Philibert Tsiranana, homme d’état.

Philibert Tsiranana, né le 18 octobre 1910 et mort le 16 avril 1978 (à 67 ans), est un homme d’État malgache. Il fut le premier président de la République malgache de 1959 à 1972.

Pendant douze ans, la République de Tsiranana connaît une stabilité institutionnelle qui tranche face aux troubles politiques qui secouent l’Afrique francophone à la même époque. L’économie progresse lentement en suivant la voie d’un socialisme pragmatique. Madagascar se voit attribuer le surnom d’« Île heureuse ». Cette particularité participe à la construction de sa popularité.

Son bilan aurait pu apparaître honorable s’il n’avait pas connu une fin de mandat plus que mitigée. Usé sur le plan physique et politique, corrompu par le pouvoir, Tsiranana peine à dissimuler derrière l’image populaire d’un bienveillant maître d’école, son penchant pour l’autoritarisme. Il demeure toutefois une figure politique malgache de premier plan et reste connu dans son pays comme le « père de l’indépendance ».


En 1955, de passage en France dans le cadre de ses congés administratifs, il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en vue des élections législatives de janvier 1956. Durant sa campagne électorale Tsiranana a pu compter sur le soutien du Front national malgache (FNM) dirigé par des Merina issus de l’Action madécasse, et surtout sur celui du haut-commissaire André Soucadaux qui voit en lui le nationaliste raisonnable que recherche l’administration. Fort de ces soutiens et de la notoriété qu’il s’est construite les cinq dernières années22, il est triomphalement élu député par 253 094 voix sur 330 915 dans la circonscription de l’ouest.

Tsiranana, carte maximum, Madagascar, 25/03/1960.

Au Palais Bourbon, il s’inscrit dans le groupe socialiste. Il gagne rapidement une réputation de franc-parleur : en mars 1956, il affirme l’insatisfaction des Malgaches pour l’Union française, simple continuité selon lui, du colonialisme sauvage (« tout cela n’est que façade, le fond reste le même »). Il en arrive à réclamer l’abrogation de la loi d’annexion d’août 1896. Enfin, prêchant la réconciliation, il réclame en juillet 1956, la libération de tous les prisonniers de l’insurrection de 1947. Par cette politique liant amitié avec la France, revendication indépendantiste et recherche de l’unité nationale, Tsiranana acquiert une stature nationale.

Son mandat de député est aussi l’occasion d’affermir légalement ses intérêts politiques locaux. Sous motif d’égalité, il obtient pour son bastion du nord et du nord-ouest, une sur-représentation à l’Assemblée territoriale de Madagascar. Par ailleurs œuvrant avec énergie en faveur d’une importante décentralisation provinciale sous prétexte d’optimiser l’action économique et sociale sur la Grande île, il s’attire les critiques acerbes du Parti communiste français (PCF) qui, allié aux nationalistes durs de Tananarive, l’accuse de vouloir « balkaniser » Madagascar. Tsiranana en garde une solide rancœur anticommuniste. Cet attachement à la propriété le mène à déposer le 20 février 1957, son unique proposition de loi : une « aggravation des peines contre les voleurs de bœufs » que le code pénal français ne prend nullement en compte.

Tsiranana s’impose progressivement comme le leader des côtiers. Il fonde le 28 décembre 1956 à Majunga, avec des éléments de l’aile gauche du PADESM dont André Resampa, le Parti social-démocrate (PSD). L’affiliation est portée à la SFIO. Le PSD dépasse rapidement les perspectives limitées du PADESM, dont il est plus ou moins l’héritier1. Il représente tout à la fois les notables ruraux côtiers, les fonctionnaires et les partisans de l’indépendance anticommunistes. D’emblée, son parti bénéficie des préférences de l’administration coloniale, dans la perspective des transferts progressifs du pouvoir exécutif prévus par la loi-cadre Defferre.

L’entrée en vigueur de la loi-cadre est prévue après que se soient tenues les élections territoriales de 1957. Le 31 mars, Tsiranana est réélu conseiller provincial sur la liste « Union et Progrès social » avec 79 991 voix sur 82 121 inscrits. Tête de liste, il est nommé président de l’Assemblée provinciale de Majunga et est reconduit dans ses fonctions de conseiller à l’Assemblée représentative de Madagascar le 10 avril 1957. Le 27 mai, cette assemblée élit un Conseil du gouvernement. À l’Assemblée représentative, le PSD de Tsiranana ne compte que 9 membres. Un gouvernement de coalition est formée avec à sa tête Philibert Tsiranana en qualité de vice-président, le président étant de droit le haut-commissaire André Soucadaux. Tsiranana obtient que son bras droit, André Resampa, soit nommé au portefeuille de l’Éducation.

Installé au pouvoir, Tsiranana conforte peu à peu son autorité. Le 12 juin 1957 est créée une seconde section du PSD dans la province de Tuléar : 16 conseillers de l’Assemblée provinciale s’y affilient, le PSD prend le contrôle de la province de Tuléar. Comme beaucoup de dirigeants politiques africains de l’Union française, Tsiranana déplore publiquement que ses prérogatives de vice-président du Conseil soient assez limitées. En avril 1958, lors du 3e congrès du PSD, il reproche à la loi-cadre, le caractère bicéphale qu’elle impose au Conseil : pour lui, la présidence du gouvernement malgache ne doit pas être occupée par le haut-commissaire. L’accession du général de Gaulle au pouvoir en juin 1958 change la donne. Par une ordonnance du gouvernement national, l’ordre hiérarchique dans les territoires d’outre-mer est modifié au profit des élus locaux. Tsiranana devient ainsi le 22 août 1958, le président officiel du Conseil du gouvernement de Madagascar.

Malgré ces prises de position, le dirigeant malgache souhaite plus une forte autonomie interne que l’indépendance. Il affiche d’ailleurs, un nationalisme très modéré :

« Nous considérons qu’il vaut mieux avoir une indépendance bien préparée, car une indépendance politique anticipée nous conduirait à la dépendance la plus atroce qui soit, la dépendance économique. Nous continuons à faire confiance à la France et comptons sur le génie français pour trouver, le moment venu, une formule comparable à celle du Commonwealth britannique. Car, nous Malgaches, nous ne voudrons jamais nous séparer de la France. De culture française nous sommes, et nous voulons rester Français. »

Le général de Gaulle, dès son retour au pouvoir, décide d’accélérer le processus d’émancipation des colonies. L’Union française doit être remplacée par une nouvelle organisation. Le général de Gaulle nomme le 23 juillet 1958, un comité consultatif où figurent plusieurs responsables politiques africains et malgache. Les discussions portent essentiellement sur la nature des liens devant unir la France et ses ex-colonies. L’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny propose l’établissement d’une « fédération » franco-africaine, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor d’une « confédération ». Finalement, c’est le projet de « communauté », soufflé à Tsiranana par un des rédacteurs de la constitution de la Ve Raymond Janot, qui est retenu.

Tout naturellement, Tsiranana mène activement campagne pour le « oui » au référendum du 28 septembre 1958, aux côtés de l’Union des démocrates sociaux de Madagascar (UDSM) du sénateur Norbert Zafimahova, afin que Madagascar intègre la Communauté française. La campagne pour le « non » est, pour sa part, principalement menée par l’Union des populations malgaches (UPM). Le « oui » l’emporte par 1 361 801 votes contre 391 166 « non » . En contrepartie de ce « oui », Tsiranana a obtenu du général l’abrogation de la loi d’annexion de 1896. Le 14 octobre 1958, lors du congrès des conseillers provinciaux, Tsiranana proclame la République autonome malgache dont il devient le Premier ministre provisoire ; le lendemain, la loi d’annexion de 1896 est rendue caduque.

Le 16 octobre 1958, le Congrès élit, au scrutin de liste majoritaire par province, une Assemblée nationale constituante composée de 90 membres. Ce mode de scrutin devait permettre au PSD et à l’UDSM de n’avoir aucun adversaire du « oui » dans l’Assemblée. Sa présidence revient à Norbert Zafimahova.

En réaction à la création de cette assemblée, l’UPM, le FNM et l’Association des amis des paysans, fusionnent le 19 octobre pour donner naissance à l’AKFM (« Parti du congrès pour l’indépendance de Madagascar ») dirigé par le pasteur Richard Andriamanjato. D’orientation marxiste, le parti devient le principal adversaire du gouvernement.

Tsiranana installe donc rapidement dans les provinces, une organisation étatique lui permettant de contenir l’AKFM. Tout d’abord, il nomme des secrétaires d’État dans toutes les provinces. Ensuite, le 27 janvier 1959, il dissout le conseil municipal de Diego-Suarez dirigé par l’opposition marxiste. Enfin, la loi du 27 février 1959 institue le « délit d’outrage aux institutions nationales et communautaires », et lui permet de sanctionner certaines publications.

Le 29 avril 1959, l’Assemblée constituante adopte la constitution élaborée par le gouvernement. Elle s’inspire largement des institutions de la Ve République mais possède ses caractéristiques propres. Le chef de l’État est le chef du gouvernement, il détient tout le pouvoir exécutif ; le vice-président du gouvernement n’a qu’un rôle très effacé. Le parlement est, quant à lui, bicaméral, situation exceptionnelle à l’époque en Afrique francophone. De plus, les provinces, dotées de conseils provinciaux, jouissent d’une certaine autonomie. Finalement, bien que d’inspiration parlementaire, le régime relève plutôt d’un présidentialisme modéré.

Le 1er mai, le parlement élit au sein d’un Collège comprenant également les conseillers provinciaux et des délégués des communes, le président de la République malgache. Quatre candidats sont alors en liste: Philibert Tsiranana, Basile Razafindrakoto, Prosper Rajoelson et Maurice Curmer. Finalement, sur les 114 suffrages exprimés par les congressistes, Tsiranana est unanimement élu premier président de la République malgache par 113 votes favorables, une seule abstention étant relevée.

Le 24 juillet 1959, le général de Gaulle nomme quatre responsables politiques africains, parmi lesquels Philibert Tsiranana, au poste de « ministres-conseillers » du gouvernement français pour les affaires intéressant la Communauté. Le président malgache, par ses nouvelles fonctions, en profite pour évoquer l’accès à la souveraineté nationale de Madagascar ; le Général accepte. En février 1960, une délégation malgache dirigée par André Resampa, se rend à Paris pour négocier le transfert des compétences. Tsiranana insiste pour que toutes les organisations malgaches soient représentées au sein de cette délégation, à l’exception de l’AKFM (qui le déplore). Le 2 avril 1960, les Accords franco-malgaches sont signés à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Tsiranana. Le 14 juin, le parlement malgache adopte à l’unanimité les Accords. Le 26 juin, Madagascar devient indépendante.

Tsiranana entend réaliser l’unité nationale au moyen d’une politique fondée sur la stabilité et la modération.

Afin de légitimer son image de « père de l’indépendance », il ramène sur l’île le 20 juillet 1960, les trois anciens députés « bannis » en France depuis l’insurrection de 1947, Joseph Ravoahangy, Joseph Raseta et Jacques Rabemananjara. L’impact populaire et politique est considérable. Le président propose à ces « héros de 1947 » d’entrer dans son deuxième gouvernement du 10 octobre 1960 ; Joseph Ravoahangy prend le ministère de la Santé, et Jacques Rabemananjara, celui de l’Économie. En revanche, Joseph Raseta refuse et rejoint l’AFKM.

Un démocrate dans une République balbutiante[modifier | modifier le code] Tsiranana réaffirme fréquemment son appartenance au bloc occidental :

« Nous sommes résolument intégrés au Monde occidental, parce qu’il est le Monde libre, et que notre aspiration la plus profonde, est la liberté de l’homme et la liberté des peuples. »

Ainsi la République de Tsiranana se veut respectueuse des droits de l’homme, la presse dispose d’une relative liberté tout comme la justice. La Constitution de 1959 garantit le pluralisme. L’extrême-gauche a notamment le droit de s’organiser politiquement. Une opposition plus ou moins radicale existe ainsi à travers le MONIMA du nationaliste Monja Jaona militant vigoureusement pour la cause du Sud malgache très pauvre et le parti de l’indépendance AKFM prônant le « socialisme scientifique », l’amitié prioritaire avec l’URSS. Le président malgache Tsiranana s’érige comme le protecteur de ces partis, refusant de céder à la ‘mode’ du parti unique :

« Je suis trop démocrate pour cela, le parti unique conduisant toujours à la dictature. Nous, PSD, comme le précise le titre de notre parti, nous sommes des sociaux-démocrates et refusons, en tant que tels, ce type de parti. Nous pourrions facilement l’instituer dans notre pays, mais nous préférons qu’existe une opposition »

De nombreuses institutions font également offices de contre-pouvoir sur l’île. Les Églises protestante et catholique ont une grande influence au sein de la population. Les diverses centrales syndicales sont politiquement actives dans les centres urbains. De nombreuses associations, notamment étudiantes et féminines, s’expriment très librement.

Néanmoins la ‘démocratie’ sous Tsiranana connaît ses limites. En dehors des grands centres, les élections sont rarement organisées de manière libre.

Le 29 avril 1959, l’Assemblée constituante adopte la constitution élaborée par le gouvernement. Elle s’inspire largement des institutions de la Ve République mais possède ses caractéristiques propres. Le chef de l’État est le chef du gouvernement, il détient tout le pouvoir exécutif ; le vice-président du gouvernement n’a qu’un rôle très effacé. Le parlement est, quant à lui, bicaméral, situation exceptionnelle à l’époque en Afrique francophone. De plus, les provinces, dotées de conseils provinciaux, jouissent d’une certaine autonomie. Finalement, bien que d’inspiration parlementaire, le régime relève plutôt d’un présidentialisme modéré.

Le 1er mai, le parlement élit au sein d’un Collège comprenant également les conseillers provinciaux et des délégués des communes, le président de la République malgache. Quatre candidats sont alors en liste: Philibert Tsiranana, Basile Razafindrakoto, Prosper Rajoelson et Maurice Curmer. Finalement, sur les 114 suffrages exprimés par les congressistes, Tsiranana est unanimement élu premier président de la République malgache par 113 votes favorables, une seule abstention étant relevée.

Le 24 juillet 1959, le général de Gaulle nomme quatre responsables politiques africains, parmi lesquels Philibert Tsiranana, au poste de « ministres-conseillers » du gouvernement français pour les affaires intéressant la Communauté. Le président malgache, par ses nouvelles fonctions, en profite pour évoquer l’accès à la souveraineté nationale de Madagascar ; le Général accepte. En février 1960, une délégation malgache dirigée par André Resampa, se rend à Paris pour négocier le transfert des compétences. Tsiranana insiste pour que toutes les organisations malgaches soient représentées au sein de cette délégation, à l’exception de l’AKFM (qui le déplore). Le 2 avril 1960, les Accords franco-malgaches sont signés à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Tsiranana. Le 14 juin, le parlement malgache adopte à l’unanimité les Accords. Le 26 juin, Madagascar devient indépendante.

Madagascar est, depuis l’Indépendance, dans la zone franc. L’appartenance à cette zone permet à la Grande île d’assurer la couverture en devises des importations reconnues prioritaires, de donner une garantie de débouchés à certains produits agricoles, à des prix supérieurs aux cours mondiaux (bananes, viande, sucre, riz de luxe, poivre, etc.), de sécuriser les investisseurs privés, de maintenir une certaine rigueur dans la politique budgétaire de l’État. Aussi, en 1960, 73 % des exportations sont dirigées vers la zone franc et bien sûr, parmi les principaux acheteurs, se trouve la France avec 10 milliards de francs CFA.

La France lui octroie d’ailleurs une aide particulièrement importante en douze ans de 400 millions de dollars. Cette aide, sous toutes ses formes, est voisine ou égale aux deux tiers du budget national malgache jusqu’en 1964. De plus, grâce aux conventions d’association avec la Communauté économique européenne (CEE), les avantages découlant des organisations de marché de la zone franc et du Fonds d’Aide et de Coopération français (FAC) sont transposés au niveau communautaire. Ainsi, Madagascar peut bénéficier de préférences tarifaires appréciables et recevoir entre 1965 et 1971, une aide évaluée à 160 millions de dollars de CEE.

Outre cette forte dépendance financière, la Grande île sous Tsiranana donne l’impression que les Français ont conservé leur position prépondérante dans l’économie. Les banques, les assurances, le grand commerce, l’industrie et certaines productions agricoles (sucre, sisal, tabac, coton, etc.) restent détenus par les minorités étrangères.

À partir de 1967, le président Tsiranana doit faire face à une montée des critiques. Tout d’abord, il est patent que les structures mises en œuvre par le socialisme malgache pour développer le pays n’ont pas de grande efficacité macro-économique. Ensuite, on se surprend par certaines mesures adoptées, comme l’interdiction du port de la minijupe, qui entrave la promotion du tourisme.

Enfin, en novembre 1968, est publié un document intitulé Dix années de République, rédigé par un assistant technique français et un Malgache, qui critique durement les dirigeants du PSD, et dénonce quelques scandales financiers imputés par les auteurs au pouvoir en place. Une enquête est ouverte et se termine par la condamnation pénale d’un des rédacteurs. Cette affaire ne laisse pas indifférents les milieux intellectuels. Ainsi, l’usure inévitable du régime engendre une contestation discrète mais certaine.

Le président Tsiranana souffre d’une maladie cardiovasculaire. En juin 1966, son état de santé se dégrade nettement ; il est forcé de prendre deux mois et demi de convalescence, puis de se rendre trois semaines en France afin d’y parfaire sa guérison. Officiellement, le mal dont il souffre provient d’une fatigue. Par la suite, le dirigeant malgache se rend fréquemment à Paris y faire des examens et sur la Côte d’Azur s’y reposer. Sa santé ne s’améliore pas pour autant.

Éloigné quelque temps des affaires, Tsiranana réaffirme à la fin de l’année 1969 son autorité et son rôle de meneur au sein du gouvernement. Il décide ainsi le 2 décembre, à la surprise générale, de « dissoudre » le gouvernement, alors même que cette mesure est anticonstitutionnelle car relevant de la motion de censure. Une quinzaine de jours plus tard, il forme un gouvernement reprenant les mêmes ministres à deux exceptions près. En janvier 1970, alors qu’il est de nouveau en déplacement en France, son état s’aggrave soudainement. Le président de la République française Georges Pompidou déclare alors à Jacques Foccart : « Tsiranana m’a fait très mauvaise impression physiquement. Il avait un papier sous les yeux et ne pouvait pas le lire. Il n’avait pas l’air du tout à son affaire et ne m’a parlé que de petits détails, de petites choses et pas de politique générale. »

Malgré tout, le président malgache se rend à Yaoundé afin d’assister au sommet de l’OCAM. Dès son arrivée dans la capitale camerounaise, le 28 janvier, il est victime d’une attaque et regagne aussitôt Paris, par avion spécial, pour y être soigné à l’hôpital de la Salpetrière. Durant dix jours, le président reste dans le coma avant de recouvrer la parole et presque toutes ses facultés. Son hospitalisation se prolonge jusqu’au 14 mai 1970. Durant ces trois mois et demi de convalescence, il reçoit la visite de nombreuses personnalités politiques françaises et malgaches dont, le 8 avril, celle du chef de l’opposition Richard Andriamanjato, de retour de Moscou.

Le 24 mai, Philibert Tsiranana regagne Madagascar. En décembre 1970, il multiplie les déplacements sur la Grande île afin d’annoncer aux Malgaches son intention de demeurer au service du pays car il pense avoir recouvré la santé. Mais le déclin politique est nettement amorcé. Tsiranana, exacerbé par le culte de la personnalité, devient autoritaire et irritable1. Il se réclame même de la volonté divine : « Pourquoi Dieu a-t-il choisi David, un petit berger pauvre, pour devenir roi d’Israël ? Et pourquoi Dieu a-t-il conduit l’humble bouvier d’un village perdu de Madagascar, pour devenir le chef d’un peuple entier ? »

En fait, coupé des réalités par un entourage de courtisans intéressés, il se révèle incapable d’apprécier la situation socio-économique.

nana est toujours le président de la République malgache et les pleins pouvoirs donnés au général Ramanantsoa ne constituent pour lui qu’une parenthèse1. Il déclare à Jacques Foccart le 22 mai 1972 : « J’ai été élu par le peuple. On me tuera peut-être, mais je ne m’en irai pas. On mourra ensemble, avec ma femme, s’il le faut ! »

Mais ces pouvoirs relèvent, depuis le 18 mai, du virtuel. Sa présence est d’ailleurs politiquement inutile voire encombrante. Tsiranana en prend progressivement conscience. Lors d’un voyage privé à Majunga, le 22 juillet, des manifestants l’accueillent en arborant des banderoles hostiles, telles que « Nous en avons marre de vous papa » ou « C’est fini le PSD ». C’est également à Majunga que, durant les événements de mai, le buste du président trônant au centre de la ville avait été abattu. Toutefois, il faut véritablement attendre le référendum constitutionnel du 8 octobre 1972 acquis à 96,43 % des suffrages et qui confie les pleins pouvoirs à Ramanantsoa pour cinq ans pour le convaincre qu’il a fait son temps. Tsiranana est alors déchu de ses fonctions de président de la République.

Se qualifiant quant à lui de « président de la République suspendu », il n’entend pas se retirer de la vie politique et devient même un opposant virulent au régime militaire. Le général Ramanantsoa lui signifie cependant qu’il n’a pas à parler de choses politiques et qu’il n’est pas, non plus, autorisé à faire des déclarations à des journalistes. Le PSD va alors connaître des tracasseries judiciaires avec l’interpellation de nombreuses personnalités du parti. Lors des élections consultatives du Conseil National Populaire de Développement (CNPD) du 21 octobre 1973, le PSD est à son tour victime des irrégularités du scrutin. Les candidats favorables au pouvoir enlèvent ainsi 130 sièges sur 144.

Lors de ce scrutin, Tsiranana renoue avec son ancien dauphin André Resampa166, libéré en mai 1972, qui entre-temps a fondé l’Union des socialistes malgaches (USM). La réconciliation aboutit à la fusion, le 10 mars 1974, du PSD et de l’USM qui deviennent le Parti socialiste malgache (PSM) avec Tsiranana pour président et Resampa comme secrétaire général. Le PSM réclame un gouvernement de coalition afin de mettre fin au désordre économique et social, notamment aux pénuries, lié à la « malgachisation » et à la « socialisation » de la société malgache. Dans un communiqué du 3 février 1975, Tsiranana propose même la création d’un « comité des sages », chargé de désigner une personnalité appelée à former un gouvernement provisoire devant organiser des élections libres et démocratiques dans un délai de 90 jours.

Après la démission du général Gabriel Ramanantsoa et l’accession à la tête de l’État du colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava le 5 février 1975, Philibert Tsiranana décide de se retirer de la vie politique. Mais le 11 février 1975, Ratsimandrava est assassiné. Un tribunal militaire exceptionnel est alors chargé du « procès du siècle ». Parmi les 296 inculpés se trouve Tsiranana qui doit répondre de huit chefs d’accusation dont le plus grave, pénalement, est celui de « complicité dans l’assassinat du colonel Richard Ratsimandrava, chef de l’État et du gouvernement ». Philibert Tsiranana est finalement relaxé, faute de preuve.

Après le procès, l’ancien président ne préoccupe plus grand monde à Madagascar. Il se rend un temps en France pour y retrouver sa famille et consulter ses médecins. Puis, le 14 avril 1978, il est transporté en urgence à Tananarive, dans un état critique. Admis à l’hôpital Befelatanana dans le coma, il ne reprend pas connaissance et s’éteint le dimanche 16 avril 1978 en fin d’après-midi. Le Conseil suprême de la Révolution, dirigé par Didier Ratsiraka, organise pour lui des funérailles nationales. L’immense foule tananarivienne qui se presse à ses obsèques témoigne du respect et de l’affection portée, en définitive, à celui qui reste dans l’histoire malgache un personnage de premier plan, et probablement un personnage vénéré1. Son épouse Justine est décédée en 1999 ; mariés en 1933, ils sont les parents de huit enfants, dont la femme politique Ruffine Tsiranana.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.