“Popeye”, personnage de bandes dessinées.

Popeye est un comic strip créé par E. C. Segar sous le nom The Thimble Theatre (« Le théâtre de poche ») et distribué à partir du 19 décembre 1919 par King Features. À l’origine parodie des serials mélodramatiques et du théâtre de boulevard, The Thimble Theatre évolue rapidement vers l’aventure humoristique. C’est avec l’apparition du marin borgne Popeye en 1929 qu’elle commence à connaître le succès. Devenue en 1931 The Thimble Theatre Starring Popeye, sa popularité connaît un nouveau bond deux ans plus tard avec l’adaptation en dessin animé des aventures de Popeye par les Studios Fleischer. Les pages réalisées par Segar et le personnage de Popeye sont dans le domaine public canadien depuis le 1er janvier 1989, européen depuis le 1er janvier 2009.

Après la mort de Segar en 1938, la série a été poursuivie sous forme de comic strip comme de comic book par divers artistes dont l’assistant de Segar Bud Sagendorf (1948-1994) et l’auteur underground Bobby London (1986-1992). Elle a fini par prendre le nom Popeye au cours des années 1970. Depuis 1994, Hy Eisman est responsable de la page dominicale. Le daily strip a été arrêté en 1992 mais des rééditions de Sagendorf sont toujours diffusées dans la presse américaine. Quant au comic book, sa dernière version en 2012-2013 a été écrite par Roger Langridge et illustrée par divers auteurs.

Popeye a été traduit dans le monde entier dès les années 1930, y compris dans le monde francophone. Les histoires de Segar publiées entre 1929 et 1938 ont été rééditées en album aux États-Unis dès le milieu des années 1930 et sont encore largement disponibles, la dernière édition intégrale en date étant celle de Fantagraphics (2006-2011). L’édition française la plus exhaustive est celle de Futuropolis, dans les années 1980.

Les Studios Fleischer (1933-1943) puis Famous (1943-1957) ont réalisé plus de 230 courts-métrages animés et trois moyens-métrages qui ont eu à leur époque une très grande popularité. Plusieurs téléfilms et séries télévisées animées ont également été créés par la suite, dont Popeye the Sailor (1960-1962), The All-New Popeye Hour (en) (1978-1983), Popeye, Olive et Mimosa (1987). Un seul film a été réalisé pour le cinéma, la comédie musicale de Robert Altman sortie en 1980 Popeye, écrite par Jules Feiffer d’après les strips de 1936. Un dessin animé en images de synthèse est en développement depuis 2010. La plupart de ces productions ont été diffusées dans le monde entier.


Au printemps 1918, après l’arrêt du journal où il travaillait, le jeune dessinateur E. C. Segar est embauché par le Chicago American de William Randolph Hearst. Il y crée à la demande de la rédaction un comic strip consacré à l’actualité mondaine et culturelle de la ville, et réalise diverses animations. Après un an, le chef d’édition du quotidien William Curley l’incite à tenter sa chance dans un plus gros journal plus important du groupe Hearst, le New York Evening Journal. Le bras droit de Hearst Arthur Brisbane demande à Segar de réaliser un comic strip humoristique lié au théâtre, afin de prendre la suite de Midget Movies (« films nains »), comic strip humoristique d’Ed Wheelan parodiant les mélodrames cinématographiques. Segar accepte. Le premier strip du Thimble Theatre (« théâtre de poche ») est publié le 19 décembre 1919.

La série consiste tout d’abord en saynètes humoristiques indépendantes présentées sur trois bandes à la manière d’une pièce de théâtre ou d’un film (nom de la représentation, liste des acteurs), dont les personnages immuables sont le couple formé par Olive Oyl et Harold Hamgravy (rapidement renommé Ham Gravy). Le 14 janvier 1920, le benêt Castor Oyl, frère d’Olive, fait son apparition, suivi peu après par Nana et Cole Oyl, leurs parents3. Si au début, les personnages récurrents ont un rôle différent à chaque histoire, The Thimble Theatre devient après quelques semaines une série plus classique, bien que chaque histoire continue à porter un titre distinct4. La série est rapidement diffusée par King Features, le syndicate de Hearst, dans d’autres journaux du groupe.

Au long des années 1920, la série s’améliore à mesure que Segar s’aguerrit. À partir de 1922, les strips ne sont plus indépendants mais se suivent d’un jour à l’autre (continuity strip), tandis que le genre de la série évolue de l’humour slapstick basique à l’aventure humoristique, autour de Ham Gravy et Castor Oyl, qui en deviennent les personnages principaux tandis que les personnages secondaires introduits se font plus originaux. À la suite de son relatif succès, The Thimble Theatre accède à partir du 18 avril 1925 aux pages du dimanche du New York Evening Journal et de quelques autres publications Hearst6. Son topper est Sappo autre série de Segar dont la publication en strip quotidien venait d’être interrompue qui restait d’un humour très conventionnel.

Dans le strip publié le 17 janvier 1929, Castor Oyl et Ham Gravy partent à la recherche d’un marin afin d’aller à l’aventure sur quelque île éloignée5. Castor demande à un homme hors-champ « Hey there! Are you a sailor! » (« Hé vous ! Vous être un marin ? »), ce à quoi il se voit répondre par un marin renfrogné « ‘Ja think I’m a cowboy? » (« J’ai une tête de cow-boy ? »). Deux jours plus tard, les lecteurs apprennent que cet homme s’appelle Popeye. Alors que Segar ne le destinait qu’à apparaître dans une seule histoire, les réactions de son lectorat le poussent à le faire revenir. À partir du 2 mars 1930, Popeye apparaît également dans les pages du dimanche, ce qui avalise ce succès. Il est d’ores et déjà devenu la vedette du strip.

Rapidement, Popeye éclipse les autres personnages de la série qui grâce au succès du marin est publiée dans un nombre croissant de journaux. La Sorcière des Mers devient la méchante récurrente de la série en janvier 1930, et J. Wellington Wimpy un adjuvant aussi haut en couleur qu’inutile en mai 19313. Des recueils du strip sont publiés dès 1931 et sa diffusion dans la presse augmente, ce qui permet à Segar et sa famille de déménager dans un ranch de 8 000 m2 à Santa Monica, banlieue aisée de Los Angeles, en Californie.

En 1933, Segar accepte de vendre les droits pour l’adaptation en dessin animé de Popeye aux Studios Fleischer8. Ceux-ci réalisent une adaptation en courts-métrages aux ressorts assez simples : pour reconquérir le cœur volage d’Olive Oyl, Popeye (incarné avec brio par Jack Mercer) affronte son antagoniste Brutus à grand renfort de coups de poing et d’épinards. Grâce à ces dessins animés, aux rééditions en albums et dans divers comic books des éditions McKay à partir de 1936 et surtout aux produits dérivés, Popeye devient l’un des personnages les plus connus du pays, ce qui assure définitivement à Segar de très confortables revenus, tout comme l’adaptation radiophonique financée par les céréales Wheatena diffusée sur les trois grands réseaux radiophoniques entre 1935 et 1938 et les trois dessins animés de 20 minutes produits de 1936 à 1938.

Segar n’abandonne cependant pas le Thimble Theatre, dans lequel il s’investit pleinement. Le strip suit un développement relativement autonome des dessins animés : Brutus en est absent, le rôle de méchant étant déjà occupé par la Sorcière des Mers, et surtout Segar y introduit régulièrement de nouveaux personnages. Apparaissent ainsi Swee’Pea, l’enfant adoptif d’Olive et Popeye (juillet 1933), Alice the Goon et Toar, des domestiques de la Sorcière des Mers (décembre 1933 et février 1935), Eugene dit le « Jeep », petite bête jaune tacheté dotée de pouvoirs surnaturels qui devient l’animal de compagnie d’Olive et Popeye (avril 1935), Poopdeck Papy, le père acariâtre de Popeye (septembre 1936), etc.3. Dans les pages dominicales, Segar varie régulièrement le topper du Thimble Theatre, remplaçant périodiquement Sappo par de petits films en papier (à partir de 1933) ou des leçons de dessins (à partir de 1934) ayant Popeye pour narrateur.

Lorsque Segar meurt d’une leucémie le 13 octobre 1938, The Thimble Theatre est diffusé dans plus de 600 journaux américains8. C’est selon un sondage réalisé en 1937 par Fortune le deuxième comic strip le plus populaire, derrière Little Orphan Annie mais devant Dick Tracy, La Famille Illico, The Gumps ou encore Blondie. Il n’est donc pas question pour King Features de faire mourir le héros avec son créateur.

À la mort de Segar en octobre 1938, Doc Winner remplaçait depuis plusieurs mois déjà Segar, réussissant à s’adapter au style de celui-ci tout en ayant des difficultés avec le Pilou-Pilou. Début 1939, le scénariste Tom Sims prend en charge l’écriture de la série, puis au milieu de l’année King Features confie le dessin à Bela Zaboly. Ces changements ne perturbent pas particulièrement les lecteurs : en 1940, Popeye reste le cinquième comic strip le plus lu par les enfants américains et en 1944, « Popeye » apparaît dans une étude à la quinzième place de ce que préfèrent les hommes américains actifs avec 86,3 % d’approbation, derrière « Avoir une maison confortable » ou « Gagner un million de dollar » mais devant « Être comme Abraham Lincoln », « Diriger une usine » ou « Économiser », tout en étant très largement leur comic strip préféré.

Sims poursuit le procédé de Segar : la bande quotidienne est toujours à suivre, les pages du dimanche plus rarement11. Il introduit de nouveaux personnages, comme la grand-mère de Popeye ou Oscar, un ami de Mimosa qui gagne en importance dans les pages du dimanche des années 1950. Zaboly imite le style de Segar avec brio, n’introduisant que peu de modifications sinon qu’il dote Mimosa d’un pantalon, ce qui lui permet de marcher. En 1955, Ralph Stein prend en charge la bande quotidienne. Il envoie Popeye dans un long tour du monde en compagnie de l’aristocrate et chasseur britannique Sir Pomeroy tandis que Sims oriente la page du dimanche vers l’humour de situation.

Fin 1958, à la suite du désir du King Features de faire des économies, Bud Sagendorf, déjà auteur des comic books, est également chargé du comic strip14. Ses pages, publiées à partir de 1959, reprennent le style qu’il développait depuis douze ans dans les comic books, légèrement différent de celui de Segar. Bien qu’il n’ait pas la capacité de Segar à mêler humour, action et suspense, Sagendorf fait un travail généralement considéré comme correct. Il crée de nombreux personnages secondaires épisodiques, tout en conservant les personnages récurrents de ses prédécesseurs. Dans les années 1970 la série prend le nom Popeye, tandis que progressivement la bande quotidienne abandonne les histoires à suivre, se contentant d’aligner des gags souvent convenus dans la plus pure tradition du family strip. En 1986, Sagendorf abandonne la bande quotidienne afin de consacrer plus de temps à sa famille tout en continuant la planche dominicale jusqu’à sa mort en 1994.

King Features choisit pour lui succéder sur la bande quotidienne l’auteur underground Bobby London, au style est très influencé par Segar. Le syndicate hésite d’autant à mener cette expérience qu’en 1986, la bande quotidienne de Popeye n’est plus diffusée dans beaucoup de journaux américains, bien qu’elle le soit encore dans le reste du monde16. Désireux d’ancrer de nouveau Popeye dans son époque, London refait du strip une histoire à suivre, et confronte ses personnages à de nombreux problèmes contemporains : le jeu, les saisies immobilières, l’anorexie, la pop music, la crise du Moyen-Orient, etc. Cette modernité est associée à un grand respect pour l’œuvre de Segar, dont il reprend des personnages depuis longtemps délaissés comme Castor Oyl tout en s’inspirant de son sens de la narration et de son humour17. Après six ans de liberté créatrice, London est renvoyé par King Features à la suite d’un strip défendant de manière transparente l’avortement, sujet alors tabou dans la bande dessinée grand public américaine. À la suite de ce renvoi, la bande quotidienne de Popeye ne propose plus que des rééditions de Sagendorf.

Après la mort de Sagendorf, l’expérimenté Hy Eisman prend en main la page dominicale. Proche du style graphique de son prédécesseur, Eisman fournit des planches d’un humour bon enfant, où Popeye et ses acolytes, tout en vivant dans le monde moderne (ils utilisent des ordinateurs et Internet), ne sont guère confrontés à ses problèmes, ce qui évite les polémiques. En 2008, Eisman est le premier dessinateur à faire figurer Brutus dans une des planches dominicales.

Le comic strip est recueilli dans différents comic books de 1936 à 1949. À la suite du succès du personnage, Dell Comics demande à l’ancien assistant de Segar Bud Sagendorf de créer des histoires inédites pour son comic book phare Four Color, l’autorisant à les signer de son propre nom. Les quatre numéros publiés en 1946-1947 se vendant bien, la maison d’édition lance en 1948 le comic book trimestriel Popeye, entièrement réalisé par Sagendorf. En 1962, le comic book passe chez Western Publishing et prend le nom Popeye the Sailor, qu’il conserve lorsque King Features prend le relais en 1966. Lorsque Charlton Comics rachète les droits fin 1967, Sagendorf décide de se consacrer au comic strip. Dès le départ, Sagendorf adopte un style un peu plus rond que celui de Segar, et opère quelques modifications, allongeant le nez d’Olive, changeant la casquette de Popeye ou modifiant complètement le visage de la Sorcière des mers.

Après le départ de Sagendorf, Charlton Comics confie le comic book au dessinateur George Wildman et au scénariste Joe Gill21. Le premier numéro paraît fin 1968 (avec une date de couverture de février 1969). Les deux auteurs réalisent 45 numéros jusqu’en 1976, ainsi qu’en 1972 une série de quinze comic books didactiques où Popeye présente aux jeunes lecteurs un métier qu’ils pourraient vouloir exercer plus tard, Popeye the Sailor and Careers. Après un hiatus de trois ans, ils réalisent 31 nouveaux numéros pour Gold Key Comics (qui devient Western Comics) entre 1979 et 1984. Comme il s’avère impossible d’enrayer la chute des ventes, le comic book est arrêté.

De 1984 à 2012, Popeye n’est plus diffusé de manière régulière en comic book. Deux numéros spéciaux écrits par Bill Pearson sont publiés en 1987 et 1988 par Ocean Comics, avec des versions plus adultes et dessinées de manière plus réalistes des personnages. En 1999, à l’occasion des 70 ans du héros, Peter David met en scène le mariage d’Olive et Popeye dans un comic book isolé qui attire l’attention des médias. En 2012, IDW Publishing décide de relancer la série.

La reprise est confiée au scénariste Roger Langridge associé à différents dessinateurs et encreurs, afin d’assurer un rythme de parution mensuel. Douze numéros sont publiés, recueillis en trois albums. Parallèlement, IDW reprend les histoires de Sagendorf sous le nom Classic Popeye, parution toujours en cours en novembre 2015. La maison d’édition prévoit également de réaliser périodiquement des numéros spéciaux, comme un crossover avec Mars Attacks! signé Terry Beatty et Martin Powell publié en 2013. En 2014, elle lance l’intégrale en deux volumes des comic strips de London.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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