Ville de Locmariaquer (Morbihan).

Locmariaquer vient de « loc » (ermitage), de « Maria » (Marie) et de « Kaer » ou Caer » (lieu fortifié).

Vers 854, le roi Erispoé offre à l’abbaye de Redon, la ville de Caer ou Ker. Ce lieu est ravagé au début du Xème siècle par les normands.On trouve mention au XIème siècle de “Plebs Caer” qui est bien évidemment l’actuel Locmariaquer, cité également au XIème siècle comme Villa Sae. Maria de Caer et en 1409 comme Locus Mariae de Ker. Ce qui montre que Locmariaquer est bien un démembrement d’une paroisse ancienne du nom de Kaer, siège au demeurant d’une seigneurie qui s’étendait jusqu’aux portes de Vannes.

C’est lors du démembrement qu’une nouvelle église est construite sous le vocable de Notre-Dame, à une époque que l’on peut situer au XIème siècle puisque le bourg pris le nom de Locmaria. La première mention de l’église est de 1082, date de sa cession à l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé. En effet en 1082, Harscoet et Teuthael, avec tous les membres de leur famille, donnent à l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé “tout ce qui leur appartenait des offrandes faites à l’autel, avec le tiers des dîmes du blé et des autres choses dues à l’église, et ce pour le salut de leurs âmes et de celles de leurs parents”. Les moines, par reconnaissance, donnent alors gracieusement cent sous à Harscoet et deux cent à Teuthael. Les autres héritiers refusent tout présent et se contentent d’être inscrits parmi les bienfaiteurs du monastère. Le moine Constantin, placé à Caer, se charge d’instruire le jeune fils d’un des héritiers, et de le préparer à la vie monastique, s’il en manifestait le goût. Ce don est confirmé par le duc Hoel, qui tient alors sa cour à Auray, et par l’évêque Maengui, l’archidiacre Morvan et le clergé de l’église cathédrale (Cartulaire de Quimperlé). Peu après cette donation, Désarvoé, Gradlon et Orscand, fils de Teuthael, mentionné ci-dessus, donnent à la même abbaye “la moitié de Caer-Luvet et la moitié de Caer-l’enhir”. Ces villages s’appellent aujourd’hui Kerlut et Kerpenhir. De son côté, Even, fils de Catguallon, donne, avec le consentement de ses enfants, pour l’entrée de son fils à Quimperlé, “le quart de Sainte-Marie de Caer”. Toutes ces donations servent à constituer le prieuré de Locmariaquer.

Locmariaquer, carte maximum, 20/06/2014.

Vers le XIIème siècle, s’établit une seigneurie qui prend le nom de Kaër. Lorsque le château est en ruine, les seigneurs s’établissent alors au château de Plessis en Crac’h qu’ils nomment Plessis-Kaër. A la fin du XIVème siècle, le fief est recueilli par la famille Malestroit, puis transmis vers 1584 à la famille Montalais qui le vende à la famille Robien.

En 1548, Locmariaquer est détruit par la flotte anglaise. Les anglais y débarquent à nouveau au XVIIIème siècle (vers 1761) et y restent deux longues années. Locmariaquer est érigé en commune en 1790. Locmariaquer englobait autrefois Saint-Philibert qui s’en détache au XIXème siècle.

On rencontre les appellations suivantes : Locmaria en Kaer (en 1427, en 1481), Kaer (en 1427), Locmaria en Ker (en 1448, en 1464, en 1477), Locmariaquer (en 1536).

Note 1 : « Nous voici à Locmariaker, au milieu des ruines celtiques et des ruines romaines, en présence des traces profondes qu’y ont laissées les vaincus et les vainqueurs, en face de cette mer où se livra, il y a dix-neuf siècles, la funeste bataille navale, qui eut pour conséquence l’asservissement définitif de la presqu’île armoricaine » (Cayot Délandre). Locmariaker, qu’on écrit habituellement Locmariaquer, est limité au nord par Crach, à l’ouest par la rivière de la Trinité, au sud par l’Océan, et à l’est par le goulet du Morbihan et la rivière d’Auray. Le bras de mer de Saint-Philibert entre profondément dans ce territoire et le partage en deux langues de terre. Les côtes, généralement peu élevées, sont quelquefois couvertes dans les parties basses, à l’époque des grandes marées. La mer a beaucoup gagné dans ces parages, tantôt par l’érosion, tantôt par l’affaissement graduel du sol. La rivière d’Auray, entre Locmariaquer et les îles en face, a une largeur de 1,400 mètres, à marée haute ; mais, à marée basse, cette largeur est réduite de moitié, et alors on aperçoit sur la grève un menhir couché à 200 mètres de la côte actuelle ; des constructions romaines, signalées en 1727 par M. de Robien, sont aujourd’hui sous l’eau ; des murs anciens, vus par des vieillards, étaient alors ruinés à 120 mètres du littoral ; un camp, situé près du village de Lanubric, est maintenant au niveau de la haute mer, et commence à être rongé par elle. Ces faits, et beaucoup d’autres, prouvent que Locmariaquer s’enfonce graduellement dans la mer, et voit son territoire diminuer continuellement. En 1891, sa superficie est de 1805 hectares, dont la moitié est sous labour, et le reste sous prairies, landes, etc. En 1891, la population est de 2008 habitants. Les principaux monuments celtiques de Locmariaquer sont les suivants, tous remarquables par leurs proportions gigantesques.

– 1. Le tumulus de Mané-er-hroeg, ou butte de la femme, dit aussi Butte de César, et Grohic ou petite grotte, est au sud-est du bourg, et mesure 100 mètres de long, 60 de large et 10 de haut. Fouillé en 1863 par M. R. Galles et M. Lefebvre, il a été reconnu composé de terre et d’un amas de pierres. Le dolmen intérieur ou la crypte renfermait quelques débris de poterie, de charbon et de phosphate de chaux, de plus 103 haches polies, un collier en callaïs, et un grand anneau en jadéite. Auprès de la grotte, on a trouvé une pierre plate portant gravés un cartouche, des haches emmanchées et des signes inconnus. Au sommet du tumulus étaient enfouis quelques menus objets gallo-romains et des monnaies de Tibère à Trajan. (Bul. 1863, p. 18. Musée arch. 90, etc…).

– 2. Le tumulus de Mané-Lud ou du Hélut, au nord-ouest du bourg, mesure 80 mètres de longueur, 50 mètres de largeur, et 5m,50 de hauteur. Il n’est nullement composé de cendres, mais bien de vases desséchées, recouvrant des amas de pierres. Fouillé en 1863 et 1864, il a laissé voir, au centre, une grotte en maçonnerie, renfermant deux squelettes, l’un brûlé, l’autre inhumé ; à l’est, les traces d’un immense brasier, des charbons et des ossements d’animaux ; à l’extrémité ouest du tumulus, se trouve une chambre, précédée d’une allée et ouverte depuis longtemps : on y remarque quelques signes gravés. (Bull. 1863, p. 33 — 1864, p. 79).

– 3. Entre ce tumulus et le bourg, se trouve un grand dolmen, connu sous le nom de Table de César et de Table des Marchands. On dit que ce nom vient de Var-hant, galerie du cheval (?) Il est encore à demi enfoui, depuis la fouille pratiquée en 1811 par M. de Penhouet et M. Renaud, d’Auray. On y trouva, à cette époque, des couches de cendre et de terre, une petite hache en silex, et quelques fragments de poterie. En y pénétrant vers 1891, on remarque, sur la pierre du fond, une sorte d’écusson renversé, rempli de bâtons recourbés, et sous la table du dolmen le dessin d’un celtœ emmanché et la représentation d’un quadrupède, Une fouille supplémentaire, faite en 1891 par M. Mahé, a mis à jour quelques menus objets celtiques, et de nouveaux signes gravés.

– 4. Tout près de ce dolmen, se voit le plus colossal de tous les menhirs connus, géant de 21 mètres de longueur, renversé par la foudre ou par un tremblement de terre, et brisé en quatre fragments. Son poids est estimé à 250,000 kilogrammes. Quel développement de forces il a fallu, pour le conduire et l’ériger en ce lieu !

– 5. Dans un champ, près du bourg, se trouve un autre dolmen ruiné, appelé Mein Rutual. Il est remarquable par les dimensions de sa table et la longueur de sa galerie, dirigée vers l’est. Ce monument, attaqué en 1810, fouillé en 1860, vidé complètement en 1885, renfermait des objets celtiques, tels que percuteurs, éclats de silex, hache en diorite, et des objets romains, tels que briques, poteries, monnaies et fragments de statuettes. On voit aussi quelques signes gravés sous la table et sur deux supports. (Bull. 1885, p. 112).

– 6. A l’ouest du bourg et près de la mer, on peut voir les restes d’une allée couverte, longue de 28 mètres, et portant le nom de Pierres plates ou de Veurty. Ce monument, comme ses analogues, était primitivement couvert d’un tumulus. En 1813, M. Renaud, d’Auray, fit enlever cette enveloppe protectrice ; ce qui depuis a amené la ruine de l’édifice. Il a été ensuite restauré par l’Etat, et l’on peut constater, en 1891, sur plusieurs pierres l’existence de cartouches et de signes gravés ; ils sont après ceux de Gavrinis les plus importants du pays.

Quant aux monuments secondaires, qu’il suffise d’énumérer ici les dolmens plus ou moins ruinés de Pont-el-len, de Kercadoret-er-Gal, de Coetcourzo, de Kerhan, de Porher, de Kerlud, de Kerneué, de Locperhet, de Point-er-vil, de Kervérès, de Kerdaniel, de Kerroch, de Cocordeau… et les menhirs, isolés ou réunis, de Kerpenhir, du Bronso, de Porher, de Mané-er-hroeg, de Kerguelvan, de Lannbric… (Bull. 1881). Tous ces monuments, sans compter ceux qui ont été détruits, prouvent qu’à l’époque celtique, il y avait ici une population nombreuse, riche et puissante, qui croyait à l’immortalité de l’âme, et qui élevait de gigantesques tombeaux à ses plus illustres défunts. Que les anciens Venètes aient eu ici un établissement considérable, et un port de commerce très fréquenté, c’est plus que probable. Qu’ils y aient eu leur capitale, c’est une autre affaire, et une question très controversée. La bataille navale, qui décida du sort des Venètes, en l’an 56 avant J-C., ne fut point livrée dans le Morbihan, qui était alors en formation, mais dans l’Océan, entre Quiberon et Le Croisic. La flotte fut anéantie, le sénat massacré et la population vendue à l’encan. Locmariaquer, par sa position avantageuse, attira les regards des vainqueurs ; une ville gallo-romaine s’y éleva, comme l’attestent de nombreux vestiges encore subsistants. Les briques romaines rougissent le sol ; elles y étaient naguère en si grande abondance, qu’on en a transporté, en 1822, plusieurs chargements à Lorient. Les murs en petit appareil se retrouvent en plusieurs endroits du bourg actuel. Un théâtre se reconnaît vers le nord-ouest, et sa transformation partielle en cimetière y a fait découvrir plusieurs objets d’origine romaine. Au sud, non loin de la chapelle de Saint-Michel, sont des substructions romaines, dénommées Er hastel, le château. A côté se trouve une longue construction rectangulaire, dont la destination n’est pas encore bien déterminée. Dans le port sont ensevelis plusieurs murs de structure romaine. Deux voies partent de ce lieu et se dirigent, l’une vers Crach et Auray, l’autre vers Vannes en ligne droite. Un aqueduc, signalé auprès de Rosnarho, y amenait de l’eau potable, pour suppléer à l’insuffisance des sources locales. Vers le centre, un mur à contreforts a pu appartenir à un temple : l’enclos s’appelle encore Parq er béleg (le champ du prêtre). On y a trouvé deux fûts de colonne, un autel votif avec un reste d’inscription : V. S. L. M. (Votum solvit libens merito) ; et, de plus, une statuette de Latone et des monnaies de Constantin. En divers lieux, et à diverses époques, on a trouvé des monnaies romaines, des statuettes et notamment un Harpocrate en or, des poteries, etc., etc… Comment s’appelait cette ville à l’époque romaine ? — Le président de Robien et ses partisans lui attribuent le nom de Dariorigum. — Mais c’est inadmissible, puisque la carte de Peutinger place Dariorigum ou Dartoritum sur la grande voie de Carhaix à Nantes, ce qui ne convient qu’à Vannes. — M. Desjardins et M. Kerviler présument que cette ville est le Vindana portus, cité par Ptolémée au IIème siècle. — C’est possible, mais ce n’est pas suffisamment prouvé. Espérons qu’un jour on exhumera des décombres de celte ville quelque inscription, qui nous révélera le nom que nous cherchons. Au Vème siècle, quand la Gaule secoua le joug de Rome, cette ville entra dans la Confédération armoricaine, et fit partie peu après du comté de Vannes ou du Broérech. Les Bretons, sans lui donner de nom particulier, l’appelèrent simplement la Ville, et dans leur langue Ker ou Caer. Ainsi, vers 854, le roi Erispoé donna à l’abbaye de Redon « illam plebem que vocatar Caer, la paroisse appelée la Ville ou la Cité, avec ses terres et ses colons, savoir, Avaellon, Clides et Vilata, avec les vignes et les prairies ». A ce don, un particulier, nommé Cadalon, ajouta, le 2 janvier 859, un alleu situé en Caer, avec toutes ses dépendances (Cartulaire de l’abbaye de Redon, R. 55). Il est à présumer que les moines de Redon employèrent ces immeubles à fonder ici un établissement monastique ; le nom significatif du village du Moustoir semble du moins l’insinuer. Bientôt survinrent les ravages des Normands, qui furent particulièrement effroyables à partir de 919. La paroisse de Caer, située sur la côte, fut entièrement ruinée et sa population dispersée. Après l’orage, il fallut relever les ruines. De nouvelles fondations eurent lieu. En 1082, Harscoet et sa famille donnèrent à l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé tout ce qui leur appartenait dans la paroisse de Caer, des offrandes faites à l’autel, avec le tiers de la dîme du blé et des autres choses dues à l’église. Ce don fut

confirmé par le duc Hoel, qui tenait alors sa cour à Auray, par l’évêque Maengui et par son clergé. Vers le même temps, Desarvoë donna à la même abbaye la moitié du village de Kerlud et la moitié de celui de Kerpenhir ; Even de son côté céda le quart du bourg même de Caer, quartam partem ville Sancte Marie de Caer (Cartulaire de l’abbaye de Quimperlé). Dès 1082, l’abbé employa ces biens à fonder ici un prieuré à la tête duquel il plaça le moine Constantin, qui fut chargé d’y élever le fils de l’un des donateurs. Bientôt le prieur, par concession de l’évêque, fut chargé du service de la paroisse, et il eut en retour la dîme à la 11ème gerbe. Plus tard, quand il dut quitter la paroisse pour rentrer à Quimperlé, il conserva sa dîme et en préleva une portion pour le vicaire perpétuel, chargé de le remplacer. Dès 1082, la paroisse, comme on a pu le remarquer, s’appelait tantôt Caer, ou la Ville, tantôt Villa S. Mariæ de Caer, du nom de sa patronne. Bientôt le mot Ville fut remplacé par celui de Lieu, et on eut : Locus Mariæ de Ker, ou Locmaria de Ker, puis par abréviation Locmaria-Ker ou Locmariaquer. Telle est la véritable étymologie de ce nom, qui signifie : Le lieu de Marie de Ker, et non Le lieu de Marie la belle. Le nom de Locmaria étant porté par d’autres localités, il était nécessaire d’ajouter ici celui de Caer ou de Ker, qui était l’ancien nom de la paroisse.

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Sources : InfosBretagne, YouTube.

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