Paul Magloire, militaire et homme d’état.

Paul Eugène Magloire, né le 19 juillet 1907 à Cap-Haïtien (Quartier-Morin) et mort le 12 juillet 2001 à Port-au-Prince, est un homme politique et un militaire haïtien. Il est le premier président de la République d’Haïti élu au suffrage universel.

D’abord chef de la police de Port-au-Prince, il participe en 1946 à la junte militaire présidée par le général Frank Lavaud. Par la suite, il fait partie de l’opposition au président Dumarsais Estimé, qui voulait allonger sa présidence, et fonde le Mouvement ouvrier des paysans (MOP) qui devient le principal parti d’opposition.

Après la destitution d’Estimé en mai 1950, il rejoint de nouveau le  gouvernement intérimaire de Lavaud, puis se déclare candidat à la première élection présidentielle au suffrage universel. Il la remporte haut la main face au front socialiste et communiste et aux conservateurs.

Au pouvoir de 1950 à 1956, il modifie la constitution et met en place, par référendum, un nouveau régime républicain qui se distingue par son côté présidentiel, rompant ainsi avec le parlementarisme. Haïti devient durant son mandat une destination touristique. Le vote des femmes est implanté par son gouvernement. En 1954, l’ouragan Hazel ravage une partie du pays ; des fonds de secours sont volés et sa popularité tombe. Il finit son mandat mais ne se représente pas ; il quitte le pouvoir en pleine crise politique. Après la prise des pleins pouvoirs par le président nationaliste François Duvalier, un an plus tard, il quitte le pays et s’installe avec sa famille à New York ; il y appelle à la résistance face au régime duvaliériste.

En février 1986, à la chute des Duvalier, il revient en Haïti et participe à l’établissement d’un nouveau gouvernement. Par la suite, il s’associe à la politique du général Henri Namphy, et devient conseiller non officiel de l’armée. Le 19 juillet 1997, pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, il obtient la rare distinction de maréchal d’Haïti.

À sa mort, le 12 juillet 2001, à l’âge de 94 ans, il reçoit des funérailles nationales.


Fils de général et après une brève carrière d’enseignant, Magloire s’enrôle dans l’armée en 1930 et atteint le grade de commandant en 1938. En 1939, il est diplômé de l’école de droit de Port-au-Prince. En 1944, il devient le chef de la police de la capitale, est promu major et nommé commandant des forces militaires du département de l’Ouest.

En janvier 1946, quand la population se soulève contre le président Elie Lescot, il entre en scène, et, appuyé par un petit groupe d’officiers, finit par convaincre le président en difficulté d’abandonner le pouvoir aux mains d’une junte de trois membres, dont lui-même (les deux autres étant le colonel Frank Lavaud et Antoine Levelt). Dans ce gouvernement provisoire, il est ministre de l’Intérieur et de la Défense nationale du 12 janvier au 16 août 1946.

Opposé à la politique du président Dumarsais Estimé, il fonde son propre parti, le Mouvement ouvrier des paysans (MOP).

A la suite de la destitution d’Estimé, il intègre le gouvernement intérimaire et redevient ministre de l’Intérieur et de la Défense nationale.

Alors que la junte militaire en 1950 n’a pour but que de faire élire Magloire, devenu colonel, aux élections du 8 octobre 1950, il démissionne de la junte et se déclare candidat à la présidence. Il remporte largement l’élection face au front socialiste et communiste et aux conservateurs, devenant ainsi le premier président haïtien élu au suffrage universel (avant cette date le président était élu par le parlement). Il est ainsi le premier chef d’État haïtien élu démocratiquement.

Au pouvoir, il modifie la constitution et met en place une nouvelle  république semi-présidentielle et fixe le mandat présidentiel à six ans, renouvelable une fois seulement.

Au début des années 1950, Haïti est en plein progrès. Avec son économie survoltée par la guerre de Corée et les prix élevés des denrées tropicales, le pays connait une période de paix intérieure et de prospérité financière. À cette époque, Magloire est au sommet de sa popularité. C’est aussi une période où des flots de touristes débarquent sur les plages d’Haïti.

Il gouverne dans une relative stabilité. Il emprisonne l’ex-président Daniel Fignolé. Il est très populaire au début de son mandat et voyage à l’étranger.

Sa politique anticommuniste reçoit un accueil favorable du gouvernement américain, notamment de la part du président Eisenhower, qui apporte son soutien au gouvernement haïtien. Opposé au nationalisme, il tente  néanmoins d’apaiser les tensions avec le régime dictatorial de Rafael Trujillo.

Le 7 février 1955, le président et son épouse Yolette atterrissent à Washington où ils sont accueillis par le vice-président Richard Nixon et sa femme. C’est le début de la visite d’État du couple présidentiel qui est ensuite reçu par le couple Eisenhower à la Maison Blanche. En leur honneur, le président américain offre un fastueux dîner d’État avec pompes.

Magloire est ensuite reçu au Congrès où il prend la parole devant les deux chambres réunies en session spéciale. Après Washington, le couple visite Nashville, Chicago, Boston et New York.

De retour en Haïti, la première dame, Yolette Magloire, reprend et organise de multiples activités de charité. Sans relâche, elle préside les banquets de bienfaisance, ouvre les bals de charité, inaugure les campagnes de vaccination, inspecte les hospices, visite les hôpitaux, les maternités et les orphelinats. Lancée en 1951 avec l’ouverture de la cantine du Bel-Air et celle de la Saline, la Fondation Madame Paul Magloire devait établir deux solides institutions d’éducation et de formation professionnelle pour les jeunes filles d’Haïti.

En plus de créer des œuvres, la première dame ne s’effrayait pas des soucis pratiques qu’entraînait leur bon fonctionnement et s’y engageait fortement.

Bien que populaire, la politique de Magloire est contestée par les  mouvements communistes et nationalistes et il se retrouve rapidement isolé au sein de sa propre administration. Son parti perd la majorité et plusieurs manifestations communistes contestent son pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il renonce à se représenter pour sa succession et quitte le pouvoir le 6 décembre 1956, sous la poussée de revendications populaires. Avant de quitter ses fonctions, il assure que le pouvoir par intérim ne revienne ni aux communistes ni aux nationalistes. Nemours Pierre-Louis, candidat conservateur, lui succède. Le pays est alors plongé dans une crise qui persiste au-delà des gouvernements provisoires qui s’ensuivent.

Après la fin de son mandat, Magloire, retirait de la vie politique, pensait pouvoir rester au pays pour jouir d’une paisible et confortable retraite, loin des tracas de la vie politique et public.

Au début de janvier 1957, le nouveau président Pierre-Louis, fait saisir les biens de l’ancien président Paul Magloire. Le 3 février suivant, il quitte ses fonctions et est remplacé le 7 février par Franck Sylvain, membre du Mouvement ouvrier des paysans (MOP), parti du président Magloire. Ce dernier rend ses biens à la famille Magloire.

Franck Sylvain assume sa charge présidentielle pendant seulement 56 jours avant d’être déposé par le général Léon Cantave le 2 avril 1957. Ce dernier met en place un gouvernement collégial qui amène au pouvoir Daniel Fignolé, un ancien nationaliste ayant rejoint le MOP.

À peine nommé, Fignolé reporte l’élection présidentielle prévue le mois suivant et obtient d’exercer le pouvoir pendant six ans. Il impose une purge dans l’armée pour éliminer les officiers qui lui sont opposés et exige des postes pour ses militants. Ces dispositions déplaisent au chef d’état-major que Fignolé a lui-même choisi, le général Antonio Kébreau. Le 14 juin 1957, celui-ci s’empare du palais présidentiel avec ses soldats et oblige Fignolé à signer une lettre de démission.

Kébreau favorise l’arrivée au pouvoir des nationalistes noiristes. Le 22 octobre 1957, François Duvalier arrive au pouvoir son parti, le Parti de l’Unité nationale (PUN). Il met en place un régime autoritaire, supprime les autres partis politiques et met en place un culte de la personnalité avant de se fait proclamé président à vie.

Le nouveau régime condamne à l’exil tous ses opposants. Après avoir fait tirer quelques rafales de mitrailleuse près de sa résidence, Magloire est contraint de quitter le pays avec sa famille.

À son départ d’Haïti, Magloire demeure quelque temps en Jamaïque, avant de se rendre aux États-Unis.

Magloire s’installe à New York et y reste jusqu’à la fin du régime des Duvalier. Il met en place un comité de résistance et reçoit le soutien de plusieurs officiers, condamnés à l’exil. Très vite, il s’associe au mouvement de Léon Cantave ainsi qu’à l’organisation de Frank Lavaud. Dans les années 1970, il appelle à une « Union des patriotes » et tente de rallier autour de lui les résistants de gauche répartis en plusieurs mouvements. Les  communistes refusent dans un premier temps de s’allier à l’organisation de Magloire, mais devant la diminution du nombre de résistants communistes, les principaux leaders acceptent finalement de joindre leurs forces avec celles de Magloire. En plus de cela, l’ancien président bénéficie du soutien secret de l’administration Reagan.

À la mort de François Duvalier, le 21 avril 1971, son fils Jean-Claude, 19 ans (d’où son surnom de « Baby Doc »), accède au pouvoir suprême. Amorçant une timide libéralisation du régime, Jean-Claude Duvalier s’aliéna une partie de la classe noiriste qui avait soutenu son père en épousant une mulâtresse le 27 mai 1980. Son régime s’enfonça dans la corruption et l’incompétence. Sa dictature est marquée dans les premières années par une volonté de détente et d’apaisement, « Baby Doc » donnant quelques gages de bonne volonté démocratique. Il rétablit les relations du pays avec les États-Unis et la République dominicaine et son mandat voit la reprise de l’aide internationale à destination d’Haïti. Jean-Claude Duvalier détient un pouvoir quasi-absolu que lui attribue la Constitution. Il commence petit à petit à entamer des réformes du régime politique de son père, en libérant des prisonniers politiques et en relâchant la censure sur la presse. Cependant, il n’y a pas de changements radicaux, ni en profondeur. L’opposition n’y est pas tolérée et le régime reste autoritaire.

Une révolte éclate dans les provinces en 1985. La ville des Gonaïves est le théâtre des premières manifestations de rue et des magasins de chaîne de grande distribution sont dévalisés. D’octobre 1985 à janvier 1986, la révolte s’étend à six autres villes, incluant Cap-Haïtien. À la fin du mois, les Haïtiens dans le sud sont en révolte. Les révoltes les plus importantes se déroulent dans Les Cayes.

Jean-Claude Duvalier tente de faire face au mécontentement en baissant de 10 % le prix des aliments de base, en fermant les stations de radio indépendantes, en effectuant un remaniement ministériel, mais également par la répression policière et militaire. Sous la pression de la communauté internationale, il institue le poste de Premier ministre grâce à l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution. Ces tentatives ne freinent cependant pas l’élan de révolte populaire contre la dictature dynastique.

En janvier 1986, l’administration Reagan commence à faire pression sur Duvalier pour qu’il renonce au pouvoir et qu’il quitte Haïti. Des  représentants officiels recommandés par le Premier ministre jamaïcain servent d’intermédiaires dans les négociations. À ce moment-là, nombre de duvaliéristes et des hommes d’affaires importants rencontrent le couple Duvalier et les pressent de partir. Les États-Unis rejettent l’asile politique pour Duvalier, mais ils leur proposent de les aider à partir. Initialement, Duvalier accepte le 30 janvier 1986 et le président Reagan annonce son départ, basé sur un rapport provenant du chef de station de la CIA en faction à Haïti, qui a vu la voiture de tête de convoi en partance pour l’aéroport. En route, il y a un échange de coups de feu et l’escorte de Duvalier fait demi-tour vers le palais présidentiel.

Le 7 février 1986, il remet le pouvoir aux mains des militaires et quitte l’île à bord d’un avion de l’US Air Force ; il atterrit à Grenoble en France. Pendant ce temps, en Haïti, les maisons des partisans de Jean-Claude Duvalier sont pillées.

Le 8 février 1986, le nouveau gouvernement libère les prisonniers politiques, instaure un couvre-feu12. La foule s’en prend au mausolée de « Papa Doc », qui est détruit à coups de pierres et à mains nues ; le cercueil est sorti, la foule danse dessus puis le met en morceaux ; elle s’empare du corps du dictateur pour le battre rituellement. Pendant cette journée, on dénombre une centaine de victimes, essentiellement des Tontons macoutes.

Magloire revient à Haïti dès le mois de mars à bord d’un avion américain. Reçu par le général Henri Namphy, président par intérim, il devient l’un de ses conseillers. Après le départ de Namphy, il se retire de la vie politique et publique.

Le 19 juillet 1997, à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire, il est fait maréchal d’Haïti. À sa mort en 2001, il reçoit des funérailles  nationales, organisés par le président Jean-Bertrand Aristide.

Il était devenu aveugle dans sa vieillesse. Il était grand-croix de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne et grand-croix de l’ordre du Mérite de la République italienne. On le surnommait « Bon papa ».

Source : Wikipédia.

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