Ulrich Zwingli, réformateur protestant.

Ulrich Zwingli est un réformateur protestant suisse, né à Wildhaus (dans le canton de Saint-Gall) le 1er janvier 1484 et mort le 11 octobre 1531 à Kappel am Albis (dans le canton de Zurich), principal artisan de la Réforme protestante à Zurich et, par suite, en Suisse alémanique.

De formation humaniste, il exerce d’abord comme prêtre catholique dans plusieurs paroisses, dont Glaris et Einsiedeln, où il combattit la mariolâtrie, avant d’acquérir la certitude qu’une réforme générale de l’Église était nécessaire. En 1523, il parvient à faire adopter la Réforme par le canton de Zurich, premier canton à le faire. Très présent dans la société, il est un des principaux artisans des différentes tentatives de gagner la Suisse à la Réforme protestante, y compris par la force militaire face à la résistance des cantons restés catholiques alliés à l’Autriche, ce qui conduisit à son décès lors de sa défaite à Kappel.

Sa principale originalité théologique a été une remise en cause radicale des sacrements : selon la liturgie qu’il fit mettre en place dès 1523, le baptême était un symbole et la sainte cène un mémorial, sans présence réelle du Christ. Après l’échec de trois conférences destinées à convaincre les prélats catholiques de réformer l’ensemble de l’Église, toutes les images furent retirées des églises de Zurich par décision du magistrat de Zurich.

Il est, depuis Zurich, à l’origine des Églises réformées de Suisse alémanique. Il est l’une des références historiques du protestantisme libéral.


Zwingli, carte maximum, Suisse.

Ulrich Zwingli naquit le 1er janvier 1484 à Wildhaus dans le Toggenbourg (canton de Saint-Gall). Il a dix frères et sœurs. Son père est un simple paysan, amman ou magistrat de sa paroisse qui, connaissant toute l’importance de l’instruction, ne négligea rien pour lui en assurer les avantages. À l’âge de cinq ans, il fut confié par ses parents à son oncle et parrain Barthelemy, curé doyen de Wessen depuis 1487. Ce dernier se chargea avec zèle de son éducation en lui apprenant la lecture et l’écriture ainsi que les rudiments du latin. Zwingli en puisa les éléments à Bâle et à Berne.[pas clair] Les dominicains, augurant favorablement de ses débuts, cherchèrent à l’attirer dans leur ordre : mais son père, voulant l’y  soustraire, l’envoya se perfectionner à l’université de Vienne en Autriche au semestre d’hiver 1498. Cependant le jeune Zwingli n’y apprit qu’un peu d’astronomie, de physique et de philosophie. Zwingli est exclu de l’université. Deux ans plus tard, on le retrouve à Bâle, où le professeur Thomas Wyttenbach l’encourage à se consacrer à des études de théologie.

De retour dans sa patrie, après une absence de deux ans, il revint une seconde fois à Bâle, où il fut bientôt nommé régent. À peine âgé de dix-huit ans, il se livra avec toute l’ardeur d’un jeune homme aux devoirs de sa place ; et il acquit une connaissance plus profonde des langues qu’il était obligé d’apprendre à ses élèves. Il avait une inclination prononcée pour Horace, Salluste, Pline le Jeune, Sénèque, Aristote, Platon et Démosthène, dont la lecture l’occupait nuit et jour, et qui contribuèrent si puissamment à enrichir ses idées et à polir son style. Il ne négligea pas néanmoins l’étude des sciences nécessaires à l’état auquel il se destinait. Il eut pour professeur de théologie Thomas Wyttenbach, dont l’enseignement, sans avoir rien d’extraordinaire, s’élevait cependant au-dessus des préjugés de ses contemporains7. D’autres historiens font l’éloge de la méthode qu’il employait dans l’enseignement, et de la confiance qu’il inspirait à ses disciples. Zwingli gardera de bonne relation avec ce dernier, dont les nombreuses correspondance amicales en témoignent8. Malgré ses études et de son travail assidu, Zwingli ne perdit jamais son goût pour la musique dont il en percevait la nécessité en tant que ressource pour reposer l’esprit après un travail fatigant.

En 1506, il prit le degré de maître des arts, et fut promu à la cure de Glaris11. Ce bénéfice lui convenait assez, parce qu’il le rapprochait de ses parents, et parce qu’il était honorable d’être à vingt-deux ans pasteur d’un chef-lieu de canton. L’évêque de Constance lui conféra les ordres sans difficulté, et souscrivit à son installation.

Dès ce moment Zwingli crut devoir recommencer ses études théologiques sur un nouveau plan qu’il s’était formé. Après avoir relu les auteurs classiques de l’ancienne Grèce, pour se rendre leur langue familière, et pour en approfondir toutes les beautés, il se livra à l’étude du Nouveau Testament, et à la recherche des textes qui servent de fondement aux dogmes catholiques. Il suivit la méthode qui consiste à interpréter un passage obscur par un passage analogue plus clair, un mot inusité par des mots plus connus, ayant égard au lieu, au temps ; à l’intention de l’écrivain et à une foule d’autres circonstances qui modifient et changent souvent la signification des mots : II se mit ensuite à lire les Pères de l’Église, pour savoir de quelle manière ils avaient entendu les endroits qui lui semblaient obscurs. Ce n’était pas assez pour lui de connaître le sentiment des anciens théologiens ; il voulut aussi consulter les modernes, même les écrivains qui avaient été frappés d’anathème, comme John Wyclif et Jan Hus.

Il paraît cependant qu’il se borna d’abord à gémir en secret sur les abus qui déshonoraient le clergé, et qu’il ne se pressa pas de les attaquer de front : le moment favorable n’était pas encore venu, mais il s’avançait à grands pas : gardant sur les articles de foi qui lui déplaisaient le silence le plus absolu, il ne les approuvait ni ne les condamnait.

En 1512, lorsque 20 000 Suisses marchèrent à la voix de Jules II, pour secourir l’Italie contre les armes de Louis XII, Zwingli accompagna le contingent de Glaris, en qualité d’aumônier. Le fameux Matthieu Schiner, cardinal évêque de Sion, légat a latere, le chargea de distribuer à ses compatriotes les gratifications du pape.

Après la bataille de Novare, où il avait été présent, Zwingli retourna dans sa paroisse reprendre ses fonctions pastorales, qu’il quitta de nouveau en 1515 pour marcher avec les Suisses au secours du duc de Milan, attaqué par François Ier, et il fut témoin de la bataille de Marignan, aussi fatale à sa patrie que la victoire de Novare lui avait été glorieuse. Zwingli avait prévu ce désastre, et il s’était efforcé de le prévenir dans un discours qu’il adressa aux Suisses à Monza, près de Milan. Zwingli interpréta la défaite de Marignan comme une punition divine envers les mercenaires suisses, engagés par des princes étrangers et menant la guerre par appât du gain.
Le manque d’harmonie entre les chefs dit son historien à l’insubordination des soldats et leur penchant à suivre tour à tour des impulsions opposées, lui faisaient craindre pour eux quelque grand revers dont il aurait désiré de les préserver par ses conseils. Il approuva le refus qu’ils avaient fait d’accéder au traité offert par le roi de France, avant de connaître la volonté de leurs gouvernements, Il donna de grands éloges à leur courage, les conjurant de ne pas se livrer à une sécurité doublement dangereuse, au moment où ils étaient en présence d’un ennemi supérieur en nombre. Il pria les chefs de renoncer à leurs rivalités ; il exhorta les soldats à n’écouter que la voix de leurs officiers, et à ne pas compromettre par une déci marche imprudente leur propre vie et la gloire de leur pays.

Le désastre de Marignan fortifia Zwingli dans son aversion pour toute guerre qui n’est point entreprise dans le dessein de défendre la patrie. Peu de temps après son retour de Milan il fut nommé à la cure d’Einsiedeln, autrement Notre-Dame des Ermites, L’austérité de ses principes et la publication de la Fable du bœuf et de quelques autres animaux, contre l’usage barbare des Suisses de se mettre à la solde de l’étranger lui avaient fait des ennemis à Glaris, dont il avait donc dû s’éloigner.

Ne pouvant plus y rester sans éprouver des désagréments, il prit possession d’Einsiedeln en 1516. Cette abbaye était alors sous la direction de Théobald, baron de Geroldseck, qui en était administrateur, à cause de l’extrême vieillesse de l’abbé Conrad de Rechberg quoique ce religieux eût plutôt reçu l’éducation d’un soldat que celle d’un moine, il aimait les sciences et la régularité, et il voulait qu’elles fussent en honneur dans son abbaye ; il y appela Zwingli.

Celui-ci accepta volontiers un poste qui le mettait en relation directe avec les hommes les plus éclairés de la Suisse. Tout son temps fut employé à l’étude ou à l’accomplissement de ses devoirs. Il débuta dans la carrière de la réformation en conseillant à l’administrateur d’effacer l’inscription placée au-dessus de la principale porte de l’abbaye : Ici l’on obtient rémission plénière de tous les péchés, et de faire enterrer les reliques, objets de la dévotion superstitieuse des pèlerins. Il introduisit ensuite quelques changements dans la discipline d’un couvent de femmes qui était sous sa direction.

Bientôt il écrivit à Hugues de (Hohen-) Landenberg, évêque de Constance, pour l’engager à supprimer dans son diocèse une foule de pratiques puériles et ridicules, qui pouvaient entraîner des maux sans remède. Il développa les mêmes idées dans un entretien avec le cardinal de Sion, et lui fit sentir la nécessité d’une réforme générale. La chose n’était pas difficile.

Jusque-là Zwingli ne s’était guère communiqué qu’à ses amis ou à des hommes dont il connaissait la droiture. Le jour où il devait commencer la prédication de ce qu’il appelle le pur Évangile ne tarda pas à luire. Ce fut le jour même où l’on célébrait la fête de la consécration de l’église d’Einsiedeln par les anges. Au milieu d’une nombreuse assemblée que la solennité avait attirée, il monta en chaire, et prononça le discours d’usage tous les sept ans. Après un exorde plein de chaleur et d’onction, qui avait disposé les auditeurs à une attention soutenue, il passa aux motifs qui les réunissaient dans cette église, déplora leur aveuglement sur les moyens qu’ils employaient pour plaire à Dieu.

Ce discours produisit un effet étonnant : quelques auditeurs furent scandalisés d’une pareille doctrine, tandis que le plus grand nombre donna les marques les moins équivoques de son assentiment. On dit même que quelques pèlerins remportèrent leurs offrandes, ne croyant pas devoir contribuer au luxe qui était étalé dans l’abbaye de Notre-Dame des Ermites. Ces circonstances excitèrent l’animosité des moines contre celui qui diminuait ainsi leurs revenus.

Cependant, il ne paraît pas que les supérieurs aient été irrités de sa conduite, puisque le pape Léon X lui fit remettre, vers la même époque, par le nonce Pucci, un bref apostolique dans lequel Zwingli était revêtu du titre de chapelain du Saint-Siège, et gratifié d’une pension. Le sermon du réformateur fut prononcé dans le courant de 1518, suivant ses historiens, d’où il suit qu’il devança Luther d’un an dans ses prédications, et que quand bien même la prédication des indulgences n’aurait point occasionné l’explosion, elle eût éclaté infailliblement d’elle-même à la première occasion qui se serait présentée.

Le chapitre de Zurich le nomma curé de cette ville, à la sollicitation de ses partisans. Il s’y rendit vers la fin de l’année, et peu de jours après son arrivée, il parut devant le chapitre, déclara qu’il abandonnerait, dans ses discours, l’ordre des leçons dominicales, qui avait été suivi depuis Charlemagne, et qu’il expliquerait sans interruption tous les livres du Nouveau Testament.

Il promit aussi de n’avoir en vue que la gloire de Dieu, l’instruction et l’édification des fidèles. Cette déclaration fut approuvée par la majorité du chapitre. La minorité la regarda comme une innovation dangereuse. Zwingli répondit aux objections qu’il revenait à l’usage de l’Église primitive, qu’on avait observé jusqu’à Charlemagne ; qu’il se servirait de la méthode employée par les Pères de l’Église dans leurs homélies, et qu’avec l’assistance divine, il espérait prêcher de manière qu’aucun partisan de la vérité évangélique n’aurait lieu de se plaindre. On put voir, dès son premier sermon, prononcé le jour de la Circoncision, 1519, qu’il serait fidèle à son plan. Il en fut comme de tout ce qu’il avait fait jusqu’alors : les uns s’en édifièrent, les autres s’en scandalisèrent. Il attaqua les pratiques en place avec beaucoup d’aigreur et d’amertume. Il jugeait sévèrement : il fut jugé de même.

Les esprits s’animèrent ; et il en naquit des tempêtes. Du reste, il se fit remarquer par une conduite très régulière. Il fit chasser de la ville par les magistrats toutes les filles publiques. Vers ce temps-là, Léon X envoya le cordelier Bernard Samson dans les treize cantons, pour y prêcher les indulgences, dont le produit était destiné à l’achèvement de la magnifique basilique de St-Pierre. Ce religieux éhonté ne craignit pas d’user de toutes sortes de supercheries pour tromper ses auditeurs. Il porta l’insolence à un point inconcevable. Quand il paraissait en public, il faisait crier à haute voix : Laissez approcher d’abord les riches, qui peuvent acheter le pardon de leurs péchés ; après les avoir satisfaits, on écoutera les prières du pauvre. Tant d’excès indignèrent les plus patients.

L’évêque de Constance défendit aux curés de son diocèse de le recevoir dans leurs paroisses. Presque tous obéirent ; mais aucun ne mit autant d’ardeur dans son obéissance que le curé de Zurich. Il avait prévenu les désirs du prélat : il les avait même dépassés. En 1520, Zwingli renonça à la pension qu’il recevait du St-Siège, et obtint du conseil de Zurich qu’on prêcherait purement l’Évangile dans le canton. L’ambition de Charles Quint et de François Ier, qui se disputaient la couronne impériale, fournit à Zwingli l’occasion de développer de nouveau ses talents. Les deux compétiteurs s’efforcèrent d’intéresser la Confédération en leur faveur.

Zwingli était d’avis de garder la plus stricte neutralité ; et il s’en expliqua ouvertement. Lorsque les deux rivaux se furent déclaré la guerre, Zwingli, qui penchait pour la France, détourna le canton de Zurich de se joindre aux autres cantons ; ce qui lui attira la haine des personnages les plus marquants de la confédération, et lui enleva plusieurs partisans dans sa propre paroisse. Bientôt il engagea le conseil de Zurich à refuser au pape un secours de troupes que le saint-père demandait pour attaquer le Milanais ; et ce ne fut qu’après la promesse formelle d’employer ailleurs les Suisses que Léon X put obtenir trois mille Zurichois. La sagesse des avis de Zwingli fut manifestée par l’événement. Cependant son aversion pour une nouvelle alliance avec François Ier lui fit le plus grand tort dans l’esprit de beaucoup de personnes, qui ne furent pas fâchées de pouvoir confondre dans la même haine ses principes politiques et ses opinions religieuses.

Le 14 mai 1522, Zwingli adressa une allocution très éloquente aux habitants de Schwyz, que la défaite de la Bicoque, commune à tous les cantons, excepté celui de Zurich, avait portés à réfléchir sur la position fâcheuse dans laquelle ils se trouvaient engagés et sur les moyens d’en sortir.

Quoique cette allocution soit plus conforme aux règles de la morale qu’à celles de la politique, les habitants du canton de Schwyz l’accueillirent favorablement. Ils chargèrent le secrétaire d’État d’exprimer leur reconnaissance à Zwingli ; et peu de temps après ils firent une loi dans leur assemblée générale pour abolir toute alliance et tout subside durant vingt-cinq ans.

Zwingli finissait par demander aux cantons de tolérer le mariage des prêtres, et s’élevait fortement contre les inconvénients du célibat. Il adressa une requête à l’évêque de Constance pour l’engager à se mettre à la tête de la Réforme, et à permettre qu’on démolît avec prudence et précaution ce qui avait été bâti avec témérité. Cette levée de boucliers souleva contre lui les prêtres et les moines, qui le décrièrent et le traitèrent en chaire de luthérien, injure la plus forte que l’on connût alors. Le scandale était à son comble. L’évêque de Constance crut bien faire en interdisant toute espèce de dispute jusqu’à ce qu’un concile général eût prononcé sur les points controversés. Mais il ne fut obéi ni des uns ni des autres ; et les discussions continuèrent avec autant de violence et d’acharnement qu’auparavant.

Une autre dispute qui tracassa beaucoup Zwingli fut celle qu’il eut à soutenir contre Luther au sujet de la présence de Jésus-Christ dans l’eucharistie. Le réformateur saxon admettait la réalité ; le réformateur de Zurich s’en tenait à la figure. Celui-ci avait consigné sa doctrine dans le Commentaire sur la vraie et la fausse religion, qu’il publia en 1525. Immédiatement après, Œcolampade fit paraître, à Bâle, une Explication des paroles de l’institution de la sainte Cène, suivant les anciens docteurs, dans laquelle il appuyait et défendait les sentiments de son ami.

II fut sensible à Luther de voir, non plus des particuliers, mais des églises entières de la Réforme se soulever contre lui. Il traita d’abord Œcolampade avec assez de ménagement, mais il s’emporta avec beaucoup de violence contre Zwingli et déclara son opinion dangereuse et sacrilège. Celui-ci n’épargna rien pour adoucir l’esprit de Luther, dont il estimait le courage et le talent ; il lui expliqua sa doctrine dans un langage plein de modération ; mais Luther fut inflexible et ne voulut entendre à aucun accommodement. Tout était brouillé dans la Réforme : les uns se prononçaient en faveur du Saxon, et les autres en faveur du Zurichois. Le landgrave de Hesse, qui prévit tous les maux que pouvait entraîner un si grave démêlé, résolut de rapprocher les deux partis, et Marbourg fut choisi pour le lieu de la conférence.

Après bien des entretiens particuliers et des contestations publiques, ces théologiens rédigèrent quatorze articles qui contenaient l’exposition des dogmes controversés, et ils les signèrent d’un commun accord. Quant à la présence corporelle dans l’eucharistie, il fut dit que la différence qui divisait les Suisses et les Allemands ne devait pas troubler leur harmonie, ni les empêcher d’exercer, les uns envers les autres, la charité chrétienne, autant que le permettait à chacun sa conscience. Pour sceller la réconciliation des deux partis, le landgrave exigea de Luther et de Zwingli la déclaration qu’ils se regardaient comme frères. Zwingli y consentit sans peine ; mais on ne put arracher de Luther que la promesse de modérer à l’avenir ses expressions lorsqu’il parlerait des Suisses. Zwingli observa religieusement ses engagements, et la paix ne fut troublée qu’après sa mort. Pendant qu’il était en querelle avec Luther, il continuait ses controverses avec les catholiques. Eckius, chancelier d’Ingolstadt, et Jean Faber, grand vicaire de l’évêque de Constance, lui firent proposer, en 1526, une conférence à Baden ; mais, comme il se doutait qu’on lui tendait un piège pour s’emparer de sa personne, il refusa de s’y trouver, et l’événement justifia ses soupçons. Œcolampade lui-même, qui l’avait pressé de s’y rendre, lui écrivit peu de jours après son arrivée à Baden : « Je remercie Dieu de ce que vous n’êtes pas ici. La tournure que prennent les affaires me fait voir clairement que si vous étiez venu nous n’aurions échappé au bûcher ni l’un ni l’autre. »

Ne pouvant sévir contre sa personne, on condamna sa doctrine et ses écrits ; ce qui ne nuisit point aux progrès de la Réforme. Au commencement de 1528, Berne l’embrassa de la manière la plus solennelle. Une assemblée nombreuse fut convoquée dans cette ville ; Zwingli y assista, d’après l’invitation de Haller, qui avait composé dix thèses sur les points essentiels de la nouvelle doctrine. Elles furent discutées dans dix-huit séances et signées à la fin par la majorité du clergé bernois, comme fondées sur l’Écriture, et autorisées par délibération des magistrats. L’éloquence véhémente de Zwingli brilla dans cette occasion du plus vif éclat et lui acquit l’ascendant le plus marqué. Après ce triomphe, tous ses collègues le regardèrent comme leur chef et leur soutien ; et l’autorité qu’ils lui accordèrent tacitement contribua puissamment à maintenir l’union parmi eux. De retour à Zurich, après trois semaines d’absence, Zwingli y continua ses fonctions de pasteur, de prédicateur, de professeur et d’écrivain avec un zèle et un talent remarquables ; il institua des synodes annuels, composés de tous les pasteurs du canton, et devant lesquels devaient être portées les affaires générales de l’Église. Rien ne se faisait dans le canton, même en matière de législation, qu’il ne fût consulté.

Zwingli était devenu l’oracle des Suisses qui partageaient ses opinions religieuses. Les catholiques, de leur côté, le détestaient autant que les protestants l’estimaient. Ils le regardaient généralement comme un boute-feu et comme la cause des maux de la patrie. Ils persécutaient violemment les partisans des nouvelles idées, qui, à leur tour, ne se montraient ni assez prudents, ni assez réservés. Au milieu de tant de tracasseries, de tant de violations de la liberté de conscience de part et d’autre, il était impossible que la paix se conservât. Elle fut rompue en 1529.

Les Suisses s’armèrent et marchèrent les uns contre les autres ; mais, par la sagesse du landaman de Glaris, les deux partis parvinrent à se concilier ; ils signèrent, à Kappel, une trêve qui mit fin aux hostilités, tout en laissant subsister les passions intraitables qui pouvaient les renouveler à chaque instant.

En 1530, Zwingli envoya à la diète d’Augsbourg une confession de foi approuvée de tous les Suisses, et dans laquelle il expliquait nettement que le corps de Jésus-Christ, depuis son ascension, n’était plus que dans le ciel, et ne pouvait être autre part ; qu’à la vérité, il était comme présent dans la cène par la contemplation de la foi, et non pas réellement ni par son essence. Il accompagna sa confession de foi d’une lettre à Charles-Quint, dans laquelle il tient le même langage. La même année, il envoya à François Ier, par son ambassadeur, une autre confession de foi.

Luther ne l’épargna pas sur cet article, pas plus que sur d’autres non moins importants. Cependant la trêve de Kappel am Albis ne dura pas deux ans entiers. Les mêmes causes. produisirent les mêmes effets. Les hostilités n’avaient été que suspendues. Zwingli, dont l’influence était connue de tout le monde, fut accusé de fomenter le fanatisme des protestants et d’attiser le feu de la discorde. Sensible à cette accusation, et ne pouvant supporter l’idée des fléaux qui menaçaient la patrie, il conjura le conseil, dans le mois de juillet 1531, de lui accorder sa retraite.

Le conseil s’y refusa, et Zwingli resta à son poste. La guerre était sur le point d’éclater. Les Zurichois montraient une exigence insatiable, et les catholiques devenaient de plus en plus inflexibles. Zwingli plaidait avec éloquence la cause des victimes d’un zèle trop ardent.

Le 6 octobre de la même année, les cinq cantons publièrent leur manifeste et entrèrent en campagne. Les protestants s’armèrent aussi, et Zwingli reçut du sénat l’ordre de les accompagner. Il obéit. Un pressentiment funeste le tourmentait ; mais il n’en fit pas moins tous ses efforts pour encourager les Zurichois. « Notre cause est bonne, leur dit-il, mais elle est mal défendue. Il m’en coûtera la vie et celle d’un grand nombre d’hommes de bien, qui désiraient rendre à la religion sa simplicité primitive, et à notre patrie ses anciennes mœurs. N’importe : Dieu n’abandonnera pas ses serviteurs ; il viendra à leur secours, lorsque vous croirez tout perdu. Ma confiance repose sur lui seul et non sur les hommes. Je me soumets à sa volonté. » II arriva le 10 à Kappel am Albis avec les siens. Le combat s’engagea vers les trois heures de l’après-midi. Dans les premiers moments de la mêlée, il reçut un coup mortel et tomba sans connaissance. Revenu à lui, il se soulève, croise ses mains sur sa poitrine, fixe ses regards vers le ciel et s’écrie – Qu’importe que je succombe. : ils peuvent bien tuer le corps, mais ils ne peuvent rien sur l’âme.

Quelques soldats catholiques, qui le voient dans cet état, lui demandent s’il veut se confesser ; il fait un signe négatif, mais qu’ils ne comprennent pas. Ils l’exhortent à recommander son âme à la sainte Vierge ; et d’après son refus plus expressif, un d’entre eux lui plonge l’épée dans le cœur, en lui disant : « Meurs donc, hérétique obstiné ! ». Le lendemain, Jean Schonbrunner, qui s’était éloigné de Zurich par attachement pour la religion catholique, ne put s’empêcher de dire en le voyant : « Quelle qu’ait été ta croyance, je sais que tu aimas ta patrie, et que tu fus toujours de bonne foi ; Dieu veuille avoir en paix ton âme ». La soldatesque fut moins tolérante et moins humaine : elle déchira son cadavre, livra ses lambeaux aux flammes et jeta les cendres aux vents. Zwingli avait 47 ans au moment de sa mort.

Le casque et l’épée ayant prétendument appartenu au réformateur sont conservés au Musée national suisse à Zurich. Ces objets, qui auraient été des prises de guerre des troupes catholiques à la bataille de Kappel où Zwingli est mort au combat, ont donné lieu à diverses controverses. L’on a notamment pensé que l’épée avait été donnée au réformateur en 1529 par la ville de Strasbourg, pour l’accompagner dans son voyage au colloque de Marbourg. En fait, des investigations récentes ont démontré qu’il n’existait aucune source fiable attestant que cet équipement ait bel et bien appartenu à Zwingli. La plus ancienne mention de l’épée, conservée à l’origine à l’arsenal de Lucerne, ne date que de 1615. Le lien avec Zwingli n’est pas établi, mais cette arme de combat date néanmoins du xve siècle ou xvie siècle. Des recherches plus étendues dans les collections d’armes européennes s’avèrent encore nécessaires pour identifier les marques de fabrication, ainsi qu’un écu gravé sur la lame.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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