Ulysses S. Grant, 18ème Président des Etats-Unis.

Ulysses S. Grant, né Hiram Ulysses Grant le 27 avril 1822 à Point Pleasant et mort le 23 juillet 1885 à Wilton, est un homme d’État américain, 18e président des États-Unis. Après une brillante carrière militaire au cours de laquelle il commanda les armées unionistes durant la guerre de Sécession, il fut élu président en 1868. Sa présidence fut marquée par ses tentatives visant à intégrer davantage les anciens États confédérés dans l’Union, à éliminer les vestiges du nationalisme sudiste et à protéger les droits des Afro-Américains. La fin de son mandat fut néanmoins ternie par les dissensions du Parti républicain, la panique bancaire de 1873 et la  corruption de son administration.

Né dans l’Ohio, Grant s’orienta rapidement vers une carrière militaire et il fut diplômé de l’académie militaire de West Point en 1843. Il participa à la guerre américano-mexicaine de 1846-1848 et au début de la guerre de Sécession en 1861, il rejoignit l’armée de l’Union. L’année suivante, il fut promu major-général et son commandement victorieux à la bataille de Shiloh lui valut une réputation de commandant agressif. En juillet 1863, il s’empara de Vicksburg et le contrôle unioniste du Mississippi coupa la Confédération en deux. Après la bataille de Chattanooga en novembre 1863, le président Abraham Lincoln le promut lieutenant-général avec autorité sur toutes les armées de l’Union. En 1864, il coordonna une série de sanglantes batailles (Overland Campaign) qui permirent d’isoler le général sudiste Robert E. Lee à Petersburg. Après la prise de la capitale confédérée de Richmond, la Confédération s’effondra et Lee se rendit à Appomattox en avril 1865.

Auréolé de sa stature de héros de guerre, Grant fut facilement choisi par la convention républicaine pour briguer la présidence et il remporta aisément l’élection. Durant cette période appelée la « Reconstruction », il s’efforça d’apaiser les tensions provoquées par la guerre de Sécession. Il encouragea l’adoption du 15e amendement de la Constitution garantissant les droits civiques des Afro-Américains et fit appliquer fermement ses dispositions dans le Sud, notamment en faisant appel à l’armée.

Les démocrates reprirent néanmoins le contrôle des législatures sudistes dans les années 1870 et les Afro-Américains furent écartés du jeu politique pendant près d’un siècle. En politique étrangère, le secrétaire d’État Hamilton Fish régla la question des réclamations de l’Alabama avec le Royaume-Uni et évita que l’affaire Virginius ne dégénère avec l’Espagne. En 1873, la popularité de Grant s’effondra en même temps que l’économie américaine qui était frappée par la première crise industrielle de son histoire. Ses mesures furent globalement inefficaces et la dépression dura jusqu’au début des années 1880. En plus des difficultés économiques, son second mandat fut marqué par les scandales au sein de son gouvernement et deux membres de son cabinet furent accusés de corruption.

Après avoir quitté ses fonctions, Grant se lança dans un tour du monde de deux ans et tenta sans succès d’obtenir la nomination républicaine pour l’élection présidentielle de 1880. Ses mémoires, rédigées alors qu’il souffrait d’un cancer de la gorge, connurent un large succès critique et populaire et plus d’1,5 million de personnes assistèrent à ses funérailles en 1885. Admiré après sa mort, les évaluations historiques de sa présidence sont néanmoins devenues très défavorables en raison de la corruption de son administration ; son engagement en faveur des droits civiques et son courage dans la lutte contre le Ku Klux Klan sont cependant reconnus.


Après la fin de ses études, Grant fut affecté en septembre 1844 aux Jefferson Barracks près de Saint-Louis dans le Missouri. Il s’agissait du plus grand camp militaire dans l’Ouest et il était commandé par le colonel Stephen W. Kearny. Grant s’entendait bien avec son commandant mais il envisageait toujours de quitter l’armée pour mener une carrière dans l’enseignement16. Il profita de ses permissions pour rendre visite à la famille de son ancien camarade de West Point, Frederick Dent, dans le Missouri et se rapprocha de sa sœur, Julia ; ils se fiancèrent secrètement en 1844.

Les tensions entre les États-Unis et le Mexique concernant le Texas s’accrurent en 1845 et l’unité de Grant fut redéployée en Louisiane au sein de l’armée d’Observation du major-général Zachary Taylor. Lorsque la guerre américano-mexicaine éclata en 1846, l’armée américaine envahit le Mexique. Mécontent de ses responsabilités de quartier-maître, Grant rejoignit le front et participa à la bataille du Resaca de la Palma. En  septembre 1846, il démontra ses talents de cavalier à la bataille de Monterrey en portant une dépêche à travers la ville sous les tirs ennemis. Le président américain James K. Polk, inquiet de la popularité grandissante de Taylor, divisa l’armée et affecta quelques unités dont celles de Grant à une nouvelle armée commandée par le major-général Winfield Scott. Cette armée débarqua à Veracruz au printemps 1847 et avança vers la capitale Mexico. À Chapultepec, Grant déploya un obusier dans le clocher d’une église pour bombarder les troupes mexicaines. L’armée américaine entra dans Mexico quelques jours plus tard en septembre 1847 et les Mexicains demandèrent une trêve peu après.

Dans ses mémoires, Grant écrivit qu’il apprit beaucoup du commandement en observant ses supérieurs et s’identifia rétrospectivement au style de Taylor. À l’époque, il considérait néanmoins que la guerre avait été injuste et estimait que les gains territoriaux américains étaient destinés à étendre l’esclavage vers l’ouest ; en 1883, il écrivit : « J’étais farouchement opposé au projet et, jusqu’à ce jour, je considère la guerre comme l’une des plus injustes jamais menées par une nation puissante contre une faible ». Il estima également que la guerre de Sécession fut la punition de l’agression américaine du Mexique.

Le 22 août 1848, Grant et Julia se marièrent après quatre ans de fiançailles. Ils eurent quatre enfants : Frederick (1850-1912), Ulysses Jr. (« Buck ») (1852-1929), Ellen (« Nellie ») (1855-1922) et Jesse (1858-1934). Grant fut affecté à diverses unités dans les six années qui suivirent. Ses premières affectations après la guerre furent à Détroit dans le Michigan et à Sackets Harbor dans l’État de New York, une assignation qui plut particulièrement au couple. Au printemps 1852, il se rendit à Washington, pour demander sans succès au Congrès d’annuler un décret exigeant, qu’en tant que quartier-maître, il rembourse 1 000 dollars (environ 30 700 $ de 2012) d’équipements perdus pour lesquelles il ne portait aucune responsabilité personnelle. Il fut envoyé en 1852 à Fort Vancouver dans le territoire de l’Oregon à l’apogée de la ruée vers l’or en Californie. Julia ne pouvait pas l’accompagner car elle était enceinte de huit mois avec leur second enfant. Le trajet maritime jusqu’en Californie fut compliqué par les difficultés logistiques et une épidémie de choléra lors de la traversée terrestre de l’isthme de Panama. Grant mit en application ses talents organisationnels pour créer des dispensaires improvisés.

Pour compléter sa solde militaire, insuffisante pour soutenir sa famille, Grant se lança sans succès dans plusieurs activités commerciales et fut à une occasion escroqué par un partenaire. L’échec de ces entreprises confirma l’opinion de Jesse Grant selon laquelle son fils n’avait pas d’avenir dans ce secteur d’activité et cela détériora les relations entre les deux hommes. Grant devint de plus en plus déprimé par les ennuis financier et la séparation d’avec sa famille, et il commença à circuler qu’il s’était mis à boire avec excès.

À l’été 1853, Grant fut promu capitaine, l’un des cinquante en service actif, et fut assigné au commandement de la compagnie F du 4e régiment d’infanterie à Fort Humboldt près d’Eureka sur la côte californienne. Le commandant du fort, le lieutenant-colonel breveté Robert C. Buchanan, un strict adepte de la discipline, fut informé que Grant se soûlait à la table des officiers en dehors du service ; pour éviter un procès en cour martiale, il lui proposa de quitter l’armée. Grant accepta et il démissionna le 31 juillet 1854. Le département de la Guerre indiqua sur ses documents que « rien ne nuit à son honorable nom ». Les rumeurs continuèrent néanmoins à circuler sur son intempérance. Selon son biographe William S. McFeely, les historiens s’accordent sur le fait que son alcoolisme était à l’époque une réalité même s’il n’y avait aucun témoignage oculaire. Des années plus tard, Grant écrivit que « le vice de l’intempérance n’a pas joué qu’un petit rôle dans [sa] décision de démissionner ». Son père, qui continuait de croire en sa carrière militaire, essaya sans succès de convaincre le secrétaire à la Guerre, Jefferson Davis, d’annuler sa démission.

À 32 ans et sans vocation dans le civil, Grant connut plusieurs années financièrement difficiles. Son père lui offrit un poste à Galena dans l’Illinois dans une des succursales de son entreprise de tannerie à condition que Julia et ses enfants restent avec ses parents dans le Missouri ou dans la famille Grant dans le Kentucky. Le couple s’opposa à toute séparation et refusa la proposition. En 1854, Grant s’installa en tant qu’agriculteur sur la propriété de son beau-frère près de Saint-Louis en utilisant les esclaves du père de Julia mais l’exploitation périclita rapidement. Deux années plus tard, Grant et sa famille s’installèrent sur la ferme de son beau-père et il construisit une cabane en rondins rustique surnommée Hardscrabble (« Misérable ») que Julia détesta. Durant cette période, il acheta au père de son épouse un esclave, William Jones, âgé de 35 ans. N’ayant toujours pas rencontré le succès en agriculture, le couple quitta la ferme après la naissance de son quatrième et dernier enfant en 1858 ; Grant affranchit son esclave en 1859 au lieu de le revendre à une époque où il aurait pu en tirer un bon prix alors qu’il avait désespérément besoin d’argent. L’année suivante, la famille acheta une petite maison à Saint-Louis et Grant travailla sans grand succès en tant que collecteur des impôts avec un cousin de Julia. En 1860, Jesse lui offrit à nouveau un poste dans sa succursale de Galena mais sans conditions et il accepta. Le magasin appelé « Grant & Perkins » vendait des harnais, des selles et d’autres produits en cuir fabriqués avec des peaux achetées localement.

Grant ne s’était jamais vraiment intéressé à la politique avant la guerre de Sécession42. Son père était un whig abolitionniste tandis que son beau-père était un membre influent du parti démocrate dans le Missouri. En 1856, il vota pour le candidat démocrate James Buchanan plus par opposition au candidat républicain, John C. Frémont, que par véritable enthousiasme42. À l’élection suivante, il préféra le candidat démocrate Stephen A. Douglas au républicain Abraham Lincoln et ce dernier au candidat démocrate dans le Sud, John C. Breckinridge. Durant la guerre, il se rapprocha des républicains radicaux et épousa complètement leur gestion agressive du conflit et leur volonté de mettre un terme à l’esclavage.

La guerre de Sécession éclata le 12 avril 1861 avec l’attaque confédérée de Fort Sumter à Charleston en Caroline du Sud. Deux jours plus tard, Lincoln ordonna le recrutement de 75 000 volontaires. Étant le seul militaire professionnel de la région, Grant fut sollicité pour présider un rassemblement à cet effet à Galena. Il participa au recrutement d’une compagnie de volontaires et l’accompagna à la capitale Springfield. Le gouverneur de l’Illinois Richard Yates, Sr. lui offrit un poste de recruteur qu’il accepta même s’il aurait préféré une fonction de commandement. Il contacta sans succès plusieurs officiers en ce sens dont le major-général George B. McClellan. Dans le même temps, Grant continua à servir dans les camps d’entraînement et fit une forte impression sur les recrues. Avec le soutien du représentant Elihu B. Washburne de l’Illinois, il fut promu colonel par le gouverneur Yates le 14 juin 1861 et affecté au 21e régiment d’infanterie volontaire de l’Illinois. Transféré dans le Nord du Missouri, Grant fut nommé brigadier-général par Lincoln à nouveau avec le soutien de Washburne. À la fin du mois d’août, le major-général John C. Frémont affecta Grant au district de Cairo dans le sud de l’Illinois. Il recouvra son énergie et sa confiance au début du conflit et se rappela par la suite avec une grande satisfaction qu’après le premier rassemblement de recrutement à Galena : « je ne suis plus jamais retourné dans la tannerie… ». Il se montre favorable à une stratégie agressive pour gagner la guerre, consistant à infliger des pertes humaines massives à l’armée sudiste.

Les troupes de Grant furent engagées pour la première fois non loin de Cairo à proximité du confluent stratégique de l’Ohio, de la Cumberland, du Tennessee et du Mississippi. L’armée confédérée du major-général Leonidas Polk était stationnée à Columbus dans le Kentucky et Frémont demanda à Grant de faire des démonstrations de force sans passer à l’offensive. Lorsque Lincoln limogea Frémont après qu’il eut instauré la loi martiale dans le Missouri, Grant attaqua les positions confédérées à Fort Belmont avec 3 114 hommes. Il prit le fort mais en fut par la suite délogé et repoussé à Cairo par les troupes du brigadier-général Gideon Pillow. Bien que ce fût une défaite tactique, cette bataille renforça le moral de Grant et de ses hommes. Il demanda alors au major-général Henry W. Halleck l’autorisation d’attaquer Fort Henry sur la rivière Tennessee ; ce dernier accepta à la condition que l’offensive soit supervisée par l’amiral Andrew Hull Foote. La coopération étroite des forces terrestres et navales permit à Grant de prendre Fort Henry le 6 février 1862 ; cette prise fut d’autant plus facile que le fort était presque submergé par le fleuve en crue, et que ses défenseurs étaient en sous-effectifs. Les troupes nordistes se tournèrent alors vers la fortification voisine de Fort Donelson sur la Cumberland, où la résistance fut plus forte. Les premiers assauts des navires de Foote furent repoussés par les canons du fort où se trouvaient 12 000 défenseurs commandés par Pillow contre 25 000 assaillants menés par Grant. Encerclés, les Sudistes tentèrent de réaliser une sortie et parvinrent à repousser le flanc droit nordiste qui se replia en désordre vers l’est. Grant rassembla ses forces, restaura la situation et contre-attaqua sur le flanc gauche de Pillow qui fut contraint de revenir dans le fort où il céda le commandement au brigadier-général Simon Bolivar Buckner. Ce dernier se rendit le lendemain et les termes de la reddition de Grant furent largement repris au Nord : « Aucune condition autre qu’une capitulation sans condition et immédiate ne saurait être acceptée ». Grant gagna le surnom de Unconditional Surrender (« Reddition sans conditions ») et Abraham  Lincoln le promut major-général.

L’avancée de Grant vers Fort Henry et Fort Donelson était alors l’offensive la plus significative du Nord sur le territoire de la Confédération. Son armée du Tennessee, forte de 48 894 hommes, s’était retranchée sur la rive ouest du Tennessee et avec le brigadier-général William T. Sherman, Grant se préparait à attaquer la place-forte confédérée de Corinth dans le Mississippi. Les Sudistes s’attendaient à cette offensive et frappèrent les premiers en attaquant le camp nordiste lors de la bataille de Shiloh le 6 avril 1862. Plus de 44 000 soldats confédérés menés par les généraux Albert S. Johnston et P. G. T. de Beauregard participèrent à cet assaut, dont l’objectif était d’annihiler les troupes nordistes dans la région. Prises par surprise, les troupes de Grant furent progressivement repoussées vers le fleuve, et si les troupes Confédérés n’avaient pas été trop épuisées pour continuer le combat, celles de Grant auraient sans doute été détruites. Évitant une débandade, Grant et Sherman contre-attaquèrent le lendemain matin avec les unités des major-généraux Don Carlos Buell et Lew Wallace arrivées dans la nuit. Les troupes de Beauregard parvinrent à s’échapper mais l’armée du Tennessee avait été sauvée.

Avec un total de près de 24 000 victimes dont 3 500 morts, cette bataille devint la plus sanglante du conflit, sans qu’aucun camp n’en ait tiré un avantage stratégique. Grant nota par la suite que le carnage de Shiloh lui fit réaliser que la Confédération ne pourrait être vaincue que par la destruction complète de ses armées. Si son commandement durant la bataille fut salué, son manque de préparatifs défensifs fut aussi critiqué et Halleck transféra le commandement de l’armée du Tennessee au brigadier-général George H. Thomas. Grant fut promu à la fonction dénuée de pouvoir de commandant-en-second des armées de l’Ouest. Il envisagea alors à nouveau de quitter l’armée mais en fut dissuadé par Sherman. Dans le même temps, la lente progression de Halleck vers Corinth, de 30 kilomètres en un mois, permit à toute l’armée confédérée de s’échapper. Envoyé par le secrétaire à la Guerre Edwin M. Stanton, Charles A. Dana interrogea Grant et rapporta à Lincoln et à Stanton que ce dernier semblait « garder son sang-froid et être impatient de combattre ». Lincoln replaça alors Grant à la tête de l’armée du Tennessee.

Lincoln était déterminé à prendre le bastion stratégique confédéré de Vicksburg sur le Mississippi et autorisa le major-général John A. McClernand à lever une armée dans l’Illinois. Grant fut très déçu de ne pas recevoir d’ordres pour avancer et encore plus mécontent de ce qui semblait être une tentative pour l’écarter. Selon son biographe William S. McFeely, cette frustration aurait été l’une des causes de son ordre général no 11 du 17 décembre 1862 qui expulsait tous les Juifs des territoires sous son contrôle en raison du marché noir du coton. Lincoln demanda l’annulation de cet ordre, ce que Grant fit 21 jours plus tard en considérant qu’il n’avait fait que suivre les consignes de Washington. Selon un autre biographe, Jean E. Smith, cela fut l’un « des exemples les plus flagrants d’antisémitisme étatique de l’histoire américaine ». Grant estimait que l’or, comme le coton, passait en contrebande à travers le front et que les Juifs pouvaient passer facilement dans les camps adverses. En 1868, il exprima ses regrets pour cet ordre ; en dehors de cet incident, ses opinions envers les Juifs ne sont pas connues.

En décembre 1862, Grant avança vers Vicksburg avec les majors-généraux James B. McPherson et Charles S. Hamilton et en coordination avec une offensive maritime commandée par Sherman. Les généraux sudistes Nathan B. Forrest et Earl Van Dorn retardèrent la progression nordiste en harcelant ses lignes de communication, tandis que l’armée confédérée du lieutenant-général John C. Pemberton repoussa l’attaque de Sherman à la bataille de Chickasaw Bayou.

Pour la seconde tentative de prendre Vicksburg, Grant réalisa sans succès une série de manœuvres le long du fleuve. Finalement en avril 1863, les troupes nordistes progressèrent sur la rive ouest du Mississippi et traversèrent le fleuve avec les navires de David D. Porter. Ce mouvement fut facilité par les actions de diversion qui éloignèrent Pemberton. Après une série de batailles qui permirent la prise d’un nœud ferroviaire près de Jackson, Grant battit Pemberton lors de la bataille de Champion Hill. Deux assauts contre la forteresse de Vicksburg se soldèrent néanmoins par de lourdes pertes, et la bataille se transforma en un siège qui dura sept semaines. Alors que le siège débutait, Grant passa deux jours à boire68. Pemberton se rendit le 4 juillet 1863. Durant cette campagne, Grant se préoccupa des esclaves en fuite ou déplacés par les combats qui étaient menacés par les maraudeurs sudistes ; il les plaça sous la protection du brigadier-général John Eaton, qui les autorisa à travailler dans les plantations confédérées abandonnées pour soutenir l’effort de guerre.

La capture de Vicksburg permit au Nord de prendre le contrôle de l’ensemble du cours du Mississippi et de couper la Confédération en deux. Même si ce succès renforça le moral des troupes nordistes et la position stratégique de l’Union, Grant fut critiqué pour ses décisions et pour sa propension à boire. Lincoln envoya à nouveau Dana pour garder un œil sur cette faiblesse du général ; Dana devint un ami proche de Grant, qui modéra par la suite cette tendance. La rivalité personnelle entre Grant et McClernand continua après Vicksburg, mais cessa lorsque Grant le limogea pour avoir donné un ordre sans son accord.

En octobre 1863, Lincoln plaça Grant à la tête de la nouvelle division militaire du Mississippi, qui lui donnait autorité sur tout le théâtre occidental en dehors de la Louisiane. Après la bataille de Chickamauga en septembre, le général confédéré Braxton Bragg obligea l’armée du Cumberland du major-général William S. Rosecrans à se replier à Chattanooga, un important nœud ferroviaire, où elle fut encerclée ; seule la résistance de George H. Thomas et de son XIVe corps empêchèrent la destruction de l’armée nordiste. Informé de la situation délicate à Chattanooga, Grant remplaça Rosecrans à la tête de l’armée encerclée par Thomas et mena personnellement des reconnaissances dans la zone. Lincoln dépêcha le major-général Joseph Hooker et deux divisions de l’armée du Potomac pour renforcer l’armée du Cumberland, et ces renforts permirent à Grant et au major-général William F. Smith d’ouvrir une ligne de ravitaillement vers la ville encerclée.

Le 23 novembre 1863, Grant rassembla trois armées pour repousser les forces de Bragg à Missionary Ridge et Lookout Mountain. Thomas et l’armée du Cumberland prirent les premières positions confédérées à Missionary Ridge, tandis qu’à Lookout Mountain, Hoorket fit 1 064 prisonniers. Le lendemain, Sherman et quatre divisions de l’armée du Tennessee attaquèrent le flanc droit de Bragg qui fut contraint de dégarnir les défenses de Missionary Ridge. Réalisant cela, Grant ordonna un assaut général sur les positions affaiblies et les troupes du major-général Philip Sheridan et du brigadier-général Thomas John Wood obligèrent les Confédérés à se replier en désordre. Même si l’armée sudiste parvint à s’enfuir, la bataille exposait la Géorgie et le cœur de la Confédération à une invasion nordiste. La gloire de Grant s’accrut et il fut promu lieutenant-général, un grade qui n’avait été auparavant accordé qu’à George Washington et Winfield Scott.

Déçu par l’incapacité du major-général George G. Meade à poursuivre le général confédéré Robert E. Lee après la bataille de Gettysburg en juillet 1863, Lincoln nomma Grant Commanding General of the United States Army avec autorité sur toutes les armées de l’Union en mars 1864. Il céda le commandement de la division du Mississippi à Sherman et se rendit à Washington pour définir une nouvelle stratégie avec Lincoln. Après avoir installé Julia dans une maison de Georgetown, Grant établit son quartier-général près de celui de l’armée du Potomac de Meade à Culpeper en Virginie. La stratégie nordiste pour obtenir une victoire rapide consistait en une série d’offensives coordonnées pour empêcher les Confédérés de redéployer leurs forces sur les fronts en difficulté. Sherman attaquerait en direction d’Atlanta et de la Géorgie tandis que Meade mènerait son armée contre l’armée de Virginie du Nord de Lee et que le major-général Benjamin Franklin Butler avancerait depuis le sud-ouest vers la capitale sudiste de Virginie jusqu’à la James River. Dans le même temps, le major-général Franz Sigel, prendrait la voie ferrée stratégique à Lynchburg avant de progresser vers l’est pour capturer la vallée de Shenandoah depuis les Montagnes bleues. Grant était de plus en plus populaire et certains commencèrent à estimer que dans le cas d’une victoire rapide de l’Union, il pourrait se présenter à la présidence lors de l’élection de novembre. Grant en était conscient mais il avait rejeté l’idée lors d’échanges avec Lincoln.

La progression de Sigel et de Butler fut rapidement bloquée et Grant se retrouva seul pour affronter Lee durant une série de sanglantes batailles formant ce qui fut appelé l’Overland Campaign. Après avoir passé le mois d’avril 1864 à regrouper l’armée du Potomac, Grant traversa le fleuve Rapidan et engagea Lee à la bataille de la Wilderness qui dura trois jours sans qu’aucun des belligérants puisse revendiquer la victoire. Lee se replia en bon ordre mais le commandant nordiste, contrairement à ses prédécesseurs, était déterminé à poursuivre son offensive et il attaqua le flanc droit confédéré au nœud routier de Spotsylvania le 8 mai. Durant les treize jours de l’affrontement, Grant tenta de percer les lignes sudistes et lança ce qui fut l’un des assauts les plus violents de la guerre contre le Bloody Angle (« l’Angle Sanglant »). Malgré ses efforts, les Sudistes tinrent leurs positions et il tenta à nouveau de les prendre par le flanc à la bataille de North Anna. Ces derniers s’étaient cependant solidement retranchés et Grant manœuvra pour attaquer au nœud ferroviaire de Cold Harbor le 31 mai. Durant les premiers jours de cette bataille qui se prolongea sur treize, les assauts de l’Union se brisèrent sans effets sur les défenses confédérées. Les terribles pertes, 52 788 dans le mois qui suivit la traversée de la Rapidan, valurent à Grant le surnom de « Boucher ». Les pertes de Lee étaient inférieures avec 32 907 victimes mais le Sud n’était plus en mesure de les remplacer. Le coûteux assaut du 3 juin à Cold Harbor fut le second des deux affrontements de la guerre que Grant regretta visiblement84. Sans que Lee s’en rende compte, Grant se retira de Cold Harbor et progressa vers le sud pour soutenir Butler qui tentait de traverser la James River à Bermuda Hundred pour attaquer Petersburg et obliger Lee à dégarnir son flanc nord pour protéger ce nœud ferroviaire reliant Richmond au reste de la Confédération.

P. G. T. de Beauregard parvint à empêcher les Nordistes de prendre la ville et l’arrivée des renforts de Lee transforma la bataille en un siège de neuf mois. La situation militaire sur le théâtre oriental étant dans l’impasse, le mécontentement contre la guerre grandit au Nord. Les actions de Grant permirent néanmoins d’immobiliser les troupes sudistes dans la zone et empêchèrent Lee de s’opposer efficacement à la campagne de Sherman dans le Sud. Ce dernier s’empara ainsi d’Atlanta le 22 juin et ce succès contribua à la victoire de Lincoln lors de l’élection présidentielle de 1864 face au général George McClellan qui avait défendu l’idée d’une trêve avec le Sud. Pour desserrer l’emprise nordiste autour de Petersburg, Lee envoya le général Jubal Early vers le nord le long de la vallée de Shenandoah pour attaquer Washington ; après des succès initiaux, il parvint dans le Maryland mais fut repoussé à la bataille de Fort Stevens en juillet 1864 et se replia en Virginie. Pour mettre un terme à cette menace, Sheridan reçut le commandement de l’armée de la Shenandoah avec ordre de ne laisser « aucun répit à l’ennemi ». Grant lui ordonna également de ravager cette riche région agricole stratégique pour le Sud et il appliqua une politique de la terre brûlée. Lorsque Sheridan rapporta qu’il était harcelé par la cavalerie irrégulière de John S. Mosby, Grant recommanda la prise comme otages de leurs familles et leur emprisonnement à Fort McHenry dans le Maryland.

Grant tenta de détruire une partie des tranchées confédérées autour de Petersburg en faisant exploser une sape le 30 juillet mais l’assaut fut confus et les Sudistes parvinrent facilement à le repousser. L’affrontement fit plus de 3 500 victimes dans les rangs de l’Union contre à peine 1 500 pour les Confédérés et Grant avança que « ce fut la plus triste affaire à laquelle j’ai assisté dans cette guerre ». Le 9 août 1864, il échappa de justesse à la mort quand des espions confédérés firent exploser une barge de munitions près de son quartier-général à City Point (aujourd’hui Hopewell) ; la détonation fit néanmoins plusieurs dizaines de morts. Pour essayer de sortir de l’impasse du siège, Grant continua d’attaquer les défenses de Lee au sud-ouest de Petersburg pour prendre le contrôle des voies ferrées ravitaillant la ville. Le 21 août, les troupes nordistes s’emparèrent de la Wilmington and Weldon Railroad et poursuivirent en direction de la South Side Railroad et de la City Point Railroad. Une fois capturés, ces chemins de fer furent transférés à l’United States Military Railroad qui déploya son artillerie ferroviaire pour pilonner les positions confédérées.

Après que Sherman eut achevé sa Marche vers la Mer en prenant Savannah en Géorgie le 22 décembre 1864 et que les tentatives sudistes pour contrer cette offensive eurent échoué lors de la bataille de Nashville le 15 décembre, la victoire de l’Union ne faisait plus aucun doute et Lincoln décida de négocier la fin du conflit avec les Confédérés. Il chargea Francis P. Blair de transmettre un message au président confédéré Jefferson Davis et les émissaires des deux camps se rencontrèrent le 3 février à bord du navire River Queen près de Fort Monroe. La conférence fut un échec mais Grant montra sa volonté et sa capacité à assumer un rôle diplomatique au-delà de sa seule fonction militaire.

En mars 1865, Lincoln, Grant, Sherman et Porter se rencontrèrent au quartier-général de City Point pour définir la stratégie de l’Union dans les derniers jours de la guerre ; Petersburg tomba le 25 mars et Richmond fut prise au début du mois d’avril. Alors que son armée se désintégrait du fait des désertions, des maladies et du manque de ravitaillement, Lee tenta de rallier les dernières forces confédérées du général Joseph E. Johnston en Caroline du Nord mais la cavalerie de Sheridan parvint à empêcher leur rencontre. Lee et son armée se rendirent à Grant à Appomattox le 9 avril 1865. Les termes étaient honorables car les soldats sudistes étaient autorisés à rentrer chez eux sans leurs armes, mais avec leurs chevaux, à la condition qu’ils ne reprennent plus le combat contre les États-Unis. Les combats se poursuivirent quelque temps sur les autres fronts mais la guerre de Sécession prit fin dans les semaines qui suivirent la reddition de Lee.

Lorsqu’il entra dans la course à la présidence en 1868, la popularité de Grant, déjà excellente, fut renforcée chez les républicains radicaux par son abandon de Jonhson. Il fut choisi sans opposition dès le premier tour par la convention républicaine qui nomma également le représentant de l’Indiana Schuyler Colfax, un ancien whig et défenseur de la tempérance, pour briguer la vice-présidence. Grant conclut sa lettre d’acceptation au parti par Let us have peace (« Faisons la paix ») et cette phrase devint le slogan de campagne des républicains. La convention démocrate fut plus disputée ; Johnson ne parvint pas à s’imposer et le gouverneur de l’État de New York Horatio Seymour fut choisi au 22e tour même s’il avait auparavant indiqué qu’il ne souhaitait pas être candidat. Comme cela était la norme à l’époque, les candidats ne faisaient pas personnellement campagne et Grant ne dérogea pas à la règle en restant à Galena et en laissant les discours à ses partisans.

La campagne démocrate se concentra essentiellement sur leur volonté de mettre fin à la Reconstruction mais ils s’aliénèrent de nombreux démocrates nordistes en voulant rendre le pouvoir au Sud à la classe des planteurs blancs. Ils critiquèrent le soutien républicain aux droits des afro-américains. De leur côté, les républicains axèrent leur campagne sur le bloody shirt, l’idée selon laquelle le retour des démocrates à la Maison-Blanche annulerait la victoire de la guerre et récompenserait les sécessionnistes. Ils attaquèrent également le colistier de Seymour, l’ancien représentant du Missouri Francis P. Blair, qui avait fait des déclarations particulièrement racistes et extravagantes envers Grant et soulignèrent que leur parti avait sauvegardé l’unité de la nation.

Le jour de l’élection, Grant obtint 52,7 % des voix et une large avance de 214 grands électeurs contre 80 pour Seymour. Lorsqu’il accéda à la présidence, Grant n’avait jamais occupé de fonctions électives et était, à 46 ans, le plus jeune président de l’histoire.

La présidence de Grant commença par une rupture avec la tradition car il ne souhaitait pas que Johnson l’accompagne dans l’attelage qui l’emmenait à son investiture au Capitole ; l’ancien président décida de ne pas assister à la cérémonie. Dans son discours, Grant défendit l’adoption du XVe amendement de la Constitution garantissant les droits civiques des Afro-Américains et il déclara qu’il mènerait la Reconstruction « avec calme, sans préjugés, haine ou fierté partisane ». Le nouveau président forma son Cabinet de manière peu orthodoxe sans consulter le Congrès et en gardant ses choix secrets jusqu’à ce qu’ils soient soumis à l’approbation du Sénat. Grant évita à dessein de choisir les principaux dirigeants du Parti républicain pour essayer de limiter les disputes partisanes et renforcer l’unité nationale. Par amitié, il nomma ses amis Elihu B. Washburne et John A. Rawlins respectivement au département d’État et à celui de la Guerre. Washburne démissionna cependant au bout de 12 jours pour des raisons de santé ; certains ont néanmoins avancé qu’il s’agissait d’une manœuvre pour donner plus de poids à sa nomination en tant qu’ambassadeur en France. Grant le remplaça par le politique conservateur new-yorkais Hamilton Fish qui devint l’un de ses ministres les plus efficaces0. Les relations entre les deux hommes se développèrent en raison de la grande amitié entre leurs épouses. Rawlins mourut en 1869 de la tuberculose et fut remplacé par William W. Belknap. Grant choisit également plusieurs non-spécialistes de la politique comme les hommes d’affaires Adolph E. Borie et A. T. Stewart avec un succès limité ; Borie fut brièvement secrétaire à la Marine avant d’être remplacé par George M. Robeson tandis que la nomination de Stewart au Trésor fut empêchée par une loi de 1789 qui interdisait au secrétaire du Trésor d’être un marchand en exercice. Grant tenta de faire abroger le texte mais l’opposition des sénateurs Charles Sumner et Roscoe Conkling l’en empêcha ; la fonction fut alors accordée à George S. Boutwell réputé pour son intégrité. Les autres nominations de Grant, Jacob D. Cox à l’Intérieur, John Creswell aux Postes et Ebenezer R. Hoar en tant que procureur général se firent sans opposition. Pour s’échapper de Washington et à l’invitation de riches soutiens, la famille Grant se rendit pour la première fois en 1869 dans ce qui devint connu comme la « capitale estivale » à Long Branch dans le New Jersey ; Grant y retourna fréquemment jusqu’à la fin de sa vie. Durant sa présidence, le Colorado devint le 38e État américain le 1er aout 1876. D’après les universitaires et journalistes marxistes de la Nouvelle gauche Frank Browning et John Gerassi, les deux gouvernements de Grant furent parmi les plus corrompus de l’histoire des États-Unis. Ulysses Grant lui-même se fit offrir par un groupe d’hommes d’affaires une demeure entièrement meublée à Philadelphie, une bibliothèque d’une valeur de 75 000 dollars, et 100 000 dollars en espèces.

En 1876, l’accumulation des scandales et les succès électoraux des démocrates poussèrent de nombreux républicains à se distancer de Grant228,229. Certains craignaient qu’il ne veuille briguer un troisième mandat et beaucoup voulaient mettre fin au « Grantisme ». Grant ne chercha cependant pas la nomination républicaine et comme le représentant James G. Blaine du Maine ne parvenait pas à s’imposer, la convention se tourna vers le gouverneur de l’Ohio, Rutherford B. Hayes ; les démocrates choisirent le gouverneur Samuel J. Tilden de l’État de New York. L’élection fut entachée de larges fraudes dans plusieurs États du Sud et l’incapacité à départager les candidats provoqua une crise constitutionnelle. Grant demanda au Congrès de régler la question par la voie législative sans blâmer l’un ou l’autre des partis. Il mobilisa l’armée en Louisiane et en Caroline du Sud mais assura que cela était uniquement destiné à maintenir l’ordre et non à faire pression en faveur d’un résultat. Il approuva la formation d’une commission électorale pour déterminer le vainqueur de l’élection mais celle-ci fut incapable de se prononcer car aucun des deux partis n’acceptaient sa composition. Le jour de l’investiture approchant et pour éviter que la situation ne dégénère, les chefs des deux camps signèrent le compromis de 1877. Hayes fut proclamé président et en échange, il retira les dernières troupes fédérales encore présentes dans les États du Sud. Les républicains avaient gagné mais la Reconstruction était terminée.

Après avoir quitté la Maison-Blanche, Grant et sa famille résidèrent chez des amis à New York, dans l’Ohio et à Philadelphie pendant deux mois avant d’entreprendre un tour du monde. Ce voyage, qui dura deux ans, commença à Liverpool en Grande-Bretagne en mai 1877 où de grandes foules accueillirent l’ancien président et son entourage. Le couple dîna avec la reine Victoria au château de Windsor et Grant donna plusieurs discours à Londres. Ils se rendirent ensuite en Belgique, en Allemagne et en Suisse avant de revenir au Royaume-Uni où ils passèrent quelques mois avec leur fille Nellie qui avait épousé un Britannique et s’était installée en Grande-Bretagne quelques années auparavant. Grant et son épouse visitèrent la France et l’Italie et passèrent Noël 1877 à bord du sloop USS Vandalia amarré dans le port de Palerme. Après un séjour hivernal en Terre sainte, ils visitèrent la Grèce avant de revenir en Italie pour une rencontre avec le pape Léon XIII. À la suite d’un voyage en Espagne, ils se rendirent à nouveau en Allemagne ; Grant rencontra le chancelier allemand Otto von Bismarck et les deux hommes échangèrent sur les questions militaires.

Après une autre visite en Angleterre et en Irlande, le couple quitta l’Europe et traversa le canal de Suez en direction de l’Inde britannique. Ils visitèrent Bombay, Lucknow, Bénarès et Delhi où ils furent à chaque fois accueillis par les représentants de l’administration coloniale. Après l’Inde, ils se rendirent en Birmanie, au Siam où Grant rencontra le roi Rama V, à Singapour et au Viêt Nam. À Hong Kong, Grant commença à changer d’avis sur le colonialisme en estimant que la domination britannique n’était pas « purement égoïste » mais également bénéfique pour les sujets locaux. Le couple entra ensuite réellement en Chine et visite Canton, Shanghai et Pékin. Grant déclina une rencontre avec l’empereur Guangxu alors âgé de seulement sept ans mais échangea avec le régent, le prince Gong, et le général Li Hongzhang. Au Japon, Grant rencontra l’empereur Meiji mais le couple avait le mal du pays.

Ils traversèrent le Pacifique et arrivèrent à San Francisco en septembre 1879246. Après une visite du parc de Yellowstone, ils rentrèrent finalement à Philadelphie le 16 décembre 1879. Ce voyage avait capturé l’imagination du public notamment grâce aux articles de John R. Young dans le New York Herald. Les républicains, et en particulier les stalwarts exclus de l’administration Hayes en raison de leur opposition aux réformes de la fonction publique, voyaient Grant sous un nouveau jour248. Hayes ayant prévenu qu’il ne souhaitait réaliser qu’un seul mandat, la nomination républicaine pour l’élection présidentielle de 1880 était ouverte et beaucoup estimaient que Grant était un candidat sérieux.

Grant avait abandonné sa pension militaire quand il était devenu président mais le Congrès lui accorda à nouveau le grade de général de l’armée avec retraite complète en mars 1885. À la même période, il apprit qu’il souffrait d’un cancer de la gorge. Pour restaurer les finances de sa famille, il rédigea plusieurs articles payés 500 $ chacun (environ 12 300 $ de 2012) sur ses campagnes de la guerre de Sécession dans le Century Magazine. Les critiques furent favorables et l’éditeur Robert U. Johnson, proposa qu’il écrive ses mémoires, ce qu’avaient fait avec succès d’anciens généraux dont Sherman.

Grant s’attela à la tâche et demanda à son ancien officier d’état-major, Adam Badeau, de vérifier ses écrits. Son fils Frederick l’aida dans ses recherches et pour la relecture. Le Century Magazine lui fit une offre avec des redevances de 10 % mais son ami Mark Twain lui présenta une autre proposition dans laquelle il recevrait 75 % des profits ; Grant signa rapidement avec la société d’édition Charles L. Webster & Co. de Twain266. Il travailla frénétiquement à la rédaction de ses mémoires dans sa résidence new-yorkaise puis dans une maison de campagne près de Wilton dans les monts Adirondacks et les termina peu avant de mourir le 23 juillet 1885. Le livre, intitulé Personal Memoirs of Ulysses S. Grant connut un grand succès et les deux volumes se vendirent à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires ; Julia Grant reçut environ 450 000 $ (environ 11,7 millions de dollars de 2012) en redevances. Grant était un auteur habile et efficace qui se représenta comme un honorable héros de l’Ouest dont les forces étaient l’honnêteté et la franchise. L’autobiographie avait une structure  inhabituelle car sa jeunesse et sa présidence n’étaient que survolées, à l’inverse de sa carrière militaire. Le style, concis et clair, était également à l’opposé de la tendance victorienne pour les tournures élaborées. Le public, les critiques littéraires et les historiens militaires saluèrent l’ouvrage que Twain qualifia de « chef-d’œuvre littéraire » et compara aux Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. Après avoir étudié les critiques favorables dont celles de Matthew Arnold et d’Edmund Wilson, l’écrivain Mark Perry qualifie ces mémoires de « plus importante œuvre » américaine de non-fiction.

Retiré en un lieu aujourd’hui appelé Grant Cottage, l’ancien président mourut le 23 juillet 1885 à l’âge de 63 ans. Sheridan, devenu Commanding General of the Army, ordonna une journée d’hommage en son honneur dans tous les camps militaires et le président Grover Cleveland décréta trente jours de deuil. Après une cérémonie privée, sa dépouille fut emmenée en train à West Point puis à New York où près de 250 000 personnes défilèrent devant son cercueil pendant les deux jours qui précédèrent son inhumation. Des dizaines de milliers de « vétérans » (anciens combattants) accompagnèrent le cortège funèbre jusqu’à Riverside Park. Parmi les porteurs de cercueil figuraient les généraux de l’Union Sherman et Sheridan, les généraux confédérés Buckner et Johnston et l’amiral Porter. La dépouille de Grant fut inhumée dans une tombe temporaire puis dans un sarcophage situé dans l’atrium du General Grant National Memorial achevé en 1897 ; avec 50 mètres de haut, il est le plus grand mausolée d’Amérique du Nord. Près d’un 1,5 million de personnes assistèrent à ce transfert et des cérémonies furent également organisées dans les principales villes du pays tandis que les eulogies de la presse le comparaient à George Washington et Abraham Lincoln.

Source : Wikipédia.

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