Ville de Chinon (Indre-et-Loire).

Chinon est une commune française située dans le département d’Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire. C’est l’une des deux sous-préfectures d’Indre-et-Loire (l’autre étant Loches). Ses habitants s’appellent les Chinonais.

Placée sur le cours de la Vienne, dans une position stratégique aux confins de la Touraine, de l’Anjou et du Poitou, dotée d’un éperon rocheux fortifié dès l’Antiquité, la ville, avec son imposante forteresse, a longtemps joué un rôle défensif clé. Chinon est une des places fortes favorites des Plantagenêt. Jean sans Terre la perd au profit de Philippe Auguste, qui l’adjoint aux domaines de la Couronne de France. Siège de la cour sous Charles VII, lieu de sa rencontre avec Jeanne d’Arc, la ville ne quittera le giron royal que pour passer entre les mains du cardinal de Richelieu et de sa famille, qui la conservent jusqu’à la Révolution.

Enrichie par la culture de la vigne et le commerce du vin, la ville a trouvé, avec l’installation de la centrale nucléaire d’Avoine, un pendant industriel à sa traditionnelle activité agricole. Située à proximité des châteaux de la Loire, sur le détour de Vienne du circuit touristique Loire à Vélo, Chinon attire également de nombreux touristes. Depuis 2000, la ville fait partie de la section du Val de Loire inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des paysages culturels.


Dominant la Vienne, le plateau de Chinon finit en éperon, presque à toucher la rivière. Les hauteurs de la face sud de ce saillant escarpé abritent des habitations troglodytiques extrêmement anciennes. Très tôt, son extrémité ouest est fortifiée, probablement par les Gaulois, et sans aucun doute par les Romains. L’archéologie locale indique la présence à Chinon d’une importante agglomération gallo-romaine protégée par des défenses permanentes.

Chinon, carte maximum, 24/04/1993.

Avec Saint Martin de Tours († en 400 à Candes-Saint-Martin), la chronique chrétienne évoque la ville et ses alentours. C’est un de ses disciples, Saint Mexme (Maxime) qui fonde à Chinon un couvent de moines cloîtrés dont il est le premier abbé. Autour du monastère, la population se regroupe et Mexme doit faire construire un second lieu de culte : l’église Saint-Étienne.

En 845, Chinon est pillée par le chef viking Hasting.

Sous le règne de Clotaire Ier, l’épouse du souverain, Radegonde, se retirant du monde, suit les enseignements d’un ermite réfugié dans une des grottes du coteau de Chinon. À la mort du roi, la Touraine passe à son fils Sigebert. La décadence des Mérovingiens laisse la main libre aux institutions religieuses : les archevêques de Tours deviennent seigneurs de Chinon. Ils composeront par la suite avec les comtes de Touraine. C’est l’un d’eux, Thibault le Tricheur (en même temps comte de Blois et de Chartres), qui fait restaurer la forteresse de Chinon en 950. Sa fille Emma, épouse de Guillaume Fierabras, hérite de la ville, qui passe à son fils Guillaume le Grand, puis à l’oncle de ce dernier, Eudes Ier.

Chinon est alors impliquée dans les querelles suscitées par les vues de l’Anjou, expansionniste, sur les provinces voisines de Touraine et du Poitou. En août 1044, Thibault, comte de Touraine doit céder à son voisin angevin Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, toutes ses possessions tourangelles, dont Tours et Chinon. À sa mort, Geoffroy Martel partage ses biens entre ses deux neveux : Geoffroy le Barbu reçoit la Touraine (et Chinon) ; son frère Foulques le Réchin, l’Anjou et la Saintonge. Luttant l’un contre l’autre, le second s’empare de l’héritage du premier, usurpation par la suite entérinée par un don du Barbu au fils du Réchin, Geoffroy Martel II. Celui-ci mourant sans postérité en 1106, son demi-frère Foulques (cinquième du nom) lui succède. C’est son mariage avec Sybille, fille du comte du Maine, qui lie cette province à l’Anjou et à la Touraine.

Forteresse royale de Chinon, collector de 4 timbres.

Le fils de Foulques V, Geoffroy Plantagenet, épousant en 1128 Mathilde l’Emperesse, se trouve en situation de réclamer l’héritage de Guillaume le Conquérant, grand-père de la mariée. Il impose sa loi sur ses possessions françaises et réduit à l’obéissance la partie la plus turbulente de la noblesse locale. Il meurt en 1151 et laisse ses états à son fils Henri. Ce dernier épouse, en 1152, Aliénor d’Aquitaine, qui lui apporte le Poitou et l’Aquitaine. Deux ans plus tard, les hasards de la succession du trône d’Angleterre permettent à Henri d’accéder à la couronne royale. Son cadet Geoffroy, qui a reçu, à la mort de leur père, les places fortes de Chinon, Loudun et Mirebeau, doit par testament recevoir également l’Anjou, la Touraine et le Maine si Henri devient roi d’Angleterre. Ce dernier refusant d’appliquer cette clause en faveur de son cadet, Geoffroy fortifie les défenses de Chinon, Loudun et Mirebeau, puis s’attaque à l’Anjou. En 1156, cette lutte fratricide tourne à l’avantage d’Henri et son cadet doit renoncer à toutes ses possessions en échange d’une pension.

En raison de la position stratégique de la ville, les comtes de Touraine, et après eux les comtes d’Anjou, ne confieront jamais Chinon à un de leurs vassaux et en conserveront toujours l’administration via des gouverneurs. Henri II en fait une de ses résidences favorites, répand ses bienfaits sur la ville et lui apporte la prospérité qui accompagne le train de vie d’une cour royale. La population augmente et une nouvelle paroisse, desservie par l’église Saint-Maurice, se développe sous l’escarpement que domine la forteresse. Les ponts sont renforcés, des digues construites, ce qui favorise le développement du faubourg Saint-Jacques sur la rive gauche de la Vienne. De nouveaux couvents sont fondés autour de Chinon. Chinon devient sous son règne une châtellenie royale de haute-justice couvrant Candes, Champigny, La Haye-sur-Creuse, l’Île-Bouchard, Saint-Épain, Azay, Sainte-Maure et Bourgueil.

En 1169, préparant sa succession, Henri annonce à ses fils le partage de ses biens : à sa mort, Henri (dit le Jeune), l’aîné, recevra l’Angleterre, la Normandie, le Maine, l’Anjou et la Touraine ; à Geoffroy la Bretagne ; à Richard (dit Cœur de Lion), le Poitou et l’Aquitaine. Seul Jean, le dernier de ses fils, reste sans héritage (d’où le sobriquet de Jean sans Terre). S’ensuit une période de luttes où les frères, mécontents du partage, se confrontent et s’allient tour à tour pour défier leur père. En 1187, ses frères aînés étant décédés et Henri II étant entré en conflit avec le roi de France Philippe Auguste, Richard fait cause commune avec ce dernier contre son père. Bataillant, mais reculant sans cesse, celui-ci finit par se replier dans son château de Chinon d’où, malade et épuisé, il est contraint d’accepter, le 4 juillet 1189, la perte de toutes ses possessions françaises. Il meurt deux jours plus tard à Chinon, et son corps est enterré à l’abbaye Notre-Dame de Fontevraud.

Après sa mort, Richard lui succède. Pendant sa croisade et la longue captivité qui s’ensuit, sa mère Aliénor administre ses possessions françaises, séjournant tour à tour à Chinon, à Poitiers, sa capitale, et à Fontevraud. En 1194, quand Richard recouvre la liberté, c’est pour constater que son cadet Jean et le roi de France se sont partagé ses domaines. C’est en rétablissant l’ordre parmi ses vassaux qu’il est mortellement blessé, le 6 avril 1199, au siège de Châlus. Les récits divergent, mais une tradition indique qu’il aurait été transporté à Chinon où il aurait rendu l’âme.

Jean sans Terre succède à son frère et prévaut face aux revendications territoriales du jeune duc Arthur de Bretagne. C’est à Chinon qu’il épouse Isabelle d’Angoulême, le 30 août 1200. Il y séjourne à nouveau en juillet 1201, puis y revient en août 1202, accompagné d’Arthur, toujours insoumis, qu’il a fait prisonnier sous les murs de Mirebeau. Entre les manquements à ses devoirs féodaux vis-à-vis du roi de France et les soupçons de meurtre entourant la disparition d’Arthur, Jean se trouve dans une position intenable. Pressé de toutes parts, il perd ses places fortes une à une, Chinon tombant parmi les dernières, en 1205, après une année de blocus et huit mois de siège. Aliénor étant morte à Fontevraud en avril 1204, c’en est fait de la domination des Plantagenêts sur la Touraine.

S’étant rendu maître de Chinon, Philippe Auguste fait restaurer les fortifications mises à mal par le siège et l’assaut. Chinon devient pour lui une ville frontière, face au Poitou rebelle allié à Jean sans Terre qui n’a pas renoncé à ses titres. De campagnes militaires en trêves précaires et en traités rompus, le conflit s’étire jusqu’à la mort de Jean, en 1216, puis reprend sous Louis VIII et sous la régence de Blanche de Castille, qui s’opposent à la veuve de Jean et à son beau-fils, le roi d’Angleterre. C’est à Chinon que la couronne de France rassemble ses troupes, c’est là que le roi reçoit ses féaux, c’est de là qu’il lance ses expéditions militaires. C’est là qu’il reçoit la soumission de ses adversaires.

Sous Philippe le Bel, la forteresse de Chinon est utilisée comme lieu de détention. D’abord pour Robert de Flandres, qui y passe cinq années de captivité après avoir été capturé par traîtrise en 1300, puis, en 1307, pour les Templiers en provenance des commanderies locales, puis leur grand-maître et quatre de ses proches. Retenus à Chinon sur le chemin qui devait les conduire à une audience papale, ils y passent une année avant d’être transférés à Paris où ils sont mis au bûcher en novembre 1309.

Vers le milieu du XIVe siècle, les fortifications évoluent avec l’édification de la Tour de l’Horloge et d’une enceinte longeant la Vienne, de la porte du Vieux Marché jusqu’aux Halles. Les temps sont encore incertains et les Anglais, depuis leurs terres de Guyenne, cherchent toujours à reconquérir leurs provinces perdues. En mai 1370, le roi de France Charles V donne la Touraine en apanage à son jeune frère Louis, tout en se réservant Chinon comme « siège et lieu royal pour nos officiers que à ce établirons », à savoir un bailli des exemptions de Touraine, Anjou et Maine, installé peu de temps après à Chinon.

En 1413, lors des affrontements entre Bourguignons et Armagnacs, Chinon est occupée par les premiers, délogés l’année suivante par les seconds. C’est dans cette période de troubles que la Touraine est donnée au Dauphin, le futur Charles VII, alors âgé de 14 ans, qui, fuyant Paris dans la nuit du 29 mai 1418, vient trouver refuge en Touraine. C’est de là qu’il va tenter de faire valoir ses prétentions au trône de France, contre les Anglais et les Bourguignons, au milieu de l’anarchie qui s’est emparée du royaume. Pour financer sa guerre, le Dauphin installe un atelier monétaire à Chinon dès le mois d’octobre 1418. Avec Charles VII débute une page d’histoire. Le Royaume de France est dans une situation très grave. Henri VI, roi d’Angleterre, revendique le trône de France et, pour ses opposants, Charles VII n’est que le « roi de Bourges ». En 1427, il installe sa petite cour à Chinon. L’année suivante, il y réunit les États généraux des provinces du Centre et du Sud encore soumises à son autorité. Les États dépensent 400 000 livres pour organiser la défense d’Orléans, assiégée par les Anglais et les Bourguignons.

Fin février ou début mars 1429, c’est à Chinon que Jeanne d’Arc rencontre le roi pour la première fois. Elle le persuade de lui confier l’armée qui va délivrer Orléans, amorçant ainsi le renversement des forces en présence pendant la guerre de Cent Ans.

Le long séjour de Charles VII laisse à Chinon des traces tangibles : le faubourg Saint-Jacques est fortifié, entouré de douves et doté d’une porte formant tête de pont. Le faubourg Saint-Étienne est lui aussi clos de murs qui rejoignent ceux de la ville-fort, ainsi que le faubourg Saint-Mexme. Le roi fait construire les Halles (à l’emplacement actuel de la mairie), l’église Saint-Jacques et commande un clocher pour la reconstruction de Saint-Étienne, financée par trois riches marchands de Chinon.

Après la mort de Charles VII (22 juillet 1461) et l’avènement de son fils Louis XI, la cour quitte Chinon, que le nouveau roi offre à sa mère Marie d’Anjou (8 octobre 1461). Le château et la cité sont placés sous le gouvernement de Philippe de Commynes. Il fait achever le portail et le clocher de Saint-Étienne et dote le château de la tour d’Argenton. La forteresse retrouve un temps sa fonction carcérale, quand Louis XI y fait enfermer et suspendre dans une de ses célèbres cages de fer le conspirateur René d’Alençon. En 1471, puis en 1481, la ville accueille à deux reprises Marguerite d’Anjou, épouse du roi d’Angleterre Henri VI, détrôné par le duc d’York pendant la guerre des Deux Roses. Après la mort du roi (1483) et sous la régence d’Anne de Beaujeu, Commynes tombé en disgrâce, est remplacé par M. D’Archiac et les logements royaux, utilisés ponctuellement, sont laissés à l’abandon.

La ville retrouve un éclat furtif en l’an 1498, quand le roi Louis XII y reçoit le légat du pape, César Borgia, venu lui porter la bulle de son divorce. Le roi se sépare alors sans regret de Jeanne de France, la fille de Louis XI. Il n’avait que 14 ans quand ce dernier la lui avait fait épouser. Une double bosse, la hanche coxalgique, un aspect simiesque expliquent le peu d’empressement de son époux durant les vingt-trois années de leur union. Quand meurt Charles VIII, Louis XII doit, selon le testament du défunt, épouser sa veuve Anne de Bretagne. Il a pour elle une vive inclination et ce nouveau mariage conserve la Bretagne à la couronne de France ; double raison pour que le roi célèbre par des fêtes magnifiques l’arrivée de la bulle libératrice.

Après avoir été attribués à Marie Stuart, puis à François, duc d’Alençon, la Touraine (et Chinon) font retour à la couronne. La Réforme fait de nombreux adeptes en Touraine et, dès 1560, un temple protestant accueille les fidèles à Chinon. Il subsiste, plus ou moins clandestinement jusqu’en 1567. La ville est à de nombreuses reprises mise en alerte, menacée, occupée tour à tour par le parti catholique et par le parti protestant. Certains membres de la communauté réformée de Chinon restent en ville pendant les troubles (privés de temple, ils vont prier à l’Île-Bouchard ou à Bourgueil), d’autres quittent Chinon, certains au péril de leur vie. En 1562, Jehan de Tournay, leur pasteur, est pris et noyé à proximité de Poitiers ; des dizaines d’autres subissent le même sort à Tours où le capitaine Antoine du Plessis-Richelieu, dit Le Moine, les fait jeter dans la Loire. Pendant les troubles, l’épouse du roi Henri III, Louise de Lorraine-Vaudémont, est mise en sûreté à Chinon, où elle passe trois mois « dans une gêne pénible ». Elle y séjourne quand le roi est assassiné, le 2 août 1589. C’est également dans la forteresse que croupit, depuis le 23 décembre 1588, le cardinal de Bourbon (le « roi de la Ligue ») lorsqu’il est proclamé roi (sous le nom de Charles X) par le duc de Mayenne, après l’assassinat d’Henri III. Transféré à Fontenay-le-Comte, il y meurt le 9 mai 1590 ayant renoncé à ses prétentions au bénéfice d’Henri IV.

Le 9 mai 1616, le prince de Condé vient en personne prendre possession de la ville et du château de Chinon, qui lui ont été concédés – avec le Berry, Bourges et un million cinq cent mille livres – pour amadouer le camp protestant après l’assassinat d’Henri IV. Il doit le rendre à l’automne, après avoir été arrêté, au nom du roi, pour ses menées subversives et son arrogance. À l’occasion de cette restitution, un inventaire rend compte de l’état d’abandon des bâtiments : la chapelle Saint-Martin est devenue un moulin, la chapelle Saint-Melaine un cellier, dans la grande salle du château, s’entassent matelas, traversins, couvertures et « draps très vieux ».

À l’issue des démêlés de Marie de Médicis avec son fils Louis XIII, la reine reçoit, en août 1619, le gouvernement d’Angers, des Ponts-de-Cé et du château et de la ville de Chinon (traité d’Angoulême) ce qui ne l’empêche pas de se révolter à nouveau contre le roi, avant que ses partisans ne soient dispersés aux Ponts-de-Cé, le 7 août 1620. Pendant cette période de brouilles, de réconciliations et de révoltes ouvertes, Armand Jean du Plessis de Richelieu, confesseur d’Anne d’Autriche, a servi d’intermédiaire entre les parties. Au sortir de la crise, il est nommé cardinal (1622) et entre au Conseil du roi (1624). Depuis 1621, il est propriétaire du domaine patrimonial de Richelieu, à quelques lieues de Chinon, où l’architecte Lemercier lui bâtit un palais. Il acquiert également les seigneuries de l’Île-Bouchard, de Champigny-sur-Veude et de Mirebeau. Déterminé à laisser sa trace sur le territoire familial, il lui confère toute une série de privilèges dont les Chinonais prennent ombrage et qui leur portent préjudice. Pour donner plus d’éclat à ses projets, il imagine de détruire les monuments qui pourraient en concurrencer la grandeur. Il fait raser le château de Champigny et parle, au Conseil du roi, de réserver le même sort à la forteresse de Chinon. Les Chinonais, par « humbles remontrances », font ajourner la destruction de leur château.

Richelieu entreprend alors de s’en rendre propriétaire. Par une suite d’artifices, d’intrigues mesquines et de prête-noms, il parvient à ses fins le 23 janvier 1632, annexant la ville à son duché-pairie. Pour les Chinonais, qui ont toujours directement dépendu de la Couronne – et bénéficient, à ce titre, d’avantages et d’exemptions particulières – le passage de leur ville entre les mains du Cardinal représente une véritable régression. C’est à partir de cette date que la forteresse cesse totalement d’être entretenue et commence à tomber en ruines.

Chinon et sa forteresse vont rester dans la famille du Plessis-Richelieu jusqu’à la Révolution. Armand Jean de Vignerot du Plessis (1639-1715), 2e duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal, fait détruire la grande salle du château. Son fils, Louis François Armand de Vignerot du Plessis (1696-1788), 3e duc de Richelieu et maréchal de France, froisse les Chinonais en faisant poser à Saint-Maurice une litre portant ses armes. Son petit-fils, Armand Emmanuel de Vignerot du Plessis (1766-1822), 5e dernier duc de Richelieu, porte le titre de comte de Chinon. Émigré pendant la Révolution, il rentre en France en 1801, se voit restituer ce qui reste de ses possessions. Mais il n’a plus les moyens d’entretenir le domaine de Richelieu, le fait démolir et abandonne ses droits (par ailleurs en grande partie abolis) sur la ville et la forteresse de Chinon.

Pendant toute la période, les Chinonais contestent d’ailleurs régulièrement la nature exacte des droits des descendants du Cardinal sur leur ville. De remontrances en procès, ils font valoir qu’appartenant au domaine fixe de la Couronne, la propriété de leur ville et de ses divers bénéfices a toujours été inaliénable. Quiconque s’en prévaut ne peut le faire, selon eux, qu’à titre temporaire, et sous réserve de réversion à la Couronne. Ils reprennent d’ailleurs ces revendications dans les cahiers de doléances préparés pour les États généraux de 1789, dans lesquels ils demandent que « sa Majesté rentre dans ses domaines aliénés, à quelque titre que ce soit, sauf remboursement au possesseur du prix de l’aliénation, et ses domaines ne pourront plus être donnés qu’à bail et pour une durée qui n’excédera pas trente ans ».

En 1789, deux Chinonais figurent parmi les douze députés du tiers état de Touraine. Pendant les événements, la population de Chinon, majoritairement favorable à la constitution de 1789, doit composer avec les accès de fièvre patriotique et révolutionnaire attisés par un petit nombre d’exaltés, tout en restant relativement épargnée par les violences. Le quotidien des Chinonais est marqué par l’inflation, les disettes, le brigandage, la vente des biens nationaux, la chasse aux prêtres réfractaires, la conscription et la traque des déserteurs. La ville vit au rythme des processions et célébrations organisées sans discontinuer par les zélateurs de l’ordre nouveau : fête de la jeunesse, de la souveraineté du peuple, des époux, de la reconnaissance, des laboureurs, etc..

En 1792, Chinon annexe les communes éphémères de Parilly, Saint-Louand et Saint-Mexme-les-Champs. Lors de la création du département d’Indre-et-Loire, Chinon devient sous-préfecture. Au cours de la période révolutionnaire, la commune porta provisoirement le nom de Chinon-sur-Vienne.

Chinon, épreuve de luxe.

Sous la Terreur, la municipalité, sous la conduite de Chesnon de Baigneux, reste modérée et doit faire face aux fanatiques du District et du Comité révolutionnaire, ainsi qu’aux « buveurs de sang » (évoqués à plusieurs reprises dans le journal tenu par le sellier Bailly, un habitant de Chinon).

La proximité du front de Vendée inquiète les révolutionnaires. En 1793, la ville reçoit de nombreux détachements en route pour le front de l’Ouest. Tallien, représentant du peuple en Indre-et-Loire, séjourne à Chinon, du 9 au 20 mai, pour ranimer le courage des patriotes. Il y rassemble 5 400 combattants et y constitue une solide base militaire. Mais son contingent est éparpillé sur plusieurs fronts, et le sort des armes semble d’abord favoriser les insurgés : après avoir pris Thouars et Saumur, un détachement vendéen prend possession de Chinon, le 12 juin, sans qu’un coup de feu n’ait été tiré. Il y reste quelques jours, sans causer trop de dommages, avant de se résoudre à la quitter pour participer à l’attaque contre Nantes. Le danger écarté, les représentants du District et du Comité reviennent en ville où ils accusent la municipalité et les Chinonais de tiédeur et de lâcheté. Trois Chinonais, victimes de l’épuration qui s’ensuit, sont livrés à la guillotine.

L’offensive vendéenne ne s’arrête pas pour autant : les Blancs battent les Républicains à Vihiers et reprennent Saumur, provoquant une déroute qui ramène les troupes débandées à Chinon. Le 22 juillet, Tallien est de retour en ville pour rétablir la situation. Il y rassemble 6 000 hommes et finit par écarter le danger.

Comme à chaque changement de régime depuis la Révolution, les édiles accueillent avec enthousiasme le coup d’État du 2 décembre 1851. L’opposition au nouveau régime se concentre dans le corps des sapeurs-pompiersNote 38 et dans la société populaire « Le Bon Accord », tous deux placés sous surveillance policière par les autorités.

Pendant la guerre franco-allemande de 1870, l’Indre-et-Loire reste à l’écart des grandes batailles, mais des milliers de blessés y affluent. Alors que Tours est le siège du gouvernement de la République, aux termes de l’armistice signé à Versailles le 28 janvier 1871, les Allemands sont autorisés à avancer jusqu’aux approches de Bourgueil, de Chinon et de Descartes. Les Français se retirent à dix kilomètres de façon à créer une zone neutre, défendue aux forces militaires. Dès le 2 février, le canton d’Azay est occupé par 400 hommes du 4e Uhlans et 500 fantassins du 91e régiment d’Oldenburg. L’occupation dure cinq semaines environ avec son lot de réquisitions, de vexations et de spoliations.

En mars 1915, les conscrits du Chinonais contribuent – avec des recrues de Touraine, Anjou, Poitou, Berry et des hommes venant des régions envahies du Nord – à la formation du 409e de marche (409e RI). Les compagnies des 1er et 2e bataillons sont assemblées à Chinon en mars, celles du 3e bataillon à Azay-le-Rideau. De janvier à début mai 1915, près de 2.000 hommes sont ainsi cantonnés autour de Chinon (Saint-Louans, Les Closeaux, Noiré), mais également en ville (notamment dans la cour de l’auberge de la Treille). Leur séjour est marqué par des problèmes de coexistence avec les civils et de salubrité qui expliquent sans doute les épidémies qui vont retarder leur départ pour le front. Celui-ci doit avoir lieu le 7 avril, après regroupement des trois unités dans la région de Bourges, mais seul le 3e bataillon est en état de rejoindre Bourges. Les 1er et 2e bataillons partent finalement de Chinon le 7 mai, leur régiment devant former, avec le 408e R.I., la 303e brigade, rattachée à la 120e division. Sur les 3 220 hommes que comptait le 409e RI au moment de sa formation, il y eut 1 735 tués et 1 000 blessés. En 1918, il ne restait du régiment originel que 480 hommes. Les noms de cinq Chinonais morts au combat figurent sur le monument aux morts de la ville. Au total, la commune a perdu 173 de ses citoyens du fait de la Première Guerre mondiale. En mars 1915, les conscrits du Chinonais contribuent – avec des recrues de Touraine, Anjou, Poitou, Berry et des hommes venant des régions envahies du Nord – à la formation du 409e de marche (409e RI). Les compagnies des 1er et 2e bataillons sont assemblées à Chinon en mars, celles du 3e bataillon à Azay-le-Rideau. De janvier à début mai 1915, près de 2.000 hommes sont ainsi cantonnés autour de Chinon (Saint-Louans, Les Closeaux, Noiré), mais également en ville (notamment dans la cour de l’auberge de la Treille). Leur séjour est marqué par des problèmes de coexistence avec les civils et de salubrité qui expliquent sans doute les épidémies qui vont retarder leur départ pour le front. Celui-ci doit avoir lieu le 7 avril, après regroupement des trois unités dans la région de Bourges, mais seul le 3e bataillon est en état de rejoindre Bourges. Les 1er et 2e bataillons partent finalement de Chinon le 7 mai, leur régiment devant former, avec le 408e R.I., la 303e brigade, rattachée à la 120e division. Sur les 3 220 hommes que comptait le 409e RI au moment de sa formation, il y eut 1 735 tués et 1 000 blessés. En 1918, il ne restait du régiment originel que 480 hommes. Les noms de cinq Chinonais morts au combat figurent sur le monument aux morts de la ville. Au total, la commune a perdu 173 de ses citoyens du fait de la Première Guerre mondiale.

En juin 1940, Chinon voit transiter des convois ininterrompus de réfugiés. Certains logent chez l’habitant, les autres campent place Jeanne d’Arc. Place Mirabeau, des marmites de bouillon et du pain leur sont proposés par la population. L’armée allemande arrive rapidement sur la rive droite de la Loire, à Port-Boulet. Face à elle, une dernière ligne de défense a été établie sur la rive gauche, entre Lignières-de-Touraine et Candes, tenue par des troupes rassemblées à la hâte : des éléments du 1er Cuirassier échappés de Dunkerque et débarqués à Port-Boulet le 14 juin, une compagnie de Saint-Maixent, des cadets de Saumur, des tirailleurs algériens et sénégalais, ainsi qu’un bataillon cycliste venu de Saumur. Les combats autour du pont de Port-Boulet durent trois jours et font de nombreuses victimes, avant que la ligne ne soit enfoncée le 21 juin à 2 heures du matin. Le jour même, à 8 heures du matin, Chinon est occupée et un général allemand se présente à l’hôtel de ville où il est reçu par le maire, le Dr Henri Mattrais. La ville n’a pratiquement pas souffert, le conseil municipal ayant dissuadé les militaires français d’y établir une nouvelle ligne de défense et de faire sauter les ponts lors de leur retraite. Avec l’occupation la coexistence avec les Allemands s’organise, sous l’égide du maire, du sous-préfet Paul Cay et de personnalités locales comme Auguste Correch, le proviseur du collège. Ensemble, ils négocient, temporisent et tentent d’éviter les confrontations avec l’occupant, tout en faisant face à la délation, au marché noir, au rationnement et aux provocations. La déportation du Dr Pierre Labussière (mort au camp de Neuengamme le 6 juin 1944) et de 34 autres Chinonais ne suscite pas de réaction visible dans la population. Seuls quelques habitants, dans la clandestinité, parviennent à sauver de jeunes Juifs. C’est ainsi que Jacques Caen, qui deviendra plus tard professeur d’hématologie, membre de l’Académie de médecine et correspondant de l’Académie des sciences, alors âgé d’une quinzaine d’années, est protégé par l’ancien directeur du collège, rue Hoche. De leur côté, Paul Girard (1904-1985), agent EDF, et son épouse Régine, née Guespin (1903-1985) sauvent Henri et Simon Muflasz, ainsi que Max Perl.

Chinon héberge des casernements et des services administratifs nazis. Au no 66 du quai Jeanne-d’Arc, le commandement militaire allemand a investi les locaux de l’hôtel La Boule d’Or. Dès juin 1940, la rue Voltaire, les terrasses du château et le quartier des Justices sont l’objet de bombardement alliés qui font des dizaines de blessés. Avec le débarquement et l’avancée des Alliés, les bombardements s’intensifient. Les 13 et 15 juin 1944, le faubourg Saint-Jacques est visé et une douzaine de morts sont à déplorer. La gare est mitraillée, les 6 et 7 août, par l’aviation alliée.

Alors que Paris a été libéré le vendredi 25 août 1944, les Américains arrivent deux jours plus tard à Port-Boulet, Chouzé-sur-Loire. Les nazis installés dans la Kommandantur de Chinon s’enfuient. Le 28, les troupes allemandes reçoivent l’ordre de quitter la ville, mais, le 29 août, des militaires reviennent pour dynamiter deux arches du pont de pierre, ainsi que le pont du chemin de fer.

Le 30 août, Chinon et ses habitants retrouvent la liberté, l’envahisseur étant « parti sans avoir été chassé ». La commune a perdu 67 de ses citoyens (dont 22 civils) pendant le conflit.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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