Pierre Bérégovoy, homme d’état.

Pierre Bérégovoy, né le 23 décembre 1925 à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, actuelle Seine-Maritime) et mort le 1er mai 1993 à Nevers (Nièvre), est un homme d’État français. Il a exercé les fonctions de Premier ministre du 2 avril 1992 au 29 mars 1993, sous la seconde présidence de François Mitterrand.


En 1937, il obtient son certificat d’études. En 1941, son père étant tombé gravement malade, il quitte le lycée, obtient un brevet d’enseignement industriel (BEI), un CAP d’ajusteur et un autre de dessinateur industriel. Selon son gendre Georges Cottineau, Pierre Bérégovoy était aussi diplômé de l’École nouvelle d’organisation scientifique du travail. L’origine de cette information est son CV figurant au secrétariat général de la présidence de la République.

En 1941, il travaille à l’âge de seize ans pendant neuf mois à l’usine de tissage Fraenckel en tant que fraiseur. L’année suivante, il entre sur concours à la SNCF. Il rencontre Roland Leroy. Il entre dans la Résistance via le groupe « Résistance-fer ». Il s’engage également dans les jeunesses socialistes. En juin 1944, il participe à la libération de la banlieue rouennaise.

En 1949, il est nommé au cabinet de Christian Pineau, ministre des Travaux publics et des Transports dans le gouvernement Henri Queuille, en tant que chargé des relations avec les syndicats.

En 1950, il entre à Gaz de France comme agent technico-commercial à Rouen, puis obtient en 1957 sa mutation pour Paris. En 1972, il est promu chargé de mission à GDF. En 1978, il termine sa carrière comme directeur adjoint à GDF.

Pierre Bérégovoy, carte maximum, Nevers, 30/04/2003.

En mai 1946, il adhère à la SFIO4 et créera une section syndicale tendance FO.

En 1949, il dirige l’hebdomadaire socialiste La République de Normandie.

En 1958, il quitte la SFIO pour participer à la fondation du futur PSU en 1959 et y devient, à partir de 1960, collaborateur de Pierre Mendès France, chargé des questions sociales.

En 1967, il quitte le PSU pour adhérer à l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche, animée par Alain Savary.

En 1969, il rejoint le « nouveau Parti socialiste » au congrès d’Alfortville.

En 1971, il participe au congrès d’Épinay du Parti socialiste, puis aux négociations en vue de la signature du programme commun.

En 1973, il devient secrétaire national chargé des affaires sociales puis, à partir de février 1975, chargé des relations extérieures, il le sera jusqu’en 1979.

En 1974 il participe à la campagne présidentielle de François Mitterrand.

En 1977, il négocie avec le PCF « l’actualisation du programme commun ».

En avril 1992, François Mitterrand le nomme Premier ministre, en remplacement d’Édith Cresson. À ce poste, il doit affronter les attaques qui visent sa majorité, notamment en raison d’instructions judiciaires pour corruption touchant des proches du président de la République. Lui-même mis en cause, il est, de plus, confronté à la persistance des difficultés économiques et au mécontentement de la gauche, qui voit en lui le symbole du ralliement des socialistes au libéralisme économique. Au delà des affaires, le contexte est marqué par une récession économique et une déroute annoncée aux élections législatives de 1993. Une déclaration qu’il avait faite à l’AFP peu avant sa nomination confirme un pressentiment face à la difficulté de la charge : « Je savais que lorsque Mitterrand me nommerait Premier ministre, ce serait parce que c’est foutu ».

Il effectue plusieurs réformes dites « sociales » (création du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, etc.).

Sur fond de dépenses publiques non contrôlées, la gravité de la crise de 1993, privant l’État d’importantes recettes fiscales, surprend Pierre Bérégovoy. La dégradation du budget est en complet désaccord avec les prévisions : « 226 milliards de déficit en 1992, contre 89 prévus, et entre 320 et 360 en 1993, contre 165 à l’origine ». Le déficit cumulé de la Sécurité sociale atteint 100 milliards fin 1993.

Bérégovoy, prêt-à-poster.

Nommé Premier ministre, Pierre Bérégovoy se présente comme le champion de la lutte contre la corruption dans le monde politique et celui des affaires. Lors du discours de politique générale du 8 avril 1992, qu’il prononce devant l’Assemblée nationale après la formation de son gouvernement, il déclare notamment :

« […] Urgence, enfin, dans la lutte contre la corruption. […] Avec le garde des Sceaux, M. Michel Vauzelle, je veux publiquement apporter mon soutien aux juges qui poursuivent la fraude, sans autre passion que le droit. On soupçonne certains hommes publics de s’être enrichis personnellement de manière illégale. S’ils sont innocents, ils doivent être disculpés ; s’ils sont coupables, ils doivent être châtiés ; dans tous les cas, la justice doit passer »

Répondant aux invectives de certains députés, le Premier ministre déclare tout en brandissant un papier :

« Comme je suis un Premier ministre nouveau et un homme politique précautionneux, j’ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler. Je m’en garderai bien ! […] S’il existe encore des élus qui, à quelque niveau que ce soit et à quelque parti qu’ils appartiennent, ne respectent pas les nouvelles règles de financement de l’activité politique, qu’ils le sachent : le gouvernement sera impitoyable. »

Cet incident sera immédiatement repris et commenté par la presse qui, spéculant sur la fameuse liste, conclura au dérapage. Cela déclenche la première polémique qu’il devra affronter.

Pierre Bérégovoy est cependant bien vite rattrapé par le cas de Samir Traboulsi, un financier libanais ami de sa famille, lequel se débat, depuis 1989, avec la justice dans l’affaire Pechiney-Triangle, un délit d’initié qui semblait mettre en cause également les milieux politiques. Alain Boublil, son directeur de cabinet, est également impliqué et contraint de démissionner. Dès l’instant où Bérégovoy avait été nommé à nouveau ministre des Finances en 1991, on sait maintenant que, selon ses propres dires, il avait été littéralement harcelé par l’homme d’affaires qui, ne voulant pas être inculpé par le juge d’instruction Édith Boizette, paraissait en mesure de faire pression sur son ami. Ainsi, au moment où Traboulsi est renvoyé devant un tribunal correctionnel en janvier 1993, il semble qu’il ait averti le Premier ministre qu’il dévoilerait que l’affaire dans laquelle il était incriminé avait débuté lors du dîner d’anniversaire de mariage du couple Bérégovoy, qui s’est tenu le 13 novembre 1988 au restaurant « Chez Edgar », à Paris.

Dans le même temps, éclate l’affaire du prêt Pelat, révélée par Le Canard enchaîné, le 3 février 1993. Il s’agit d’un prêt d’un million de francs, sans intérêt, que Pierre Bérégovoy avait reçu en 1986 de Roger-Patrice Pelat, ami intime de Mitterrand, pour l’achat d’un appartement situé rue des Belles-Feuilles, dans le 16e arrondissement de Paris. Or cet ami, lui-même impliqué dans l’affaire Péchiney, se retrouve au centre d’une autre affaire de corruption, concernant l’entreprise de travaux publics Heulin, du Mans, qui constituera elle-même le point de départ de l’affaire Urba.

En outre, pour ce prêt passé devant notaire et qualifié de « légal » par la Chancellerie, Pierre Bérégovoy n’aurait remboursé que partiellement la somme due, dont une partie prétendument « sous forme d’objets d’art et de meubles dont on ne connaît ni la nature, ni la valeur ». Interrogé par Le Canard enchaîné, Pierre Bérégovoy, après avoir rappelé qu’il avait « jusqu’à 1995 pour rembourser », déclare qu’« après le décès de Patrice Pelat, le solde a été réglé par anticipation » mais l’enquête judiciaire ne l’atteste pas et révèle l’ampleur des relations en cause.

Le juge Thierry Jean-Pierre, qui instruit cette affaire complexe, découvre non seulement le prêt Pelat, mais aussi les nombreuses libéralités accordées par Pelat à la famille Bérégovoy, comme la prise en charge financière des vacances du couple Bérégovoy, entre 1982 et 1989 ; les versements d’argent effectués à Lise Bérégovoy, l’une des filles du Premier ministre, pour qui l’homme d’affaires se portait également caution auprès des banques pour des emprunts répétés ou encore des billets d’avion gracieusement offerts à la jeune femme. Le juge met aussi en lumière la persistance de découverts bancaires jugés « faramineux » accordés par la SDBO, filiale du Crédit lyonnais, aux membres de la famille Bérégovoy, dont un découvert de 199 737,20 F au mois d’avril 1993. Puis, de nouveau, on trouve la trace de prêts d’argent aux membres de ladite famille, notamment à sa fille Lise, de cadeaux à son épouse Gilberte, ainsi que des aides ponctuelles consenties au ministre entre 1986 et 1988.

Aucune action judiciaire n’est encore engagée contre lui et rien ne prouve qu’il y avait matière malgré ces lourdes présomptions mais, à la veille d’une défaite électorale annoncée, le Premier ministre, qui se voulait exemplaire au point de prendre la tête d’une croisade contre la corruption, apparaît politiquement miné par ces révélations.

Un mois après avoir quitté Matignon, le 1er mai 1993, vers 18 heures, Pierre Bérégovoy est découvert par son chauffeur et son garde du corps inanimé près de Nevers, sur la berge du canal de la Jonction, l’ancien Premier ministre ayant demandé aux deux hommes de le laisser seul pour se promener sur le chemin de halage. Gravement blessé et dans le coma, il est transporté d’urgence à l’hôpital de Nevers. Il décède vers 22 h 15, durant son transfert à l’hôpital de Val de Grâce à Paris.

L’enquête de police conclut, de manière formelle, au suicide de Pierre Bérégovoy au moyen de l’arme de service de son officier de sécurité Sylvain Lesport. Elle détermine qu’il s’est emparé du Manurhin 357 Magnum de son garde du corps dans la boîte à gants de la Renault 25 lors d’une halte précédente au lieu-dit du « Peuplier-seul » le long du canal de Sermoise-sur-Loire. Lors de cet arrêt, il a demandé à rester seul dans la voiture pour téléphoner, ce qui lui a permis de se saisir de l’arme.

Ses obsèques ont lieu le 4 mai à Nevers, en présence du président de la République et d’autres personnalités politiques françaises. Il repose dans le cimetière Jean Gautherin de Nevers sous une dalle de pierre brute sur laquelle est inscrit : « Parti ? Vers où ? Parti de mon regard, c’est tout ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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