Saint-Patrick d’Irlande, Saint semi-légendaire.

Patrick d’Irlande, saint Patrice en français ou saint Patrick en anglais, est un saint semi-légendaire qui a été le sujet d’une grande production hagiographique interrogée par la critique moderne qui cherche à établir le degré d’historicité de ce personnage. Sur une mince trame historique, l’imagination des hagiographes a en effet brodé quantité d’épisodes qui ont gardé fort peu de rapports avec les faits historiques, construisant la légende patricienne sur laquelle les travaux des chercheurs modernes ont progressivement discerné le souvenir de traditions païennes de l’Irlande, des emprunts à la Bible et des topos littéraires. Les dates et lieux traditionnellement retenus, relatifs à sa biographie, sont une naissance vers 386 en Bretagne insulaire, une mission en Irlande en 432 et une mort le 17 mars 461 à Down, Ultonie. Cette tradition en fait un saint chrétien fêté le 17 mars. Des traditions concurrentes lui donnent une date de naissance comprise entre 373 à 390, une date de mort vers 460 ou entre 489 et 496, les dates tardives résultant probablement d’une confusion avec Palladius.
Saint patron de l’Irlande, il est considéré comme son évangélisateur et comme le fondateur du christianisme irlandais. La légende de ce missionnaire thaumaturge n’est ainsi pas purement hagiographique et mythique, mais elle a aussi un caractère patriotique et nationaliste. Avec l’introduction du christianisme en Irlande au Ve siècle, se développe une littérature hagiographique essentiellement élaborée à partir du VIIe siècle par des moines lettrés irlandais chargés de rédiger des Vitæ (vies de saints en latin, puis en langue vernaculaire) et qui enregistrent en même temps les récits épiques et mythologiques transmis oralement auparavant pendant des siècles. Cette production hagiographique irlandaise, intense et originale, est ainsi imprégnée de relents de « paganisme celtique » et de syncrétisme5. C’est ce contexte de prosélytisme qui amène les études critiques actuelles à s’interroger sur l’historicité de ces récits, et notamment de l’hagiographie patricienne (relative à Patrick), vitæ et Annales irlandaises. Maints épisodes de la biographie de ce saint ne sont pas prouvés historiquement. Les très nombreux textes hagiographiques anciens le concernant rapportent beaucoup de légendes parfois contradictoires qui ne peuvent être reliées à aucun des faits historiques attestés. Il subsiste deux écrits latins qui sont généralement acceptés comme ayant été écrits par Patrick. Ces deux textes très lacunaires sujets à caution, sont la “Déclaration“ (Confessio) et la “Lettre aux soldats de Coroticus“ (Epistola), d’où proviennent les seuls détails généralement acceptés de sa vie. La “Déclaration“ est la plus biographique des deux et doit être interprétée comme action de grâce en non comme la confession du pécheur. D’autres sont élaborés par des moines au VIIe siècle. Il s’agit du Liber Angeli (Livre des Anges), des Collectanea de Tírechán (en) et de la Vita sancti Patricii (Vie de saint Patrick) de Muirchú (en). Ces œuvres traduisent probablement « la situation politique des monastères dont elles se fixent pour objectif de promouvoir les fondateurs » par une stratégie de récupération du culte de Patrick. Le Livre d’Armagh composé au IXe siècle et qui reprend le Liber Angeli, met en scène, de manière extravagante, la tradition de saint Patrick qui choisit Armagh pour établir sa mission et conférer à la ville, avec la première église en pierre, la primauté sur toutes les églises chrétiennes d’Irlande. De plus, ces hagiographies rédigées lors du conflit entre Rome et les chrétientés celtiques, épousent manifestement les thèses de la cause romaine, aussi manquent-elles de fiabilité. Selon la « Confession », d’origine britto-romaine, il serait né entre 373 et 390 en Bretagne insulaire, dans une villa près du vicus de Bannaven Taberniæ (ou Banna Venta Berniæ), localité non identifiée, ce qui permet à plusieurs contrées de revendiquer être son lieu de naissance : près de Carlisle dans le pays de Galles, dans le Devon, à Ravenglass ou la Severn Valley (en) dans le Cumberland en Angleterre. Selon une tradition plus tardive et légendaire, la Vita tripartita Sancti Patricii (en), il serait né à Old Kilpatrick (en), village écossais. Certains auteurs du XIXe siècle proposaient même Boulogne-sur-Mer en France, faisant un rapprochement hasardeux entre Bannauen Taberniæ, et l’ancienne forme de Boulogne, Bononia. Une autre étymologie populaire relevant du légendaire le fait naître à Bonaban, aujourd’hui commune de La Gouesnière. Son père, Calpurnius, membre du conseil de la petite colonie romaine, exerce les fonctions de « décurion », c’est-à-dire de collecteur des impôts de l’empire, et de diacre, mais n’est pas considéré comme un homme très religieux. Son grand-père Potitus était prêtre, sa grand-mère était originaire de Touraine, en Gaule. Dans sa « Confession », Patrick ne mentionne pas le nom de sa mère. Elle apparaît dans la Vita sancti Patricii de Muirchú sous le nom de Concessa. Bien qu’il s’agisse probablement d’une invention, une inscription romano-bretonne découverte à l’abbaye d’Hexham et portant la mention Q. Calpurnius Concessinus a remis sur le devant de la scène cette hypothèse à laquelle le chroniqueur Marianus Scotus donne du prestige au XIe siècle. Ce dernier fait de Concessinus la sœur de Martin de Tours. Il reçoit une éducation de base en latin, comme tout fils de l’aristocratie britto-romaine.
L’imaginaire irlandais, épreuve de luxe.
Tírechán rapporte les quatre noms de Patrick qu’il a trouvés, dit-il, dans le Livre de l’évêque Ultan : « Sanctus Magonus (qui est clarus) ; Succetus (qui est deus belli), Patricius (qui est pater ciuium) ; Cothirthiacus (quia seruiuit quattuor domibus). ». Diverses hypothèses ont été données sur l’attribution de ces noms. Il semble le plus probable que ces dénominations correspondent à la tria nomina romaine, son nom complet étant « Magonus Succatus Patricus » tandis que Cothirthiacus est une latinisation de Cothrige ou Cothraige, ancienne forme irlandaise de Patricius. Des traditions locales peu crédibles considèrent que ses parents l’appelaient par son nom celte Maun ou Maewyn Succat, ce dernier nom apparaissant sous différentes formes (Succetus, Succet, Socket, Suchet, Suchat) dans les annales irlandaises. Selon la « Confession », des pirates scots ou pictes (Niall « aux neuf otages » est parfois mentionné comme un de ces pirates) enlèvent vers 405 Patrick, à l’âge de seize ans, dans sa villa près de Bannaven Taberniæ. Ces derniers le vendent, avec plusieurs de ses serviteurs, comme esclave en Irlande. Durant ses six années de captivité (dans une cage la nuit), près du bois de Fochoill (en Mayo) selon la tradition, il aurait été berger pour le compte d’un chef de clan irlandais. Peu religieux avant sa capture, il rencontre Dieu et devient un chrétien dévot. Selon la Vita tripartita Sancti Patricii (en), une tradition à l’historicité douteuse, ses parents le mènent à seize ans visiter l’Armorique. Des princes scots exilés massacrent sa famille. Épargnés en raison de leur jeunesse mais retenus captifs, Patrick et ses deux sœurs Lupait et Tigris auraient ensuite été convoyés vers l’Irlande pour y être vendus comme esclaves. Pendant ses six années de captivité, Patrick apprend la langue et se persuade de l’urgence qu’il y a à conquérir au Christ ces païens « enfermés dans leurs abominables superstitions ». Selon sa « Confession » hagiographique, il a une vision de Dieu une nuit qui lui dit de rejoindre le rivage et de s’embarquer sur un bateau. Il s’exécute et parvient à rejoindre les côtes de Bretagne insulaire vers 411. Selon la légende, son bateau s’échoue. Pressés par la faim, ses compagnons d’infortune prient leurs dieux païens pour obtenir de la nourriture, en vain. Ils demandent alors à Patrick de prier son étrange dieu chrétien, et grâce à son intercession, un troupeau de porcs et des rayons de miel sauvage apparaissent. Impressionnés, les marins se convertissent au christianisme. C’est à cette date que les légions romaines quittent la Bretagne, aussi Patrick voit-il s’écrouler un ordre qui, durant trois siècles, a régné sur l’île, lui apportant la civilisation puis le christianisme. Diverses traditions (l’Hymne de Fíacc, les Collectanea de Tírechán et la Vita Tripartita) font mention d’un voyage de Patrick en Gaule pour acquérir la formation religieuse qui lui manque, mais cette hypothèse d’une formation ecclésiastique à l’étranger reste spéculative. Débarquant en Armorique, il aurait traversé la Gaule, et gagné des « îles de la mer », sans préciser le lieu exact. Une tradition tardive le fixe dans les îles de Lérins où il se serait installé au monastère de Saint-Honorat. Il s’y serait consacré à des études théologiques pendant deux années. Une tradition tout aussi incertaine, la Vita sancti Patricii de Muirchú, le fait se rendre ensuite à Auxerre auprès de saint Germain, où il devient diacre puis évêque38. La durée de son séjour en Gaule (au maximum de 415 à 432) est sujette à débat. Selon les Annales d’Ulster, en 432, à la demande du pape Célestin, Patrick se rend en Irlande, débarquant à Saul, près de Downpatrick. La chronique de Prosper d’Aquitaine nous apprend qu’en 431, le pape y a déjà dépêché un évêque, Palladius, afin de lutter contre l’hérésie pélagienne en Irlande. Le choix de l’année 432 n’est probablement pas anodin, la tradition voulant souligner l’échec de Palladius qui ne parlait pas le gaélique et la primauté de Patrick et faire de lui le principal évangélisateur qui aurait converti l’île païenne au christianisme en défiant les druides dans des joutes singulières comme l’épreuve du feu. Certains historiens modernes se basent sur une tradition contradictoire de la fin du VIIIe siècle, les Collectanea, qui fixe la date de débarquement de Patrick en Irlande le 5 avril 456, un jeudi saint.
Saint-Patrick, carnet de 10 timbres, Irlande.
Pour ce citoyen romain, l’Empire romain est synonyme de civilisation et sa déportation en Irlande lui fournit l’occasion de convertir ce peuple « barbare ». Pendant les premières années de sa mission, il prêche au milieu de l’assemblée générale des rois et des États de toute l’Irlande qui se tient chaque année à Tara qui était à la fois le palais du grand monarque d’Irlande, le lieu de séjour de druides et le chef-lieu de la religion du pays. Le fils de Neill qui était grand roi, se déclare contre le saint et contre sa doctrine, mais plusieurs princes se convertissent : le père de saint Benen qui deviendra le successeur de Patrick au siège épiscopal d’Armagh, puis les rois de Dublin, de Munster et les sept fils du roi de Connacht. Il prend le titre d’évêque, peut-être de sa propre autorité (ce qui expliquerait que son autorité ait été contestée par la hiérarchie ecclésiastique bretonne), et contribue à la diffusion du christianisme. On le trouve mentionné en 432 sous le nom de Patricius en latin (qui désignait à l’époque un membre de l’aristocratie : « patricien », « patrice » ou « noble »). En langue gaélique, Patrick s’écrit Pãdraig dont la transcription quasi-phonétique donne en anglo-saxon Patrick. Selon la tradition, il crée le diocèse d’Armagh en 445 (ce qui en fait le plus ancien des diocèses constitués dans les îles Britanniques) et tient plusieurs conciles où il pose les canons et la discipline de l’église d’Irlande qu’il a fondée. Escorté de ses neveux, Mel (en) et Melchuo — Mel devint évêque d’Ardagh et Melchuo probablement évêque itinérant —, ainsi que d’assistants venus avec lui de Gaule, Patrick sillonne toute l’Irlande prêchant, enseignant, et aurait fondé selon la légende 365 évêchés et trois monastères : Armagh, Damnach-Padraig et Sabhal-Padraig. Ces monastères couvriront à leur tour toute l’Irlande de centaines de prieurés avec des écoles, permettant aux moines de recueillir par écrit les monuments de la riche tradition littéraire orale de l’Irlande païenne, son histoire, sa mythologie, sa législation, ses généalogies, ses épopées, sa musique. Selon une tradition tardive légendaire, Patrick se serait emparé, lors d’un sermon au rock de Cashel, d’un trèfle à trois feuilles pour faire comprendre le mystère de la Sainte Trinité. Les figures de triades étaient familières à la religion celtique : le trèfle deviendra ainsi le symbole de l’Irlande, et la tradition en attribue l’origine à Patrick. Selon certaine sources (les moines de Lérins en particulier), Patrick aurait représenté la chapelle de la Sainte-Trinité de l’île Saint-Honorat, qui présentait une forme architecturale proche du trèfle (une nef et trois chapelles circulaires), afin de représenter la Trinité. La tradition populaire raconte que c’est par sa bénédiction que tous les serpents ont été chassés du pays, action qui symbolise la conversion du peuple irlandais : les serpents représentent l’« antique ennemi », c’est-à-dire Satan, rendu responsable de l’ignorance du Dieu véritable. Cette image évangélisatrice est cependant à nuancer, Patrick n’hésitant pas à baptiser des païens convertis contre la volonté de leurs familles, ce qui suscite parfois des mouvements d’hostilité. Dans le cimetière situé à proximité de la cathédrale de Down, une pierre tombale supposée marquer l’emplacement de la dépouille du saint. Après de longues années d’évangélisation, il se retire au prieuré de Down en Ultonie. Selon la Vita sancti Patricii (Vie de saint Patrick) de Muirchú (en), il y serait mort le 17 mars 461 (ou entre 489 et 496 selon des traditions tardives légendaires et les Annales irlandaises qui le font vivre, comme Moïse, jusqu’à l’âge de 120 ans) mais cette date ne fait pas l’unanimité des spécialistes et le lieu de sépulture de Downpatrick est rejeté par la plupart des chercheurs. Cet emplacement est né en effet de la volonté du seigneur Jean de Courcy, implanté en Ulster en 1177, qui exauce la Prophétie de Berchán dont un passage hagiographique prévoit que saints Patrick, Brigitte et Columb Cille (tous trois patrons de l’Irlande) soient enterrés à Downpatrick. Ayant intérêt à la promotion de la métropole d’Armagh pour contrer les prétentions du siège de Dublin, Jean de Courcy favorise en 1186 l’invention des reliques des trois saints, par Malachie, l’archevêque d’Armagh. Jean de Courcy dédie à saint Patrick la cathédrale de Down et y fait placer les sépultures des trois saints. La pierre tombale en granit de Mourne, érigée en 1900 par l’antiquaire Francis Joseph Bigger près de la cathédrale de Down, marque l’emplacement supposé de la sépulture de Patrick. Symbole de syncrétisme, une croix d’inspiration celtique est gravée dessus, accompagnée du nom de Patrick. Ce monolithe a été érigé afin de dissuader les visiteurs d’emporter chez eux une poignée de terre. À sa mort, l’Irlande bénéficie de la paix civile, elle est majoritairement chrétienne, sans avoir compté un seul martyr. Malgré son influence, un siècle après sa mort il ne resta plus rien de l’organisation ecclésiastique qu’il a mise en place. Désormais, la vie religieuse s’organise autour des monastères, les nouveaux centres de propagation de la foi, qui vont créer des succursales dans toute la Bretagne insulaire, et de proche en proche dans toute l’Europe, comme en Suisse celle de Saint-Gall, en Italie celle de Bobbio, en Flandre celle de Marchiennes, formant des hommes d’exception comme saint Colomban ou Alcuin, et jetant les fondements de la Renaissance carolingienne. Voir aussi cette vidéo : (en anglais).
Sources : Wikipédia, YouTube.

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