Trajan, empereur romain.

Trajan, né sous le nom de Marcus Ulpius Traianus le 18 septembre 53 à Italica (dans ce qui est maintenant l’Andalousie dans l’Espagne moderne) et mort le 8 ou 9 août 117 à Selinus, en Cilicie, est empereur romain de fin janvier 98 à août 117. À sa mort, il porte le nom et les surnoms d’Imperator Caesar Divi Nervae Filius Nerva Traianus Optimus Augustus Germanicus Dacicus Parthicus.

Il est le premier empereur romain issu d’une famille établie dans une province d’Hispanie, mais celle-ci est en fait originaire d’Italie et s’est installée en Bétique en tant que colons. Il est resté dans l’historiographie comme le « meilleur des empereurs romains » (optimus princeps). Après le règne de Domitien et la fin de la dynastie des Flaviens, le court règne de Nerva et surtout celui de Trajan marquent le fondement de la dynastie dite des « Antonins ».

Trajan prend de l’importance sous le règne de l’empereur Domitien, dont les dernières années sont marquées par les persécutions et les exécutions de sénateurs romains. En septembre 96, après l’assassinat par des membres de la cour de Domitien, empereur sans enfant, Nerva, un ancien consul, monte sur le trône, mais se révèle impopulaire auprès de l’armée. Après une brève et tumultueuse année au pouvoir, une révolte des membres de la garde prétorienne affaiblit son pouvoir et le contraint à répliquer en adoptant le populaire général Trajan comme son héritier et successeur. Nerva, âgé et sans enfant, décède fin janvier 98 et son fils adoptif lui succède sans incident.

Trajan, carte maximum, Roumanie.

On considère généralement que c’est sous son règne que l’Empire romain connaît sa plus grande extension avec les conquêtes éphémères de l’Arménie et de la Mésopotamie, et celle plus pérenne de la Dacie ainsi qu’avec l’annexion du royaume nabatéen de Pétra qui donne naissance à la province d’Arabie Pétrée. Sa conquête de la Dacie enrichit considérablement l’Empire, la nouvelle province possédant plusieurs mines de métaux de grande valeur. En revanche, sa conquête des territoires parthes reste inachevée et fragile à la suite d’une grande révolte judéo-parthe. Il laisse à sa mort une situation économique globale peu florissante ; la partie orientale de l’Empire en particulier est exsangue.

En parallèle de cette politique expansionniste, Trajan mène de grands travaux de construction et engage une politique de mesures sociales d’une ampleur inédite. Il est surtout connu pour son vaste programme de construction publique qui a remodelé la ville de Rome et laissé plusieurs monuments durables tels que les thermes, le forum et les marchés de Trajan, ainsi que la colonne Trajane. Il renforce aussi le rôle prépondérant de l’Italie dans l’Empire et poursuit la romanisation des provinces.

Trajan est divinisé par le Sénat et ses cendres sont inhumées au pied de la colonne Trajane. Son fils adoptif et petit-neveu Hadrien lui succède, malgré quelques troubles lors de la passation de pouvoir. Hadrien ne poursuit pas la politique expansionniste de Trajan, renonce à tous les territoires nouvellement conquis sur les Parthes et réoriente la politique intérieure en mettant les provinces au premier plan.


Trajan est l’un des descendants d’un groupe de colons italiens installés à Italica, dans la province d’Hispanie, la future Bétique, située au sud de la péninsule Ibérique. Les ancêtres de Trajan, les Ulpii, sont originaires de Todi en Ombrie. Italica est fondée en 206 av. J.-C. par un mélange de vétérans et de soldats romains et alliés italiens blessés ou malades de l’armée de Scipion l’Africain. Il est probable que le premier Ulpius installé en Bétique provienne de cette armée, bien qu’il soit aussi possible qu’il soit arrivé plus tardivement, en tant que civil, à la fin du ier siècle.

À l’époque impériale, les familles italiennes restent très majoritaires dans la cité d’Italica. Trajan est fréquemment, mais par erreur, désigné comme étant le premier empereur d’origine provinciale, alors qu’il est issu d’une famille italienne établie dans une province.

Hormis Eutrope, qui écrit au IVe siècle, tous les autres auteurs antiques disent seulement que Trajan est originaire d’Hispanie, que sa famille vient d’Italica, sans pour autant affirmer qu’il est né sur place.

Le jour de sa naissance est le quatorzième jour avant les calendes d’octobre, c’est-à-dire le 18 septembre. L’année de sa naissance est par contre plus discutée, certains auteurs avancent l’an 56, se basant sur sa carrière sénatoriale, mais la grande majorité des historiens modernes considère dorénavant que Trajan est né en l’an 53.

Son père, Marcus Ulpius Traianus, est un sénateur de premier plan, préteur vers 59/60, légat de la legio X Fretensis durant la révolte juive en Judée en 67, probablement après avoir été proconsul en Bétique. Ulpius Traianus est peut-être un des premiers citoyens non établi en Italie à accéder au rang de sénateur romain et à gouverner sa province d’origine. En Judée, il sert aux côtés de Titus sous les ordres de Vespasien. Il est nommé consul suffect en 70 ou en 72.

Ulpius Traianus est ensuite élevé au rang de patricien en 73/74 lors de la censure conjointe de l’empereur Vespasien et de son fils Titus. À partir de 73 et jusque vers 76-78, Vespasien lui témoigne une grande confiance en lui confiant le poste de gouverneur impérial (légat d’Auguste propréteur) de Syrie pendant environ trois à cinq ans, le mettant à la tête de la principale force militaire en Orient. Entre l’automne 73 et 74, le père de Trajan lutte avec succès contre les Parthes, repoussant aisément une incursion de leur roi Vologèse.

Pour ses actions, il reçoit les ornements triomphaux, distinction rare et exceptionnelle pour l’époque. Il enchaîne ensuite en étant proconsul d’Asie et est fait sodalis Flavialis, c’est-à-dire membre du collège religieux attaché au culte des empereurs divinisés Vespasien puis Titus. Il décède probablement avant l’an 98.

Grâce à son consulat, son appartenance à la classe supérieure et son rang de vir triumphalis, il offre à son fils un chemin tout tracé vers une carrière sénatoriale.

On connaît peu la mère de Trajan. Elle fait peut-être partie de la famille des Marcii, au vu du nom de sa fille et des liens de Trajan avec cette famille, et est probablement issue d’une famille sénatoriale italienne de rang consulaire à l’époque de Tibère. De son mariage avec Marcus Ulpius Traianus est issue, outre Trajan, Ulpia Marciana, née avant 50. Elle épouse un Matidius, probablement Caius Salonius Matidius Patruinus, vers 63. Ce dernier est préteur et membre du collège religieux des Frères Arvales avant de décéder en 78.

De cette union naît Salonina Matidia. Cette dernière est mariée au moins deux fois, une première fois avec un Mindius, dont elle a une fille, Matidia, et la deuxième fois avec Lucius Vibius Sabinus, consulaire suffect, et c’est de ce mariage que naît Vibia Sabina, future épouse d’Hadrien. En troisièmes noces, elle épouse peut-être Libo Rupilius Frugi, ce qui ferait d’elle une des arrière-grands-mères de Marc Aurèle.

Par son père, Trajan a aussi une tante, Ulpia, qui épouse un certain Publius Aelius Hadrianus Marullinus. Ils ont pour fils Publius Aelius Hadrianus Afer et donc pour petit-fils Hadrien.

La paix signée par Domitien avec Décébale en l’an 89 à la suite de la guerre dacique de Domitien, avec le versement de subsides et l’aide d’ingénieurs romains, est une situation humiliante pour l’Empire, tout comme la reconnaissance d’un seul et unique roi des Daces, qui permet l’union de tout un royaume à la frontière des provinces romaines. L’empereur Trajan a également besoin d’un succès militaire pour asseoir sa légitimité.

L’occupation des montagnes de Dacie entraînerait la désorganisation et donc l’affaiblissement des peuples du bassin des Carpates, ce qui permettrait un développement pacifique des provinces frontalières de Mésie et de Thrace. Les riches gisements en or et en divers minerais de la Dacie sont peut-être un argument supplémentaire incitant à la conquête de la régiona. Mais cet aspect ne doit pas être surestimé : il semble qu’il n’ait pas été le principal objectif de Trajan. Ce dernier estime d’abord comme son devoir de punir Décébale, roi des Daces, qu’il tient pour responsable des résultats désastreux des campagnes de Domitien en 85 et 86.

Le 25 mars 101, Trajan quitte Rome à la tête de la garde prétorienne, accompagné de son préfet du prétoire Tiberius Claudius Livianus ainsi que d’un certain nombre de compagnons parmi lesquels Lucius Licinius Suraa 18, Quintus Sosius Senecio, Lusius Quietus, Cnaeus Pompeius Longinus et Publius Aelius Hadrianus, et se dirige vers la province de Mésie supérieure. Pour soutenir l’expédition, Trajan nomme de nouveaux gouverneurs dans les provinces limitrophes : Caius Cilnius Proculus en Mésie supérieure, Manius Laberius Maximus en Mésie inférieure et Lucius Iulius Ursus Servianus en Pannonie. Il réunit une armée composée des légions danubiennes ainsi que d’unités auxiliaires et de vexillations d’autres légions. Au total, ce sont environ 150 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, dont 75 à 80 000 légionnaires et 70 à 75 000 auxiliaires.

Après avoir traversé le Danube, l’armée romaine progresse en territoire dace sans rencontrer une grande résistance. Les Daces espèrent ainsi forcer les Romains à quitter leurs lignes de communications et d’approvisionnement et les isoler dans les montagnes. Jusqu’à Tapae, unique bataille de cette première campagne, Décébale évite toute confrontation armée. L’armée romaine engage alors le combat contre l’armée dace dans la bataille de Tapae. Celle-ci, comme le montrent les reliefs de la colonne, tourne en faveur des Romains, après des combats acharnés. Il ne s’agit pas pour autant d’un combat décisif, les Daces pouvant encore se replier dans les bastions des monts d’Orastie, bloquant ainsi la route menant à Sarmizegetusa Regia. L’arrivée de l’hiver marque l’arrêt des manœuvres. Trajan fait hiverner ses troupes en territoire ennemi et établit des garnisons autour de Sarmizegetusa, empêchant son ravitaillement.

En récompense de leurs services dans la première année de campagne, Lucius Licinius Sura et Lucius Iulius Ursus Servianus retournent à Rome pour devenir consuls éponymes. Quintus Sosius Senecio remplace Caius Cilnius Proculus en Mésie.

Au cours de l’hiver 101/102, Décébale, encerclé à l’ouest par les légions, décide de passer à l’offensive en ouvrant un nouveau front afin de diviser les forces romaines et libérer Sarmizegetusa. Le roi décide d’attaquer la Mésie inférieure, soutenu par les Sarmates Roxolans. Les deux armées, dace et sarmate, traversent le Danube et remportent quelques succès militaires. Le général Manius Laberius Maximus, gouverneur de la province, parvient néanmoins à les tenir à distance. Trajan quitte les monts d’Orastie, tout en y laissant une garnison suffisante pour supporter le harcèlement ennemi, et, grâce aux routes et à la flotte danubienne, intervient rapidement. Les forces daces et roxolanes sont arrêtées, peut-être l’une après l’autre, près de l’endroit où sera fondée la ville de Nicopolis ad Istrum par Trajan pour honorer la victoire, peut-être après avoir vainement assiégé le fort légionnaire de Novae. Les Daces sont ensuite sévèrement défaits à la bataille d’Adamclisi, en Dobroudja.

Vers le mois de mars 102, Trajan reprend alors l’offensive et avance de nouveau vers le royaume de Dacie, sur plusieurs fronts. La première colonne traverse le Danube au niveau du limes Oescus-Novae et continue le long de la vallée de l’Ost jusqu’au col suffisamment large et accessible de Turnu Rosu. Les deux autres colonnes progressent selon des itinéraires parallèles, et le point de jonction des trois colonnes se situe à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Sarmizegetusa, prenant la capitale dace à revers. Décébale, affaibli par sa défaite à Adamclisi et déstabilisé par la progression simultanée de l’armée romaine sur trois fronts dans un vaste mouvement de tenaille, voyant les forteresses daces tomber une à une et l’ennemi s’approcher de la capitale, décide de négocier une première fois la paix, mais c’est un échec et la guerre continue. Décébale, acculé à la paix, capitule, espérant éviter le massacre de la population de la capitale.

Les conditions de paix imposées par Trajan marquent la fin de la première guerre dacique. Malgré les succès remportés, il est clair que la grande victoire romaine attendue n’a pas eu lieu, en raison de l’affaiblissement des troupes romaines qui a empêché Trajan de pousser plus loin son avantage. Malgré des conditions de paix qui semblent très dures, Décébale préserve son pouvoir, maintient l’unité de son royaume ainsi que la majeure partie de son territoire. On ignore si l’objectif de Trajan est alors d’essayer de transformer le royaume dace en état client ou s’il pense déjà à une deuxième campagne décisive. À son arrivée à Rome à la fin du mois de décembre 102, Trajan célèbre un triomphe et prend le titre de « Dacicus ».

À la suite de ce premier traité, les Romains fortifient leurs positions dans les territoires occupés. Une autre réalisation importante est la construction du pont de Trajan enjambant le Danube à Drobeta sous la direction d’Apollodore de Damas, entre 103 et 105, un chef-d’œuvre de l’architecture antique, permettant de relier aisément Sirmium au Banat nouvellement annexé. Trajan s’emploie aussi sur le long du Danube moyen, sur la frontière panonienne, se méfiant des Marcomans, des Quades et des Iazyges qui n’ont pourtant pas soutenu les Daces mais restent menaçants.

Les préparatifs de guerre des Romains n’étant pas passés inaperçus, Décébale fait relever les forteresses détruites, reconstruit les fortifications autour de la capitale, forme une nouvelle armée. Il cherche à nouer de nouvelles alliances.

En 105, les Romains subissent l’attaque des Daces. Décébale reprend le Banat, alors sous contrôle romain puis attaque la Mésie romaine. Le fait que Décébale ne semble vouloir respecter aucune condition du traité de paix rend légitime une deuxième guerre. Le Sénat déclare alors la guerre pour la deuxième fois au royaume de Dacie.

Trajan repart pour la Dacie en juin 105. Il réunit une armée plus importante que lors de la première guerre, quatorze légions et de nombreuses unités auxiliaires, dont deux nouvelles légions : la II Traiana Fortis et la XXX Ulpia Victrix. Cela représente environ 175 à 200 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, pour moitié des légionnaires, pour moitié des troupes auxiliaires. Il s’agit de près de la moitié des effectifs militaires de l’Empire. Lucius Licinius Sura accompagne à nouveau l’empereur en tant que conseiller, ainsi que Lusius Quietus et ses Maures, et les généraux de l’empereur sont Quintus Sosius Senecio et Caius Iulius Quadratus Bassus.

Arc de Trajan, carte maximum, Tunisie.

L’empereur, en arrivant sur les rives du Danube, fait sans doute face à une situation difficile. Les incursions daces ont dévasté la province de Mésie inférieure. Selon les reliefs de la Colonne Trajane, Décébale serait même parvenu à prendre possession de plusieurs forts auxiliaires. De nombreux forts romains en Valachie sont occupés ou assiégés par les Daces, tout comme ceux construits le long du Danube. Le travail de reconquête dure tout l’été de 105, repoussant l’invasion du territoire dace à l’année suivante. Trajan vient renforcer les troupes du gouverneur de Mésie inférieure, Lucius Fabius Iustus, et repousse les Daces.

Pour l’année 106, Trajan réunit son armée et traverse le Danube sur le grand pont de Drobeta. Les alliés de Décébale, les Bures, les Roxolans et les Bastarnes, à l’annonce des préparatifs de guerre de Trajan, abandonnent le roi dace. Celui-ci, attaqué sur plusieurs fronts oppose une résistance désespérée et acharnée qui fait de nombreuses victimes. Décébale refuse de capituler et est contraint de quitter Sarmizegetusa. Finalement, après un long et sanglant siège, la capitale cède sous les coups des armées romaines qui se sont réunies depuis la fin de l’été. Toutes les forteresses des monts d’Orastie sont tombées. Trajan décide de ne pas accorder des conditions de paix semblables à la précédente paix. La soumission définitive de la Dacie est nécessaire et pour cela, il faut construire des routes, des forts et isoler l’ennemi sans lui concéder aucun avantage. Décébale cherche d’abord à trouver refuge dans le nord, dans les montagnes des Carpates, mais, une fois encerclé, se suicide.

C’est la fin de la guerre. Pendant plusieurs mois, l’armée romaine est encore engagée dans des actes de répression qui permettent de calmer l’agitation de la population locale. La monnaie de l’année célèbre la « Dacia capta ».

La paix signée par Domitien avec Décébale en l’an 89 à la suite de la guerre dacique de Domitien, avec le versement de subsides et l’aide d’ingénieurs romains, est une situation humiliante pour l’Empire, tout comme la reconnaissance d’un seul et unique roi des Daces, qui permet l’union de tout un royaume à la frontière des provinces romaines. L’empereur Trajan a également besoin d’un succès militaire pour asseoir sa légitimité.

L’occupation des montagnes de Dacie entraînerait la désorganisation et donc l’affaiblissement des peuples du bassin des Carpates, ce qui permettrait un développement pacifique des provinces frontalières de Mésie et de Thrace. Les riches gisements en or et en divers minerais de la Dacie sont peut-être un argument supplémentaire incitant à la conquête de la région. Mais cet aspect ne doit pas être surestimé : il semble qu’il n’ait pas été le principal objectif de Trajan. Ce dernier estime d’abord comme son devoir de punir Décébale, roi des Daces, qu’il tient pour responsable des résultats désastreux des campagnes de Domitien en 85 et 86.

Le 25 mars 101, Trajan quitte Rome à la tête de la garde prétorienne, accompagné de son préfet du prétoire Tiberius Claudius Livianus ainsi que d’un certain nombre de compagnons parmi lesquels Lucius Licinius Suraa 18, Quintus Sosius Senecio Lusius Quietus, Cnaeus Pompeius Longinus et Publius Aelius Hadrianus, et se dirige vers la province de Mésie supérieure. Pour soutenir l’expédition, Trajan nomme de nouveaux gouverneurs dans les provinces limitrophes : Caius Cilnius Proculus en Mésie supérieure, Manius Laberius Maximus en Mésie inférieure et Lucius Iulius Ursus Servianus en Pannonie. Il réunit une armée composée des légions danubiennes ainsi que d’unités auxiliaires et de vexillations d’autres légions. Au total, ce sont environ 150 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, dont 75 à 80 000 légionnaires et 70 à 75 000 auxiliaires.

Après avoir traversé le Danube, l’armée romaine progresse en territoire dace sans rencontrer une grande résistance. Les Daces espèrent ainsi forcer les Romains à quitter leurs lignes de communications et  d’approvisionnement et les isoler dans les montagnes. Jusqu’à Tapae, unique bataille de cette première campagne, Décébale évite toute confrontation armée. L’armée romaine engage alors le combat contre l’armée dace dans la bataille de Tapae. Celle-ci, comme le montrent les reliefs de la colonne, tourne en faveur des Romains, après des combats acharnés. Il ne s’agit pas pour autant d’un combat décisif, les Daces pouvant encore se replier dans les bastions des monts d’Orastie, bloquant ainsi la route menant à Sarmizegetusa Regia. L’arrivée de l’hiver marque l’arrêt des manœuvres. Trajan fait hiverner ses troupes en territoire ennemi et établit des garnisons autour de Sarmizegetusa, empêchant son ravitaillement.

En récompense de leurs services dans la première année de campagne, Lucius Licinius Sura et Lucius Iulius Ursus Servianus retournent à Rome pour devenir consuls éponymes. Quintus Sosius Senecio remplace Caius Cilnius Proculus en Mésie.

Au cours de l’hiver 101/102, Décébale, encerclé à l’ouest par les légions, décide de passer à l’offensive en ouvrant un nouveau front afin de diviser les forces romaines et libérer Sarmizegetusa. Le roi décide d’attaquer la Mésie inférieure, soutenu par les Sarmates Roxolans. Les deux armées, dace et sarmate, traversent le Danube et remportent quelques succès militaires. Le général Manius Laberius Maximus, gouverneur de la province, parvient néanmoins à les tenir à distance. Trajan quitte les monts d’Orastie, tout en y laissant une garnison suffisante pour supporter le harcèlement ennemi, et, grâce aux routes et à la flotte danubienne, intervient rapidement. Les forces daces et roxolanes sont arrêtées, peut-être l’une après l’autre, près de l’endroit où sera fondée la ville de Nicopolis ad Istrum par Trajan pour honorer la victoire, peut-être après avoir vainement assiégé le fort légionnaire de Novae. Les Daces sont ensuite sévèrement défaits à la bataille d’Adamclisi, en Dobroudja.

Colonne Trajan, entier postal, Roumanie.

Vers le mois de mars 102, Trajan reprend alors l’offensive et avance de nouveau vers le royaume de Dacie, sur plusieurs fronts. La première colonne traverse le Danube au niveau du limes Oescus-Novae et continue le long de la vallée de l’Ost jusqu’au col suffisamment large et accessible de Turnu Rosu. Les deux autres colonnes progressent selon des itinéraires parallèles, et le point de jonction des trois colonnes se situe à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Sarmizegetusa, prenant la capitale dace à revers. Décébale, affaibli par sa défaite à Adamclisi et déstabilisé par la progression simultanée de l’armée romaine sur trois fronts dans un vaste mouvement de tenaille, voyant les forteresses daces tomber une à une et l’ennemi s’approcher de la capitale, décide de négocier une première fois la paix, mais c’est un échec et la guerre continue. Décébale, acculé à la paix, capitule, espérant éviter le massacre de la population de la capitale.

Les conditions de paix imposées par Trajan marquent la fin de la première guerre dacique. Malgré les succès remportés, il est clair que la grande victoire romaine attendue n’a pas eu lieu, en raison de l’affaiblissement des troupes romaines qui a empêché Trajan de pousser plus loin son avantage. Malgré des conditions de paix qui semblent très dures, Décébale préserve son pouvoir, maintient l’unité de son royaume ainsi que la majeure partie de son territoire. On ignore si l’objectif de Trajan est alors d’essayer de transformer le royaume dace en état client ou s’il pense déjà à une deuxième campagne décisive. À son arrivée à Rome à la fin du mois de décembre 102, Trajan célèbre un triomphe et prend le titre de « Dacicus ».

À la suite de ce premier traité, les Romains fortifient leurs positions dans les territoires occupés. Une autre réalisation importante est la construction du pont de Trajan enjambant le Danube à Drobeta sous la direction d’Apollodore de Damas, entre 103 et 105, un chef-d’œuvre de l’architecture antique, permettant de relier aisément Sirmium au Banat nouvellement annexé. Trajan s’emploie aussi sur le long du Danube moyen, sur la frontière panonienne, se méfiant des Marcomans, des Quades et des Iazyges qui n’ont pourtant pas soutenu les Daces mais restent menaçants.

Les préparatifs de guerre des Romains n’étant pas passés inaperçus, Décébale fait relever les forteresses détruites, reconstruit les fortifications autour de la capitale, forme une nouvelle armée. Il cherche à nouer de nouvelles alliances.

En 105, les Romains subissent l’attaque des Daces. Décébale reprend le Banat, alors sous contrôle romain puis attaque la Mésie romaine. Le fait que Décébale ne semble vouloir respecter aucune condition du traité de paix rend légitime une deuxième guerre. Le Sénat déclare alors la guerre pour la deuxième fois au royaume de Dacie.

Trajan repart pour la Dacie en juin 105a 27,i 2. Il réunit une armée plus importante que lors de la première guerre, quatorze légions et de nombreuses unités auxiliaires, dont deux nouvelles légions : la II Traiana Fortis et la XXX Ulpia Victrix. Cela représente environ 175 à 200 000 hommes qui sont déployés par l’Empire, pour moitié des légionnaires, pour moitié des troupes auxiliaires. Il s’agit de près de la moitié des effectifs militaires de l’Empire. Lucius Licinius Sura accompagne à nouveau l’empereur en tant que conseiller, ainsi que Lusius Quietus et ses Maures, et les généraux de l’empereur sont Quintus Sosius Senecio et Caius Iulius Quadratus Bassus.

L’empereur, en arrivant sur les rives du Danube, fait sans doute face à une situation difficile. Les incursions daces ont dévasté la province de Mésie inférieure. Selon les reliefs de la Colonne Trajane, Décébale serait même parvenu à prendre possession de plusieurs forts auxiliaires. De nombreux forts romains en Valachie sont occupés ou assiégés par les Daces, tout comme ceux construits le long du Danube. Le travail de reconquête dure tout l’été de 105, repoussant l’invasion du territoire dace à l’année suivante. Trajan vient renforcer les troupes du gouverneur de Mésie inférieure, Lucius Fabius Iustus, et repousse les Daces.

Pour l’année 106, Trajan réunit son armée et traverse le Danube sur le grand pont de Drobeta. Les alliés de Décébale, les Bures, les Roxolans et les Bastarnes, à l’annonce des préparatifs de guerre de Trajan, abandonnent le roi dace. Celui-ci, attaqué sur plusieurs fronts oppose une résistance désespérée et acharnée qui fait de nombreuses victimes. Décébale refuse de capituler et est contraint de quitter Sarmizegetusa. Finalement, après un long et sanglant siège, la capitale cède sous les coups des armées romaines qui se sont réunies depuis la fin de l’été. Toutes les forteresses des monts d’Orastie sont tombées. Trajan décide de ne pas accorder des conditions de paix semblables à la précédente paix. La soumission définitive de la Dacie est nécessaire et pour cela, il faut construire des routes, des forts et isoler l’ennemi sans lui concéder aucun avantage. Décébale cherche d’abord à trouver refuge dans le nord, dans les montagnes des Carpates mais, une fois encerclé, se suicide.

C’est la fin de la guerre. Pendant plusieurs mois, l’armée romaine est encore engagée dans des actes de répression qui permettent de calmer l’agitation de la population locale. La monnaie de l’année célèbre la « Dacia capta ».

Trajan décède à Selinus, le 8 ou le 9 août 117, sur le chemin de retour pour Rome, des suites d’une grave maladie. Considérablement affaibli par sa dernière campagne, un accident vasculaire cérébral le rend hémiplégique. Il succombe quelques jours plus tard des suites de graves complications respiratoires. Les symptômes de la maladie semblent correspondre à des conséquences du paludisme.

Il est dit qu’il a finalement adopté Hadrien sur son lit de mort. Les circonstances opaques de cette adoption ont entrainé de nombreuses spéculations et controverses. Dion Cassius prétend qu’Hadrien n’a jamais été adopté, mais qu’il s’agit d’une manœuvre de l’impératrice Plotine et du préfet du prétoire Publius Acilius Attianus. Les historiens modernes sont eux-mêmes divisés sur la réalité de cette adoption.

Le corps de Trajan est transféré sur ordre d’Hadrien à Séleucie de Piérie et incinéré. Ses cendres sont ensuite ramenées à Rome et placées dans la base de la colonne Trajane, bien que les funérailles d’un empereur dans l’enceinte de la ville, à l’intérieur du pomœrium, soient inhabituelles : Trajan reste, jusqu’à l’antiquité tardive, le seul empereur à être enterré dans les limites de la ville.

Trajan devait être à Rome en janvier 118, pour participer aux cérémonies de ses vingt ans de règne en tant qu’Empereur Auguste : mais le sort en décidera autrement, et les fêtes et autres cérémonies furent annulées. Au départ, la colonne Trajane n’était pas destinée à recevoir les cendres de Trajan : après la décision de la plèbe et des sénateurs de transférer les cendres de Trajan sous la colonne, des travaux furent entrepris pour aménager une niche pour recevoir l’urne en or avec les cendres de l’empereur. La cérémonie d’inhumation eut lieu quelques mois plus tard, en présence d’Hadrien, le nouvel empereur, et de Plotine, la veuve de Trajan. Celle-ci sera inhumée avec son époux vers 127/128.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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