Ville de Martigues (Bouches-du-Rhône).

Martigues est une commune française des Bouches-du-Rhône en Provence, également connue sous le surnom de « Venise provençale ». Elle s’étend sur les rives de l’étang de Berre et sur le canal de Caronte. Elle est composée de trois quartiers (Jonquières, Ferrières et L’île) et de plusieurs villages.

Martigues abrite des communautés humaines depuis l’époque néolithique comme l’attestent des fouilles menées sur les sites du Collet-Redon (-4300 à -3800), de La Gacharelle, au village de Saint-Pierre (de – 3400 à -2600), vers le village de Ponteau ou encore vers La Couronne (-2800 à -2500), qui donne ainsi son nom à la culture couronnienne de la fin du quatrième millénaire à une partie du troisième (-3200 à -2500), entre le Chasséen et le Campaniforme. De plus, de nombreux autres sites ont fait simplement l’objet d’un repérage et n’ont pas encore été explorés. Ces sites ont révélé quelques outillages en silex comme des meules ou des haches.

Vers 1800 av. J.-C., ces sites prennent davantage d’ampleur avec l’édification de murailles en particulier au Collet Redon. Des ensembles funéraires sont aussi relevés sur la période. Par exemple, les fouilles ont permis de retrouver un tertre vers le village de Ponteau.

Trois cents ans plus tard, vers 1500 av. J.-C., les sites d’Albion et des Salins32 commencent à être occupés par des habitats lacustres où les fouilles ont révélé un important mobilier et des traces de pilotis. Ces villages semblent avoir été occupés du XIVe jusqu’au VIIIe siècle av. J.-C. de manière continue.

Martigues, carte maximum, 20/05/1994.

Le VIIe siècle av. J.-C. voit une transformation radicale des habitats martégaux avec l’apparition de véritables centres urbains. La région martégale est désormais habitée par un peuple d’origine celto-ligure nommé Avatiques. L’oppidum grec de Saint-Blaise, fondé vers -650 sur le territoire actuel de Saint-Mitre-les-Remparts, tend ainsi à devenir la principale agglomération de l’ouest de l’étang de Berre. Elle concurrencera même Marseille pendant un temps30. La découverte d’un mur de 8m d’épaisseur datant de la deuxième moitié du VIIe siècle en fait la plus ancienne de la région. Les objets étrusques et grecs (amphores, cratères, coupes) datant de la même époque pourraient en faire le lieu de peuplement initial pour les grecs, selon Jean Chausserie-Laprée qui rejoint ainsi les écrits de Trogue Pompée six siècles après l’épisode. Plus au sud, sur le rivage de la mer Méditerranée, se forment les deux villages des Tamaris (-640–560) et de l’Arquet (-625–560) sur deux promontoires voisins. Ces deux villages ne sont occupés que l’espace d’une ou deux générations avant d’être abandonnés. Le village de Tamaris présente aussi le caractère remarquable d’être le plus vieil ensemble urbain indigène du sud de la France30. La période voit aussi l’émergence de petites villages situés sur des sommets particulièrement difficiles d’accès comme les oppidum de l’Escourillon ou de la Mourre du Bœuf.

Après les centres côtiers des Tamaris et de l’Arquet, des sites plus importants commencent à apparaître. La colline de Saint-Pierre est occupée à partir de 550 av. J.-C.30. Le site deviendra progressivement le plus important oppidum avatique et la principale ville dans l’ouest de la chaîne de la Nerthe30. Vers 475 av. J.-C., un autre centre urbain avatique d’importance se met en place sur l’Île. Ces trois centres connaissent une occupation continue pendant plusieurs siècles. Les relations avec Marseille sont d’abord relativement pacifiques. Des échanges auront lieu entre Celtes et Massaliotes. Vers la fin du IIIe siècle av. J.-C., les Avatiques semblent ainsi être les premiers indigènes à avoir utilisé l’écriture grecque. Cependant, avec la prise de Phocée par les Perses et la fuite de ses habitants vers leur domaine colonial, la puissance marseillaise a considérablement augmenté. De fait, Marseille a le monopole du marché provençal d’amphores. Il semble que Marseille ait cherché à diviser les peuples gaulois. Cela n’exclut cependant pas quelques interventions directes. Au IVe siècle av. J.-C., le village de l’Arquet, reconstruit près d’importantes carrières, est rasé. La plus violente crise militaire entre Avatiques et Marseillais date de la période -200–190 av. J.-C. La ville de l’Île est détruite, mais rapidement reconstruite.

Cette opposition n’empêche pas les celto-ligures de profiter des avancées technologiques des Phocéens. Dans des couches datées entre 375 et 325 avant notre ère, il a été découvert des vases contenant des résidus de moût, donc qui avaient servi à une production de vin indigène. À la même période ont été identifiées ici les plus anciennes huileries.

La fin du IIe siècle av. J.-C. est marquée par la destruction de Saint-Blaise par les Romains ou par un peuple indigène vers 125 av. J.-C. En 123 av. J.-C., Marseille demande l’aide de Rome pour éliminer les Salyens. L’oppidum d’Entremont est ainsi détruit par les Romains qui occupent la région où ils fondent notamment Aix-en-Provence (122 av. J.-C.). Entre -104 et -102, les Romains occupent directement le secteur de Martigues et creusent le premier canal à travers l’étang de Caronte. Les eaux de l’étang de Berre, alors presque douces, voient leur salinité augmenter. Dans la foulée de l’occupation romaine, Marseille prend le contrôle des territoires à l’ouest de l’étang. Saint-Pierre semble cependant échapper à ce mouvement. L’oppidum survivra aussi à la chute de Marseille en 49 av. J.-C. qui voit pourtant de nombreux habitats gaulois être détruits.

Les Romains fondent alors Maritima Avaticorum sur le site de Tholon peu après leur prise de la région. La cité est d’abord concurrencée par Saint-Pierre, mais finit par l’emporter quand l’oppidum est abandonné à la fin du Ier siècle av. J.-C. Des villas romaines sont construites un peu partout sur le territoire de la commune pendant l’Empire. Le déclin romain et la prise d’Arles (480) entraîne l’abandon de Maritima Avaticorum, non fortifiée et exposée dans la plaine, au profit des hauteurs comme le site de l’ancien oppidum de Saint-Blaise.

Les invasions barbares contraignent donc les habitants à gagner les hauteurs et le secteur de l’Île et ses environs. Un village de pêcheurs existe à Saint-Geniès en 540. En 963, un acte du pape Léon VIII indique la persistance de ce village situé près de l’ancien collège Picasso (aujourd’hui l’école de danse municipale). En 1078, le seigneur des Baux, le vicomte de Marseille, le comte de Provence et l’Archevêché d’Arles se mettent d’accord pour construire un château sur l’Île de Martigues. Des différends finiront à éclater entre ces partis.

Tout d’abord, le village de Saint-Geniès demanda au seigneur de Fos, son suzerain, une autonomie accrue qui lui fut refusée en 1218. La région subit ensuite les luttes d’influence entre Marseillais, archevêque d’Arles et comte de Provence. Raimond Bérenguer V, qui a alors du mal à prendre le contrôle de la Provence, souhaite faire de Martigues une ville nouvelle et importante sur laquelle baser son autorité. Le 11 janvier 1224, à la suite d’un accord avec l’archevêque d’Arles, Raimond obtient le contrôle de la ville tandis que l’archevêque garde celui des bourdigues. Les Marseillais cherchent à l’empêcher et s’emparent de la ville avant lui. Ils se fortifient dans l’île de Brescon mais une contre-attaque du comte et des Arlésiens réussit à les en déloger. En 1225, Raimond Bérenguer V accepta que les Marseillais maintiennent leurs fortifications à Bouc (sur l’îlot de « Corenthe » qui deviendra Caronte) mais n’en construisent plus aucune autre, de détruire les siennes à Saint-Geniès à condition que la ville lui verse 25 000 sous. Enfin, le 11 janvier 1226, l’archevêque d’Arles cède ses droits sur Ferrières au même comte Raymond Bérenger V à la condition d’y construire une ville nouvelle. Sous le règne de Charles d’Anjou (1246-1285), les Marseillais perdent le contrôle des fortifications de Bouc. La ville est ensuite cédée à Raymond de Baux (1354) puis à Jean d’Arcufia de Cayro (en 1375) par décision de la reine Jeanne à la mort sans héritiers de Raymond. De Cayro la rendit en 1382 et Martigues fut réuni au domaine des rois de Provence.

Au cours de cette période, la ville commence à évoluer et à s’affirmer au niveau commercial et seigneurial. La petite communauté juive des rives de l’étang de Berre fait les frais de la mutation et perd le contrôle du commerce de grain. Elle est en effet durement concurrencée par les seigneurs locaux et les marchands italiens. De plus, la montée de l’antisémitisme en Provence au XIVe siècle lui fait perdre les offices qu’elles occupent (à Berre notamment mais aussi à Saint-Geniès et à l’Île). Cette communauté finit par subir de graves problèmes financiers à partir de la décennie 1390. Ils finissent par migrer vers Arles et Marseille ne jouant plus qu’un rôle très ponctuel. Le commerce local est désormais entièrement aux mains des seigneurs et du clergé propriétaires de droits sur les rives de l’étang (par exemple les seigneurs de Fos ou de Berre et le prieur de Saint-Geniès pour le XIVe siècle) qui négocient avec des marchands génois ou florentins basés à Avignon et Marseille.

Trois bourgs sont ainsi peu à peu formés à la jonction de l’étang de Berre et de l’étang de Caronte. Ces trois bourgs forment déjà un même ensemble urbain, mais ils n’en restent pas moins distincts pendant tout le Moyen Âge. Le bourg de l’Île est le centre de l’ensemble. Sur la rive nord, se trouve celui de Ferrière et sur la rive sud celui de Jonquières. L’ensemble est entouré de remparts. Plus au sud, le village de La Couronne éprouve des difficultés à se maintenir le long de la côte et semble un temps abandonné vers 1350. Le village de Saint-Geniès est lui aussi abandonné vers cette même période, qui voit la peste de 1346 sévir. Privés d’autonomie, ses habitants ont peu à peu gagné l’Île et en 1323, il était indiqué que le lieu était délabré. L’autorisation, donnée en 1385, de prélever les pierres du rempart du village scella la fin définitive de cet habitat.

Le nouveau site, bien protégé à l’intérieur des terres et relié à la mer par l’étang de Caronte, vit son importance croître au cours des siècles. Le port de Bouc, construit à l’embouchure de la passe de Caronte avec la mer Méditerranée, commence même à s’afficher en rival de celui de Marseille. Le mouvement est favorisé par les seigneurs de Provence qui se méfient de Marseille.

Martigues, épreuve de luxe.

Au moment de la crise de succession qui s’ouvre à la fin du règne de la reine Jeanne Ire, Martigues est une des rares villes, avec Marseille et Arles, à se rallier dès 1382 à l’Angevin Louis Ier. Les Marseillais assiègent et prennent Châteauneuf-les-Martigues et tentent le blocus du port de Bouc. Martigues est ensuite cédé à Nicolas du Roux puis récupéré par les rois de Provence en 1414 et fera partie de leur domaine jusqu’en 1473.

Le 15 juin 1526, Francois Ier accorda aux Marseillais le droit de pêcher dans les eaux du « Martigues ». Sous son règne, la vicomté est donnée à Pierre de Navarre (Pedro Navarro), un capitaine espagnol, en 1516 puis à Jean Caraccioli, capitaine italien déjà prince de Melphi, en 1526.

En 1580, la vicomté de Martigues (érigé en 1472) est érigée en principauté. À son extension maximale, la principauté de Martigues comprendra outre la vicomté de Martigues, les baronnies de Berre, d’Entressen, d’Istres, de Lançon, de Saint-Mitre et de Châteauvieux, ainsi que les seigneuries de Ferrières, de Jonquières, de Fos, de Châteauneuf, de Rognac, des Pennes et de Carry.

Les côtes subissent une attaque génoise en 1536 mais la défense du fort de Bouc permet à la ville d’éviter l’invasion. En 1560, le bourg de l’Île renforce sa défense avec la construction de la tour fortifiée de l’horloge (détruite en 1864).

À partir de 1549, Henri II cherche à rassembler Ferrières, l’Île et Jonquières en une même communauté. Le 14 mai 1564, la ville reçoit même la visite du roi Charles IX dans ce but. La vicomté est ensuite restituée en 1564 à la famille du Luxembourg évincée par Louis XI. Finalement, la fusion des trois bourgs aura lieu le 21 avril 1581 pour donner naissance à Martigues après la création de la principauté. Cette communauté compte alors près de quatre mille habitants dont la moitié pour l’Île. Elle est gouvernée par une assemblée de soixante conseillers, chaque quartier en fournissant vingt. Dès l’année suivante, la ville se rallie à la Ligue catholique des ducs de Guise. En 1589, elle est prise par l’armée royale mais se révolte en 1593 et reprend le fort de Bouc avec une aide marseillaise. La situation se calmera entre 1595 et 1599. En 1664, année de réalisation du fort de Bouc actuel, les flottes martégales et marseillaises rivalisent avec respectivement sept mille et huit mille tonneaux. Cependant, au XVIIe siècle, Louis XIV et Colbert réorganisent largement la France et le ministre de la Marine décide de faire de Marseille le principal port méditerranéen. Il tranche donc définitivement en faveur de Marseille en laissant les institutions judiciaires marseillaises régler les différends entre pêcheurs marseillais et martégaux. Martigues, qui compte peut-être deux mille habitants en 1688, commence alors à péricliter. Plusieurs catastrophes vont frapper la ville en moins de vingt ans. Tout d’abord, une épidémie en 1705 (probablement de rougeole ou de variole) qui cause la mort de nombreux enfants. Ensuite, la vague de froid de l’hiver 1709-1710 (environ 1 500 morts) et l’épidémie de peste de 1720 (d’environ 2 150 à 2 440 morts) décime une grande partie de la population. Marseille fut aussi sévèrement touché par l’épidémie de peste mais La Ciotat, autre port concurrent de la région, fut épargné. De plus, les guerres menées sous Louis XIV et Louis XV ruinent les marchands de la Ville avec la perte de plus de 300 tartanes et touche le cœur de l’économie de la ville.

Une partie des marins martégaux participera alors au commerce marseillais (avec également les marins de La Ciotat). Ainsi, au milieu du XVIIIe siècle, un quart des capitaines trafiquant dans le port de Marseille sont natifs de Martigues. Ils se livrent au commerce du blé et à la traite.

À la veille de la Révolution, la population ne compte plus que 7 000 habitants même si elle se classe encore 7e ville de Provence. Elle demeure un des principaux fiefs de Provence, mais la ville est désormais essentiellement tournée vers la pêche. Frappée par la famine due à une mauvaise récolte et la rigueur de l’hiver 1789 (l’étang de Berre gèle), la population accueille plutôt bien la Révolution. Les cahiers de doléances de la ville montrent des préoccupations centrées sur la demande d’égalité devant l’impôt pour tous, sur la réorganisation de la constitution provençale et sur les problèmes de pêche et de navigation de la Ville.

Le 14 février 1790, les élections désignent Louis Puech comme premier maire de la Ville. Lors du nouveau découpage du territoire en départements, Martigues s’oppose à Salon pour devenir chef-lieu de district. En avril 1793, Salon l’emporte grâce à son engagement du côté des Montagnards. Martigues s’engage alors avec les sections fédérées de Marseille. Ce mouvement contre-révolutionnaire proche des Girondins connaît d’abord quelques succès comme la prise de Salon le 16 mai, mais la défaite devant l’armée du général Carteaux entraîne l’occupation de la ville le 25 août. Le bilan de la répression à Martigues fait état de onze morts (huit guillotinés dont le maire et trois suicidés). Seize autres personnes quittent la ville.

Le comité de surveillance est institué en 1793. Il est un des plus radicaux du département, et travaille en liaison étroite avec le comité de surveillance du Congrès républicain des départements méridionaux. Son institution marque en quelque sorte l’apogée démocratique de la Révolution.

En 1794, l’ingénieur Groignard commence le creusement d’un véritable port à Bouc. Cependant, l’économie ne renaît pas et le déclin de la ville s’accentue. La population de la ville se réduit à tout juste 5 000 habitants. De plus, Martigues reste à l’écart des chantiers de développement du département même si quelques travaux d’aménagements sont engagés dans la ville. Vers la fin du XVIIIe par exemple, les remparts de Jonquières sont abattus pour permettre la mise en place de l’actuel Cours du 4 septembre.

Au début du XIXe siècle, l’économie de la ville s’oriente vers l’agriculture, la pêche et les métiers de la mer et les marais salins. Ainsi, en 1842, les 428 pêcheurs et 149 navires martégaux capturent 343 tonnes de poissons pour une valeur de 505 000 francs (dont 92 pour les bourdigues) dont un tiers sert à la consommation annuelle de la ville. La valeur des armements et du matériel de pêche (filet…) est évaluée à près de 700 000 francs, ce qui montre que les revenus des marins couvrent difficilement leurs frais. Cette pêche se divise en « grand art » (pêche au large) et « petit art » (pêche dans les bourdigues). Les quantités de poissons disponibles le long des côtes diminuent cependant tout au long du siècle à cause du manque d’entretien des canaux et de la pêche au « grand art », relativement destructrice. En 1862, la valeur des prises vaut entre 750 000 et 850 000 francs (dont plus que 50 000 sur les bourdigues).

L’agriculture produit en 1838 de l’huile d’olives et du vin. Il existe aussi, la même année, une industrie de produits chimiques, avec des manufactures à « Rassaen » et au « Plan d’Aren », et de constructions de navires.

Sous le Second Empire, le territoire est réorganisé et quelques chantiers sont menés. En 1854, le cimetière de Saint-Joseph est fondé par le maire Pierre Boze. Ce cimetière accueille aujourd’hui les tombes de plusieurs notoriétés de la ville. Le 2 septembre 1866, le port de Bouc est érigé en commune. Par ailleurs, Martigues, après de longs efforts, obtient en 1868 le percement d’un canal, nommé depuis canal de Martigues, pour se ravitailler en eau potable depuis le canal de Provence. En 1863 débutent aussi les travaux pour construire un canal entre le Rhône et Marseille. Le canal de Caronte est une nouvelle fois réaménagé et recreusé. Ces travaux sont l’aboutissement d’un long débat qui visent alors à faire de l’étang de Berre une zone de refuge et de protection pour les navires, notamment militaires83. Plusieurs îles obstruant le nouveau canal sont alors détruites faisant encore décliner la pêche aux bourdigues.

Au début du XXe siècle, de nouveaux travaux commencent pour aménager un nouveau canal à Caronte et établir une voie ferrée entre Miramas-Martigues-Marseille. Cette ligne est partiellement finie en 1915, après plusieurs grèves très dures (1908 et 1910). Sa construction entraîne l’arrivée de nombreux ouvriers italiens ou espagnols dans la région. Certains y resteront et s’y installent définitivement. C’est à cette occasion qu’est édifié le remarquable viaduc ferroviaire métallique à système pivotant dit pont de Caronte. De plus, le canal de Caronte moderne est achevé entre 1908 et 1928. Ce chantier voit aussi l’aménagement actuel du quartier de l’Île et la destruction des derniers îlots et bancs de sable gênant la circulation des bateaux.

Quelque 1 200 martégaux, de naissance ou d’adoption, sur une population de 7 500 habitants en 1914 sont mobilisés au cours du conflit. Bien que plus de la moitié de certaines classes soient formées d’inscrits maritimes, devant donc a priori servir dans la marine, la plupart des martégaux sont mobilisés dans l’infanterie. 197 soldats et marins disparaissent au cours de la Grande Guerre. Le dernier poilu martégal, Mathurin Laurent, artilleur, est décédé en 1992.

Les années 1920 et 1930 marquent le début de l’industrialisation de la commune et de ses environs : installation de l’usine d’oléagineux Verminck (1920) et installation d’ouvriers arméniens, installation de dépôts de la Société Générale des Huiles et Pétroles (SGHP) à Lavéra (1922), électrification de la ville (1924) et de sa campagne (1927), montage d’une raffinerie de la SGHP à Lavéra (1932-33) et création d’une autre raffinerie, de la Compagnie Française de Raffinage cette fois, à La Mède (1935). L’importance du site pousse l’armée à construire une batterie côtière au fort de Bouc en 1932 (4 pièces de 75 mm) puis une autre à La Couronne en 1934 (4 pièces de 138 mm). Un troisième projet (une batterie de deux pièces de 340 mm) à la Maranne sera abandonné.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la ville compte environ 10 000 habitants. L’occupation débute le 11 novembre 1942 et une garnison allemande de la 338e division d’infanterie s’installe sur la commune. Elle va ériger, via les réquisitions d’habitants, de nombreuses fortifications autour du canal et le long des plages du sud de la ville où Rommel effectuera une visite en mai 1944. 200 ouvrages militaires anciens sont ainsi aujourd’hui recensés entre Lavéra et les Tamaris. La Résistance locale cherchera à perturber ses travaux (ajout de sel dans le béton…) et à cartographier les défenses. Jusqu’au début de 1944, Martigues demeura éloignée des théâtres d’opérations de la guerre et tant les activités de la Résistance que les rigueurs de l’occupation allemande demeurèrent limitées. La situation changea quand commença de s’organiser le débarquement de Provence qu’il fut un temps question de réaliser vers Martigues. Ainsi, le 8 juin 1944, plusieurs résistants seront arrêtés et rapidement fusillés alors qu’ils préparaient l’union des principaux mouvements locaux. Le 21 août 1944, la ville s’insurge et se libère par ses propres moyens après une série d’escarmouches contre des patrouilles et des retardataires de la Wehrmacht. L’essentiel de la garnison allemande a cependant le temps de se retirer en faisant exploser les installations portuaires et en sabordant les navires dans le port. À la Libération, les communistes, qui ont subi les pertes les plus importantes de la Résistance martégale, s’installent à la mairie avec Jacques Toulmond (1945-1946) puis Francis Turcan (1946-1947). Aux élections municipales de 1947, la SFIO reprend le pouvoir. En 1953, la victoire de Paul Pascal (SFIO) est acquise de justesse devant la liste PCF de Francis Turcan.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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