maison de Chalon-Arlay, car ceux-ci possèdent dans et auprès de la ville des moulins, ceux nommés « sous la côte de Pontarlier », ceux de « Bruchembois » et ceux « de la planche » mais aussi le péage et la voirie de la ville. Quelques années plus tard, en 1280, c’est Othon IV de Bourgogne qui permet l’installation d’Augustins « ou leu de Pontellie notre ville sur la rive du Dou une place pour édifier un leu à servir Deu ». En 1393 Philippe II de Bourgogne, en qualité de duc et comte de Bourgogne, établit deux foires supplémentaires dans la ville, à la saint Georges et à la saint Luc se continuant les trois jours suivants, au lieu nommé « Aule ». Ce lieu deviendra un château comme il est prouvé par un acte de Philippe II qui exempte la ville des droits de vente lors de la foire « attendu les charges qu’ils ont à supporter pour la forteresse nouvellement commandée à édifier en ladite ville ». jusqu’à présent il n’y avait pas d’autres forteresse que « la forte place du Molar » appartenant aux sires de Joux.

Dès que les sires de Salins deviennent les protecteurs de la ville et de sa région ils eurent la même autorité que les comtes ou les vicomtes. Le territoire est vaste et comprend vingt villages d’importance : La Planée, le Quartier du Lac, avec Montperreux, Saint-Point, Les Grangettes et Malbuisson, les Deux Malpas, Touillon-et-Loutelet, Arc, Doubs, Septfontaine, Nods et Athose, Aubonne, Saint-Gorgon-Main, Les Granges Dessus et Dessous. Tous participent à l’élection des magistrats et dépendent de la prévôté de Pontarlier. Pour les autres communautés entourant Pontarlier elles relèvent du pouvoir d’un seigneur local et par ce fait ne « pouvoir faire aveu, alliance, bourgeoisie ou commandise » sans la permission du seigneur. La prévôté exerce une moyenne justice sur le territoire et elle est reconnue comme droit plein et entier, ainsi Gaucher de Vienne, en 1381, en affranchissant un habitant stipule

« il et ses hoirs puissent demourer et faire bourgeoiserie là où il leur plaira et se il plait audit Guichard demourer à Pontarlier, y demoure justiciable à nous, par là-même que les bourgeois de Pontarlier sont de la justice communal ».

On voit que ce droit de justice appartient tant aux seigneurs de Joux qu’aux « barons » de la ville qui dans plusieurs actes décernent des tutelles, font des inventaires, reçoivent des émancipations et rendent des sentences.

La particularité de Pontarlier et de sa vaste région est d’être tout à la fois un « baroichage », une prévôté, une châtellenie, un bailliage et posséder un maire. Leurs rôles se confondent souvent. On peut dire que la châtellenie a existé jusqu’à la complète mise en place de la prévôté. Tandis qu’auparavant elle symbolisait la justice du souverain elle se transforme en prévôté par la volonté des nobles et des chevaliers d’être jugé par leurs pairs et qu’à ce moment le châtelain ne fut plus qu’un militaire ayant autorité sur les « retrahants » (habitants des environs qui avaient le droit de se retirer dans les fortifications de la ville en cas de guerre) et sur la milice bourgeoise mobilisé en cas de péril. Une famille garda longtemps l’office de châtelain, devenant ainsi presque héréditaire, ce sont les De la Salle ou De la Saule qui porteront le titre durant tous les XIIIe siècle et XIVe siècle. Le prévôt mis en place n’est que le lieutenant de sires de Joux tandis que le baillis est nommé par le « baroichage » avec le droit de justice sur les « barons-bourgeois ». D’ailleurs à partir du XVe siècle la prévôté sera remplacé par une « justice de ville » où les seigneurs n’eurent plus droit de regard. À partir du siècle suivant les communautés qui avaient composé l’ancien territoire renoncèrent au droit d’élire deux des quatre échevins au « boichorage » et les offices de châtelain et de prévôt seront réunis à celui de maire. Celui-ci se place à la tête de la « bourgeoisie » local et retient par devers lui les trois niveaux de justice seigneuriale.

La noblesse de la ville est très fournie. Sa particularité tient dans le fait qu’elle ne descend pas d’une noblesse antique mais qu’elle a été formée par les descendants des Séquanes et des Burgondes qui ont fondé le « baroichage ». Ainsi ils sont chevaliers, écuyers ou damoiseaux et tous de nomment « de Pontarlier » bien qu’il n’y ait aucun lien familial entre eux. En 1178 sont nommés dans une charte de l’archevêque de Besançon Eberard de Saint-Quentin : Amaudry fils de Gaucher, Frédéric chevalier de Pontarlier, Narduin de Pontarlier, Simon chevalier, Rodolphe de Pontarlier, Étienne, Hugues et Walain. En 1188 l’archevêque Thierry II de Montfaucon nomme Frédéric, Hugues et Lambert de Pontarlier, chevaliers et en 1189 Gaucher de Pontarlier, Faucon de Pontarlier et ses frères, Henry chevalier de Pontarlier, Mazuerius de Pontarlier, Faucon fils de Gaucher Narduin chevalier, Lambert et Hugues frères, Gaymard Gaucher et Frédéric de Pontarlier, Faucon et Richard frères de Pontarlier.

À partir de 1474 débute la Guerre de Bourgogne voulue par Charles le Téméraire contre les cantons Suisses. Après la Bataille d’Héricourt les Suisses se tournent vers Pontarlier qu’ils investissent en mars 1475 malgré la résistance du châtelain de la ville Étienne de Saint-Mauris et de ses 250 hommes. Ceux-ci seront tous exécutés. Les renforts parvenus à la cité une semaine plus tard ne pourront déloger les Suisses qu’au prix de l’incendie de la ville par ceux-ci et du vol de la bannière de la ville. De retours sur Pontarlier accompagné de renforts les Suisses vont s’établirent sur l’emplacement du Molar.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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