Philippe Mélanchthon, humaniste, philosophe et réformateur protestant.

Philippe Mélanchthon est la forme francisée en usage dès le xvie siècle du nom de l’érudit humaniste, philosophe et réformateur protestant allemand Philipp Melanchton (1497-1560), en latin Philippus Melanchthon, en grec Φίλιππος Μελάγχθων transcription ou interprétation approximative de son patronyme allemand Philipp Schwarzert.

Docteur en théologie, professeur à l’université, disciple de Martin Luther, Mélanchthon est surtout connu pour avoir rédigé, en 1530, la Confession d’Augsbourg. Il est en outre le créateur du terme psychologie, forgé à partir du grec.


Mélanchthon nait le 16 février 1497 à Bretten, près de Karlsruhe, dans le Palatinat (Saint-Empire, actuelle Allemagne), où son père, Georg Schwartzert, est armurier au service du comte palatin Philippe Ier.

En 1507, il est envoyé à l’école latine de Pforzheim, dont le recteur, Georg Simler de Wimpfen, l’initie à l’étude des poètes latins et grecs ainsi qu’à la philosophie d’Aristote.

Il sera très influencé par son grand-oncle, Johannes Reuchlin, un des principaux représentants de l’Humanisme, qui lui conseille de changer son nom de famille, Schwartzert (ressemblant à « Schwarzerd(e) » littéralement « terre noire » en haut allemand), en Mélanchthon, au sens équivalent en grec ancien.

Avant même d’avoir atteint treize ans, il entre en 1509 à l’Université de Heidelberg où il étudie la philosophie, la rhétorique et l’astronomie (alors étroitement liée à l’astrologie) et acquiert la réputation d’un bon helléniste. Se voyant refuser le degré de maître à cause de son jeune âge, il se rend à Tübingen en 1512 où il poursuit des études humanistes, philosophiques et en astronomie/astrologie, mais se consacre aussi à l’étude du droit, des mathématiques et de la médecine.

Quand en 1516, après avoir terminé le cours de philosophie, il obtient le grade de magister, il commence à étudier la théologie.

Mélanchton, carte maximum, Allemagne.

Sous l’influence d’hommes comme Johannes Reuchlin et Érasme, il se convainc que le véritable christianisme est différent de la théologie scolastique telle qu’enseignée à l’Université. Mais il n’a pas encore d’opinion définitive à ce sujet, puisque plus tard il qualifiera Luther de père spirituel. Il devient d’abord maître d’études, chargé d’enseigner aux étudiants plus jeunes. Il donne aussi des cours sur l’art oratoire, sur Virgile et sur Tite-Live.

Ses premières publications sont une édition de Térence (1516) et une grammaire grecque (1518), mais il a également écrit auparavant une préface aux Epistolae clarorum virorum de Reuchlin (1514). Il réalise aussi une édition de Cicéron qui a un grand succès et sera rééditée de nombreuses fois, en particulier par les imprimeurs lyonnais.

Sentant une vive opposition du parti scolastique aux réformes qu’il souhaite introduire à l’université de Tübingen, Mélanchthon accepte volontiers un poste de professeur de grec à Wittemberg, où il suscite une grande admiration avec son De corrigendis adolescentiae studiis inaugural. Il fait cours devant cinq à six cents étudiants, puis mille cinq cents. Il est tenu en haute estime par Martin Luther, dont l’influence le conduit à l’étude des Écritures, surtout de l’apôtre Paul, et ainsi à une connaissance plus vivante de la doctrine évangélique du salut.

Philippe Mélanchthon assiste à la disputatio de Leipzig (1519) qui voit s’affronter verbalement Luther et Jean Eck ; il n’est que spectateur, mais influence suffisamment la discussion par ses commentaires et ses suggestions pour donner à Jean Eck un prétexte pour l’attaquer. Dans sa Defensio contra Johannem Eckium (Wittemberg, 1519) il avait déjà clairement développé les principes de l’autorité des Écritures et de la nécessité de leur interprétation.

En raison de l’intérêt qu’il montre pour la théologie dans ses conférences sur l’Évangile de Matthieu et l’Épître aux Romains, en même temps que dans ses recherches sur la doctrine de Paul, on lui accorde le grade de bachelier (baccalaureus) en théologie, et son poste est transféré à la faculté de théologie. Bientôt, il est lié encore plus fortement à Wittemberg par son mariage avec Katharina Krapp, la fille du maire, mariage contracté sur les instances pressantes de ses amis, et particulièrement de Luther (25 novembre 1520).

Au début de l’année 1521, dans son Didymi Faventini versus Thomam Placentinum pro M. Luthero oratio (Wittemberg, n.d.), Mélanchthon défend Luther en prouvant que ce dernier ne rejetait que les pratiques papales et ecclésiastiques qui contredisaient les Écritures, mais non la vraie philosophie ni le « vrai christianisme ». Mais durant l’absence de Luther, réfugié au château de Wartbourg pendant les troubles provoqués par les « prophètes » de Zwickau, Philippe Mélanchthon, par manque de fermeté et d’assurance, ne fit pas preuve de l’autorité nécessaire pour gérer ce problème, si bien que, sans l’intervention énergique de Luther, les « prophètes » n’auraient pu être réduits au silence.

La parution des Loci communes rerum theologicarum seu hypotyposes theologicae de Mélanchthon (Wittemberg et Bâle, 1521) fut très importante pour la confirmation et l’expansion des idées de la Réforme. En accord parfait avec Luther, Mélanchthon présente la nouvelle doctrine du christianisme sous la forme d’une discussion des « pensées principales » de l’Épître aux Romains. Son but n’était pas de donner une exposition systématique de la foi chrétienne, mais une clé pour la compréhension exacte des Écritures.

Néanmoins, il continue son cours de lettres classiques et, après le retour de Luther, il aurait pu renoncer entièrement à son travail théologique si Luther n’avait pas insisté.

Au cours d’un voyage à sa ville natale, en 1524, il est amené à traiter avec le légat du pape Campeggio qui essaie de l’arracher à la cause de Luther, mais sans succès, ni à ce moment, ni plus tard. Dans son Unterricht der Visitatoren an die Pfarrherren für das Kurfürstentum Sachsen (1528), Mélanchthon présente clairement sa vision de la doctrine évangélique du salut en jetant les bases de la réforme de la doctrine aussi bien que des règlements des églises et des écoles, mais sans faire la moindre attaque directe contre l’enseignement de l’Église romaine.

En 1529, il accompagne le prince électeur à la Diète de Spire pour représenter la cause évangélique. Ses espoirs d’amener le parti impérial à une reconnaissance pacifique de la Réforme ne se réalisent pas. Il se repent plus tard de la sympathie qu’il avait manifestée envers les Suisses à la Diète, il considère la doctrine de Zwingli sur la Cène comme « un dogme impie » et il confirme Luther dans son attitude de refus.

Bien que fondée sur les articles de Luther, ceux de Schwabach et de Marbourg, la confession d’Augsbourg, qui fut présentée devant la Diète d’Augsbourg en 1530, était surtout l’œuvre de Mélanchthon. Il est vrai que Luther n’a pas caché le fait que l’attitude irénique de cette confession n’était pas ce qu’il avait souhaité mais, ni lui, ni Mélanchthon, n’étaient conscients de la moindre différence dans la doctrine ; aussi la profession de foi protestante la plus importante est-elle un monument de l’harmonie entre les deux réformateurs sur les enseignements de l’Évangile. Certains diraient qu’à la Diète, Mélanchthon n’a pas montré cette attitude digne et ferme que la foi en la vérité et la justice de sa cause auraient pu lui inspirer, peut-être parce qu’il n’avait pas cherché à jouer le rôle d’un chef politique, de même qu’il a peut-être manqué de la connaissance nécessaire de la nature humaine, aussi bien que d’énergie et de décision. L’Apologie de la Confession d’Augsbourg, également l’œuvre de Mélanchthon, était aussi une exposition claire des doctrines contestées, tirées immédiatement de l’expérience et des Écritures.

Maintenant dans une tranquillité relative, Mélanchthon pouvait se consacrer à ses travaux universitaires et littéraires. Le travail théologique le plus important de cette période fut les Commentarii in Epistolam Pauli ad Romanos (Wittemberg, 1532), un ouvrage remarquable en ce que, pour la première fois, il établissait sur un plan dogmatique que l’expression « être justifié » signifiait « être regardé comme juste », alors que l’Apologie plaçait toujours côte à côte les deux significations « être rendu juste » et « être regardé comme juste ». La réputation croissante de Mélanchthon fut l’occasion pour lui de recevoir plusieurs appels honorables à Tübingen (septembre 1534), en France et en Angleterre, mais son respect pour le prince électeur l’incita à les refuser.

Il prit une part importante aux discussions sur la Cène qui commencèrent en 1531. Il approuva totalement la Concorde de Wittemberg, envoyée par Martin Bucer à Wittemberg et, à l’instigation du Landgrave de Hesse, discuta de la question avec Bucer à Cassel, à la fin de 1534. Il travailla avec passion à un accord, car ses études de patristique et le Dialogue (1530) d’Œcolampade l’avaient incité à douter de l’exactitude de la doctrine luthérienne. De plus, après la mort de Zwingli et le changement de la situation politique, ses premiers scrupules concernant une union perdaient leur poids. Bucer n’alla pas jusqu’à croire avec Luther que le vrai corps du Christ dans la Cène était broyé avec les dents, mais admettait l’offrande du corps et du sang dans les symboles du pain et du vin. Mélanchthon discuta les vues de Bucer avec les principaux partisans de Luther ; mais Luther lui-même ne voulut pas accepter qu’on voilât simplement le différend. Les relations entre Mélanchthon et Luther ne furent pas troublées par son office de médiateur, bien que Luther eût un moment pensé que Mélanchthon était « presque de l’opinion de Zwingli » ; malgré tout, il souhaitait « partager son cœur avec lui. »

Au cours de son séjour à Tübingen, en 1536, Mélanchthon fut sévèrement pris à partie par Cordatus, prédicateur à Niemegk, parce qu’il enseignait que les œuvres étaient nécessaires pour le salut. Dans la deuxième édition de ses Loci (1535) il abandonna sur le déterminisme la stricte doctrine qu’il avait d’abord défendue et qui allait même au-delà de celle d’Augustin, et à la place enseigna plus clairement ce qu’il appelait le synergisme. Il réfuta les attaques de Cordatus dans une lettre à Luther et à ses collègues, en déclarant qu’il n’avait jamais abandonné leurs enseignements communs sur ce sujet, et dans la controverse de 1537 sur l’antinomisme, Mélanchthon fut en harmonie avec Luther.

La dernière partie de sa vie fut remplie de difficultés et de souffrances ; cela commença par les controverses sur les Intérims et les adiaphora (1547). Au vrai, Mélanchthon avait rejeté l’Intérim d’Augsbourg, que l’empereur avait essayé d’imposer aux protestants vaincus, mais au cours des négociations concernant ce qu’on appelle l’Intérim de Leipzig il fit des concessions que sur bien des points il est difficile de justifier, même si l’on tient compte de sa position difficile, opposé qu’il était à l’électeur et à l’empereur.

En acceptant certains usages romains, Mélanchthon partait de l’opinion qu’il s’agissait d’adiaphora si rien n’était changé dans la pureté de la doctrine et des sacrements institués par Jésus, mais il ne voyait pas que les concessions faites dans de telles circonstances devaient être regardées comme un reniement des convictions évangéliques.

Mélanchthon lui-même prit conscience de ses fautes avec le temps et les regretta, ayant dû peut-être souffrir plus qu’il n’était juste du mécontentement de ses amis et de la haine de ses ennemis. Désormais jusqu’à sa mort il fut pénétré de trouble et de souffrance. Après la mort de Luther il devint le « chef théologique de la Réformation allemande », chef contesté cependant : les Luthériens avec Matthias Flacius à leur tête, l’accusaient d’hérésie et d’apostasie, lui et ses disciples. De fait, la mort de Luther fragilise le camp protestant « luthérien » dans l’espace germanophone. Les partisans de Luther se divisent rapidement en deux camps opposés: les philippistes, partisans de Melanchton et les gnésio-luthériens (“gnésio” signifie vrai, véritable, en grec) qui ne pardonneront pas à Melanchton de retoucher quoi que ce soit aux écrits de Luther. Les gnésio publient même les propos de table de Luther, sous le titre de Tischreden.

Attristé par ces nouvelles divisions au sein du camp luthérien, Melanchton, comme Bucer, se fera l’un des champions de l’unité protestante, sans succès. Mélanchthon supporta toutes les accusations et toutes les calomnies avec une patience, une dignité et une maîtrise de lui-même admirables.

Melanchton meurt le 19 avril 1560 à Wittemberg.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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