Ville de Marrakech (Maroc).

Marrakech (en arabe : مراكش, en berbère : Mṛṛakc, ⵎⵕⵕⴰⴽⵛ) , est une ville située dans le centre du Maroc au pied des montagnes de l’Atlas. Marrakech est surnommée « la ville rouge » ou la « ville ocre » en référence à la couleur rouge d’une grande partie de ses immeubles et ses maisons.

Marrakech et son aire urbaine comptent en 2020 un peu plus d’un million d’habitants. Par sa population, la ville est la troisième agglomération du pays, à égalité avec sa rivale historique, Fès. Cité impériale, au même titre que Fès, Rabat et Meknès, Marrakech fut capitale du Maroc pendant près de 350 ans, sous les dynasties almoravide (XIe – XIIe siècles), almohade (XIIe – XIIIe siècles), saâdienne (XVIe – XVIIe siècles), ainsi que sous le règne de Mohammed ben Abdallah de l’actuelle dynastie alaouite (régnant de 1757 à 1790). Marrakech abrite une vaste médina de 600 hectares, la plus peuplée d’Afrique du nord, classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Grâce à la vitalité de sa médina, vieille de 900 ans, ses infrastructures hôtelières de classe mondiale et son climat ensoleillé, Marrakech s’est imposée comme la capitale incontestée du tourisme au Maroc. Desservie par le deuxième aéroport du pays en termes de trafic, l’aéroport Marrakech – Ménara, la ville a accueilli en 2019 près de 3 millions de visiteurs.


Marrakech, carte maximum, Maroc, 1925.

Marrakech (Mourrakouch) fut fondée en l’an 1071 (an 463 de l’Hégire) par le souverain berbère Sanhadjiens almoravide Youssef ben Tachfine et sa reine Zaynab Nefzaouia, elle aussi d’origine berbère. Très vite, à Marrakech, sous l’impulsion des Almoravides, pieux guerriers et austères savants venus de l’actuel désert mauritanien, de nombreuses mosquées et médersas (écoles de théologie coranique) furent construites, ainsi qu’un centre commercial drainant le trafic entre le Maghreb occidental et l’Afrique subsaharienne. Marrakech grandit rapidement et s’imposa comme une métropole culturelle et religieuse influente, supplantant Aghmat et Sijilmassa. Des palais furent édifiés également et ornés avec le concours d’artisans andalous venus de Cordoue et de Séville, qui apportèrent le style omeyyade caractérisé par des coupoles ciselées et des arcs polylobés. Cette influence andalouse fusionna avec les éléments sahariens et ouest-africains, et fut synthétisée dans une architecture originale totalement adaptée à l’environnement spécifique de Marrakech.

La ville devint la capitale de l’Émirat almoravide, un empire eurafricain qui s’étendait des rives du fleuve Sénégal jusqu’au centre de la péninsule Ibérique et du littoral atlantique marocain jusqu’à Alger. La cité fut ensuite fortifiée par le fils de Youssef Ibn Tachfin, Ali Ben Youssef, lequel fit édifier vers 1122-1123 des remparts encore visibles. Pendant qu’Youssef Ben Tachfine menait des campagnes victorieuses en Al-Andalus, soumettant les roitelets des taïfas et repoussant les offensives de la Castille et de l’Aragon, son épouse Zaynab Nefzaouia exerçait à Marrakech un pouvoir important, avec toutes les prérogatives d’une véritable reine.

En 1147, les Almohades partisans d’Ibn Toumert qui se proclamait Mahdi et voulait imposer une interprétation orthodoxe de l’islam, s’emparèrent de la ville. Les derniers Almoravides furent exterminés, sauf ceux qui s’exilèrent aux îles Baléares où survécut une branche de cette dynastie, la famille des Beni Ghania. En conséquence la presque totalité des monuments fut détruite. Les Almohades, issus des tribus Masmouda du Haut-Atlas, construisirent de nombreux palais et édifices religieux marqués par une sobriété grandiose et monumentale, comme la célèbre mosquée Koutoubia bâtie sur les ruines d’un palais almoravide, et sœur jumelle de la Giralda de Séville et de la tour Hassan (inachevée) de Rabat.

La Casbah abrita la résidence califale (depuis le règne d’Abd al-Mumin le souverain almohade portait le titre de calife, rivalisant ainsi avec le lointain califat oriental des Abbassides de Bagdad), agrémentée d’un hôpital dans lequel exerça le médecin andalou Ibn Tufayl. De l’ensemble majestueux de la Casbah mansourienne, nommée ainsi d’après le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, subsiste encore la superbe porte de Bab Agnaw. Marrakech fut ainsi digne d’abriter la capitale de la puissance majeure de l’Occident musulman médiéval, l’Empire almohade qui englobait toute la région comprise entre Cordoue et Tripoli, de l’Andalousie jusqu’à la Libye.

Afin d’alimenter la palmeraie et les grands jardins, un système d’irrigation fut édifié et perfectionné, à l’aide de canaux nommés khettaras. Marrakech, par son rayonnement culturel, attira de nombreux écrivains, intellectuels et artistes venus notamment d’Al-Andalus, dont des mutazilites comme le célèbre Averroès, connu pour avoir abondamment commenté et réinterprété le Logos du philosophe grec Aristote.

Courrier des troupes d’occupation au Maroc oriental, 1913.

À partir de 1269, Marrakech fut administrée par les Hintata qui prirent leur indépendance sur les derniers califes Almohades. Ces derniers gouvernèrent alors la ville pour le compte des sultans mérinides, qui érigèrent sa grande rivale Fès au rang de capitale impériale. La ville tomba alors dans une certaine léthargie. À partir du XVe siècle, Marrakech gagna son autonomie vis-à-vis des wattassides dont l’autorité de s’étendit plus au-delà de l’Oum Errabiâ tandis que dans les plaines atlantiques, le Portugal étendit son influence et assiègea même Marrakech en 1515.

Au début du XVIe siècle, Marrakech devint la capitale de l’Empire saadien. Elle renoua rapidement avec son apogée, en particulier sous le règne des sultans Mohammed al-Qaim et surtout celui d’Ahmed al-Mansur Saadi, très influencé par la civilisation ottomane après ses années d’exil à Constantinople. Grâce à la fortune amassée à la suite de la conquête de Tombouctou et de l’empire Songhaï, Marrakech fut embellie, les monuments restaurés et de somptueux palais édifiés. Le palais El Badi bâti par Ahmed al-Mansur, était une réplique de l’Alhambra de Grenade, réalisée avec les matériaux les plus précieux provenant des trois continents de l’Ancien Monde (marbre d’Italie, granite d’Irlande, or d’Afrique de l’Ouest, porphyre des Indes, jade de Chine, etc), doté de 360 pièces et de 100 fontaines. El Badi frappa également les contemporains par sa Kubbat al Jujjaj, sa « coupole de verre » réalisée en cristal translucide, et autres singularités techniques qui évoquent la Maison dorée de Néron à Rome16. Mais tous les éléments décoratifs vont par la suite disparaître, démantelés sur ordre du sultan Moulay Ismail vers 1695 pour être réemployés dans les grands palais impériaux de Meknès. El Badi était avant tout destiné aux réceptions fastueuses offertes aux ambassades de l’Espagne des Habsbourgs, de l’Angleterre élisabéthaine, de la France d’Henri IV, et de la Sérénissime République vénitienne, qui reconnaissaient le califat saadien comme une puissance incontournable qui s’étendait de la mer Méditerranée jusqu’au fleuve Niger, et de l’océan Atlantique jusqu’aux confins du Fezzan et du Tchad, incluant le Mali actuel et ses riches gisements d’or. Sous le règne de la dynastie saadienne, Marrakech retrouva ainsi son rôle de grand terminus caravanier grâce aux pistes venant du Soudan marocain et qui n’étaient pas contrôlées par les Turcs d’Alger.

À la fin du XVIIe siècle, la dynastie alaouite succéda aux Saadiens. Le trône fut successivement transféré à Fès puis à Meknès, nouvelle capitale de l’Empire chérifien avec Moulay Ismail. Le sultan Mohammed III (1757-1790) choisit la ville comme lieu de résidence principale, en raison de la proximité du port de Mogador (actuelle ville d’Essaouira) qu’il faisait édifier sur les plans de l’architecte français Théodore Cornut. C’est en outre à Marrakech que fut conclu en 1787 le premier traité d’amitié entre le Maroc et les États-Unis nouvellement indépendants. En 1792, Marrakech devint la capitale d’un fils de Mohammed III, Moulay Hicham, qui se fit reconnaître comme sultan par cette partie du pays, tandis que son frère Moulay Sulayman était reconnu sultan légitime à Fès par les oulémas et par les provinces au nord du fleuve Oum Errabiaa. Il s’ensuivit une guerre entre les deux sultans rivaux, qui s’acheva par la défaite de Hicham en 1796, malgré le soutien de l’Espagne de Charles IV qui s’immisçait dans les affaires internes marocaines. Marrakech fut reconquise par Sulayman en 1797 et la ville réintégra le territoire du makhzen de Fès.

Au début du XXe siècle, Marrakech connut plusieurs années de troubles. Après la mort du grand vizir Ba Ahmed en 1900, véritable régent de l’Empire chérifien durant la minorité du jeune sultan Abd al-Aziz, le pays était en proie à l’anarchie, aux révoltes tribales, aux complots des grands féodaux, sans compter les intrigues européennes. En 1907, Moulay Abd al-Hafid, khalifa (représentant du makhzen) à Marrakech fut proclamé sultan par les puissantes tribus du Haut-Atlas et par certains oulémas qui niaient la légitimité de son frère Abd al-Aziz. C’est également en 1907 que fut assassiné un médecin français installé à Marrakech, le docteur Émile Mauchamp, suspecté d’espionnage au profit de son pays. La France saisit cette affaire pour faire pénétrer ses troupes au Maroc, depuis Oujda à l’est et Casablanca à l’ouest.

L’armée coloniale française se heurta néanmoins à une solide résistance animée par Ahmed al-Hiba, un fils du grand cheikh Ma El Aïnin monté du Sahara avec ses guerriers nomades issus des tribus Reguibat. Après la bataille de Sidi Bou Othmane, qui vit la victoire de la colonne Mangin sur les forces d’al-Hiba (septembre 1912), les Français s’emparèrent de Marrakech qui entra ainsi dans le protectorat français du Maroc instauré en 1912. La conquête avait été facilitée par le ralliement des tribus Imzwarn et de leurs chefs appartenant à la puissante famille des Glaouis, considérée comme l’une des grandes lignées aristocratiques de la région.

L’un d’entre eux, Thami El Glaoui, devint célèbre en accédant au poste de pacha de Marrakech, nommé par le sultan Moulay Youssef avec l’aval du maréchal Lyautey, résident général de France au Maroc. El Glaoui occupera cette fonction durant toute la durée du protectorat (quarante-quatre ans). Le pacha s’illustra par sa collaboration avec les autorités françaises, qui trouva son point d’orgue avec le complot visant à détrôner Sidi Mohammed Ben Youssef (Mohammed V) pour le remplacer par le cousin du sultan légitime, Mohammed ben Arafa surnommé le “sultan fantôche” et désigné par le résident général Augustin Guillaume. Thami El Glaoui, déjà réputé pour ses fréquentations prestigieuses (notamment l’amitié de Winston Churchill) et son train de vie fastueux, digne d’un véritable monarque, devint ainsi un symbole marquant de l’ordre colonial au Maroc. Il ne put néanmoins s’opposer à la montée en puissance du sentiment nationaliste, ni à l’hostilité d’une part croissante de la population. Il ne put non plus s’opposer aux pressions de la France, qui consentit à se défaire de son protectorat marocain en raison du désastre de la guerre d’Indochine et du début de la guerre d’Algérie. Après deux exils successifs (en Corse puis à Madagascar), Sidi Mohammed Ben Youssef fut autorisé à rentrer au Maroc en novembre 1955, et ce retour signa la fin du règne despotique du Glaoui sur son fief de Marrakech, actant ainsi l’accession du pays à l’indépendance.

À partir des années 1960-1970, Marrakech devient une destination de la jet-set occidentale, notamment sous l’impulsion de plusieurs personnalités comme Yves Saint Laurent Depuis le début du millénaire, Marrakech s’impose comme la capitale incontestée du tourisme au Maroc, la ville rouge accueillant en 2019 près de 3 millions de visiteurs pour un total de 8,3 millions de nuitées. En 2020, la ville paie néanmoins un lourd tribut lors de l’épidémie de Covid-19. D’un point de vue économique, la pandémie met un coup d’arrêt à l’industrie touristique, moteur économique de la ville. Ensuite, d’un point de vue sanitaire, Marrakech est avec Casablanca une des villes les plus lourdement touchées par la propagation du virus et la ville est régulièrement la cible de mesures de quarantaine et de blocus ciblés de quartiers.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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