Rose Valland, conservatrice de musée et résistante.

Rose Valland, née le 1er novembre 1898 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs et morte le 18 septembre 1980 à Ris-Orangis, est une conservatrice de musée et une résistante française.

Elle a joué un rôle décisif dans le sauvetage et la récupération de plus de 60 000 œuvres d’art et objets divers spoliés par les nazis aux institutions publiques et aux familles juives pendant l’Occupation.


À partir du 30 octobre 1940, à la demande du directeur des Musées nationaux, Jacques Jaujard, elle demeure en activité au Musée de Jeu de Paume, officiellement comme attachée de conservation, officieusement chargée par Jaujard de lui rendre compte des agissements des Allemands qui viennent de réquisitionner le musée pour y stocker les œuvres d’art spoliées à des collectionneurs privés.

Pendant l’Occupation, les Allemands, sous l’administration du « personnel spécial pour l’art pictural » (Sonderstab Bildende Kunst) de l’Institut du Reichsleiter Rosenberg pour les territoires occupés (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, ou E.R.R.), commencent à travers la France un pillage systématique des œuvres des musées et des collections privées, principalement celles appartenant à des Juifs déportés ou ayant fui. Ils utilisent le musée du Jeu de Paume comme dépôt central (avec six salles du département des antiquités orientales du musée du Louvre) avant d’orienter les œuvres vers différentes destinations en Allemagne, en Autriche et en Europe de l’Est. Pendant le pillage nazi, Rose Valland relève aussi précisément que possible le mouvement des œuvres qui transitent par le musée du Jeu de Paume, le nom des victimes spoliées, le nombre d’œuvres, leurs destinations, le nom des agents chargés des transferts, le nom des transporteurs, les marques des caisses, les numéros et les dates des convois, sans oublier le nom de l’artiste, de l’œuvre et ses dimensions.

Le musée du Jeu de Paume est fréquemment visité par de hauts dignitaires nazis, pour lesquels on organise des expositions destinées à présenter les collections spoliées. Rose Valland est présente durant les différentes visites au cours desquelles Hermann Göring vient sélectionner personnellement certains des tableaux volés pour alimenter sa propre collection.

Pendant quatre ans, elle garde la trace des mouvements, de la provenance et de la destination des œuvres. Elle rédige des dizaines de fiches de manière scrupuleuse, déchiffre les papiers carbone allemands dans les poubelles du musée, écoute les conversations des officiels nazis.

Elle fournit des informations essentielles à la Résistance sur les trains qui transportent les œuvres, afin que ces convois soient épargnés par les résistants. À l’automne 1944, elle communique aux Alliés les noms des dépôts allemands et autrichiens (Alt-Aussee, Buxheim, Neuschwanstein-Füssen, Nikolsburg, etc.) afin d’éviter les bombardements, de les sécuriser et de faciliter la récupération des œuvres. Le lieutenant James Rorimer, l’un des officiers américains chargés du sauvetage du patrimoine artistique européen, témoignera du travail de Rose Valland dans son livre Survival, en 1950.

Rose Valland, carte maximum, Saint-Etienne de Saint-Geoirs, 28/09:2018.

À la suite de la libération de Paris par les troupes alliées et jusqu’au 1er mai 1945, elle travaille avec le SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) donnant aux Américains des informations capitales sur les sites de stockage des œuvres transférées en Allemagne et Autriche.

Parallèlement, en novembre 1944, elle est nommée secrétaire de la Commission de récupération artistique et chef de poste central de la récupération artistique en Allemagne et en Autriche. La Commission de la récupération artistique est créée sur l’initiative de Jacques Jaujard le 24 novembre 1944, elle est présidée par le collectionneur Albert Henraux, et dissoute le 30 septembre 1949.

À partir du 1er mai 1945, elle est détachée du ministère de l’Éducation nationale au ministère de la Guerre, puis du 1er avril 1946 au 1er mars 1952, détachée comme administrateur de 3e classe au ministère des Affaires étrangères (secrétariat d’État puis Commissariat général aux Affaires allemandes et autrichiennes). Elle devient « officier Beaux-arts » dans la 1re armée française, chef du Service de remise en place des œuvres d’art – Récupération artistique, division Éducation publique du Groupe français du Conseil de Contrôle. Elle a le grade de capitaine. En résidence administrative à Berlin, elle est habilitée à se rendre dans les différentes zones d’occupation alliées, britannique, américaine et soviétique, d’où elle rapatrie de très nombreuses œuvres. Elle coopère avec les agents américains comme Ardelia Hall, James Rorimer, S. Lane Faison, pour interroger les officiers et les marchands nazis auteurs des pillages : Günther Schiedlausky, Hildebrand Gurlitt, Bruno Lohse, etc. Elle témoigne au procès des dirigeants nazis à Nuremberg.

Entre 1945 et 1954, elle aura participé au rapatriement de plus de 60 000 œuvres et objets divers spoliés aux institutions publiques (Musée de l’Armée, loges maçonniques, Bibliothèque polonaise, etc.) et aux familles juives persécutées (Bacri, Bernheim, Cassel, David-Weill, Dreyfus, Alphonse Kann, Paul Rosenberg, Rothschild, Seligmann, etc.).

Elle pratique également l’espionnage en zone soviétique, faisant des rapports sur les mouvements de troupes et leur armement.

À son retour à Paris en mars 1952, elle réintègre l’administration des Musées de France, comme conservatrice des Musées nationaux. Elle devient chef du Service de protection des œuvres d’art (SPOA), service créé à son intention dans un but prospectif de protection des œuvres d’art en cas d’un 3e conflit mondial.

Si son travail sur la restitution des œuvres spoliées est bien reconnue par les victimes qui lui témoignent leur gratitude, il demeure toutefois peu valorisé et peu encouragé par son administration. En 1961, elle fait connaître son action sous l’Occupation dans le livre Le Front de l’art (réédité en 1997, puis en 2014).

Elle prend sa retraite en 1968, mais continue à travailler sur la restitution des œuvres spoliées, à la demande du Service des bibliothèques, des archives et de la documentation générale (SBADG) des Musée nationaux. Elle joint ses archives personnelles aux archives des services français de récupération artistique (Commission de récupération artistique, Office des biens et Intérêts privés, SRPOA, Bureau central des restitutions, Bureau d’investigation artistique), avec le souhait que l’ensemble rejoigne le Bureau des archives de l’occupation française en Allemagne et Autriche, à Colmar. Depuis 2010, l’ensemble de ces archives est conservé au Centre des archives diplomatiques de La Courneuve.

Son action héroïque durant la guerre et l’après-guerre lui vaut de nombreuses décorations françaises et étrangères. Elle est faite chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et des Lettres, et obtient la médaille de la Résistance française. Les États-Unis lui ont remis la médaille de la Liberté. Elle a été faite officier de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne.

Rose Valland meurt en 1980 à l’âge de 81 ans dans une relative solitude à Ris-Orangis, en banlieue parisienne. Elle est enterrée avec sa compagne dans son village natal de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, où le collège et une place portent son nom.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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