Paul-Emile Victor, explorateur, ethnologue et écrivain.

Paul, Eugène Victor dit Paul-Émile Victor ou PEV, né le 28 juin 1907 à Genève et mort le 7 mars 1995 à Bora-Bora, est un explorateur polaire, scientifique, ethnologue, écrivain français, fondateur et patron des expéditions polaires françaises durant 29 ans.

En 1934, à la suite d’une rencontre décisive avec le célèbre et très médiatique commandant et explorateur polaire français Jean-Baptiste Charcot, il organise sa première expédition polaire grâce au Musée d’Ethnographie du Trocadéro de Paris et son directeur, Paul Rivet. Il embarque sur le Pourquoi-Pas ? du célèbre commandant et se fait débarquer avec trois compagnons, le médecin et anthropologue Robert Gessain, le géologue Michel Perez et le cinéaste Fred Matter-Steveniers, sur la côte est du Groenland pour sa première expédition polaire chez les « Eskimos » de la localité d’Ammassalik. Au cours de cette première année passée avec les inuits, il apprend à parler couramment leur langue.

En 1935, à son retour en France, fort de son aura et de son sens de la communication exceptionnels, il acquiert une notoriété médiatique grâce à de nombreuses conférences et articles sur ses aventures, dans des revues diverses .

En 1936, il réalise l’exploit de traverser le Groenland en traîneaux à chiens, d’ouest en est, avec ses compagnons Robert Gessain, Michel Perez et le Danois Eigil Knuth. Arrivé à l’est, il reste quatorze mois seul à Kangerlussuatsiaq au sein d’une famille Inuit « comme un Eskimo parmi les Eskimos ». Aventure durant laquelle il a une liaison avec Doumidia, une “ravissante” jeune inuit de dix-neuf ans (il en a vingt-neuf).

À son retour en France, il rencontre un nouveau grand succès médiatique et scientifique grâce à ses nombreuses conférences et articles de presse et de revue diverses et publie pour le Musée de l’Homme les résultats de son étude ethnologique et ses nombreuses notes et dessins sur la culture traditionnelle groenlandaise entièrement organisée autour du phoque.

En 1938, avec Michel Perez et le commandant Jacques Flotard (armée des Alpes), il effectue un raid transalpin Nice / Chamonix en traîneaux à chiens pour démontrer, avec succès, que les techniques polaires peuvent pallier les problèmes de transport d’hommes et de matériel en cas d’hiver rigoureux.

En 1939, il réalise une étude ethnologique en Laponie norvégienne, finlandaise, suédoise avec ses amis les docteurs Michel Latarjet et Raymond Latarjet.

Le 28 février 1947, après 13 ans d’exploration et d’ethnologie, Paul-Émile Victor s’oriente vers les expéditions scientifiques en créant les Expéditions Polaires Françaises – EPF – Missions Paul-Émile Victor10 grâce à son charisme, à son don pour les relations publiques et avec l’appui entre autres des médias, du gouvernement et du député et ministre André Philip.

De 1947 à 1976, il dirige les Expéditions polaires françaises. Au cours de ces vingt-neuf années, 150 expéditions sont menées, dix-sept d’entre elles qu’il vit et dirige personnellement en Terre Adélie en Antarctique et quatorze au Groenland en Arctique avec, entre autres, comme caméraman Samivel.

Il est également chef de l’Expédition glaciologique internationale au Groenland (EGIG), président du Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR), président du Comité antarctique français pour l’Année géophysique internationale (AGI).

Paul-Émile Victor réalise en 1956 son premier voyage en terre Adélie. Il y installe, trois ans plus tard, la base antarctique Dumont d’Urville et la base Charcot 320 km vers l’intérieur du continent Antarctique. Pour progresser sur les zones glaciaires il fait fabriquer par l’intermédiaire de la Someto des chenilles spéciales dessinées par M. Cousin.

À partir de 1962, il s’intéresse puis se passionne pour la défense de l’homme et de son environnement et devient en 1968 délégué général de la Fondation pour la Sauvegarde de la Nature, créée par Louis Armand.

Le 1er mars 1965, il épouse en secondes noces à Tahiti, Colette Faure, une hôtesse de l’air qui vit dans une péniche voisine de la sienne, amarrée sur la Seine à Paris, dont il a un fils : Teva, né le 30 septembre 1971. C’est Colette qui lui fait découvrir le livre Printemps silencieux (Silent Spring) de l’océanographe américaine Rachel Carson, ouvrage qui le décide à s’investir pleinement dans le mouvement écologiste.

En 1974, il crée le « Groupe Paul-Émile Victor pour la défense de l’homme et de son environnement » avec notamment, Jacqueline Auriol, Alain Bombard, Jacques-Yves Cousteau, Haroun Tazieff, les professeurs Louis Leprince-Ringuet et Jacques Debat, groupe dont les travaux fourniront la matière de son livre Jusqu’au cou… et comment s’en sortir publié en 1979 chez Nathan, où il aborde ce que l’on appelle aujourd’hui le « développement durable » dans une perspective globale et pratique.

En 1976, à 69 ans, il prend sa retraite et transmet la direction des EPF à ses compagnons, notamment Jean Vaugelade et Gaston Rouillon, et devient membre du Conseil consultatif des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises).

Les Expéditions Polaires Françaises, après avoir été intégrées dans l’Institut Français pour la Recherche et la Technologie Polaires (IFRTP), ont laissé la place, au début des années 2000, à l’Institut polaire français Paul-Émile-Victor [archive] (IPEV), basé à Brest.

En 1977, il réalise son second rêve d’adolescent : avec sa femme Colette et leur fils, ils s’installent en Polynésie française sur leur motu vierge, le Motu Tane (« l’île de l’homme » en langue tahitienne) à Bora-Bora, où il passe sa retraite à rédiger ses mémoires et des articles tout en dessinant beaucoup et en jouant encore, à l’occasion, de son énorme aura médiatique dans des causes diverses, et en recevant le gotha scientifique planétaire de passage dans cette île paradisiaque.

Les 5 et 6 octobre 1982 a lieu à l’hôtel Drouot la vente de sa bibliothèque polaire et de voyages. Le catalogue comporte une intéressante introduction de Paul-Émile Victor expliquant les raisons de la vente : « il n’est guère possible de faire venir mes 125 mètres linéaires de ma bibliothèque polaire » et « raison profonde… je ne veux pas qu’ils aillent se noyer dans une bibliothèque de Musée… ».

En 1987, pour fêter ses 80 ans, il retourne en février en terre Adélie, accompagné de quatre adolescents, son fils de 15 ans et trois étudiants français qui avaient gagné un concours organisé par les Explorations polaires françaises et le journal Science et Vie. Puis, le 5 mai, il pose pour la première fois le pied au pôle Nord avec l’expédition polaire en ULM de Hubert de Chevigny et Nicolas Hulot.

En 1988, sur son île, il est frappé par un accident vasculaire cérébral qui le paralyse à moitié, mais dont il récupère en grande partie.

En janvier 1989 est inauguré le « musée polaire Paul-Émile-Victor » à Prémanon, près des Rousses à 30 km de Saint-Claude, dans le Jura franc-comtois de son enfance, où il effectue de nombreux séjours lorsqu’il est en France. Ce musée fondé avec son ami jurassien Pierre Marc devient en 1998 le « Centre polaire Paul-Émile Victor », qui fermera définitivement ses portes le 31 mars 2016 pour faire place à l’Espace des Mondes Polaires Paul-Émile Victor.

Le 7 mars 1995, il meurt sur le Motu Tane à l’âge de 87 ans et, selon ses dernières volontés, est immergé en haute mer avec les hommages de la Marine nationale à bord du bâtiment de transport léger de classe Champlain, le Dumont d’Urville.

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Sources : Wikipédia, Ici & ailleurs, voyages, youtube.

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