Pierre Teilhard de Chardin, prêtre jésuite, paléontologue, théologien et philosophe.

Pierre Teilhard de Chardin, né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy-de-Dôme) et mort le 10 avril 1955 à New York (États-Unis), est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe.

Scientifique réputé, théoricien de l’évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l’incita à réfléchir à l’encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdes.

Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et en thermodynamique. Il ajoute aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d’une même réalité.

En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l’adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste, ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques.

Teilhard de Chardin, carte maximum, Orcines, 23/05/1981.

Dès 1904, il se lance dans des expéditions scientifiques, avec le père Félix Pelletier, qui aboutiront à une note qu’ils cosignent sur la minéralogie et la géologie de l’île de Jersey. En 1907, il explore le Fayoum, le désert de Mariout, Minieh, le Mokattam (en). En 1908, il rédige une étude sur l’Éocène des environs de Minieh publiée en 1909 dans le bulletin de l’Institut égyptien.

En 1912, il quitte l’Angleterre et rend aussitôt visite à Marcellin Boule, paléontologue et directeur du laboratoire de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, qui venait d’étudier le premier squelette d’homme de Neandertal découvert en France (1908). Il deviendra un paléontologue de renom international dix ans plus tard, après une thèse poursuivie sous la direction de Marcellin Boule et consacrée à des carnassiers du Tertiaire, qui sera soutenue en 1922 à la Sorbonne.

Avant de rencontrer Marcellin Boule, Teilhard terminait ses études de théologie au théologat à Hastings, proche du site de Piltdown. Il avait été convié par un amateur de fossiles, Charles Dawson, à se rendre sur un site que ce dernier avait découvert, contenant des restes d’un prétendu homme fossile du Tertiaire, l’homme de Piltdown. Teilhard n’était alors qu’un simple séminariste qui achevait sa formation de jésuite, essentiellement intéressé par la formation des continents. Inconnu des préhistoriens, inexpérimenté en préhistoire comme en anthropologie, Charles Dawson ne l’a pas associé à la publication du Quarterly Journal de la prestigieuse Société géologique de Londres, précisant dans une note en bas de page que Teilhard n’était pas à l’origine de la découverte. Prétendre que son nom apportait une caution à cette découverte est un contresens historique. Stephen Jay Gould a tenté de démontrer que Teilhard de Chardin était au courant de la supercherie, en raison de ses récits contradictoires à propos de ses visites en 1912 et 1913. Des investigations plus poussées ont été poursuivies par le paléontologue Herbert Thomas, sous-directeur honoraire du Laboratoire de paléoanthropologie et préhistoire au Collège de France (adjoint d’Yves Coppens). Ses recherches ont montré des carences dans l’enquête du paléontologue américain et souligné le peu de vraisemblance qu’il y a à baser un argumentaire sur des confusions de dates. La supercherie fut reconnue officiellement en 1953, Teilhard étant alors âgé de 72 ans et diminué par plusieurs attaques cardiaques, dont une ayant nécessité une hospitalisation entre la vie et la mort ; dans de telles circonstances, plus de 40 années après les faits, des confusions dans les dates ne sont pas de nature à mettre en doute la probité du paléontologue et du prêtre qui savait ses jours comptés (il est décédé en avril 1955). Il a été montré que Teilhard avait été dupé dans cette l’affaire.

Teilhard de Chardin, essais de couleurs.

Entre 1915 et 1918, il est mobilisé comme caporal brancardier (il refuse d’être aumônier militaire) au front dans le 8e régiment de marche de tirailleurs marocains. Deux de ses frères meurent lors de cette guerre. Quant à lui, sa bravoure lui vaut la médaille militaire et la Légion d’honneur. Cette expérience de la guerre, du réel, lui permet d’élaborer une esquisse de sa pensée via son journal et sa correspondance avec sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon (une des premières agrégées de philosophie de France) qui sera publiée dans Genèse d’une pensée.

Teilhard de Chardin, carte maximum, Belgique, 22/10/2001.

Il reste de cet épisode une creute (une grotte) à Paissy, en mémoire des messes que Teilhard de Chardin y a célébrées entre avril et juin 1917.

En 1916, il écrit son premier essai, La Vie Cosmique, puis, en 1919, Puissance spirituelle de la Matière, deux textes qui annoncent son œuvre plus tardive. De 1922 à 1926, il obtient en Sorbonne trois certificats de licence ès sciences naturelles : géologie, botanique et zoologie, puis soutient sa thèse de doctorat sur les « Mammifères de l’Éocène inférieur français et leurs gisements ».

En 1923, il effectue son premier voyage en Chine pour le Muséum d’histoire naturelle de Paris. Il rejoint le père Émile Licent, naturaliste au Musée Hoangho Paiho de Tianjin qui a fait cette demande à Marcellin Boule, le professeur de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris.

Licent fut donc un collègue de Teilhard de Chardin dans la conduite de la recherche archéologique dans les provinces septentrionales de la Chine au cours des années 1920 qui suivirent. En mai 1923, Pierre Teilhard de Chardin, docteur ès sciences en 1922 et vice-président de la Société géologique de France en 1923, va ainsi travailler, pour sa première campagne en Chine, sur les gisements de fossiles repérés au Gansu et en Ordos par Émile Licent. Ils découvrent plusieurs sites d’industrie lithique, d’époque paléolithique. En 1924, la mission achevée, Teilhard de Chardin rapporte en France un important matériel lithique et faune. C’est ainsi que Teilhard, chercheur formé par Marcellin Boule, prend la tête de la Mission paléontologique française dès 1923, au moment où la compétition mondiale en matière scientifique comme dans les autres domaines apporte un flot de découvertes : dès 1921, une équipe internationale avait découvert le premier ‘’Sinanthrope’’, ou Homme de Pékin.

Explorant le désert d’Ordos en Mongolie-Intérieure, Teilhard y achève sa Messe sur le monde.

À son retour de Chine, il enseigne comme professeur de géologie à l’Institut catholique puis se voit démis de ses fonctions : la diffusion d’un texte portant sur le péché originel (un document privé destiné à un jésuite, Note sur quelques représentations historiques possibles du péché originel, qui n’était pas destiné à être publié) lui cause en effet ses premiers troubles avec le Vatican. L’ordre des Jésuites lui demande d’abandonner l’enseignement et de poursuivre ses recherches géologiques en Chine. La source du différend est que Teilhard envisage la sélection darwinienne non comme une punition, mais comme partie intégrante de ce qu’il suppose être un plan divin.

En 1926, il retourne donc en Chine, où la Compagnie de Jésus possède l’université l’Aurore, et joue, avec le paléoanthropologue allemand Franz Weidenreich, un rôle actif dans la découverte et l’étude scientifique du sinanthrope. Il participe en 1931 à la Croisière jaune. Jusqu’à son installation à New York en 1951, Teilhard de Chardin poursuit une carrière scientifique ponctuée de nombreux voyages d’études : Éthiopie (1928), États-Unis (1930), Inde (1935), Java (1936), Birmanie (1937), Pékin (1939 à 1946), Afrique du Sud (1951 et 1953).

En 1932, dans Christologie et évolution, Teilhard propose sa vision évolutive de la création, qui oblige à relire autrement les notions de création, de mal, de péché originel.

En 1946, le Père Teilhard est promu officier de la Légion d’honneur au titre des Affaires étrangères en reconnaissance de son brillant travail en Chine. Il est élu en 1950 à l’Académie des sciences et nommé directeur de recherche au CNRS en 1951. Il meurt le 10 avril 1955, jour de Pâques, à New York, après une nouvelle attaque cardiaque. Un an plus tôt, au cours d’un dîner au consulat de France, il confiait à des amis : J’aimerais mourir le jour de la Résurrection23. Il est inhumé dans le cimetière du noviciat jésuite de St. Andrew’s-on-the-Hudson de Poughkeepsie, dans l’État de New York.

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Sources : Wikipédia, YouTube