Ville d’Alger (Algérie).

Alger (en arabe : الجزائر العاصمة, Al-Jazāʾir El ʿĀṣima, en berbère : ⵍⴷⵣⴰⵢⵔ ⵜⴰⵎⴰⵏⴰⵖⵜ, Ldzayer tamanaɣt ou Lezzayer tamanaɣt), surnommée El Bahdja (« la joyeuse »), El Mahrussa (« la bien-gardée ») ou El Beida (« la blanche »), est la capitale de l’Algérie et en est la ville la plus peuplée.

Située au bord de la mer Méditerranée, la ville d’Alger est en fait constituée de plusieurs communes de la wilaya d’Alger dont elle donne son nom en tant que chef-lieu mais n’a ni personnalité juridique, ni structure d’administration en propre. L’unité urbaine d’Alger comptait  2 481 788 habitants selon l’Office national des statistiques algérien d’après le dernier recensement de 2008. Avec 4,4 millions d’habitants selon le ministère des Affaires étrangères français, tandis que l’agglomération en comptait environ 6 727 806 habitants en 2010 suivant le classement des 100 plus grandes villes du monde par World Gazetteer et 7 796 923 habitants en 2020 selon Population Data, Alger est la première agglomération du Maghreb et du littoral méditerranéen. C’est aussi la 3ème plus grande agglomération francophone.

Fondée au ive siècle av. J.-C., comme comptoir phénicien en pays berbère, sous le nom d’Ikosim, elle est occupée par les Romains, les Vandales, les Byzantins et les Arabes puis au début du Moyen Âge par la tribu berbère des Beni-Mezghana. C’est le souverain berbère de la dynastie ziride Bologhine ibn Ziri, au milieu du xe siècle qui fondera l’Alger actuelle, sous son nom El-Djazaïr ou Lezzayer, employé encore de nos jours pour la désigner en arabe et en berbère. Elle ne prend son rôle de capitale de l’Algérie qu’à partir de la période de la régence d’Alger en 1515. Elle est alors une des cités les plus importantes de la mer Méditerranée entre le XVIe siècle et le début du XIXe siècle, pratiquant le corso, et à laquelle les puissances maritimes versent un impôt pour le passage de leur flotte. Son rôle de capitale du pays sera confirmé lors de la colonisation française où elle devient le siège du gouverneur général de l’Algérie. Alger fut la capitale de la France libre de 1942 à 1944. Depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962, devenue capitale de l’État algérien, elle abrite le siège des institutions politiques du pays en plus de tenir un rôle de premier plan économiquement.


La seule trace de présence humaine, pour le Paléolithique inférieur, se  résume en un seul biface qui fut découvert au voisinage de Mahelma et attribué à un Acheuléen moyen sinon plus vraisemblablement supérieur. Les deux plus importants gisements découverts dans le Sahel d’Alger remontent pour l’un au Paléolithique moyen. Il s’agit de celui découvert lors de la construction, en 1961, de la cité Malki (ex-Allobroges), à Ben Aknoun, et l’autre, celui de la grotte du Grand Rocher, à Aïn Benian, qui remonte au Néolithique. D’autres gisements ont livré des restes attribués à l’Ibéromaurusien remontent au Néolithique et Néolithique pauvre. Vers 1840, Adrien Berbrugger avait découvert l’une des nécropoles  mégalithiques les plus importantes du littoral algérien : les dolmens de Beni Messous. La nécropole s’étendait sur les deux rives de l’Oued Beni Messous, celui de Beni Messous (rive droite) et celui d’Aïn Kalaa (rive gauche). Le Sahel d’Alger offre un panel des différentes cultures préhistoriques du Maghreb à l’exception de la hache à talon, de l’âge du bronze, découverte à Saint-Eugène (Bologhine) et qui représente un cas unique au Maghreb.

Une localité appelée à l’origine par les Puniques Ikosim (nom signifiant « l’île aux mouettes » d’après Victor Bérard ou « l’île aux épines » ou « aux hiboux » d’après Joseph Cantineau et Louis Leschi), lorsqu’elle acquit le statut de comptoir phénicien d’importance, la fondation d’Ikosim est antérieure au ive siècle av. J.-C. Des débris de vases campiniens datant du IIIe siècle av. J.-C. y furent découverts dans un puits de vingt mètres de profondeur en 1940.

Déjà au début du Ier millénaire av. J.-C., Ikosim était un important comptoir phénicien. En -202, la ville passa sous influence romaine à la suite de l’alliance scellée entre Massinissa et Scipion l’Africain contre Carthage. Le nom d’Ikosim prend sa forme romanisée, Icosium, sous Juba Ier et Ptolémée.

Les tribus berbères Maghraouas étaient très nombreuses dans les environs d’Icosium et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Ptolémée de Maurétanie fit transférer une partie des Maghraoua vers le Chlef et il combat les résistants berbères soulevés par Tacfarinas, dans cette même période. Après Tibère, Vespasien envoya une colonie à Icosium pour arrêter les révoltes.

Après la révolte de Tacfarinas, Firmus (général maure berbère) détruisit Icosium en mettant le feu avec l’aide de toutes les tribus berbères maures (non romanisés) qui vivaient dans les montagnes des environs  au IVe siècle.

C’est vers le Ve siècle que le christianisme s’introduisit à Icosium. En 429, la ville passa sous domination vandale, lors de leur conquête de l’Afrique du Nord. En 442, un traité entre Romains et Vandales permit aux Romains de récupérer Icosium et ce durant les cent ans de présence vandale en Algérie.

Après 533, la ville, à peine contrôlée par les Byzantins, fut attaquée par des tribus berbères.

En 710, la conquête musulmane introduisit l’islam en Afrique du Nord. Le territoire d’Alger appartenait aux Maghraouas, une tribu berbère zénète. Ziri ibn Menad, vassal des Fatimides, vainquit les Berbères zénètes kharidjites. Après la mort d’Abu Yazid en 947, Ziri ibn Menad s’empara de la région du centre et fonda Achir comme capitale des Zirides. D’après Ibn Khaldoun, la région d’Alger fut occupée par les Sanhadjas avec la dynastie des Zirides. Le fils de Ziri ibn Menad avec l’autorisation de son père,  Bologhine ibn Ziri, fonda trois villes dont Beni Mezghenna (Alger), Médéa et Miliana après avoir chassé les Zénètes.

Bologhine ibn Ziri reconstruisit Icosium au milieu du Xe siècle en fortifiant et agrandissant le site occupé par les Beni Mezghenna et la baptisa « Djezaïr Beni Mezghenna », en 960. Il fonde donc ce qui est aujourd’hui le cœur historique d’Alger, la Casbah d’Alger, comme débouché maritime pour la ville d’Achir. Cette dernière jeune capitale prospère, a besoin d’un port de mer rapproché.

La guerre continua entre les Zénètes et les Sanhadjas. Ziri ibn Menad fut tué en 971 dans une bataille contre les Maghraouas, sa tête fut rapportée à Cordoue par les Maghraoua afin d’obtenir de l’aide pour affronter l’armée des Zirides, vassal des Fatimides. Les Zénètes vengèrent ainsi la mort d’Abu Yazid64. C’est ainsi que Moez, calife fatimide, désigna Bologhine ibn Ziri comme calife du Maghreb. Ce dernier continua le combat contre les Zénètes. Ces derniers demandèrent alors l’aide des Omeyyades de Cordoue pour reprendre leur territoire et leurs villes y compris Alger. Bologhine ibn Ziri s’empare de presque tout le Maghreb en suivant les directives de Moez.

Bologhine possédait toutes les villes du Maghreb, il avait pour ordre de tuer tous les Zénètes, de ramasser l’impôt des Berbères sous l’emprise de l’épée. Ceci provoqua une marche de contestation de la part des autres tribus. Les Kutama devinrent jaloux des Zirides et la guerre éclata entre les deux tribus ; Mila et Sétif furent rasées par les Zirides. Les Omeyyades acceptèrent enfin d’aider les Zénètes à reconquérir leurs territoires, en particulier des Maghraoua. Bologhine ibn Ziri rebroussa chemin en voyant toute l’armée des Zénètes venue d’Andalousie par voie maritime qui s’installa à Ceuta. En 983, Bologhine ibn Ziri mourut. S’ensuivit une longue période de défaite pour les Zirides. Les Maghraouas regagnèrent leurs territoires et leur souveraineté dans le Maghreb central et dans l’Ouest grâce à Ziri Ibn Attia issue des Maghraouas. Toutes les villes du Centre jusqu’à Tanger redevinrent des villes Zénètes, y compris Alger.

Les Fatimides voulaient prendre l’Al-Andalus, mais ils décidèrent d’abandonner ce projet pour garder l’Égypte et les autres provinces. Les Zirides restèrent souverains dans leurs territoires à l’est de l’Algérie ainsi que les Hammadides (tribu des Sanhadja). Les Almoravides prirent Alger en 1082 grâce à Youssef Ibn Tachfin. Ce dernier défit tous les Zénètes. La première grande mosquée du rite malikite Djamaâ el Kebir ou la Grande Mosquée (de 1097) y fut construite par Youssef Ibn Tachfin. Les Almoravides n’ont jamais fait la guerre contre les Zirides, les deux tribus sont des Sanhadjas. En 1151, Abd al-Mumin (Almohades), un Berbère zénète, reprit Alger ainsi que tout le Maghreb et l’Andalousie aux Almoravides. Par la suite, Alger fut rattachée aux capitales des dynasties Zianides, ainsi que Hafsides et Mérinides pour des courtes périodes. Longtemps la ville fut dépendante de Tlemcen sous les dynasties Ifrenides, Maghraouides, Almoravides, Almohades et Zianides.

Alger était alors un port peuplé d’environ 20 000 habitants, dont la population s’était fortement accrue avec l’arrivée des Juifs et des Maures expulsés d’Andalousie après la chute de Grenade. Elle devint une « petite république municipale ».

En 1510, les Espagnols soumirent Alger et bâtirent une forteresse sur un îlot de la baie, le Peñon d’Alger, destinée à défendre et surveiller la ville. À la mort du roi Ferdinand le Catholique en 1516, les habitants se révoltèrent et imposèrent à l’émir Salim at-Toumi, de faire appel au corsaire  turc Barberousse. Ce dernier devint maître de la ville après avoir assassiné Salim at-Toumi qui avait intrigué avec les Espagnols et sa tribu des Tha’alibi pour se débarrasser des corsaires, mais les Espagnols conservèrent la forteresse du Peñon. En 1516 et 1518, Alger fut attaquée par des expéditions espagnoles commandées respectivement par Diego de Vera et Hugo de Moncada, qui échouèrent toutes deux.

Par la suite, Khayr ad-Din Barberousse fut évincé d’Alger par le chef kabyle Sidi Ahmed ou el Kadhi, mais s’y rétablit à la fin des années 1520 avec le soutien du gouvernement ottoman et réussit cette fois à prendre et à détruire la forteresse du Peñon ; il fit construire la jetée Kheir-Eddine,  reliant les îlots à la terre ferme et constituant ainsi le premier abri du port d’Alger. Cette date marque le début de la régence d’Alger, qui fit d’Alger la capitale d’un État vassal de l’Empire ottoman, quoiqu’assez indépendant de facto.

En même temps, une double extrapolation se produisit. La ville, El Djazaïr en arabe, donne son nom au pays entier (en arabe, « Alger » et « Algérie » s’écrivent de la même façon : El Djazaïr) tandis que la citadelle perchée en haut de la ville ancienne, la casbah, donne son nom à la ville. De nos jours encore, « casbah » désigne la ville précoloniale, désormais classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Après la bataille de Tunis en 1535 et dans le but de sécuriser ses positions méditerranéennes, Charles Quint décida en 1541, de s’emparer d’Alger qui était devenue une véritable base « corsaire » (au sens du corso  méditerranéen) sous la houlette des frères Arudj puis Khayr ad-Din Barberousse.

En octobre 1541, l’empereur réunit une flotte de guerre. Alger était alors sous l’autorité de Hassan Agha. Hassan Agha renforça les fortifications et les arsenaux de la ville. Lors du siège de la ville, un orage violent éclata. La tempête continua toute la soirée et même la nuit entière. Au petit matin, la pluie ne cessant de tomber, elle rendit inutilisable la poudre pour les canons et les arquebuses. Les troupes impériales furent alors décimées par les  troupes d’Hassan Agha et les irréguliers venus des campagnes  environnantes. L’armée impériale battit ensuite en retraite vers le cap Matifou.

La retraite fut désastreuse pour les forces impériales car la route était coupée par une crue de l’Oued El-Harrach tandis que les troupes algéroises et irrégulières les harcelaient, leur occasionnant de grandes pertes. Les survivants arrivèrent à Tamentfoust, puis les troupes de Charles Quint se réfugièrent à Béjaïa, alors toujours aux mains des Espagnols. Après cette débâcle, la ville devint la plus puissante des villes neuves de la Méditerranée. La régence d’Alger, solidement établie, dura trois siècles, jusqu’en 1830.

Sous la régence turque, la ville était administrée par un fonctionnaire : le Cheikh-el-Bled. Celui-ci avait entre autres attributions : celle de lever une contribution hebdomadaire sur les boutiques et sur les corps de métiers ; de fournir par voie de réquisition, les mulets et les chevaux de transport nécessaires aux troupes turques envoyées au dehors ; et de défrayer, pendant leur séjour à Alger, les envoyés de l’intérieur. Sa résidence était située dans l’actuelle « rue de la Lyre inférieure », sa villa à Birkhadem (« Djenan Cheikh-el-Bled »).

Au début du XVIIIe siècle, Laugier de Tassy décrivait la population d’Alger en ces termes « On ne voit presque dans la ville que les Maures, qui ont été chassés d’Espagne . Au début du XIXe siècle, on comptait à Alger une centaine d’écoles primaires et quatre collèges supérieurs (pour moins de 20 000 habitants), à savoir celui de la Grande Mosquée, celui de la  Quashashiyya, celui des Andalous et celui de Shaykh al-bilâd.

À la veille de la conquête française, Alger était une ville très cosmopolite, la société se composait de Turcs, de Maures mêlés de Berbères et d’Arabes avec un fort apport andalou, de Kouloughlis, de Kabyles, de noirs affranchis, d’esclaves, de Juifs et de Beranis qui se composaient de minorités régionales : les Biskris, les Laghouatis et les Mozabites. Alger connaissait notamment plusieurs langues et dialectes : l’osmanli parlé par les Turcs, un arabe citadin parlé par les Maures, un hébreu arabisé parlé par les Juifs et les dialectes berbères parlés par chaque communauté berbère.

La ville fut plusieurs fois bombardée sous la Régence. La marine royale française, sous le commandement de Abraham Duquesne, à la suite de la déclaration de guerre à la France du Dey d’Alger, bombarde Alger en 1682 puis plusieurs autres fois durant ce conflit. En 1815, la Seconde Guerre barbaresque s’achève par la défaite du dey Omar Agha, Américains et Algériens signent alors dans la baie d’Alger un accord permettant la libre circulation des navires américains en Méditerranée. Puis l’année suivante, en 1816, la ville est bombardée lors d’une expédition punitive par une flotte anglo-hollandaise menée par Edward Pellew et le dey doit à nouveau négocier.

En 1830, après 3 ans d’un blocus qui commence le 16 juin 1827, le roi Charles X prétexta de l’aggravation d’un contentieux commercial entre la France et la régence d’Alger pour envoyer un corps expéditionnaire commandé par le général de Bourmont, ministre de la guerre, afin que celui-ci prît possession de la ville qui tomba le 5 juillet 1830, trois semaines après avoir débarqué à Sidi-Ferruch situé à 30 km à l’ouest. Les troupes du général de Bourmont s’emparent du trésor d’Alger qui s’élève, selon Pierre Péan, à 500 millions de francs de l’époque (soit 4 milliards d’euros) dont une bonne partie est détournée. Présenté comme simple raid militaire punitif à l’origine, l’occupation française se prolongea pendant plus de 130 ans, et marqua profondément la cité qui comptait à peine 30 000 habitants à cette époque.

La ville, bâtie en amphithéâtre sur un rocher dont l’inclinaison est tournée vers l’est, s’étendait alors, dans la partie comprise entre les actuels rue Benganif, boulevard Hahkad, la casbah (la citadelle) et le port, soit 3 200 mètres de remparts avec cinq portes (Bab El Oued, Bab Azzoun, Bab Dzira, Bab El Bhar et Bab Jedid) qui enfermaient environ 12 200 maisons de grandeurs diverses contenant toutes une cour d’une plus ou moins grande étendue, 103 mosquées, une dizaine de synagogues, 7 grandes casernes de janissaires, 150 fontaines et 60 cafés maures.

Les faubourgs constituaient la campagne avec de belles villas enfouies dans un cadre de verdure et de vastes jardins qui faisaient l’admiration des Européens. La ville haute, le Djebel, constituait la vraie ville avec ses mosquées, ses zaouïas et ses rues étroites.

Au lendemain de la colonisation, la ville fut maintenue comme capitale de la nouvelle colonie d’Algérie, où une commission de gouvernement et un  conseil municipal institués par Bourmont, siégeant en premier lieu à l’hôtel Bacri (aujourd’hui « palais Dar Khedaouedj Amiya »), rue Socgémah, remplacèrent l’administration turque. Cette assemblée composée de sept Maures et de deux Israélites, était présidée par un Maure marié à une Française, Ahmed Bouderbah qui, avant 1830, avait vécu en qualité de commerçant à Marseille. C’est lui qui, avec Hamdan Khodja, négocia la reddition de la ville auprès du Dey Hussein. M. Brugière, sous-intendant militaire, agissant en tant que « commissaire du Roi près de la municipalité » le seconda dans sa tâche.

La colonisation française commença par le refoulement des indigènes, qui furent chassés de tout le Sahel algérois, puis évolua vers leur cantonnement qui les obligea pour vivre à vendre leur travail au colon voisin.

Puis dès 1848, Alger devint le siège de la préfecture du département du même nom, permettant ainsi un développement rapide, grâce à l’arrivée d’émigrants européens au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, principalement d’origine française ou méditerranéenne (Espagnols et Italiens), tandis que la population locale se concentre plutôt dans une casbah en voie de taudification (?).

Afin d’investir la ville, deux ressources s’offrent aux colons : soit celle d’occuper les habitations mauresques, en s’adaptant à leur architecture ; soit celle d’en démolir quelques-unes pour construire des voies carrossables et des places pouvant servir aux rassemblements de troupes et aux marchés.

La topographie de la ville, accidentée dans sa partie ouest, n’offrant qu’une zone basse légèrement plane dans sa partie est, et étant située en bordure de mer pouvait, grâce au voisinage du port, avoir un plus grand intérêt  économique. Ainsi, c’est dans cette dernière zone qu’il y eut le plus de transformations.

On commença par quelques démolitions entre Bab-Azoun et la Marine, ainsi que dans la rue des Souks pour permettre aux chariots de circuler librement. On continua le tracé des rues « Bab-Azoun », « Bab El Oued » et « de la Marine » qui avaient été auparavant simplement élargies. Pour les deux premières, on construisit des rues à arcades et on fit adopter  l’établissement de galeries, de façon à lutter contre les rayons du soleil. Aussi l’ouverture de deux autres rues fut décidée : celles « de Chartres » et « des Consuls », afin d’établir une communication entre les portes Nord et Sud, au cas où les rues Bab-Azoun et Bab El Oued auraient été rendues inutilisables.

À partir de 1840, la ville sortant des limites des fortifications ottomanes et des logiques de défense, le Génie élabora en 1841 un projet d’ensemble de fortifications modernes. L’architecte Pierre Auguste Guiauchain rédigea en 1845 un schéma général de voirie et d’alignements concernant les terrains à édifier à l’intérieur de la nouvelle enceinte. Il installa les nouveaux  bâtiments publics : hôtel de ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de justice, hôtel des postes et du trésor, etc. dans les meilleurs emplacements dominant la mer et projeta une série de percées transversales destinées à faciliter la liaison entre les nouveaux quartiers du Nord et du Sud de la ville.

Ce plan qui sera publié en 1848 par Delaroche, esquisse les rampes et les escaliers destinés à relier les quais à la ville, quelque 15 mètres plus haut, de même que les liaisons avec la « place du Gouvernement » au sud.

Par étapes cette idée aboutira, en 1860, au projet de Chassériau, architecte de la ville, qui dessina l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville. Il prit le nom de boulevard de  l’Impératrice en honneur d’Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III, qui l’inaugura en 1865 (avant son achèvement) et accueillit, au fil du temps, d’importants édifices publics : la Préfecture, le palais des Assemblées, le Casino, l’hôtel de ville, le grand lycée d’Alger (futur lycée Bugeaud), etc.

Les Français s’installaient principalement dans les faubourgs, dans des maisons qui se trouvaient le long des remparts, comme le quartier populaire de Bab El Oued au nord, tandis que l’on poursuivait également l’européanisation de la ville musulmane ; aménager les constructions mauresques semblait être le meilleur programme d’utilisation de la cité. Ainsi, dès 1839, la partie basse de la ville commença à disparaître,  démolitions et expropriations contribuèrent à donner un aspect nouveau à ce quartier. L’immigration d’Européens était importante. Tous les nouveaux venus commençaient d’abord par occuper les maisons mauresques qui sont transformées pour répondre à des exigences nouvelles. Celles-ci devenaient bientôt des bâtisses insalubres et mal aérées. Au cours de son voyage, Napoléon III fit une enquête personnelle qui eut pour résultat d’arrêter les démolitions de la vieille ville. Le rapport dit que la haute ville devait rester telle quelle. On commença à s’apercevoir qu’il était difficile de greffer une ville européenne sur une ville musulmane. Le temps seul se chargea alors de modifier l’aspect de la cité.

Ainsi, les quartiers d’Alger ressemblèrent peu à peu à des quartiers parisiens, dignes des travaux haussmanniens, avec les lieux nécessaires à la vie publique (jardins, églises, mairies, écoles). Les anciennes somptueuses villas ottomanes réquisitionnées, furent utilisées comme maisons secondaires par les grandes familles françaises.

La colonisation fit d’Alger une ville à majorité européenne, ceci bien que la population musulmane indigène commençât à s’accroître de façon exponentielle à partir de la Première Guerre mondiale, du fait tant de l’accroissement naturel que de l’exode rural.

En 1871, la ville se proclame Commune d’Alger, avant celle de Paris.

À partir de 1903, l’administration française se soucia du respect de la culture indigène, c’est ainsi que le style néo-mauresque est né (exemple : la Grande Poste d’Alger). L’embellissement de la ville s’accentua pendant les années 1930 (centenaire de la conquête de l’Algérie). C’était un moyen pour justifier la colonisation et de montrer sa réussite. Pour cela, on construisit des musées (musée des beaux-arts d’Alger), des jardins (jardin d’Essai), des lieux artistiques (villa Abd-el-Tif, avec ses artistes pensionnaires du concours).

Les transports modernes furent également installés. Ainsi, en 1892 le chemin de fer fit son apparition par la fondation de la Compagnie des Chemins de fer sur routes d’Algérie (CFRA), dont une partie du réseau est centré sur Alger. Il se composait d’une ligne côtière traversant la ville par les boulevards le long du port. La même année, la Société des tramways algériens (TA) fut créée afin de constituer un réseau purement urbain dans Alger. Une longue ligne fut construite, parallèle à celle des CFRA, mais à l’intérieur de la ville. En complément de la ligne de tramways des TA, une nouvelle ligne de trolleybus fut mise en service.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique du Nord française, dont Alger, resta sous les ordres de la métropole, donc à compter de juin 1940 du gouvernement de Vichy. Le 8 novembre 1942 seulement, Alger vit débarquer les forces alliées, dans le cadre de l’opération Torch. À Alger, le succès du débarquement est lié à une opération de résistance de grande ampleur. Quatre cents combattants, dont de nombreux membres de la communauté juive d’Alger, occupèrent les principaux points stratégiques de la ville la nuit précédant le débarquement, emmenés par Henri d’Astier de La Vigerie et José Aboulker. Ce putsch permit d’éviter toute résistance du 19e corps d’armée vichyste, stationné dans la ville sous le commandement du général Juin.

Alger devint le siège du commandement allié, chargé de libérer la Tunisie de la tutelle de l’Axe et de préparer le débarquement en Italie sous la direction du général Eisenhower, futur président des États-Unis.

Elle devint surtout la capitale provisoire de la France, lorsque, après un maintien provisoire du régime de Vichy sous l’amiral Darlan et le général Giraud (voir Situation politique en Afrique libérée (1942-1943)), elle accueillit le général De Gaulle qui le 3 juin 1943 y forma, avec Giraud, le Comité français de libération nationale (CFLN), puis convoqua une Assemblée consultative provisoire. Le 3 juin 1944, le CFLN devint le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), qui siégea à Alger jusqu’après la libération de Paris.

La ville d’Alger fut décorée, le 29 mai 1949, de la croix de guerre 1939-194580 avec palme de bronze.

Alger se constitua en Zone autonome d’Alger, fin de l’année 1956 sous le commandement de Ramdane Abane et ensuite de Yacef Saâdi en 1957, joua aussi un rôle décisif durant la guerre d’Algérie (1954-1962), notamment pendant la bataille d’Alger, durant laquelle la 10e division parachutiste de l’armée française, à partir du 7 janvier 1957, mena la chasse aux  indépendantistes algériens, sur ordre du garde des Sceaux François Mitterrand, qui lui donne tout pouvoir pour « éliminer les insurgés ». La ville comptait alors 884 000 habitants. Un an plus tard, les manifestations du 13 mai lors de la crise de mai 1958 y consacrèrent la chute de la Quatrième République en France, ainsi que le retour du général De Gaulle aux affaires.

Alger reste marquée par cet épisode caractérisé par une lutte sans quartier entre les indépendantistes et l’Armée française menant des opérations de police et pratiquant la torture. Des opposants à l’ordre colonial, comme le jeune professeur de mathématiques Maurice Audin ou le leader nationaliste Larbi Ben M’hidi sont maintenant honorés depuis par la municipalité : des artères principales de la ville portent désormais leurs noms. La bataille d’Alger, remportée par le général Massu, reste cependant une réussite mitigée car si sur le plan militaire, en quelques mois, les principaux dirigeants du FLN sont arrêtés, l’action de ces derniers ainsi que les aspirations du peuple algérien apparaissent sous un jour nouveau aux yeux de l’opinion internationale. Le 11 décembre 1960, des cortèges formés d’habitants des bidonvilles envahissent les rues des quartiers européens afin de réclamer la fin de la guerre. Charles de Gaulle autorise l’armée à ouvrir le feu sur les manifestants, tuant au moins 260 personnes.

Les Algériens célébrèrent dans une grande liesse populaire l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962. Le 19 juin 1965, à minuit, les chars de l’armée prirent position autour de la capitale, le président Ben Bella fut renversé. Accueillant la plupart des révolutionnaires du monde entier et autres figures du tiers monde, ce qui fit dire au chef indépendantiste de Guinée-Bissau Amilcar Cabral : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque et les révolutionnaires à Alger ». Alger devient une capitale du tiers monde ainsi qu’une ville phare du Mouvement des non-alignés pendant la guerre froide. Elle accueille le Festival panafricain en 1969.

En octobre 1988, soit un an avant la chute du mur de Berlin, Alger fut le théâtre de manifestations réclamant la fin du système de parti unique, une véritable démocratie baptisées «le Printemps d’Alger». Elles furent  réprimées par les autorités (plus de 300 morts), mais constituèrent un tournant dans l’histoire politique de l’Algérie moderne. En 1989, une nouvelle constitution fut adoptée qui mit fin au règne du parti unique et permit la création de plus de cinquante partis politiques, ainsi qu’officiellement une libération totale de la presse écrite.

La ville devint alors jusqu’en 1992 le théâtre de nombreuses manifestations politiques de toutes tendances. En 1991, une formation politique dominée par des conservateurs religieux, le FIS, engagea un bras de fer politique avec les autorités qui se solda par des élections législatives qu’elle était en passe de remporter en 1992. Le taux de participation fut de 61,01 %. Le FIS rafla 16 sièges dès le premier tour et se plaça en ballotage favorable dans les six circonscriptions restantes. L’annulation du scrutin par les autorités marqua le début d’une période de violences.

De nos jours, Alger veut redevenir une grande capitale africaine et méditerranéenne, elle entreprend une ouverture vers le monde en organisant de nombreuses manifestations et colloques internationaux.

Alger attire ainsi depuis quelques années de grandes multinationales telles que la Société générale ou Siemens. De nombreux grands projets de réalisation d’infrastructures tels que le métro, le tramway ainsi que divers projets de restructuration urbaine, de création de nouveaux centres urbains satellites, peinent à voir le jour, quoiqu’ils auraient dû être achevés il y a plus de 15 ans : Alger est en pleine expansion urbaine, motivée par un besoin d’affirmation au niveau régional dans sa lutte pour concurrencer les autres villes nord-africaines de Tunisie et du Maroc.

Pour l’année 2007, Alger est capitale de la « culture arabe ».

Source : Wikipédia.

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