Rouen ville martyre en 1944.

En 1944, Rouen (76), ville déjà bombardée, notamment en septembre 1942 et en septembre 1943, connut plusieurs vagues de bombardements dont celle, terrible, du 19 avril, celle de “la semaine rouge” (du 30.05.1944 au 05.06.1944) et celle du 25.08.1944 qui verra l’anéantissement de l’armée allemande du front Ouest. Hors ceux de 1940, tous les bombardements de la capitale normande et de son agglomération seront le fait de l’aviation alliée.

Le bilan de ces bombardements, 24 jours entre 1940 et 1944 avec des milliers de tonnes de bombes déversées, sera catastrophique pour Rouen et sa région. Pour la seule capitale normande, on dénombrera 1.600 victimes civiles, 8.000 logements détruits (soit 26.650 Rouennais complètement sinistrés et 13.450 sinistrés partiels).

Le patrimoine architectural sera profondément endommagé (cathédrale, églises, palais de justice, etc.) ainsi que les infrastructures (ponts, port, gares, notamment la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen…). Il faudra vingt ans pour tout reconstruire.

Malgré la succession rapide des opérations dans la poche de Falaise, plusieurs dizaines de milliers d’Allemands avaient réussi à s’échapper de Basse Normandie avant que les pinces des armées alliées ne se referment à Chambois. D’autres encore avaient réussi à sortir au cours des combats pour la poche. Au final, avec les garnisons et les troupes d’occupation, c’est plus de 250 000 soldats qui étaient cantonnés sur la rive gauche de la Seine dans les derniers jours d’août. Ces troupes, harcelées par les FFI et poursuivies par les alliés, cherchaient désormais à se dérober vers l’Est. La prise de Mantes par la 3e Armée de Patton, et la progression des Anglo-Canadiens sur le flanc Nord, créaient en effet le risque d’un nouvel encerclement.

Pour se sortir du piège avant qu’il ne soit trop tard, les Allemands réussirent à réorganiser quelques points de défense destinés à ralentir la progression alliée le temps de trouver un moyen de passer le fleuve.
Sur le flanc nord, les restes du 86e Korps s’opposaient au 1er Corps britannique, retardant autant que possible sa marche vers l’estuaire. Au sud, le 81e Korps avait la délicate mission de ralentir les Américains. Entre ces deux corps d’armée relativement frais même si composés d’unités de faible valeur, le centre du dispositif allemand était constitué de ce qui, écrasé par le rouleau compresseur allié, était parvenu à s’échapper de la poche de Falaise: formant des défenses souvent improvisées, quelques canons anti-chars habilement positionnés permettent néanmoins de retarder pour quelques heures la ruée des blindés alliés.

Rouen ville martyre, carte maximum du 9/03/1946.

Le recours à ces arrières-gardes laissa suffisement de temps au génie allemand pour aménager plusieurs points de passage sur la Seine. A Rouen, le pont ferroviaire d’Eauplet, pourtant endommagé, permit d’évacuer plusieurs dizaines de milliers d’hommes. A Elbeuf, un autre pont resta en fonctionnement jusqu’à l’occupation de la ville lors de la jonction des forces alliées. En plus de trois ponts de bateaux, les Allemands remirent en service plusieurs bacs – comme à Caudebec – pour se sortir des boucles de la Seine. Au final, une cinquantaine de points de passage permirent l’évacuation.

Au 29 août, les opérations de traversée étaient terminées. De toutes les troupes qui se trouvaient en dehors de la poche de Falaise, plus de 90% réussirent à passer, avec les trois quarts des chars. On estime que près de 230 000 hommes, 30 000 véhicules et près de 150 chars réussirent à échapper aux alliés. Après le sanglant fiasco de Chambois et la défaite stratégique dans la bataille de Normandie, cette évasion sous le nez même des poursuivants constituait un succès incontestable.

Du point de vue allié, quelles raisons peuvent être avancées pour justifier cet échec ? On peut tout d’abord noter qu’après trois années de reculs sur le front soviétique, l’armée allemande était passée maîtresse dans l’art des retraites et des évacuations. Cependant, certains errements des forces alliées concourent à expliquer le succès allemand.
Premièrement, l’aviation alliée a fait défaut. Le temps, incertain, ne l’avantageait pas, mais il faut aussi regarder du côté du haut commandement, certain que l’affaiblissement général de la Wehrmacht permettrait le lancement d’opérations de poursuite à l’image de celles menées par Patton. Dans cette optique, un bombardement trop appuyé sur les infrastructures de passage, les routes d’accès, etc… se serait traduit par des difficultés accrues lorsque les alliés, à leur tour, auraient à traverser la Seine.
Pour ceux qui voudraient avoir une vision globale de la capitale normande sous l’Occupation, nous recommandons l’ouvrage de Patrick COIFFIER, Rouen sous l’Occupation, 1940-1940 (Editions Bertout, 2004, 162 p. (format : 31cm x 21,5cm), lequel contient de nombreuses photos dont certaines sont éditées sur nos pages consacrées aux bombardements de Rouen.

Source : Editions AO – André Odemard

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