Titu Maiorescu, avocat, essayiste, critique littéraire et homme d’état.

Titu Maiorescu (15 février 1840, Craiova – 18 juin 1917, Bucarest) est une figure de la renaissance culturelle roumaine, avocat, essayiste, critique littéraire, franc-maçon, homme d’État, ministre de l’intérieur et membre fondateur de l’Académie roumaine et de la société littéraire Junimea. Auteur de la théorie sociologique des « formes sans fond », il a été le chef de file de la société littéraire Junimea et la « pierre angulaire » sur laquelle repose l’œuvre de Mihai Eminescu, de Ion Luca Caragiale et de Ioan Slavici.

Par ses critiques littéraires, il a largement contribué au développement culturel de la Roumanie dans la seconde moitié du xixe siècle. Il enseigna à l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iași, la plus ancienne du pays, fondée en 1860 par un décret d’Alexandru Ioan Cuza.

Membre du Parti conservateur, il a été ministre des affaires étrangères entre 1910 et 1914 puis président du Conseil des ministres du Royaume de Roumanie de 1912 à 1914. Il a représenté la Roumanie lors de la conférence de paix de 1913 à Bucarest qui mit un terme à la seconde guerre balkanique.

Maiorescu, carte maximum, Roumanie.

Tant en littérature qu’en politique et par affinités civilisationnelles, il penchait plutôt vers l’Allemagne que vers la France. Il s’opposa à l’entrée de la Roumanie dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Alliés, mais refusa également de collaborer avec l’armée allemande après qu’elle eut envahi le pays.


Titu Maiorescu naît à Craiova (Roumanie), le 15 février 1840. Il est le premier enfant de Ioan Maiorescu et de Maria Popazu. Son père avait été une personnalité prééminente de la vie politique et culturelle de la Transylvanie.

Titu Maiorescu suit les cours de l’école primaire de Craiova. Là, il prend des leçons de calligraphie avec le peintre Constantin Lecca et il fait usage des connaissances en latin acquises de son père. Pendant la Révolution, il arrive avec sa famille à Sibiu, et puis, par l’intermédiaire d’Avram Iancu, à Blaj et enfin à Brașov.

En 1851, Maiorescu s’établit à Vienne, où son père remplit la fonction d’interprète auprès du Ministère de Justice. En octobre, il s’inscrit à l’Académie de la reine Thérèse (dite aussi Theresianum). Les frais de scolarité sont couverts par le monarque Barbu Stirbei.

Dans cette période, il commence la rédaction de ses Notes quotidiennes (tenues jusqu’en juillet 1917, en 42 cahiers qui se trouvent aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Académie Roumaine et à la Bibliothèque centrale d’État) qui constituent une source précieuse pour la compréhension de Maiorescu en tant qu’homme. Ses notes nous brossent un Maiorescu qui, dès son adolescence, se révèle un caractère fort, ambitieux, aimant l’ordre, passionné par la culture. Il cherche à s’affirmer, par ses capacités intellectuelles, devant ses camarades autrichiens, qui, provenant de familles aristocratiques, le traitent avec dédain.

Grâce à son Journal, on connaît le programme de travail que Maiorescu s’imposa pendant ses années d’étude. À 15 ans, par exemple, sa journée de travail commençait à 6 h 30 et finissait vers 23 h 30, avec une petite pause de déjeuner. Il se donnait pour tâche de travailler 200 lignes en latin et 100 lignes en grec, il s’attachait aussi à apprendre des chapitres entiers de grammaires latine, grecque, française et anglaise, il tâchait de s’exercer à la flûte, de s’accorder une demi-heure de dessin et de faire ses quatre exercices de mathématiques quotidiens. Des listes substantielles de titres de spectacles et des lectures viennent compléter ses études. Là, figurent, entre autres, Shakespeare, Kotzebue, Schiller, Goethe, Lessing, Rossini, Mozart, Donizetti, Meyerbeyer, Virgile et Homère.

Ce programme de travail ahurissant n’arrive pas pour autant à colmater un certain vide intérieur. « A la maison, comme ci, comme ça. Avec maman, comme toujours, pas mal ; avec ma sœur je ne n’échange que les paroles absolument nécessaires; quant à papa, encore pire; s’il me donne quelque chose à travailler, je le fais; finis; s’il me gronde, je me tais et je m’en fous; si j’ai fait quelque chose de mal, j’ai des remords; mais voilà qu’en général il me gronde parce qu’il est de mauvaise humeur et il ne sait pas comment décharger sa bile. »

Le succès qu’il remporte en 1858, quand il finit ses études à Theresianum en tant que chef de promotion, constitue le corollaire de ses efforts et de sa volonté remarquable.

Maiorescu, entier postal, Roumanie.

La hâte qu’il manifeste dans l’obtention de diplômes universitaires (après une seule année d’études à Berlin, il passe le doctorat de Philosophie, mention magna cum laude, à Giessen; au bout d’une autre année, il obtient la licence ès Lettres et Philosophie à la Sorbonne), ne nuit pas au sérieux qu’il attache à ses études.

À côté de son activité universitaire, pendant son séjour à Berlin, Maiorescu enseigne la psychologie dans des pensionnats privés et la langue française dans la maison Kremnitz. Là, il enseigne le français aux quatre enfants de la famille: Klara (sa future épouse), Hélène, Wilhelm (le futur Dr W. Kremnitz, mari de Mite Kremnitz) et Hermann.

Pendant l’été de 1862, il est assigné suppléant au Tribunal d’Ilfov, ensuite procureur. Il épouse son élève, Klara Kremnitz. En novembre/décembre, il devient professeur à l’Université de Iaşi et directeur du collège central de la même ville.

En 1863 on lui confie le cours d’histoire à l’Université, sur le thème L’histoire de la République Romaine de l’introduction des tribuns des plébéiens à la mort de Jules César: développement économique et politique. De février à septembre, Maiorescu remplit la fonction de doyen à la Faculté de Philosophie de Iaşi. Le 18 septembre 1863, il est élu recteur de  l’Université de Iaşi pour une période de quatre ans. En octobre, il est nommé directeur de l’École normale Vasile Lupu de Iaşi. Là, il enseigne la  pédagogie, la grammaire roumaine et la rédaction. Il introduit chez nous le stage pédagogique des élèves.

La société littéraire Junimea prend naissance en 1863, à Iaşi, à l’initiative d’un groupe d’intellectuels revenus au pays après des études à l’étranger : P.P. Carp (docteur en droit à Bonn et traducteur de Shakespeare), Jacob Negruzzi (docteur en droit à Heidelberg et futur secrétaire de Junimea), Vasile Pogor (futur docteur en droit à Paris, traducteur de poésie française: Baudelaire, Leconte de Lisle, Th. Gautier, V. Hugo), Theodor Rosetti (docteur en droit à Berlin, beau-frère du souverain Cuza) et Maiorescu, comme chef de file.

Véritable institution de la culture roumaine, Junimea a été, pendant des décennies, le laboratoire de création des plus grands écrivains, critiques littéraires et savants de l’époque. Ceux-ci trouvaient dans le climat des réunions ou dans la revue Convorbiri literare (Conversations littéraires), parue le 1er mars 1867, une occasion « ouverte » d’affirmer et de commenter leurs œuvres. L’histoire littéraire a beaucoup débattu, dès l’apparition du phénomène, des caractéristiques de Junimea, sa dimension culturelle et politique ambiguë sa contribution à l’évolution de l’esprit critique, à l’éducation publique du goût et à l’acte de création proprement dit; néanmoins, le rôle immense que cette société a joué dans la culture roumaine a été reconnu à l’unanimité.

En évoquant la période du commencement de Junimea, Gh. Panu montre que la société était alors divisée en trois groupes, selon les formations différentes : le courant allemand (Maiorescu, Eminescu, Pogor,  Bodnareanu), français (Vargolici, Serbanescu) et même latiniste (Miron Pompiliu, Burla). « À l’époque, à Junimea, toute la philosophie allemande, en commençant par Fichte, Hegel, Kant, et surtout Schopenhauer, était en vogue. Le rationalisme pur, le bouddhisme, la migration des âmes dans la doctrine de la métempsycose, l’hégélianisme et toutes ses déductions logiques, tout se croisait chez les adeptes, provoquant des confusions étonnantes. ».

Les junimistes s’évertueront à intégrer la culture roumaine dans l’orbite de l’esprit européen, tout en encourageant l’épanouissement du spécifique national.

Le docteur en philosophie commence son œuvre par les fondements: l’enseignement et la langue nationale, son rêve en tant que ministre de l’Instruction publique étant celui d’élaborer une nouvelle loi de l’enseignement. « De l’apprentissage de la langue roumaine dans les écoles primaires doit commencer notre régénération culturelle » souligne-t-il dans l’Annuaire de 1863-1864. Il formule cet impératif, en partie à cause de son idéal pédagogique et civique, mais surtout à la suite de l’évaluation du mauvais état des choses dans le système d’enseignement de l’époque. « La langue roumaine est mutilée dans nos écoles ». Du coup, la première manifestation de son esprit critique sera l’analyse des manuels de grammaire. Ensuite, il rédigea un compendium intitulé les Règles de la langue roumaine à l’intention des débutants.

L’ample étude “De l’écriture de la langue roumaine” (1866) est conçue comme une répartie lancée aux écoles étymologique et phonétique. La question de l’orthographe était à l’ordre du jour après l’adoption de la loi qui prévoyait le passage de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin (1860).

Ses principes linguistiques sont de bon sens: « Une méthode, avant d’être phonétique, étymologique ou phonético-etymologique, doit en premier lieu être logique ». Maiorescu était au courant des théories linguistiques européennes. Son point de départ était que la langue était comme un organisme et qu’on ne pouvait y intervenir selon la simple volonté des philologues; la langue a ses raisons internes, sa loi suprême étant l’usage. Le système orthographique proposé par Maiorescu, qui sera adopté par l’Académie en 1880, se caractérise par un « phonétisme tempéré par des nécessités étymologiques ».

Dans le domaine lexical, Maiorescu a plusieurs orientations à combattre : le purisme latiniste, l’analogisme, le germanisme, l’italianisme.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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